La fracture numérique

En écri­vant Le cin­quième pou­voir, j’ai constaté que, pour nombre de poli­ti­ciens, inter­net est un outil de com­mu­ni­ca­tion et non pas un espace de vie comme il peut l’être pour moi et de nom­breux blo­gueurs. Beau­coup de poli­ti­ciens ont une vision uti­li­ta­riste du web.

Inter­net est apparu dans leur monde comme un trouble-fête qui change peu à peu les règles, donc qui effraie. Tous avouent ses bien­faits, tous mettent sur­tout en garde contre les risques de dérive.

Ils ont rai­son d’être pru­dents. Mais nous ne vivons pas dans une société idéale et inter­net n’a pas la pré­ten­tion de contri­buer à la construc­tion de cette société. J’espère qu’il nous aidera sim­ple­ment à établir plus de jus­tice, plus de démo­cra­tie, plus de trans­pa­rence, plus de liant social… et que, en don­nant l’exemple de nou­veaux modes d’organisation, il nous per­met­tra de résoudre les grands pro­blèmes aux­quels fait face le monde.

Chaque révo­lu­tion tech­no­lo­gique éveille de la réti­cence chez ses réfrac­taires comme chez ses pre­miers usa­gers. Au XIXe siècle, le train était sensé nous dés­in­car­ner car la vitesse ris­quait de débou­lon­ner notre âme. Aujourd’hui, ça fait rire mais pas plus que cer­taines des craintes éveillées par internet.

Je ren­contre de plus en plus de pro­fes­seurs, d’éducateurs, de poli­ti­ciens et de fonc­tion­naires dont le tra­vail est de favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment des nou­velles tech­no­lo­gies dans notre pays mais qui, eux-mêmes, ne les maî­trisent pas. Ils parlent d’autant plus faci­le­ment de la frac­ture tech­no­lo­gique qu’ils sont jus­te­ment du mau­vais côté de cette frac­ture. Leur méfiance n’est alors guère objective.

Ils me font pen­ser à ces mélo­manes qui ont tou­jours écouté du clas­sique et qui se per­mettent de juger le jazz. Com­ment connaître le goût de la cerise sans avoir jamais goûté de cerises ? Je crois que c’est impos­sible. On aura beau lire tout ce qu’on vou­dra sur les cerises, on ne connaî­tra jamais leur goût. Des écri­vains pour­ront nous don­ner l’impression de connaître ce goût, ils arri­ve­ront à le trans­cen­der, mais ils inven­te­ront en nous leur goût de la cerise, un goût sans rap­port avec celui que nous pou­vons expérimenter.

Pour com­men­cer à com­prendre inter­net, pour avoir juste une chance de com­prendre, il faut goû­ter la cerise, il ne suf­fit pas de la regar­der ou de lire des dis­cours à son sujet. Les théo­ries n’ont aucune impor­tance, il suf­fit de cro­quer le fruit à pleine dent. Il faut sur­fer, cha­ter, blo­guer, publier dans les forums, se faire de nou­veaux amis, col­la­bo­rer à des wikis, par­ti­ci­per aux com­mu­nau­tés web 2.0, éven­tuel­le­ment déve­lop­per des logi­ciels open source, tout au moins jouer avec ces logi­ciels, expé­ri­men­ter les idées qui les sous-tendent.

Si cette com­pré­hen­sion n’est pas indis­pen­sable à tous les citoyens, elle l’est tout au moins à ceux qui entendent pen­ser et agir pour les autres, c’est-à-dire pour tous ceux qui font de près ou de loin de la poli­tique au sens le plus noble. Ils n’ont pas le droit de cla­mer que les nou­velles tech­no­lo­gies déso­cia­lisent les citoyens juste parce qu’eux-mêmes ne par­ti­cipent pas à l’aventure technologique.

Quand je vois tous ces jeunes adeptes de MSN Mes­sen­ger, des Sky­blogs et ou de MyS­pace, je n’ai pas l’impression qu’ils sont exclus. Au contraire, ils apprennent à com­mu­ni­quer et à par­ti­ci­per. Ils vivent dans un monde d’interactions élec­tro­niques comme leurs parents vivent dans un monde d’informations télévisées.

