Archive : July 2008

C’est la merde qui prédomine

28 Monday July 2008

Beaucoup de blogueurs, dont moi parfois je l’avoue, éprouvent de l’amertume devant la faible fréquentation de leur blog. Il existe pourtant une recette quasi infaillible pour connaître la gloire blogosphérique (plus de 10 000 visiteurs uniques par jour).

  1. Choisir une niche très active commercialement : iphone, ultraportable, GPS… ou très croustillante médiatiquement, les people et parmi eux ceux qui font le buzz. Vous devez parler de ce que les gens cherchent sur Google. Les sujets technologiques sont les plus faciles à monter en épingle. Par exemple, un toubib réussit à faire plus de 4 millions de visiteurs par mois avec un blog sur les rumeurs du monde Mac.
  2. Être un des premiers sur cette niche pour assurer l’antériorité dans les bases de données des moteurs.
  3. L’antériorité fera que vous serez cité comme référence par les autres blogueurs et votre ranking augmentera par une effet d’inertie.
  4. Publier et encore publier pour ne laisser échapper aucun mot-clé. Google scanne votre blog toutes les quinze minutes. Vous devez être en ligne avant vos concurrents. Vous leur arracherez des visiteurs même si vous avez un plus mauvais ranking qu’eux.
  5. Autant dire que faire du copie/coller ne sert à rien. C’est une totale perte de temps. Il faut présenter les choses de manière originale et avant les autres. On ne peut copier que si on dispose d’un ranking égal ou supérieur à ses concurrents. Ce n’est pas comme ça qu’on émerge.
  6. Avoir une bonne santé. Vous devez rester connecter en permanence. Avoir un réseau d’informateurs. Si vous laissez tomber la pression, vous serez distancé.
  7. Si en prime vous trouvez un ton original, vous empochez le jackpot.

Cette recette fonctionne. À vous de savoir si vous avez la vocation pour l’appliquer, sachant que les niches ne se maintiennent jamais longtemps et qu’il faut sans cesse se remettre en question.

Cette recette ne vous donnera pas des lecteurs mais des visiteurs. J’en ai appliqué une variante lorsque j’écrivais des livres de vulgarisation sur internet. À l’époque, je vendais 100 000 exemplaires par an mais je n’existais pas. Les gens qui lisaient mes livres se moquaient de savoir qui les avait écrits car n’importe qui aurait pu le faire. Ils avaient besoin des informations que je publiais mais ils se fichaient bien de la petite main agissante. Ils avaient raison car je ne diffusais aucune vision qui m’était propre. Je me faisais simple médiateur.

À vous donc de savoir si vous voulez plutôt des visiteurs ou plutôt des lecteurs ? Si vous voulez être un éditeur ou un auteur ? Si vous voulez poursuivre l’audience ou poursuivre votre route ? Il y a peu de chance que l’une et l’autre de ces quêtes se croisent, sinon par hasard.

Par exemple, avec blogeee.net, Pierre Lecourt allie sa passion pour les ultraportables avec la mode actuelle autour de ces machines. Je pourrais citer une quinzaine de blogueurs éditeurs comme lui en France.

C’est une bonne manière de gagner agréablement sa vie mais nombre de blogueurs poursuivent un autre objectif. Ils veulent changer le monde, changer leur monde, changer leur vie… Je me range parmi eux mais il serait déraisonnable, en plus, d’exiger un succès tonitruant.

Je ne dis pas que c’est impossible mais c’est forcément aléatoire. Il ne suffit pas d’être le premier sur un créneau et de s’y tenir. Il faut un concours de circonstances, le même qui amène un écrivain à connaître le succès… et pour que cela soit possible, pour que de temps en temps, un écrivain émerge, il en faut beaucoup d’autres qui expérimentent.

Nous autres blogueurs révolutionnaires sommes maintenant dans cette phase de maturité. Les médias ne se focaliseront plus sur nous juste à cause du mot blog mais parce que nous diront des choses qui, peu à peu, prendront du poids.

Nous devons prendre notre temps. Nous ne devons pas nous efforcer à publier tant et plus, chose indispensable pour un blog à succès qui arrache des visiteurs à Google à coup de mot-clé.

On pourrait accuser Google d’ailleurs de favoriser la mode. Mais Google ne fait que réinventer sur le web ce qui existait avant. Si vous écrivez sur ce que les gens aiment lire, et surtout aiment chercher, vous avez plus de chances d’être lu que si vous écrivez sur ce qui vous travaille.

Au final qu’est-ce qui est le plus important ?

À vous de décider.

