Archive : May 2008

Généralistes contre spécialistes

26 Monday May 2008

Quelques définitions pour commencer.

  • Ne pas étudier. Expression du peuple des connecteurs qui était entendue au sens de ne pas suivre un parcours étiqueté mais choisir dans l’immensité des savoirs ceux capables d’enrichir sa personnalité. Ne pas étudier ne veut donc pas dire ne pas apprendre mais apprendre ce que tu choisis d’apprendre, ce qu’aucun cursus ne peut te proposer, même le plus maléable. Quand tu commences par faire un école pour avoir un diplôme qui te donnera tel ou tel job, il y a un bug.
  • Généraliste. Antonyme : spécialiste. Synonyme : éclectique. Celui qui n’est spécialiste de rien a priori mais qui a l’aptitude de plonger dans un domaine si nécessaire. Ératosthène est le prototype du généraliste. Un généraliste ne s’enferme pas dans une voie une fois pour toute. Ainsi un généraliste « n’étudie pas », il ne fait pas une école (et s’il en fait une ça n’a aucune importance), car il n’existe pas d’école du généralisme (chaque généraliste s’invente son cursus). Il ne connaît pas moins de choses qu’un spécialiste mais les choses qu’il connait se répartissent plus horizontalement.
  • Spécialiste. Personne ne peut s’intéresser qu’à une chose donc le pur spécialiste ne peut exister. Mais un critique d’art plastique qui ne sait parler que de l’art et qui n’ose jamais parler de littérature, de musique, de mathématique, de philosophie… est un spécialiste. L’analogie médicale suffit à bien comprendre la différence entre généraliste et spécialiste. Dans Ératosthène, je défends l’idée que, en période de changement extrême, le spécialiste n’est plus adapté car les spécialités du passé explosent et celles de l’avenir n’existent pas encore.
  • Expert. C’est un mec qui a un CV et qui, de ce fait, est censé avoir une opinion juste sur quelque chose. Un expert peut être un généraliste ou un spécialiste. C’est une fonction sociale souvent employée pour justifier les décisions de ceux qui se placent au-dessus des autres (et nous faire avaler des couleuvres). Voilà pourquoi je déteste les experts. Il faudrait leur faire confiance banco.
  • Structure. J’oppose ce mot à désordre et l’associe à une forme d’ordre. Ainsi la plupart des phénomènes naturels apparaissent structurés. Tous les réseaux, sauf les réseaux aléatoires, ont donc une structure.
  • Hiérarchie. C’est une structure très particulière qui se schématise en strates, souvent suivant le modèle pyramidal mais pas seulement. Dès que je parle de hiérarchie, je pense au mille feuilles (un de mes gâteaux préféré) et je me dis toujours que je préfèrerais être la couche supérieure bien croustillante que celle coincée entre deux tartines de crèmes (chantilly de préférence à au beure).

Maintenant, je vais répondre une seconde fois à Stan suite à ses nouvelles interventions. Je ne crois pas que nous soyons d’accord comme tu le supposes. Que les hiérarchies facilitent la vie ne justifie pas que nous les utilisions. La dictature a quelques avantages aussi, en économisant par exemple la liberté. L’efficacité ne justifie rien du tout.

Je pense que nous devons nous affranchir des hiérarchies car, même bien intentionnées, elles contiennent les germes de la dictature. « Puisque je suis au-dessus de toi, tu vas faire ce que je te dis.  » Nous devons nous casser la tête pour y parvenir (et c’est possible…). C’est valable en informatique comme dans la vie de tous les jours. Si en informatique nous nous enfermons dans des systèmes hiérarchiques, nous seront les esclaves de ceux qui contrôleront ces hiérarchies. Voilà pourquoi, par exemple, j’applaudis toutes les tentatives de création de réseaux indépendants du système de nommage traditionnel par DNS (le point à point de modem en modem par exemple).

Je ne veux décapiter rien du tout. Je ne prône pas la révolution. Je pense que nous pouvons construire à côté du système hiérarchique un système qui ne le serait pas ou le serait de moins en moins (de nombreuses amorces existent). Les gens choisiront alors dans quel système ils vivront.

