Nous avons beaucoup appris

4 May 2007

Ce titre résume ce que j’ai répondu à Jean-Olivier Pain de la Radio Suisse Romande puis à Jérôme Colombain de France Info qui m’ont successivement demandé quel bilan je tirais de la net présidentielle.

En 2005, avec le référendum européen, beaucoup de citoyens se sont engagés pour la première fois en politique grâce à internet. En 2007, la présidentielle a intensifié ce mouvement, contribuant à l’engouement pour la politique relevé par tous les observateurs.

Plus qu’à cause de l’importance du scrutin, des programmes ou des personnalités des candidats, je crois que c’est grâce à internet que les Français sont redevenus des animaux politiques. Ceux qui avait internet ont motivé les autres (et notamment les journalistes – fait à mon avis essentiel pour comprendre le phénomène).

Quand nous découvrons un nouvel outil, nous nous en emparons, c’est le propre de l’homme. Dans Le cinquième pouvoir, j’ai ainsi montré qu’internet pouvait devenir un outil politique, un outil qui permet à tous de participer au débat et même à la gouvernance.

Le cinquième pouvoir en tant que tel n’a pas fait basculer cette élection. C’est une certitude. Je pense que, en revanche, nous venons de créer de nouvelles routes pour les idées. Avec les blogs, les forums, les wikis… nous forgeons les armes politiques du cinquième pouvoir. Une fois ces routes en place, nous serons prêts à relever les prochains défis, qui seront bien plus capitaux qu’une présidentielle.

Dès lundi, beaucoup de blogs vont mourir mais beaucoup vont survivre et devenir plus intéressants, car, plutôt que de commenter les programmes politiques étriqués, plutôt que de s’enfermer dans les luttes partisanes, ils vont se lancer dans la véritable politique. Les problèmes environnementaux, les énergies renouvelables, les alternatives à la croissance matérielle, les nouveaux modes d’organisation… vont réoccuper le devant la scène.

Il est vital que chacun des citoyens puissent faire des propositions et discuter des propositions des autres. C’est ainsi, grâce à la collaboration à vaste échelle, que nous découvrirons des solutions nouvelles.

Nos politiciens appartiennent tous à l’ancien monde du top-down. Ils disent sans cesse « je veux » ou « il faut » ou « la solution, c’est », utilisant des expressions qui devraient être bannies du langage politique du vingt-et-unième siècle.

Ce siècle sera bottom-up ou ne sera pas.

En ce sens, une présidentielle est totalement top-down, donc totalement étrangère à la logique du cinquième pouvoir. Les rares candidats s’expriment essentiellement via les médias top-down (et ils ont raison car ils ont accès à ses médias et sont ainsi sûr de toucher une large audience).

En revanche, lors des municipales, les grands médias, même les médias locaux, seront incapables de reprendre la voix de tous les candidats, internet aura alors un grand rôle démocratique à jouer.

Mais ces nouvelles élections, à mon sens plus importantes que la présidentielle, ne resterons qu’un épiphénomène par rapport à la tâche de défendre la santé de la planète et de repenser son développement. Le connecteur est avant tout un homme engagé dans son temps plus qu’un militant.

Je suis heureux que la présidentielle soit bientôt dépassée. Nous allons arrêter de chercher derrière chaque parole des manœuvres électorales. Maintenant, et nous allons nous mettre au travail. Tout ça commence dès lundi. Promis, j’ouvre mon wiki.

PS1 : Jérôme Colombain m’a demandé ce que je pensais du déferlement des vidéos. En 2005, ça n’existait pas, a-t-il remarqué. À mon sens, il y a deux explications.

  1. La technologie a progressé. Nous disposons de plus de bande passante, les caméras vidéo se banalisent tout comme les services de publication. Du coup, chaque citoyen devient un paparazzi en puissance. Et les hommes politiques n’ont qu’à se tenir à carreau, ce qu’ils font de mieux en mieux d’ailleurs, voilà pourquoi nous n’avons pas trop eu de petites phrases fâcheuses.
  2. Une présidentielle, c’est une élection monarchiste, on vote pour une personne plus que pour ses idées. Et une personne, ça génère plus d’images que les idées.

PS2 : Écrit depuis la maternité…

Cet article a été publié le Friday 4 May 2007 à 20:17 dans la catégorie Politique 2.0. Vous pouvez suivre les commentaires avec le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire ou faire un trackback depuis votre site.

16 commentaires à “Nous avons beaucoup appris”

  1. gravatar.comIza a écrit :

    :-) mais….

    lâche moi ce clavier tout de suite et file bercer ton petit… non mais !, drogué va !