Certes il y a des exclus. Cer­tains par choix, d’autres par fata­lité sociale. Ces der­niers doivent être aidés. On doit leur ache­ter du maté­riel, on doit les for­mer et, sur­tout, on doit leur don­ner envie de se joindre à la grande fête à laquelle nous sommes de plus en plus nom­breux à participer.

Si j’écris Le cin­quième pou­voir, c’est pour mon­trer qu’il se passe aujourd’hui des choses for­mi­dables. Tout le monde n’en pro­fite pas encore mais notre devoir est de faire en sorte que demain tout cela soit à la dis­po­si­tion de tous. Il ne s’agit pas d’une his­toire de mode mais d’une révo­lu­tion que per­sonne n’arrêtera. Une fois que nous avons goûté aux nou­veaux outils tech­no­lo­giques nous ne pou­vons plus être les mêmes car nos moyens d’action sont démultipliés.

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/ Politique 2.0

25 commentaires à “La fracture numérique”

  1. gravatar.com Sugus ip:1
    7 December 2006 @ 14:23

    Inter­net n’a pas la pré­ten­tion de contri­buer à la construc­tion de cette société.“
    Inter­net n’a aucune pré­ten­tion, cer­tai­ne­ment aucune inten­tion, et pour­tant il construit bel et bien la société, et sur­tout celle qui se pré­pare.
    Nous voyons déjà le réseau de plus en plus englo­ber toutes les tech­no­lo­gies, tous les pro­to­coles de com­mu­ni­ca­tion, par ex. le télé­phone. Nous voyons déjà le besoin de vivre en réseau s’imposer, le télé­phone por­table est en train de deve­nir ter­mi­nal mul­ti­me­dia qui nous gar­dera tou­jours et par­tout connec­tés. Pour les aînés c’est encore un choix, par­fois un pro­blème, pour les jeunes cela devient une néces­sité évidente.

    Nous assis­tons à une pro­di­gieuse mise en réseau, mise en com­mun du savoir, de l’intelligence de l’humanité. Ce n’est pas une biblio­thèque, aucun réel clas­se­ment, la machine bouillonne dans une inter­ac­tion conti­nue. Que va-t-il émer­ger de la mar­mite inter­net? La société de demain et peut-être bien plus! L’évolution de l’intelligence et de la conscience a démarré avant nous et sans nous. Construisons-nous la société ou… sommes-nous conscruits?

  2. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    7 December 2006 @ 14:45

    L’un et l’autre sans doute. La forme et le fond ne font qu’un.

  3. gravatar.com iza ip:3
    7 December 2006 @ 15:11

    J’aime beau­coup ta vision posi­tive des pos­si­bi­li­tés offertes par inter­net. Je la par­tage et c’est pour ça que je suis deve­nue une lec­trice assi­due de ton blog (cer­taines mau­vaises langues diront “une fan” et se demandent quel genre de gou­rou a pu faire que je fasse à ce point de la “men­tio­nite”;), je leur répond de venir par­ti­ci­per aux débats…), mais je pense que je peux déve­lop­per un peu la posi­tion des “fri­leux” et de cer­tains de tes “oppo­sants” pour en avoir pas mal discuté.

    Mais nous ne vivons pas dans une société idéale ”

    Une crainte de ceux qui n’ont jamais goûté la cerise, c’est je crois de délais­ser en s’engouffrant dans le réseau, d’autres com­bats qui leurs paraissent plus impor­tants, cru­ciaux. Ils ont peur que les mer­vei­leuses pos­si­bi­li­tés qui miroitent au loin nous aveuglent, nous fassent espé­rer, tenir, sup­por­ter l’insuportable…c’est le cas de nom­breux “mili­tants” par exemple de l’action sur le ter­rain et de l’action concrête. Ils craignent par des­sus tout l’idéalisation d’Internet, et l’utopie anés­thé­siante.
    Je pense pour ma part qu’Internet est une magni­fique machine à relayer l’action concrête, à inven­ter des modes d’action inno­vants, et que ça ne demande pas tant d’énergie que ça (on peut conti­nuer à vivre nor­ma­le­ment et on ne passe pas néces­sai­re­ment 15h/jour à surfer).