Pour ma part, être lu pour être lu ne m’intéresse pas. J’ai encore ce luxe. Je ne dis pas que je ne veux pas être lu mais je ne veux pas l’être à n’importe quel prix. Tant que je le peux, je ne quitte pas ma route.

Je sais bien que beaucoup de blogueurs se décourageront. Mais beaucoup d’écrivains se découragent aussi. C’est la vie. Et le meilleur de la forme blog est justement à venir.

La schizophrénie de l’interdépendance

25 Friday July 2008

Je vois deux types d’interdépendance, l’une négative, l’autre positive.

  1. Si un industriel pollue une rivière, il dérange tous les riverains de cette rivière, tous ceux qui consommeront des plantes cultivées avec l’eau de cette rivière, tous ceux qui se baigneront près des plages où se jette cette rivière… Cette interdépendance, plutôt cette dépendance forcée, doit être minimisée. Si un industriel nous force à boire une eau qu’il contamine, il nie notre liberté.
  2. Quand un homme dit quelque chose, quand un écrivain écrit un livre, un musicien compose une chanson… tout doit être fait pour que son message circule. Le flot d’information participe à la création de la noosphère, à la prise de conscience globale, il est vital pour la sauvegarde de la biosphère en un âge où elle est saturée par nos présences.

D’un côté une forme d’interdépendance de nature physique doit être limitée, d’un autre l’interdépendance culturelle doit être favorisée. Est-ce possible ?

Ce problème me rappelle celui de certains libéraux primaires qui veulent libérer les échanges économiques mais sont par ailleurs autoritaristes, déploient les forces de l’ordre dans les rues, cherchent à tout contrôler. C’est ce que j’appelle la schizophrénie du libéralisme. Comment ne pas tomber dans une schizophrénie de l’interdépendance ?

Une première réponse, valable aussi pour le libéralisme, est de reconnaître que le monde est complexe, qu’il n’est ni tout blanc ni tout gris. On peut aller dans un sens dans un domaine, aller dans un autre sens dans un autre domaine. Une forme d’équilibre dynamique se crée alors à la jonction d’aspirations diverses.

Une seconde réponse, qui me satisfait mieux, consiste à coupler les idées d’indépendance et d’interdépendance. L’une et l’autre doivent se construire sans se nuire et, au contraire, se renforcer.

Je dois me rendre indépendant de cet industriel qui m’empoisonne, je dois donc le pousser à renoncer à impacter l’environnement. J’y réussirai parce que je lui suis lié culturellement, parce mon discours l’influencera… et, aussi, parce que j’ai le pouvoir de le boycotter. Sans cette interdépendance entre l’industriel et moi, je ne pourrais donc pas me rendre indépendant de lui.

Maximiser l’interdépendance culturelle revient à se donner plus de pouvoir de liberté, donc plus d’indépendance. Sans interdépendance massive, les imbéciles peuvent commettre des horreurs dans l’indifférence générale.

Toute tentative de réduire l’interdépendance culturelle, donc de limiter les échanges, nous met en danger en tant que société, en tant qu’espèce.

La dictature et les tendances totalisantes seraient plus désastreuses que jamais en un temps de complexité extrême.

L’interdépendance culturelle doit être cultivée pour lutter contre la dépendance matérielle.

Le Tour toujours

24 Thursday July 2008

Comme chaque année depuis mon enfance, je ne manque aucune des étapes phares du Tour de France. Hier, en assistant à l’intégrale Embrun-Alpe d’Huez, j’ai songé que dans un monde non pyramidal, sans média richissime, je ne pourrais pas bénéficier du spectacle.

Si les médias ne sont plus riches comment payeront-ils les avions relais, les hélicoptères, les motos images ? Aucun petit media internet ne pourra jamais assurer le suivi en direct du Tour.

Est-ce sûr ?

Je vois deux solutions pour échapper au modèle pyramidal qui aujourd’hui prévaut dans le suivi des grands évènements.

  1. Collaboratif. Des milliers de petits medias financent la retransmission. Déjà, nous ne sommes pas loin de ce modèle car le réalisateur revend ses images à d’autres medias.
  2. Boom technologique. Le passage vers une société non pyramidale de vaste ampleur n’est possible, selon moi, qu’à l’aide de la technologie (ce qui explique pourquoi nous n’y sommes pas encore). On peut alors rêver de caméras drones qui survolent le peloton et suivent chacun des coureurs, des caméras qui ne coûteront presque rien et qui encombreront le ciel au-dessus de la course…

Cette seconde solution laisse présager un jihad anti-technologique que mèneraient les hiérarques. Si la technologie en se développant fragilise leur position continueront-ils de soutenir ce développement ? Ont-ils le choix ? Sans technologie, sans les revenus qu’elle génère, seraient-ils encore des hiérarques ? Le développement technologique conduit peut-être inéluctablement au non-pyramidal.