Jusqu’à aujourd’hui, le système hiérarchique n’a jamais laissé ces initiatives se développer (les utopies pirates par exemple…). Logique, dans ce système, les hiérarques entendent garder leur position dominante. Le système hiérarchique a cela de particulier qu’il est sectaire. Les hiérarques croient invariablement qu’il existe un idéal dont ils sont très proches. Si on faisait la statistique, nous trouverions sans doute que 100% de ces hirérarques croient en une des trois religions du livre (ou apparentée), forme très spéciale de spiritualité, qui a pour conséquence de renforcer leur position en la justifiant.

Pour moi, une autre forme de spiritualité peut exister, une spiritualité qui ne recourt à aucune hiérarchie. Depuis la nuit des temps, des centaines de dieux ont existé, souvent placés au-dessus des hommes, sauf dans les religions comme le bouddhisme qui ne recourent pas au concept de Dieu ou plutôt qui le placent en chacun de nous. Pour un humaniste, l’homme est plus important que Dieu. Nous devons aimer ce qui existe sous nos yeux. Il y a une chose merveilleuse dans le monde : la créativité. Elle déborde de partout. C’est la véritable merveille et c’est elle que je préfère vénérer… Elle a la puissance de nous arracher des habitudes et d’inventer ce que beaucoup jugent impossible.

J’en reviens à quelque chose de plus terre à terre mais qui est intimement lié à ce qui précède. Stan, quand tu dis que les experts doivent simplifier leur discours pour se faire comprendre, tu poses un postulat qui n’a rien de nécessaire. Dans une société non hiérarchique, il ne s’agit pas de se faire comprendre de tous mais de tous ceux que ça intéresse. Et tu peux parier qu’il y aura des gens capables de te comprendre (si tu es capable de t’exprimer clairement).

C’est le modèle hiérarchique, sa version pyramidale, qui nous a imposé la vision « moi Dieu doit être entendu de tous. » Mais c’est absurde. Tout le monde ne peut pas entendre tout le monde. Partant de là, on parle à ceux qui veulent nous entendre et jamais à tout le monde (ce qui est tout simplement impossible… à moins de se prendre encore une fois pour Dieu). D’un côté, il y a des gens qui sont ouverts, qui discutent et se mettent en position de faiblesse. De l’autre, il y a des experts qui se protègent car ils protègent leur gagne-pain.

L’éducation, qui nous impose de manière autoritaire l’accumulation de savoir, est essentielle afin de devenir soit même un expert dans une poignée de domaines et être en mesure non pas de comprendre la communication extérieure simplifiée d’un système, mais le système lui-même.

Tu poses encore le même postulat. Si seuls les experts peuvent comprendre quelque chose, si les autres n’ont pas accès à leur expertise, nous sommes en état de dictature. Je ne prétends pas que nous devons tous devenir les experts de toutes choses, devenir neurochirurgien au moindre mal de crâne, mais juste que nous devons plonger dans ces matières si nous en éprouvons le désir (dans ce cas, il faut bosser je n’ai jamais supposé que quiconque avait la science infuse). À ce moment, nous devons pouvoir prétendre dialoguer à égalité avec ces dits experts.

Tu balaies d’un revers de la main la vie de tous les grands éclectiques qui au cours des siècles ont fait avancé la culture humaine. D’Ératosthène à Da Vinci, de Cicéron à Leibnitz… Je pourrais citer tous le courant contemporain des nouveaux essayistes américains, à commence par Taleb. Lui et ses amis, dont certains prix Nobel, ont fait le choix de publier leurs nouvelles idées dans des livres distribués en librairie plutôt que dans des revues scientifiques. Les experts ne parlent plus aux experts car ils ont compris que l’innovation peut jaillir de partout (c’est le principe de la wikinomics).

Il ne s’agit donc pas pour moi de pproposer un monde où personne ne se ferait confiance, bien au contraire. Je demande aux experts de nous faire confiance le jour où nous nous intéressons à leur domaine. La confiance ne se donne pas aveuglément. Si un mec dans la rue te jure qu’il est pilote d’avion, vas-tu immédiatement monter avec lui en avion ? Moi, quand je vois un CV, je ne fais pas confiance. Le CV ne prouve rien. La confiance se construit. Elle n’est pas due (surtout pas aux hiérarques).

Mais je voudrais mettre en garde aux démons de cette technologie. L’accès gratuit a une information très diversifiée, vulgarisée, si peu vérifiée, ne dois pas nous donner l’illusion d’une connaissance absolue et accessible a tous. L’acquisition du savoir est difficile, l’acquisition du savoir est laborieuse, mais l’acquisition du savoir est aussi le seul moyen à notre disposition pour changer le monde qui nous entoure.