    jeunes adeptes de MSN Mes­sen­ger, des Sky­blogs et ou de MySpace”

    Un autre truc qui frise mes nom­breux petits cama­rades “pro­fes­seurs, éduca­teurs, poli­ti­ciens et fonc­tion­naires”, c’est d’imaginer vivre des choses dans un monde où les “mar­chands” ont un tel pou­voir. Comme ils n’ont pas bien goûté la cerise, ils ont du mal à rela­ti­vi­ser ce pou­voir (le devraient-ils?). Que les jeunes “s’expriment” et vivent des choses dans un espace cerné par les pubs, aux règles de fonc­tion­ne­ment par­fois sujettes à cau­tion (les ques­tion­naires de Mys­pace encou­ragent par exemple par­ti­cu­liè­re­ment l’exhibitionisme..) leur hérisse le poil. Seule la galaxie des logi­ciels libres les ras­sure, et encore. Pour des gens qui se battent depuis fort long­temps pour lut­ter contre le pou­voir de la télé par exemple et contre la lobo­to­mi­sa­tion du citoyen par la pub, c’est comme si tu leur disais, ben main­te­nant, nos jeunes vont aller vivre et se déve­lop­per chez l’ennemi, avec leurs règles. Ils omettent à mon avis bien des effets posi­tifs, mais c’est ainsi.

    On doit leur ache­ter du maté­riel, on doit les for­mer et, sur­tout, on doit leur don­ner envie de se joindre… ”

    On en a déjà parlé, les “for­mer” ça va bien au delà d’une for­ma­tion tech­nique… il s’agit bien là de déve­lop­per l’aptitude des gens à exer­cer leur sens cri­tique, à faire des choix, à se contruire une vision du monde. Pour moi, Inter­net repré­sente une chance pour ce com­bat, qui est mené depuis fort long­temps et qui est celui de l’éducation popu­laire, parce qu’il ouvre des pos­sibles et que le com­bat sur le ter­rain en man­quait sin­gu­liè­re­ment… J’ai ten­dance à pen­ser que cet appel d’air là est plus fort, plus por­teur que toutes les “menaces. Ceci dit, je pense que ce chan­tier là doit être inves­tit plus vite, plus fort et plus per­ti­ne­ment que main­te­nant, par tous les gens qui ne sou­haitent pas lais­ser trop “d’exclus” sur le bord du chemin.

    Ce que tu laisses entendre, c’est que pour l’instant, dans le panier des “exclus” ne se trouvent pas for­cé­ment que ceux que l’on s’attendrait à trou­ver… et je suis sûre qu’on n’est pas au bout de nos surprises !!

  4. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    7 December 2006 @ 15:20

    C’était déjà en par­tie grâce à toi que j’avais écrit ce texte… et tu le pro­longes par­fai­te­ment. On a parlé il y a quelques jours d’exemples concrets. Le nou­veau monde se construit, il ne sera pas idéal, on peut essayer de faire en sorte que les exclus y soient moins nombreux.

  5. gravatar.com ~laurent ip:4
    7 December 2006 @ 16:15

    Encore un post avec lequel je me sens tota­le­ment en phase (et il y en a pas mal par ici ;-) .

    On a encore quelques petits réglages sur le linu­top mais ce sera très bien­tôt prêt. C’est un pro­jet qui va tout à fait dans cette direc­tion et j’aimerai que l’on puisse en repar­ler :-)

  6. gravatar.com stefbac ip:5
    7 December 2006 @ 16:28

    Inter­net est un nou­vel espace d’expression acces­sible à celles et ceux qui pos­sèdent un ordi­na­teur et inter­net. Cha­cun uti­lise ces outils sui­vant ses envies et ses pas­sions… Il est vrai que les poli­tiques voient leurs inté­rêts et essaient de les ins­tru­men­ta­li­ser comme l’UMP qui envoya des mails un peu par­tout au petit bon­heur la (mal)chance.