Version papier 2007

23 Wednesday July 2008


Comme l’année dernière, je profite de l’été pour relire mon journal de l’année précédente. Je viens de générer la version papier 2007 de ce blog et de la publier sur lulu pour la relire confortablement.

Déclaration d’indépendance

21 Monday July 2008

Après la déclaration d’interdépendance, il est naturel de proposer une déclaration d’indépendance.

Comme l’explique Edgard Morin dans sa Méthode, nous nous retrouvons face à une boucle de feedback. Il faut être indépendant pour se reconnaître interdépendant, cette reconnaissance permettant sans doute de s’affirmer plus indépendant et ainsi de suite. En informatique, nous parlons de bootstrapping. Douglas Hofstadter évoque les boucles étranges à l’origine de la conscience. Elles sont indissociables de toute pensée de la complexité.

En février 1996, John Perry Barlow publia depuis Davos la Déclaration d’indépendance du Cyberspace. Ce texte exalte ma fibre libertaire. Oui, je n’ai jamais donné mon consentement à nos gouvernants de me gouverner. Ils n’ont aucune légitimité.

Pour autant, je ne peux comme Barlow leur ordonner de nous laisser tranquille. Je ne peux l’ordonner ni aux gouvernants, ni à aucun autre homme. Nous sommes interdépendants et personne ne peut laisser tranquille personne. Parce que nous vivons dans un espace clos saturé par nos interactions nous ne pouvons nous ignorer les uns les autres. Que nous nous affirmions citoyens d’un pays, du cyberspace ou de n’importe quelle entité non territoriale ne change rien.

L’indépendance ne se conçoit que dans un espace déconnecté des autres espaces, déconnecté physiquement et culturellement. En conséquence, en l’état de nos technologies, en l’état du monde, l’indépendance est une chimère.

En revanche, nous pouvons et nous devons nous déclarer indépendants moralement, politiquement, économiquement… de tous ceux qui refusent d’admettre l’interdépendance, de tous ceux qui tentent de freiner les échanges qui nous lient les uns aux autres.

Si vous limitez notre liberté de parole, si vous bridez nos canaux de communication, si vous les contrôlez, les écoutez, les piégez, les taxez, nous nous déclarons indépendant de vous.

Nous nous revendiquons libres de nous parler de vive-voix comme à travers les ondes, de nous parler dans le secret de l’intimité comme sur les places publiques.

Vous n’avez pas le droit d’entraver ces échanges qui structurent notre interdépendance. Nos paroles n’appartiennent à personne puisque, par nature, elles transitent de personne en personne.

Nier l’interdépendance est à nos yeux une atteinte à l’intégrité de la biosphère. C’est un acte de guerre.

Parce que nous dépendons de vous, parce que vous dépendez de nous, nous devons nous déclarer indépendant de vous pour montrer que nous ne cautionnons pas vos crimes. Nous avons besoin d’affirmer cette indépendance pour construire d’autres mondes.

En tant qu’indépendants, nous sommes responsables, responsables de votre irresponsabilité.

Vous rêvez de solutions globales, nous ne pouvons pas les accepter, elles sont dangereuses.

Vous proposez de régler nos problèmes, laissez-nous définir nous-mêmes ce qui est bon pour nous.

Vous voulez contrôlez le monde, commencez par contrôler vos vies.

Maintenant, nous sommes indépendants.

Ne l’oubliez pas.

Faites-nous confiance.

Faites-vous confiance.

L’imprévu arrive-t-il rarement ?

18 Friday July 2008

La nouvelle L’imprévu de Jack London commence ainsi :

C’est chose facile que de voir ce qui saute aux yeux, de faire ce qui est prévu. La tendance de la vie individuelle est plutôt statique que dynamique ; cette tendance devient propulsion grâce à la civilisation où on ne voit que ce qui est évident, où l’imprévu arrive rarement.

En 1906, London n’anticipait pas les black swans de Nicolas Taleb. Il note toutefois que leur survenu est terrible pour ceux qui ne savent pas attendre l’imprévu.

Déclaration d’interdépendance

18 Friday July 2008

Il y a deux ans je proposais ma version de la déclaration d’interdépendance. Je reproduis ici la version publiée à la fin du Cinquième pouvoir, en préliminaire d’une réappropriation de la déclaration d’indépendance du cybermonde de John Perry Barlow.

Albert Jacquard explique que nous ne pouvons étudier le monde qu’en décrivant les interactions entre les choses.