Tu supposes donc que certaines élites peuvent accéder à la connaissance absolue ! Et tu cherches à faire croire que je suis contre l’acquisition des savoirs alors que je défends pour tous ce droit… et que j’en fais même un devoir tout au long de la vie (acquisition qui n’a aucunement besoin d’être laborieuse comme tu le supposes, pour moi c’est un jeu). Je viens de lire Le Guépard. Tu me fais penser au prince Salina qui dit :

Il faut que tout change pour que tout reste comme avant.

Où ne pas étudier

25 Sunday May 2008

Je ne suis pas le seul promoteur de la networked civilisation comme Stan veut essayer de le faire croire. S’il existe un endroit au monde où elle est pensée et construite aujourd’hui c’est bien à Sandford, et dans ses environs, notamment en poussant vers Santa Fe. Quand, comme Stan, on a la chance d’étudier là-bas, on a la chance de ne pas étudier au sens où je l’entends, c’est-à-dire de pouvoir papillonner entre tous les penseurs contemporains, de les butiner, de se construire sa propre vision du monde.

Stan tu es le fruit des grandes écoles françaises. Il t’est difficile de me répondre autrement que comme tu le fais après les études que tu as effectuées. Quand on est centralien, polytechnicien ou un truc de genre, le plus souvent on a renoncé très jeune a sa liberté pour devenir un agent du système centralisé. Durant ses années de pure créativité, on a déjà commencé par bosser comme un chien pour stocker des données créées par d’autres, ce qui me paraît un non-sens qui a lui seul peut miner une destinée (alors plus tard on s’acharne pour préserver ce stock, d’autant plus quand on devient PDG d’une grande boîte ou émissaire du G8).

Que ce système centralisé dont tu es un fleuron existe et soit partout, c’est donc un truisme que personne ne met en doute. Ici et dans mes livres, je parle d’une autre possibilité et pas de ce qui est. Je parle toujours de vers où on pourrait aller, vers où j’aimerais qu’on aille. D’une société où tu ne serais pas en haut sous prétexte que tu as fait une grande école, par exemple.

Ta critique se résume à cette éternelle discussion terminologique que nous avons sans cesse ici (et qui oppose toujours les tenants d’une autorité supérieure et les autres). Qu’est-ce que nous mettons sous les mots ? Par exemple, j’ai cent fois dit qu’une structure en réseau était hiérarchisée (et aussi qu’une hiérarchie pouvait être en réseau… en étoile par exemple). Il suffit d’analyser les nœuds d’un réseau distribué en comptant le nombre de liaisons vers d’autres nœuds. Ainsi on recrée une hiérarchie de ce point de vue. D’une certaine façon, même l’évolution est hiérarchisée puisqu’elle utilise des formes qu’elle a déjà créées pour en créer d’autres. Mais c’est une hiérarchie sans autorité supérieure, sans centre, sans sommet.

Ainsi j’utilise hiérarchique toujours dans le sens d’autorité hiérarchique (et non de structure car tout est plus ou moins structuré… sauf le hasard pur par définition). Je me bas d’ailleurs pour dire qu’une société non hiérarchique n’est pas déstructurée, elle produit simplement une nouvelle structure. Quand je pense hiérarchie, je pense à une société où les employés ont des chefs, les chefs d’autres chefs et ainsi de suite jusqu’à atteindre Dieu. Ce monde là me déplait et nous pouvons en inventer un autre (même si cela déplait aux chefs et qu’ils se battront pour préserver leurs privilèges ou ceux dont ils rêvent de bénéficier un jour).

En informatique, tu as la possibilité de créer des systèmes qui fonctionnent avec une telle hiérarchie autoritaire et tu as aussi la possibilité de créer des systèmes indépendants qui interagissent. Nous avons deux voies qui peuvent être antagonistes mais qui peuvent être aussi combinées.

Que Linus Torvalds valide chaque brique de Linux ou que Wikipedia se dote d’une autorité centrale ne prouve pas qu’on ne puisse pas se passer de ces autorités. Simplement nous avons la preuve de la force du système autoritaire qui tend à tout reprendre dans son giron. J’ai ici même souvent critiqué l’excès de centralisation qui se développe sur le web, ce qui me déplait, car je rêve d’un excès contraire.