    Signé : une mère solidaire

  2. gravatar.comGarbun a écrit :

    Quand le petit Emile pourra lire ce post, il te reniera. :)

  3. gravatar.comisabelle a écrit :

    :) bienvenue à emile !
    Bravo encore une fois pour ce post. mais on est en période de transition. je trouve qu’il faut travailler sur les deux tableaux, l’ancien monde des présidentielles, et le nouveau monde d’ici.

  4. gravatar.comIza a écrit :

    à part ça, je te l’ai déjà dit, prête à remonter mes manches …. à lundi !

  5. gravatar.comCarlo Revelli a écrit :

    Bravo… bravo… :-) Il faut le faire bloguer très vite le petit Emile pour qu’il apprenne très rapidement les rudiments du 5ème pouvoir qui lui seront très utiles dés dimanche soir hélas…. :-(

  6. gravatar.comMichel a écrit :

    Allez-vous vraiment faire ça ?

    Alors, vous allez vraiment faire ça ?

    Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres,
    vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous
    allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir,
    vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?

    Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?

    Vous, les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour
    cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?

    Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés,
    les laves plus blancs que blanc vous allez faire ça ?

    Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons
    hauts? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles?
    Parce que vraie ?

    Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas
    cinquante propositions sur les cents ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ?
    Vraiment, rien du tout ?

    Trop de quoi ? Pas assez de quoi?

    Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à
    gauche toute ?

    Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus
    à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?

    Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007,
    mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est
    plus chic.

    Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur
    ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux
    qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que
    ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même
    estimable.

    Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin
    s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a
    vu se si nombreux, si heureux, à Bercy avant hier, qu’ils votent pour
    leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins
    estimable, mais quoi de plus normal ?

    Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de
    travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment
    rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?

    Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une
    grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que
    nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de
    la droite dure ?

    Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez
    pas ?

    Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi
    êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être du bien de ceux qui
    ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.

    Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une
    seule. La votre.

    Je vous en supplie.

    texte écrit par > Ariane Mnouchkine

  7. gravatar.comGarbun a écrit :

    Michel, je crois que les personnes qui ne votent pas pour Royal sous pretexte qu’elle est une femme doivent se compter sur les doigts de la main.

    Bon en tout cas je doute qu’il y en ai ici.

    Personnellement si je ne vote pas pour elle c’est parce que, de mon humble point de vue, les solutions qu’elle préconise pour chacun des problèmes qu’elle a pu évoquer ne feront que les empirer. On ne ramène pas la croissance et on ne lutte pas contre le chomâge en faisant fuir le capital par un rajout de taxes (et elle s’y est engagée).

    Le fait qu’elle répète sans cesse qu’elle a des valeurs morales (sous entendu que les autres candidats n’ont et n’avaient pas), peut marcher pour certains naïfs mais n’est certainement pas la bonne méthode pour me convaincre, car je suis parmis les plus purs et intelligents, comme indiqué dans ton message (non mais sérieusement : “purs” ?!).

    Je n’aurais pas plus envie d’avoir Sarkozy comme ami que Royal, il a des défauts bien embêtants pour un futur président, mais au moins son programme économique va, je pense, à peu près dans le bon sens pour que la France reprenne du terrain sur le pouvoir d’achat, pour les riches comme les plus pauvres. Et, tant qu’il ne réduit pas en même temps les libertés individuelles, c’est la chose la plus importante.

  8. gravatar.comPaul de Montréal a écrit :

    Félicitations pour le petit nouveau.

    Je comprends mieux pourquoi le papa n’a plus la tête dans la politique française. Qui l’aurrait dans ce contexte là d’ailleurs ? ;)

    L’internet c’est INTERNATIONAL ne l’oublions pas et la France a rattrapé son retard dans ce domaine. Ce qui etait visionnaire pour la France, ne l’etait plus en Amerique du Nord. Reste que je suis pas d’accord avec Thierry quand il disait dans un precedent post que les voix des intellectuels/scientifiques sont davantage écouté aux USA qu’en France.
    Je dirais que c’etait le contraire mais que le dictat du “populaire” nous rejoint avec les candidats fumistes de cette élection française : une premiere apres les candidats “je sais tout”.

  9. gravatar.comSwimmer21 a écrit :

    Félicitations d’abord à la maman et au papa et bienvenu à ce petit d’Homme!
    Je suis bien d’accord avec le post de Thierry.
    J’ai assisté à un atelier organisé par la FING et j’ai été marqué par la profondeur du changement actuellement à l’oeuvre. Ainsi, les nouvelles technologies loin de seulement modifier le champ politique invitent à façonner de nouveaux espaces comme la ville. Les espaces publics par exemple sont à réinventer : dans le métro, certains écoutent leur musiques, sont en contact avec leur communauté et de fait avec les autres voyageurs dans une perspective nouvelle : à la fois ici et ailleurs. Une manière de vivre l’ubiquité, fait émergent. Les espaces deviennent partagés et même parfois avec des personnes fort lointaines géographiquement.
    Je viens de comprendre grâce au post de Thierry pourquoi je ne voterai pas dimanche : je ne veux pas choisir en patate et pomme de terre. Car je trouve inutile de participer à cette alternative illusoire (terme utilisé par Watzlawick pour qualifier l’illusion de choix dans un cadre sans alternatives).

