Mieux vaut être anarchiste que de droite ou de gauche

Peace and love

Pour beau­coup, un anar­chiste désire vivre dans un monde sans lois où cha­cun est seul maître de ses choix. Les conser­va­teurs de tout bord ont tou­jours stig­ma­tisé cette posi­tion pour mieux mar­gi­na­li­ser les anarchistes.

Si un homme de droite sait com­ment se battre contre un homme de gauche, il est désarmé contre un anar­chiste. Sa meilleure tac­tique est de décla­rer l’anarchisme comme une pra­tique illé­gale, irréa­liste, uto­piste… autant de qua­li­fi­ca­tifs mépri­sants et dégra­dants pour la seule alter­na­tive poli­tique à la droite et à la gauche, à cette cari­ca­ture de blanc bon­net et de bon­net blanc.

Mais les temps changent. Comme j’ai tenté de l’expliquer dans Le peuple des connec­teurs, les thèses anar­chistes trouvent dans la nature même des phé­no­mènes tant phy­siques que socio­lo­giques une pro­fonde justification.

Tout d’abord, il ne faut pas confondre l’anarchie et l’anomie, c’est-à-dire l’absence de loi. L’anarchisme d’une manière géné­rale ne défend pas cette posi­tion extrême, pas plus que le désordre social ou la révo­lu­tion. Au contraire.

D’un côté, nous avons l’ordre, la société où cha­cun a une place et obéi à un rituel codi­fié a priori, posi­tion sou­vent défen­due par la droite. Les hommes de gauche, quant à eux, aspirent sou­vent à la révo­lu­tion, un pas­sage par le désordre extrême, cet autre côté, mais pour tou­jours reve­nir à l’ordre. Je confonds ainsi la droite et la gauche, car si elles ne prennent pas le même che­min, elles aspirent à la même société top-down.

L’anarchiste lui cherche à se main­te­nir entre l’ordre et le désordre, l’ordre des conser­va­teurs, le désordre des révo­lu­tion­naires. Il se tient à cette posi­tion fra­gile entre deux états diver­gents, ce point de tran­si­tion de phase comme il en existe entre l’état solide et l’état liquide.

À ce point par­ti­cu­lier, dont nous avons décou­vert l’existence dans tous les sys­tèmes com­plexes, notam­ment les phé­no­mènes sociaux, la moindre impul­sion pro­voque des modi­fi­ca­tions de grande ampli­tude. Par ailleurs, c’est à ce point par­ti­cu­lier de ten­sion que se pro­duisent les auto-organisations, ou ces TAZ sui­vant le vocable de Hakim Bey. Bien que nées à la fron­tière entre deux états anta­go­nistes, elles pré­sentent une grande résis­tance aux per­tur­ba­tions. Elles montrent une rési­lience extra­or­di­naire. Ce n’est pas pour rien si les sys­tèmes bio­lo­giques en géné­ral se sta­bi­lisent dans cet état. Pour moi, aujourd’hui, un anar­chiste ne devrait aspi­rer à rien d’autre qu’à main­te­nir sa vie, mais aussi l’ensemble de la société, à ce point par­ti­cu­lier où notre puis­sance d’agir est maximisée.

L’auto-organisation ne se pro­duit que si les hommes res­pectent des règles, soit empi­ri­que­ment décou­vertes et adop­tées, soient pro­po­sées et tes­tées en petit comité avant d’être pro­pa­gées. Qui dit règles, implique un sys­tème judi­ciaire, donc aussi une forme de gou­ver­nance, gou­ver­nance ne vou­lant alors pas for­cé­ment dire gou­ver­ne­ment avec des hommes res­pon­sables pour tous les autres.

Les conser­va­teurs qua­li­fient cette posi­tion poli­tique d’utopiste parce que les hommes seraient pour la plu­part des imbé­ciles capables de se trans­for­mer en bête sau­vage si une élite ne les enca­draient pas. Ils oublient de dirent qu’ils pré­tendent eux-mêmes appar­te­nir à cette élite et que donc leur posi­tion n’est guère crédible.

J’ai tou­jours refusé de me défi­nir comme un anar­chiste. Je trouve que le mot pos­sède un karma aussi mau­vais que « socia­lisme ». Je pense que nous devons trou­ver un autre mot, un mot neuf, pour défi­nir cette posi­tion au point de tran­si­tion de phase, non pas entre la droite et la gauche, dans ce centre vide de sub­stance, mais entre l’ordre et le désordre, dans cet espace de vie, cet espace de tran­si­tion que la société a sou­vent tra­versé, temps aussi brefs qu’heureux, mais sans jamais juger bon de s’y maintenir.

C’était peut-être tout sim­ple­ment impos­sible, faute d’un niveau de com­plexité adé­quat. Là encore, les temps changent. Avec nos tech­no­lo­gies de com­mu­ni­ca­tion, nous ne ces­sons de démul­ti­plier notre com­plexité sociale, tout en étant capable de com­mu­ni­quer les uns avec les autres pour aug­men­ter nos chances d’interagir et donc de nous auto-organiser.