Le rêve est au cœur de tout ce que j’écris. Je rêve d’une autre société et je discute de sa possibilité. D’autres hommes la rêvent. Ils cherchent à outrepasser les nœuds centralisateurs que tu cites dans ton commentaire. Bien sûr que la bataille n’est pas gagnée mais elle n’est en tout cas loin d’être perdue comme tu le prétends.

Tu énonces un postulat pour démontrer la nécessité d’une forme de hiérarchie :

Il est nécessaire de distinguer la possibilité de communiquer avec la nécessité inhérente à toute communication d’être préalablement mis en relation ou plus précisément d’être capable de nommer son interlocuteur.

Note qu’une telle hiérarchie, alors de type structurelle, n’a pas besoin d’être autoritaire. Il peut exister des dizaines de système de nommages concurrentiels. Ils peuvent même être distribués, dédupliqués en des millions de sites.

Et quant à l’obligation de nommer un interlocuteur je ne vois pas ce qu’elle a de nécessaire (en tout cas dans la vie… et c’est la vie qui au final m’intéresse). Si dans une foule, je tombe nez-à-nez avec quelqu’un que je ne connais pas et que nous allions discuter en terrasse de café, je n’ai eu besoin d’aucun système de nommage, nous pouvons même nous quitter sans nous être présenté, et nous avons pourtant communiqué.

Si nous nous présentons, chacun de nous stocke l’identité de l’autre et nous n’avons toujours pas besoin d’autre chose. Nous n’avons pas besoin d’un tiers pour tenir la chandelle. Bien sûr nous pouvons échanger nos adresses, nos téléphones, nos emails… nous recourront alors à des tiers mais, imagine que nous vivions dans une forêt, nous pouvons dire que nous habitons près du grand arbre sur la colline. Le tiers ne me paraît pas obligatoire… même si je conçois qu’il facilite (les Japonais utilisent d’ailleurs dans leur rue un système d’adressage relatif qui évite le recours à un tiers universel). Ok, les tiers facilitent la vie mais alors multiplions-les, éclatons-les, faisons en sorte qu’ils ne nous emprisonnent pas.

Multiplier les hiérarchies concurrentes, laisser la liberté aux gens de passer de l’une à l’autre, c’est aboutir à un système de fait non hiérarchique.

Tu parles des experts et de la nécessité de les mettre en relation avec le cadre de la networked civilisation. Mais quels experts ? Ceux de la société hiérarchique autoritaire ? Mais ils ne sont experts de rien du tout dans la nouvelle civilisation puisqu’ils tirent leur CV de l’ancienne. Dans la société en réseau, cette société ouverte, l’expert se forme quand on a besoin de lui et il se dissout après. Un bon exemple de ce phénomène est l’émergence d’Étienne Chouard durant le référendum européen (rassurez-vous Étienne existe toujours et il est plus pugnace que jamais). Un diplôme ne te rend expert de rien du tout.

Ta conclusion résume sans doute notre opposition :

J’invite tout le monde à arrêter de prêcher le faux pour « chercher » le vrai. Il est certain que notre système politique en France a de grandes faiblesses, mais je pense qu’il est aussi illusoire de croire que nous pourrions vivre sans « système ».

L’absence de hiérarchie autoritaire (à l’avenir je virerai ce qualificatif comme à mon habitude), ne nous plongerait pas dans l’anarchie, une absence de système comme tu le sous-entends mais dans un autre système. Il nous aidera peut-être à résoudre certains problèmes que le système hiérarchique ne sait pas résoudre (je ne vais pas refaire la liste des problèmes… les enfants s’éveillent de la sieste).

Je suis un antiessentialiste. Il ne me viendrait donc pas à l’idée de chercher le vrai. Je cherche juste à vivre dans un monde qui me plait. Comme Popper l’a montré, notre seule option est de montrer qu’une chose est fausse, au moins partiellement. Laissons la vérité aux dieux.

Le système hiérarchique me paraît se heurter aujourd’hui à de nombreux obstacles, ceux de la complexité notamment. Nous essayons de lui imaginer une alternative au cas où il ne s’en sortirait pas (ce qui d’ailleurs ne nous déplairait pas).

En renversant le sous titre du peuple des connecteurs, tu résumes une philosophie à l’opposé de la mienne :

Il est idiot de ne pas obéir, de ne pas voter, de ne pas légiférer, de ne pas étudier, de ne pas promettre, de ne pas manifester, de ne pas travailler, ne pas rationaliser, et enfin, de ne pas croire !

