Thierry Crouzet

Le roman de ma vie

Un nouveau pouvoir : oui ou non ?

À force de voir des gens tenir un blog pour dire que ça n’a aucune influence, aucune importance, aucun sens, je perds patience. Ha les sadomasos. Dernier exemple en date : Telos.

Je répète une nouvelle fois que les blogs sont avant tout une arme de politique locale, d’une politique d’action au sens le plus noble. Ne cherchez pas systématiquement à juger de leur influence au regard d’une élection nationale. Une élection de cette nature ne sauvera pas la planète du dérèglement climatique, elle ne changera pas la face du monde car elle va mettre au pouvoir une marionnette.

Ces dernières semaines, nous avons malgré tout quelques signaux qui laissent penser que le cinquième pouvoir impacte aussi la politique nationale :

  1. Ségolène Royal qui s’empare du PS grâce à son armée d’internautes,
  2. Bayrou, qui monte dans les sondages, poussé par une vague en avance de quelques semaines sur internet (notamment sur Agoravox et quelques blogs dits influents),
  3. José Bové qui ne serait tout simplement pas candidat sans le support du web (voir le papier d’Axel).

Je passe les affaires dont personne n’aurait peut-être jamais parlé sans internet (Ségo et les profs, l’ISF, Duhamel…). Que vous le vouliez ou non, internet est entré en campagne et pas pour faire que de la figuration.

J’adore quand les instituts de sondages annoncent qu’internet n’aura pas plus d’influence que les Guignols. Qu’ils continuent sur cette position et ils auront bientôt des jours difficiles.

En fait, les instituts ont les boules car sur internet n’importe qui peut faire des sondages comme le fait Agoravox et étudier un échantillon d’une dizaine de milliers de personnes en quelques jours. Sur internet, les sondages ne sont plus des tests mais des votes en grandeur nature. Les panels ne sont peut-être pas représentatifs mais, le jour prochain où 90 % des Français seront des internautes, les sondages gadget du web seront-ils toujours pris à la légère ?

Cette petite nouveauté suffit à bouleverser le paysage politique. Peut-être qu’en 2007 ça ne fera pas la différence mais attendez, soyez un peu patient. N’oubliez pas qu’il y a cinq ans les olibrius comme moi, les intellos des nouvelles technologies, n’avions même pas la parole en France.

J’ai envie maintenant d’adopter un discours plus guerrier. Il n’est plus temps de convaincre de la possibilité d’un cinquième pouvoir. Il faut que ceux qui s’en sentent le courage rejoignent ce pouvoir émergeant et, ensemble, changent le monde.

Alors est-ce un pouvoir ? Une force ? Un lobby ? On s’en moque. Nous sommes de plus en plus nombreux à sentir que nous pouvons faire changer les choses sans suivre les bonnes vieilles méthodes politiques pyramidales. C’est par la base, depuis la base, que se fera la révolution au vingt-et-unième siècle. Et elle ne cherchera pas à mettre un calife à la place du calife. Son point de gravité restera en bas.

, Coup de gueule

  1. Patrick

    coool…. mais oui que les choses changent…

    mais l’individu n’existe depuis pas si longtemps… en plus il me semble qu’on l’a créé depuis la révolution industrielle… pour en faire des consommateurs.

    Laissons-lui le temps d’évoluer et de comprendre qu’il existe…

    A mon avis, l’évolution ne se fera pas linéairement… mais à la façon des connecteurs : à l’image des fractales.

    donc la visibilité ne sera pas forcément éclatante mais plutôt oméopatique.

  2. Philippe Astor

    Thierry, ne te rappelles-tu pas pas combien passaient pour des huluberlus ceux qui dès 1994 parlaient de révolution Internet ? Cette année-là, j’ai effectué un stage de journalisme télévisé au CFPJ à Paris avec Jacques Cotta et Pascal Martin, duo de journalistes d’investigation à France 2, que je prenais d’autant plus de plaisir à évangéliser sur le sujet et sur les développements qu’on pouvait en attendre dans les années à venir qu’ils restaient parfaitement incrédules et goguenard.

    Cinq ans plus tard, en 1999, j’ai eu l’occasion de revoir Pascal Martin dont l’épouse m’a confié qu’il prenait un malin plaisir à parler de moi dans tous les pince-fesses de la profession où il était de bon ton de se gargariser d’Internet, en expliquant que je lui avait déjà expliqué dans le détail tout ce qui allait se passer avec cinq ans d’avance.