  10. gravatar.comlény a écrit :

    Que de perspectives, p’tain oui ça va faire du bien la fin de toutes ces tactiques, stratégies etc pour rien. Oui au 5°pouvoir, oui au réseau, oui à l’échange.
    Bienvenu à ton gamin Thierry, repose toi (la maman aussi) et à très bientôt … ;)

  11. gravatar.comMichel a écrit :

    Bonjour

    @ > Garbun

    Sur cela s’est élevée la question de savoir s’il vaut mieux être aimé que craint, ou être craint qu’aimé ?

    On peut répondre que le meilleur serait d’être l’un et l’autre. Mais, comme il est très difficile que les deux choses existent ensemble, je dis que, si l’une doit manquer, il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. On peut, en effet, dire généralement des hommes qu’ils sont ingrats, inconstants, dissimulés, tremblants devant les dangers et avides de gain ; que, tant que vous leur faites du bien, ils sont à vous, qu’ils vous offrent leur sang, leurs biens, leur vie, leurs enfants, tant, comme je l’ai déjà dit, que le péril ne s’offre que dans l’éloignement ; mais que, lorsqu’il s’approche, ils se détournent bien vite. Le prince qui se serait entièrement reposé sur leur parole, et qui, dans cette confiance, n’aurait point pris d’autres mesures, serait bientôt perdu ; car toutes ces amitiés, achetées par des largesses, et non accordées par générosité et grandeur d’âme, sont quelquefois, il est vrai, bien méritées, mais on ne les possède pas effectivement ; et, au moment de les employer, elles manquent toujours. Ajoutons qu’on appréhende beaucoup moins d’offenser celui qui se fait aimer que celui qui se fait craindre ; car l’amour tient par un lien de reconnaissance bien faible pour la perversité humaine, et qui cède au moindre motif d’intérêt personnel ; au lieu que la crainte résulte de la menace du châtiment, et cette peur ne s’évanouit jamais.

    Nicolas Machiavel - (1469-1527)

  12. gravatar.comJean-Hugues Matelly a écrit :

    Bonjour à toutes à tous tout d’abord,

    Je pense qu’il n’y a aucune crainte à avoir sur la capacité de Thierry à s’occuper du petit dernier, de toute la famille, du blog, et de tout plein d’autres choses… à la fois. En tout cas, il y a un quart de siècle, d’après mes vieux souvenirs (cela ne nous rajeunit pas ;) ) il arrivait déjà à se démultiplier intellectuellement. Bon oui, le biberon et les couches n’ont rien de très intellectuels…

    Sans digresser plus avant, mon commentaire sur le texte et en particulier cette phrase : “je crois que c’est grâce à internet que les Français sont redevenus des animaux politiques”.
    Je ne suis pas certain que ce soit la raison dominante (je pense plutôt à des phénomènes d’attirance / rejet très marqués envers certains candidats en tant que personnes ou en matière d’idées).
    Pour autant le phénomène de retour à la politique via internet est bien réel, et le renvoi à une citation antique “l’animal politique” trouve toute sa place dans le parallèle évident entre l’agora grecque (puis le forum romain) et leurs formes dématérialisées actuelles.
    Si la montée de l’individualisme, la mobilité renforcée des personnes, l’éclatement des familles et des solidarités rendent plus difficiles la reconstitution de ces espaces de débats et d’échanges publics physiques, l’internet concilie les habitudes de cette “solitude” physique et la participation active au sein de communautés nouvelles.

  13. gravatar.comPhilippe a écrit :

    Toute l’équipe Asnierois.org adresse les plus chaleureuses félicitations au Papa, à la Maman et au petit bout d’homme…

    A bientôt…

  14. gravatar.comlény a écrit :

    BANG”

    C’est maintenant qu’il va falloir faire des choses ensemble ….

  15. gravatar.comadam kesher a écrit :

    Toutes mes félicitations !

  16. gravatar.comMichel a écrit :

    Bonjour

    C’est aussi maintenant que le cinquième pouvoir va prendre totalement son essor.
    Fini les cafouillages et les incertitudes, ici commence une nouvelle ere.
    Le prince ne gouvernera pas.

    @+

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