  7. gravatar.com Iza ip:3
    7 December 2006 @ 16:43

    :)

  8. gravatar.com Casabaldi ip:6
    7 December 2006 @ 18:21

    Salut Thierry,

    Je ne sais plus qui te pre­nait la tete récem­ment sur l’auto orga­ni­sa­tion et citait en exemple Sarko et la sécu­rité rou­tière, qu’il fal­lait bien que quelqu’un s’en occupe etc. J’ai pas le temps de retrou­ver le post, sorry.

    Je viens de tom­ber là des­sus :
    http://fr.news.yahoo.com/07122006/5/les-routes-nues-un-nouveau-concept-experimente-en-europe.html

    ça t’intéressera sur­ement (à mettre avec ta video du car­re­four en Inde !)

    ciao

  9. gravatar.com Carlo Revelli ip:7
    7 December 2006 @ 18:39

    Salut Thierry,

    Un titre de l’Express qui va te faire plai­sir:
    “Enquête sur le cin­quième pou­voir“
    http://www.lexpress.fr/info/high-tech/dossier/websphere/dossier.asp?ida=454336&p=3

    Heu­reu­se­ment ils parlent d’AgoraVox :-)

  10. gravatar.com Carlo Revelli ip:7
    7 December 2006 @ 18:40

    Au fait le dos­sier démarre ici
    http://www.lexpress.fr/info/high-tech/dossier/websphere/dossier.asp?ida=454336&p=1

  11. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    7 December 2006 @ 18:49

    @Csabaldi J’ai parlé de toute ces expé­riences dans Le peuple des connec­teurs, notam­ment celles d’Ipswich et de Londres.

  12. gravatar.com Henri Alberti ip:8
    7 December 2006 @ 19:04

    PS : J’avais écris ce texte pour Blog Power mais je l’ai sup­primé car il m’éloignait de mon sujet cen­tral.“
    Dom­mage, cela me parait tres impor­tant et plus pro­fond que cela en a l’air. D’un coté, la tech­no­lo­gie et la science ou une connais­sance et de l’autre les indi­vi­dus pas obli­ga­toi­re­ment infor­més. Entre les deux, une inter­face, les vul­ga­ri­sa­teurs qui font rare­ment leur bou­lot correctement.

  13. gravatar.com charlie ip:9
    11 December 2006 @ 15:40

    En lisant le der­nier n° du Plan B, je tombe sur quelques sta­tis­tiques de l’Observatoire des inéga­li­tés qui me font pen­ser à cet article :
    % des gens connec­tés chez eux : cadres et pro­fes­sions intel­lec­tuelles supé­rieures : 79 ; ouvriers : 31 ; retrai­tés : 14.
    % de connec­tés titu­laires : au mieux d’un Cer­ti­fi­cat d’études pri­maires : 11% ; de diplô­més du supé­rieur : 71 %
    [et les vieux sans diplômes, j’imagine pas…]
    Du coup, je me dis que ton para­graphe sur les exclus [“cer­tains par choix, d’autres par fata­lité sociale”] est peut-être un peu court. Je me dis aussi qu’internet est pour­tant l’outil –presque– idéal pour enfin rendre la parole à ceux qui n’en n’ont plus à force de s’en faire dépos­sé­der. Que c’est là qu’on pour­rait enfin entendre les exclus, plu­tôt que [et c’est déjà pas mal vu l’état des media clas­siques] d’entendre par­ler “sur” l’exclusion.
    Et je ne crois pas que ça s’éloigne de ton sujet : au contraire, c’est en plein dedans : Blog Power, ok, mais l’expression [comme 5° pou­voir] ne dit pas de qui il est ques­tion. C’est comme quand on parle de l’Etat : l’Etat fait ci, pense ça, etc. On réi­fie, on ins­ti­tu­tio­na­lise, les choses finissent par exis­ter par elles-mêmes et on ne se pose plus la ques­tion de QUI détient le pou­voir dont il est question.