  3. Krysztoff

    Ce qui est un peu fatiguant avec cette réthorique de “tout le monde expert”, c’est que plus aucun métier, plus aucune activité ne suppose de compétence ou “d’expertise” particulière…

    Quoi que vous sembliez penser, il existe une théorie des sondages, qui s’apppuie elle-même sur la théorie statistique. Il existe des méthodologies souvent assez complexes d’échantillonnage afin de s’assurer de la représentativité d’un panel suivant ce que l’on souhaite étudier. Tout cela, c’est un métier, c’est une expertise, que mettent en oeuvre les instituts de sondage (il y a même une commission des sondages qui contrôle la validité scientifique des méthodes utilisées). Et oui, aussi étonnnant que cela puisse paraître, un échantillon bien construit de 1000 personnes par un institut de sondage est beaucoup plus représentatif que 10000 internautes qui répondent sur Agoravox (ou même 100000). Et 90% de français qui participent à un sondage, cela ne s’appelle plus un sondage mais un vote!!

    Loin de moi l’intention de défendre ici le bifteck des instituts de sondage, qui occupent par ailleurs une place bien trop importante à mon goût dans la formation, oserais-je dire, la déformation de l’opinion publique et dont l’influence sur la prise de pouvoir de Ségolène au PS a peut-être (c’est une hypothèse que j’avance mais dont je n’ai pas de preuve, ceci dit peu importe puisque l’impératif de la preuve ne vous semble guère… impératif, du moins en ce qui concerne l’influence présumé du cinquième pouvoir) été au moins aussi déterminante qu’Internet. Mais laisser entendre que n’importe qui, parce qu’il dispose d’un module de sondages sur son blog ou sur son site Internet, peut s’improviser institut de sondages, c’est quand même fort de café!

  4. Thierry Crouzet

    @Krysztoff Tu m’a pas compris. Je me fous des instituts de sondage qui n’en ont plus pour longtemps. Ce qui m’intéresse c’est que le vote va devenir dynamique et continuel dans les démocraties de demain. Le vote deviendra décisionnel et non plus électif.

  5. Thierry Crouzet

    Voter pour une personne ne présente aucun intérêt à mes yeux. Voter pour choisir si on fait ça ou ça pourquoi pas… si on n’a pas réussi à trouver un accord sur un modèle collaboratif. Mais tout ce qui est majoritaire me fait un peu froid dans le dos… comme si la majorité avait le don du bon goût.

  6. Krysztoff

    Et bien moi, c’est que le vote devienne dynamique et continuel dans les démocraties de demain qui me fait peur. Car cela s’appelle la démocratie d’opinion et cela peut conduire par exemple pourquoi pas au rétablissement de la peine de mort après un fait divers sordide pour prendre un cas extrême. L’opinion est particulièrement versatile et manipulable, Internet ou pas (je comprends bien que cela te désespère mais juste une remarque, comme ça en passant: les Etats-Unis sont l’un des pays du monde où le taux de pénétration d’Internet est le plus important, et où l’audience TV a certainement le plus reculé ces dernières années au profit d’Internet. D’accord? Et pourtant combien d’américains ont avalé sans aucun esprit critique les montagnes de mensonges et de désinformations sur la guerre d’Irak, en premier lieu desquels les ADM et le lien entre le régime de Saddam Hussein et Al-Quaeda, produites par le pouvoir et relayées par les médias ?).

    D’ailleurs, la crise de nos démocraties aujourd’hui tient en grande partie à cette dérive vers une démocratie d’opinion et une politique émotionnelle de la demande et non plus de l’offre. Le temps du débat, de la réflexion, les filtres que représentent les élus, les partis (aujourd’hui nombre de personnes qui “militent” sur Internet dans ce que tu appelles le cinquième pouvoir, sont aussi et surtout des citoyens engagés et militants dans la vie réelle, c’est particulièrement vrai dans le mouvement altermondialiste), tout cela a un sens et une fonction. Le temps de la démocratie n’est pas l’instantanéité, je pense que cette démocratie “temps réelle” est la voie la plus courte vers le totalitarisme.

    Alors, je n’ai sûrement rien compris, je suis très certainement un ringard archaïque (après tout, je ne “manipule” Internet que depuis 15 ans) mais je crois que l’on peut être tout à la fois conscient de la formidable révolution positive que peut représenter Internet (mais ce n’est qu’une potentialité) et lucide sur les risques de dérives (car rien n’est jamais tout à fait blanc) du “cinquième pouvoir”. Enthousiaste mais critique. Impliqué mais vigilant. C’est ce qui distingue un militant (et il me semble que tu as décidé de te positionner clairement désormais comme un militant du cinquième pouvoir) d’un homme à la pensée libre.

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