Isolé, réduit à lui-même, un élément quelconque de l’univers ne peut être représenté par des mots, car ceux-ci expriment des concepts liés à des interdépendances, écrit-il . […] Que ce soit par l’entremise des sons ou par le recours à d’autres outils de communication, constatons que nous pouvons désormais non seulement échanger des informations, mais transmettre à nos interlocuteurs l’essentiel de ce qui se passe en nous. […] Bien au-delà des mots, des liens de toute nature sont créés par ces rencontres ; ils mettent en place une interdépendance des activités intellectuelles si intense que chaque humain ne peut être défini que par le réseau auquel il participe.

Une fois que nous sommes conscients d’appartenir à un réseau social – réseau que nous contribuons chaque jour à densifier –, nous ne pouvons plus ignorer nos interdépendances. Un homme seul n’est rien ; tout ce qu’il fait, il doit le faire en pensant aux autres, quelle que soit leur localisation dans l’espace et dans le temps. Cette idée s’oppose avec force à la notion d’indépendance à l’origine des États modernes.

Le 4 juillet 1776, les États-Unis se déclaraient indépendants du Royaume-Uni. Le pays devenait souverain. Dès lors, ses habitants devenaient capables d’agir sur leur territoire sans se préoccuper du reste du monde. Au XXIe siècle, cette vision de l’indépendance est catastrophique. Sous prétexte de souveraineté, nous pouvons faire presque n’importe quoi chez nous, surproduire des gaz à effet de serre par exemple.

Toutes les nations indépendantes devraient aujourd’hui renoncer à leur souveraineté et affirmer leur interdépendance. Dans notre monde global, nous dépendons les uns des autres et les générations à venir dépendent aussi de nous. Nous appartenons à un tout appelé biosphère. Cette constatation implique de nouvelles attitudes individuelles et donc politiques.

Le 4 juillet 1962, le président Kennedy parla pour la première fois de la nécessité d’une déclaration d’interdépendance, mais il avait en tête l’interdépendance économique et militaire de l’Europe et de l’Amérique . En 1988, International Humanist and Ethical Union proposa une déclaration d’interdépendance de caractère moral à l’échelle de la planète . En 1998, le vice-président Al Gore suggéra une déclaration d’interdépendance numérique . Mais il faut attendre le début du XXIe siècle pour trouver des appels à une déclaration plus universelle : Ken White , David Suzuki , Joe Smith …

Après la Déclaration universelle des droits de l’homme, il est temps d’écrire une Déclaration universelle d’interdépendance. L’interdépendance est un fait, nous devons en tirer toutes les conséquences politiques. Cette déclaration doit être en Open Source, elle doit être en chantier permanent.

Ça peut marcher.

Nous pouvons la construire ensemble.

Je voudrais terminer en apportant ma pierre à cet édifice encore incertain, me contentant ici d’esquisser quelques pistes en espérant ouvrir des portes à de longues discussions sur le web et ailleurs.

Responsables

La biosphère forme un réseau d’interactions qui lie toutes les choses et tous les êtres vivants. Aucun de nous ne peut s’en abstraire. Dès que nous agissons, nous modifions notre environnement et nous nous modifions nous-mêmes. Nous ne pouvons plus rejeter la faute sur les autres.

Humbles

Au sein de la biosphère, la complexité des interdépendances nous empêche souvent de prévoir les conséquences de nos actes. Régler momentanément un problème complexe est parfois possible, mais les conséquences sur l’avenir sont imprévisibles. Toute politique devrait s’inscrire dans un temps long et non dans celui, trop bref, des échéances électorales.

Précautionneux

Ce qui a été fait ne peut être défait. Il serait bon d’éviter les décisions globales : elles peuvent s’avérer catastrophiques parce qu’irréversibles. Des variantes de toute décision devraient être testées localement puis comparées. Il n’y a pas de solution universelle.

Libres

Interdire les expériences au nom d’un principe de précaution serait sans doute trop restrictif. Pour agir localement, chaque homme devrait disposer de la plus grande liberté possible. En libérant notre imagination, nous nous donnerons le droit d’essayer les choses les plus folles, dans la limite des contraintes imposées par l’interdépendance.

Ouverts

À cause de l’interdépendance, personne ne devrait se limiter à une spécialité mais accepter toutes les interactions et les favoriser.

Écologistes

La biosphère est la maison où nous vivons ainsi qu’une extension de notre corps. Nous devrions la maintenir en bonne santé, c’est une priorité.