  14. gravatar.com Henri Alberti ip:10
    11 December 2006 @ 20:03

    J’ai remar­qué plu­sieurs fois qu’il y avait deux sortes de post: 1) textes courts et pré­cis 2) textes à la Cha­teau­briand. Indé­pen­de­ment de la per­ti­nence du pro­pos.
    Pour char­lie:
    je vois plus ou moins ce que sont les retrai­tés et cadres, par contre qu’est-ce que l’on entend exac­te­ment par ” pro­fes­sions intel­lec­tuelles supé­rieures” et “ouvriers” ?
    ”% de connec­tés titu­laires”; il est évident qu’une per­sonne ne sachant pas lire aura des pro­blèmes avec inter­net ( entre autre ).
    Pour reve­nir aux textes courts: “Ces der­niers doivent être aidés. On doit leur ache­ter du maté­riel, on doit les for­mer” Cette phrase implique un déve­lop­pe­ment et une réflec­tion très longue, mais qui est cen­sée se dérou­ler dans notre cer­veau. C’est ce que fait d’ailleurs Iza qui se doute que le sujet méri­te­rait un livre de 500p à lui tout seul.

  15. gravatar.com Iza ip:3
    12 December 2006 @ 11:17

    Ben évidem­ment, moi je pense que le nerf de la guerre est là. Je crois au pro­sé­ly­tisme, parce que je vois bien autour de moi que bien des gens ne per­çoivent pas ce que nous, connec­teurs, nous per­ce­vons. Du coup il y a vrai­ment besoin de trans­mettre cette intui­tion (c’est plus que ça, c’est déjà un constat), pour don­ner envie, pour inci­ter les gens à par­ti­ci­per réel­le­ment. ça Thierry le fait très bien.
    Mais je pense qu’il faut aussi réfle­chir les fameuses 500 pages, parce que “for­mer” c’est bien com­pli­qué. Il s’agit pour nous, péda­gos et mili­tants de tout poil, d’inventer réel­le­ment de nou­velles façons d’intervenir auprès des publics, en phase avec ce qui se passe. Et c’est ça qui est sacré­ment compliqué.

    Quand on a pensé par exemple que c’était le défaut d’équipement qui allait créer la “frac­ture”, on a ouvert des espaces publics numé­riques. Evi­de­me­ment, on a assez vite com­pris qu’il fal­lait que des ani­ma­teurs soient pré­sents pour “for­mer” les uti­li­sa­teurs. Mais le poids de la tech­nique était encore trop lourd, et bien des aima­teurs se sont foca­li­sés là des­sus, sur cette abso­lue néces­sité d’être au niveau et de se tenir au cou­rant. Vu la vitesse d’évolution des tech­niques, ceci leur a consommé par mal d’énérgie.

    On est désor­mais passé à autre chose. On a un peu de recul, les ani­ma­teurs ont bien com­pris qu’il ne suf­fit pas de mon­trer com­ment ça fonc­tionne (un moteur de recherche, un blog…), il faut aussi que la per­sonne en ait l’usage. Or, la plu­part des gens ne voient abso­lu­ment pas l’intérêt d’avoir un blog, parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de s’exprimer, ou qu’ils ne s’en donnent pas le droit, ou qu’ils ne pensent abso­lu­ment pas que leur parole aie une quel­conque valeur.

    Le tra­vail qu’il y a à faire est donc bien plus pro­fond, plus “poli­tique” aussi, qu’il n’y paraît ; il s’agit bien de réap­prendre à ceux qui en sont très loin, quelle valeur ils pos­sé­dent, parce qu’ils sont libres et uniques et que ceci leur donne autant de droit à s’exprimer que n’importe quel autre puis­sant de ce monde.

    Inter­net change tout parce qu’il per­met une visi­bi­lité impos­sible à ima­gi­ner aupa­ra­vant, et un pos­sible pou­voir encore plus inima­gi­nable. Il ouvre donc des pos­sibles autre­ment plus moti­vants que quand il fal­lait faire ce tra­vail (et bien sur nous le fai­sions) quand bien peu d’ouvertures existaient.

    ça reste mal­gré tout un chan­tier com­pli­qué… mais passionnant !!