Qui sont les hommes qui défendent les idées poli­tiques que je viens d’esquisser. Des connec­teurs (puisque c’est en se connec­tant qu’on se main­tient à la tran­si­tion) ? Des tran­si­tion­neurs (pour dire où ils se situent) ? Un vocable s’imposera. Je n’ai jamais eu aucun talent pour ce genre de jeu.

PS : J’ai écrit ce billet en réac­tion au coming out de Nico­las Voi­sin.

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13 Tweets 2 Other Comments

36 commentaires à “Mieux vaut être anarchiste que de droite ou de gauche”

  1. gravatar.com Nicolas ip:1
    16 August 2009 @ 22:51

    J’ai tou­jours refusé de me défi­nir comme un anar­chiste. Je trouve que le mot pos­sède un karma aussi mau­vais que « socialisme »”

    > moi de même, jusqu’à tordre le concept avec Baillar­geon qui s’y prend rude­ment effi­ca­ce­ment… de quoi se décla­rer.. anarnaute ?

    c’est plu­tôt un débat ouvert qu’un “coming out”, tu noteras /-)

    atten­dons le retour de Casabaldi ^^

  2. gravatar.com Erasme de Metz ip:2
    16 August 2009 @ 23:28

    Me touche beau­coup cet article et celui de Nico­las Voi­sin … assez d’accord sur le mau­vais Karma !
    Je suis moi même un anar­chiste hon­teux. En fouillant dans ma généa­lo­gie, je suis tombé sur un arrière grand-père anar­chiste; cela m’a mar­qué et me suis reven­di­qué comme tel à l’adolescence (tar­dive) … mais j’ai tou­jours eu du mal avec les anar­chistes acti­viste … jusqu’à ce que je tombe sur Baillar­geon … depuis j’en parle de temps à autre sur mon blog par petites touches (ici pour la der­nière fois: http://metz-utopie.over-blog.net/article-27427873.html) … un vrai sour­nois !!
    Et puis l’air de rien si je suis par­fois lourd avec la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive (d’où mes navi­ga­tions ségo­listes), c’est sans doute à cause de cela !
    Le der­nier livre de Baillar­geon est une vraie clef d’entrée pour réflé­chir autre­ment les cli­vages poli­tiques (ou au moins les cli­vages au sein de la gauche, je reste modeste … quoique …)
    Et bien merci pour votre article

    Quant à trou­ver un nou­veau mot … j’y réfléchirai

  3. gravatar.com Ben voyons ip:3
    16 August 2009 @ 23:32

    Les étiquettes ne veulent pas dire grand chose, sur­tout celles qu’on se décerne à soi-même.

    Les actes valent.

    Le coming-out anar­chiste d’un “PDG” qui sert la soupe de toutes les ins­ti­tu­tions qui achètent ses ser­vices, ça fait plu­tôt rigoler.

    Il prend dix jours de vacances et il rentre vite à Paris car l’essentiel de la vie reste pour lui de gagner des sous et de ser­vir les admi­nis­tra­tions et entre­prises aux­quelles il se vend.

    Anar­chiste ça ??

    On est plu­tôt dans le bobo-hédonisme :

    je m’amuse, je me sers, je m’en mets plein les poches, j’aime le fric, et j’épate en plus la cré­mière en jouant les pirates c’est le der­nier chic”.

    Il y a loin d’un Léo Ferré à un Nico­las V.

    L’un crée des chan­sons, l’autre les vole et s’en fait une gloire et un busi­ness : “tous pirates”, trans­for­mant en mar­ke­ting pour sa société les actions “pirates”.

    Faut arrê­ter de jouer avec les grands mots quand l’horizon d’une vie s’arrête à gagner de l’argent et être PDG.

  4. gravatar.com Nicolas ip:1
    16 August 2009 @ 23:34

    t’a

  5. gravatar.com Ben voyons ip:3
    17 August 2009 @ 0:16

    PS pour Nico­las V

    Tu écris sur ton blog :

    “l’ordre moins le pou­voir” est une for­mule que l’on doit à Léo Ferret.”

    Si tu pas­sais un peu plus de temps dans l’art que dans le busi­ness et le fric,

    tu sau­rais que Léo Ferré s’écrit Ferré et pas “Ferret”.

    Cette faute signe toute la faus­seté du bonhomme.

    Tu ne sais même pas écrire Léo Ferré et à part ça tu es anarchiste ?

    -

    Si tu reli­sais Ferré au lieu de pas­ser ta vie à construire des réseaux sociaux pour des entre­prises et des par­tis poli­tiques, tu te rap­pro­che­rais un peu du vrai esprit de l’anarchie.

    Ou tu évite­rais d’usurper une grande idée pour ser­vir ton image de marque personnelle.

    Allez, écoute,

    écoute Léo Ferré,

    pose ta besace et arrête ta course au fric:

    L’immobilité, ça dérange le siècle

    Il n’y a plus rien

    Quand tu ren­tre­ras chez toi
    Pour­quoi chez toi ?

    Apprends donc à te cou­cher tout nu !”