Économes

Les ressources de la biosphère sont limitées, il nous faut les ménager, d’autant que nous ne sommes qu’une espèce vivante parmi des millions d’autres. Quand nous consommons quelque chose, nous le prenons aux autres, à tout jamais. Du fait même des limitations des ressources naturelles et énergétiques, la croissance matérielle ne peut être infinie. Les indicateurs économiques devraient comptabiliser les coûts écologiques et sociaux .

Mondialistes

Comme tout est lié, réduire une politique à un pays n’a aucun sens. Tout acte politique national devrait tenir compte du monde.

Fraternels

Quand une partie de l’humanité souffre, l’ensemble de la biosphère vacille. Le devoir de fraternité n’est pas que moral, il est aussi notre seule chance de nous en sortir : nous ne le ferons que tous ensemble.

Révolutionnaires

La biosphère évolue, rien ne perdure inchangé, pas même l’espèce humaine. Quand la situation se modifie, nous devons imaginer autre chose. Quand on a peur du changement, on a le changement et la peur.

Sun Tzu pas toujours visionnaire

11 Friday July 2008

Avec son L’art de la guerre, le général chinois du IVe siècle avant Jésus-Christ est souvent cité, à juste titre, pour sa clairvoyance. Mais sa pensée n’est pas toujours moderne. Exemple :

Le petit ne peut certainement pas égaler le grand, non plus que le faible se mesurer au fort, ni le peu nombreux à la multitude.

Il nuance plus loin cette affirmation sans envisager la puissance de la guérilla à l’âge des réseaux. Il n’imaginait pas qu’une poignée de hackers aurait la possibilité de désorganiser l’économie mondiale. Que quelques fanatiques pourraient frapper au cœur d’une capitale ennemie.

De l’évolution sociale

7 Monday July 2008

Il m’arrive de discuter avec des universitaires. Souvent, je constate qu’ils s’enferment dans leur spécialité.

À Carcassonne, j’ai écouté la conférence de Jean Guilaine, archéologue spécialiste du néolithique. Je lui ai demandé si la transition néolithique pouvait nous apprendre quelque chose sur notre transition actuelle vers la société des réseaux.

Grand blanc. Hésitation. Guilaine n’avait pas réfléchi à la question. Il n’avait jamais sans doute entendu parler de la transition que j’évoquais.

Ce week-end, j’ai revécu la même scène avec un spécialiste de la révolution française. Je voulais savoir si on pouvait se servir du passé pour lire le présent. Il m’a dit que c’était essentiel mais ne m’a donné aucune piste. Lui aussi n’avait pas idée de la transition que j’évoquais.

Mon spécialiste de la révolution m’a dit que nous n’étions pas dans une situation prérévolutionnaire. Je lui dis qu’en effet nous n’étions pas à la veille de 1789 mais cent ans plus tôt. À cette époque, ceux qui parlaient de révolution étaient des utopistes.

Mais si le temps historique accélère à la même vitesse que le temps technologique, cent ans au dix-huitième siècle valent peut-être moins de dix ans aujourd’hui. Personne ne sent la révolution tout simplement parce que les médias n’en parlent pas mais elle est peut-être très proche de nous en années.

Les universitaires pourraient nous aider à décrypter le présent mais ils ont souvent peur de se hasarder hors de leur discipline. Ils ne veulent pas être accusés de transposer des données d’un champ à un autre mais, surtout, d’être accusé d’empiéter sur les plates-bandes de leurs collègues.

Je me suis fais la même remarque en lisant un très bon article de Mark van Vugt dans NewScientist. Il parle de l’évolution des structures sociales et du leadership, mais sans projeter sur ce qui se produit aujourd’hui et pourrait advenir.

Je me suis amusé à ajouter une étape évolutive à son tableau. Je ne prétends pas prédire l’avenir, mais juste insister sur ce qui me semble se produire aujourd’hui et qui peut-être prendra de l’ampleur.

Notes

  1. Mark van Vugt montre que la notion de leadership a évolué. Un chef d’état d’aujourd’hui aurait peut-être été un larbin à l’âge des chasseurs-cueilleurs.
  2. En ce sens dire qu’il y a toujours eux des chefs est absurde car le chef d’une époque ne ressemble pas à celui d’une autre. Lorsque le chef guide son peuple par l’exemple, comme chez les Apaches, il ne peut être comparé au chef d’une entreprise ou à un dictateur. Un chef qui guide par l’exemple n’est tout simplement pas un chef même s’il reste un leader.
  3. Mark van Vugt relève que, au cours de notre histoire, nous avons vécu avec des formes le leadership peu adaptées au présent. Nous avons tendance à designer des leaders inadaptés à la complexité de nos sociétés.