Les seuls hommes que j’apprécie sont ceux qui n’ont jamais obéi aux règles imposées par les autres et qui n’ont jamais cru qu’en eux et dans leurs semblables. Tous ceux qui se raccrochent à une autorité supérieure m’ennuient et font beaucoup de mal à l’humanité.

Non, je n’ai pas arrêté de bloguer

11 Sunday May 2008

Je passe juste mon temps à écrire mon prochain livre, Ératosthène, et, tous les jours, je me dis que je vais écrire en plus un billet, celui-ci par exemple, et tous les jours le temps passe et je n’écris pas mon billet. Hier, Pacco m’a envoyé un dessin qui me force la main.

мебели

J’ai toujours mené de front deux modes d’écriture, celui fulgurant propre au carnet, donc au blog, et celui plus continu et plus réflexif du livre. Souvent, ils n’ont pas été exclusifs chez moi mais maintenant avec les enfants, coZop et mes autres sites je manque de temps pour tout concilier. C’est donc le blog qui trinque. Franchement, je trouve que c’est une bonne chose.

Depuis le début 2006, j’écris des billets qui prolongent Le peuple des connecteurs, même Le cinquième pouvoir est une excroissance d’un travail de synthèse effectué essentiellement en 2005. J’ai l’impression maintenant d’achever un cycle qui d’ailleurs pour moi a commencé avec les versions préliminaires d’Ératosthène. Je ne vais pas éternellement appliquer ma grille de lecture aux évènements qui surviennent dans le monde.

Je pourrais me moquer de presque toutes les mesures du gouvernement Sarkozy et après ? Si Ségolène Royal avait été élue, elle aurait fait preuve du même manque d’imagination. Je n’ai pas envie, plus envie, de tourner en rond.

Lorsque j’aurai achevé mon roman, je me remettrai à bloguer plus assidument car j’écris tous les jours quoi qu’il arrive. J’espère que ma pensée prendra une direction ou une forme imprévue. Je discuterai peut-être de l’idée centrale qui soutient mon Ératosthène, le généralisme. Je m’attaquerai à la brèves histoire de l’informatique, qui sera une tentative de vulgarisation de la société en réseau. Ce travail sera dans la continuité de la matière actuelle mais avec une vocation de vulgarisation, donc je devrai travailler la forme, notamment parce que le projet doit commencer par une série de conférences.

J’ai lu beaucoup de journaux intimes. La plupart, en tout cas ceux que j’ai appréciés, ont été écris en parallèle d’œuvres plus réfléchies. Je crois que c’est inévitable. D’un côté, on s’immerge dans une matière que l’ont porte parfois durant des années, d’un autre, on se laisse aller à ses intuitions et ses impulsions sans souvent prendre le temps de se relire. Le travail d’arrache-pied nourrit notre pensée mais souvent nous avons besoin de prendre un peu d’air.

Le blog est ainsi pour moi un atelier où je déverse ce que je n’ai pas casé ailleurs ou ce que, antérieurement, je n’ai pas développé. J’y propulse aussi des esquisses qui pour la plupart resteront dans cet état. Cette activité n’existe qu’en complément du travail assidu sur un livre. Je ne place pas une forme au-dessus de l’autre, elles vont côte-à-côte, elles s’alimentent l’une l’autre.

Le blog me procure un plaisir instantané. Une brusque libération. Le livre me fait partir ailleurs. C’est souvent un voyage douloureux mais, en chemin, je découvre parfois des trésors que je ne cherchais pas. J’ai besoin de cette aventure. Elle m’anime.

Notes

  1. Je conçois que pour certains auteurs le blog puisse être l’unique forme d’expression. Un art en soi. Mais je demande à voir. Pacco fait un gros un truc en ce moment mais tout cela s’inscrit dans une histoire. Les carnets de Delacroix sont sublimes mais ils n’auraient pas existé sans les toiles.
  2. Mon généralisme, que j’élève comme Ératosthène en art de vivre, m’interdit de m’enfermer dans une forme et même une matière unique. Voilà pourquoi j’attache de l’importance à la programmation. Elle fait travailler mon esprit dans une autre direction. J’ai longtemps aussi dessiné pour la même raison. Même la vie de famille a cette vertu d’ouvrir des directions imprévues.

Alberti et Charlie : connectés

10 Saturday May 2008