  16. gravatar.com Henri Alberti ip:10
    12 December 2006 @ 14:23

    CQFD
    Je vous invite à jeter un coup d’oeil inten­sif sur le site: http://spoirier.lautre.net/
    Aver­tis­se­ment : C’est un scien­ti­fique, on peut avoir l’impression que c’est une machine qui écrit; être d’accord ou pas du tout — n’empêche pas de se rendre compte du tra­vail inten­sif de réflexion de cet individu.

  17. gravatar.com charlie ip:9
    12 December 2006 @ 14:51

    @ Henri Alberti : pour les caté­go­ries, ce sont celles de l’INSEE, on peut en dis­cu­ter la per­ti­nence, mais en atten­dant, ce sont eux qui font les stat… Pour “de connecté titu­laires”, il y a deux points après, ils sont donc titu­laires ou bien d’un cer­ti­fi­cat d’étude ou bien d’un diplôme du supé­rieur, c’est mar­qué après. Ils savent donc lire. Et écrire. Je sens bien que mon com­men­taire vous a agacé, je ne com­prends pas très bien pour­quoi… ?
    Bien sûr qu’il faut réflé­chir, “dans nos cer­veaux” ou ensemble aux ques­tions de for­ma­tions, de dis­po­ni­bi­lité du maté­riel, etc. Je suis d’ailleurs tout à fait ok avec Iza, la mai­trise des tech­no­lo­gies ne suf­fit pas. C’est cela que j’évoquais, en sou­li­gnant que quand on parle de pou­voir, il s’agit de s’interroger sur les struc­tures, mais aussi sur les déten­teurs du pou­voir en ques­tion. C’est pour ça que j’avais l’impression que ce n’était pas éloi­gné du “sujet cen­tral” de Thierry.

  18. gravatar.com Henri Alberti ip:10
    12 December 2006 @ 16:08

    Char­lie
    Je ne suis pas agacé; je suis plus ou moins d’accord sur le fond. C’est la forme qui me gêne.
    L’histoire des anal­pha­bètes était une bou­tade juste pour mon­trer lapa­lis­sade de ces stats.
    Je n’ai aucune confiance aux stats de l’INSEE, voir au stats tout court ( à condi­tion de don­ner les résul­tats avec la méthode de cal­cul, tout les para­mètres, etc…). La moyenne est une abs­trac­tion que l’on doit mani­pu­ler avec pru­dence. Regar­dez com­ment Thierry Crou­zet pré­sente ses stats. Ce qui m’agace fina­le­ment, c’est le manque de pré­ci­sion en géné­ral qui n’est pas dirigé spé­ci­fi­que­ment contre vous Charlie.

  19. gravatar.com charlie ip:9
    12 December 2006 @ 16:34

    Henri,
    tout à fait d’accord avec vous, je me méfie autant des sta­tis­tiques que des caté­go­ries [notam­ment celles que vous moquez, ces CSP qui englobent dif­fé­rentes réa­li­tés sous un même terme]. Pour l’imprécision, pas grave, je ne me sens pas visée j’ai mis mes sources, et mon post plai­dait en fait pour plus de pré­ci­sion jus­te­ment ;)
    C’est bien pour lan­cer une dis­cus­sion sur le fond d’ailleurs que j’ai posté ce commentaire.

  20. gravatar.com Iza ip:3
    12 December 2006 @ 18:14

    Fina­le­ment, nous sommes d’accord sur l’essentiel, à savoir que nous trou­vons tous les trois que la ques­tion donc de la “frac­ture” est bien liée de très près au sujet de Blog Power. C’est logique parce par­ler de l’émergence de ce nou­veau pou­voir, c’est aussi à un moment se poser la ques­tion de savoir qui va l’exercer (Tous ? ou seule­ment quelqu’uns ?).

    Henri : j’ai sans doute jeté un oeil trop rapide, mais j’ai eu le temps de voir des choses qui m’ont fait froid dans le dos. Une belle illus­tra­tion de ce que je disais au sujet de l’esprit cri­tique… j’exerce le mien tous les jours et tous les jours je dois mettre en ques­tion mes repré­sen­ta­tions. Il fau­dra que j’affine en ce qui concerne ce mon­sieur, mais pour l’instant, je fré­mis plus que je n’admire la reflexion..

  21. gravatar.com Henri Alberti ip:10
    12 December 2006 @ 19:37

    C’est logique parce par­ler de l’émergence de ce nou­veau pou­voir, c’est aussi à un moment se poser la ques­tion de savoir qui va l’exercer (Tous ? ou seule­ment quelqu’uns ?).“
    Qui a le pou­voir en ce moment ( je parle des quatre pre­miers ) ? Per­son­nel­le­ment je n’en sais rien. Je me demande même si la ques­tion a un sens ? Cela serait une espèce de struc­ture qui s’est élaboré et ren­forcé avec le temps.… Par qui ? Je dirais par un peu tout le monde à des échelles dif­fé­rentes, un peu comme un réseau.
    Ima­gi­nons que du jour au len­de­main tout les chô­meurs, rmi, ces, etc, du pays partent dans la mon­tagne en com­mu­nauté hip­pie en autar­cie, et ne consomment plus de pro­duits manu­fac­tu­rés ou autres, et gardent le peu d’argent qu’ils per­çoivent. L’économie tombe en ruine. Qui aurait le pou­voir ?
    Pour le 5e pou­voir, je vois des gens qui se pro­mènent ( c’est une méta­phore ), et par auto­ré­gu­la­tion et la loi des grands nombres; cer­tains pas­se­raient aux mêmes endroits et s’en le vou­loir façon­ne­raient un che­min, plu­sieurs che­mins, etc… Il y a-t-il un sens à ce poser la ques­tion de savoir qui exerce un pou­voir sur les chemins ?

    Iza, j’avais aver­tie qu’à pre­mière vue, Syl­vain pou­vait faire peur, mais il faut lais­ser ses pré­ju­gés à l’entrée.

  22. gravatar.com Adverbe.com - Ecrire pour le Web, formation, conseil éditorial, rédaction » Blog Archive » Les TIC servent-elles encore à quelque chose ? ip:11
    12 December 2006 @ 21:35

    […] Loin de là me semble-t-il, dans aucun domaine (il n’y a qu’à lire ça). Et vous, qu’en pensez-vous ? […]

  23. gravatar.com frederic ip:12
    14 December 2006 @ 16:05

    La frac­ture numé­rique n’est pas basée que sur l’argent elle est aussi basée sur l’age.
    Beau­coup de seniors s’excluent d’Internet par mécon­nais­sance, par peur … Le web 1 leur est passé sous le nez, le web 2 cela risque d’être pareil.

    Fre­de­ric biblio­thè­caire et for­ma­teur de seniors aux NTIC

  24. gravatar.com Henri Alberti ip:10
    14 December 2006 @ 17:08

    C’est vrai et heu­reu­se­ment qu’il y a des indi­vi­dus ( pas assez ) comme toi pour y remé­dier.
    Per­son­nel­le­ment, j’ai formé ce que tu appelles des séniors, des enfants, des cas sociaux, des mil­liar­daires arro­gants, tout ce qui peut res­sem­bler de près ou de loin à des humains ( Cela ce pas­sait à Saint Bar­thé­lémy, Antilles ), et j’en suis venu à une conclu­sion: Le tout c’est de connaitre et com­prendre son sujet sur les bouts des doigts, ce qui per­met de s’adapter à la per­sonne. Si on ne mai­trise pas com­plè­te­ment, on arrive à faire une véri­table escro­que­rie ( cer­taines for­ma­tions très oné­reuses, une majo­rité des vul­ga­ri­sa­tions écrites, les experts…).

  25. gravatar.com Malix ip:13
    8 January 2007 @ 16:14

    Pour se don­ner bonne conscience ?!

    La XIe Confé­rence des chefs d’État et de gou­ver­ne­ment des pays ayant le Fran­çais en par­tage s’est tenue à Buca­rest les 28 et 29 sep­tembre = Créa­tion d’un fonds mon­dial de soli­da­rité numé­rique. Nou­veau méca­nisme finan­cier, le FSN repose sur la contri­bu­tion volon­taire de l’ensemble des États et gou­ver­ne­ments signa­taires et doit contri­buer à la réduc­tion de la frac­ture numérique.

    Ouf, nous sommes sau­vés, il existe un fonds …

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