    Le grand Ferré, le vrai anar :

    http://films7.com/videos/leo-ferre-il-ny-plus-rien

  6. gravatar.com Léo Ferré - "Moins le pouvoir..." ip:4
    17 August 2009 @ 0:38

    Léo Ferré,

    issu du texte com­plet comprenant

    le désordre c’est l’ordre moins le pouvoir” :

    Et vous comp­tez vos sous ?

    Ce qui vous désho­nore
    C’est la pro­preté admi­nis­tra­tive, écolo­gique dont vous tirez orgueil

    Dans vos salles de bains cli­ma­ti­sées
    Dans vos bidets déserts

    En vos miroirs menteurs…

    Vous faites men­tir les miroirs

    Vous êtes puis­sants au point de vous reflé­ter tels que vous êtes

    Les révo­lu­tions ? Parlons-en !

    Parce qu’elles vous servent,
    Parce qu’elles vous ont tou­jours ser­vis,
    Ces révo­lu­tions de “l’histoire”,

    Parce que les “his­toires” ça vous amuse, avant de vous intéresser,

    Depuis deux cent ans, vous pre­nez des billets pour les révolutions.

    Vous seriez même ten­tés d’y appor­ter votre petit panier,
    Pour n’en pas perdre une miette, n’est ce pas ?”

    Leo Ferré,

    texte com­plet sur ce site :

    http://films7.com/videos/leo-ferre-il-ny-plus-rien

  7. gravatar.com Thierry Crouzet ip:5
    17 August 2009 @ 7:46

    C’est vraie que la photo pas top… j’ai mis quelque chose plus dans l’esprit :-)

    Pour les mots, c’est vrai que nous avons hacker, au sens Wark, au sens ori­gi­nel aussi… pas celui de pirate… Mais encore peut-être un mau­vais karma.

  8. gravatar.com Hobbart ip:6
    17 August 2009 @ 8:41

    Essaie le liber­ta­ria­nisme, avec ses variantes minar­chistes ou anar­ca­piennes, tu trou­ve­ras ton bonheur.

    http://www.wikiberal.org/wiki/Libertarien

  9. gravatar.com Thierry Crouzet ip:5
    17 August 2009 @ 9:10

    Depuis des années on me ren­voie là. Pre­mière phrase “Les liber­ta­riens sont des libé­raux radi­caux, oppo­sés à l’État.” Non, c’est pas mon cas. L’état doit chan­ger de forme mais pas dis­pa­raître. Je ne vois pas grand chose qui me satis­fait dans les anciennes approches de l’anarchisme.

  10. gravatar.com Nicolas ip:7
    17 August 2009 @ 10:15

    thierry, tu devrais acti­ver Troll Détector© /-)

  11. gravatar.com Entreprise Globale ip:8
    17 August 2009 @ 10:40

    Le plus déran­geant, sans doute, dans les concepts de gauche et de droite, c’est que ces der­niers per­mettent d’entretenir des cita­delles de par­tis. Chaque église poli­tique sur­vit en oppo­si­tion à l’autre. Mais la société est de plus en plus com­plexe et de plus en plus entre-croisée. Les idées et iden­ti­tés se mélangent et se recom­posent en fonc­tion des cir­cons­tances. Cette forme d’organisation de la démo­cra­tie n’est donc plus adap­tée. Inter­net com­mence à appor­ter des réponses. Mais nous ne sommes pas encore à l’aube du nou­veau modèle…

  12. gravatar.com Henri A ip:9
    17 August 2009 @ 12:37

    Cela fait deux ans et demi au moins que j’avais posté ce texte, pour moi basique. Il semble que cer­tains ( je ne parle pas de l’auteur de CE blog ) n’ont jamais dépassé ni atteint cette base.

    Confes­sions poli­tiques d’un jeune homme in Essais.

    Je ne m’étais jamais inté­ressé jusqu’ici à la poli­tique. L’homme poli­tique, député ou ministre, m’apparaissait comme le domes­tique qui a le soin, dans la mai­son, des choses insi­gni­fiantes de la vie: qui veille à ce que la couche de pous­sière ne soit pas trop épaisse et à ce que les repas soient prêts à l’heure. Bien entendu il s’acquitte de ces devoirs aussi mal que tous les domes­tiques, mais tant que ça peut aller, on se garde d’intervenir. Le pro­gramme d’un parti ou les inter­ven­tions des dépu­tés au Par­le­ment me tombaient-ils sous les yeux, cela ne fai­sait que me confir­mer dans l’idée qu’il s’agissait là d’une acti­vité humaine tout à fait subal­terne et par­fai­te­ment indigne de nous concer­ner inté­rieu­re­ment. Mais il se cachait là-dessous un vieux pré­jugé. Je ne sais quand je l’avais acquis et quel nom je dois lui don­ner. Notre monde me plai­sait. Les pauvres souffrent; leurs mille nuances com­posent une échelle qui des­cend en dégradé de moi jusqu’aux ani­maux. Et même, en réa­lité, plus bas qu’eux, car aucune espèce ani­male ne vit dans des condi­tions aussi « inani­males » que sont inhu­maines celles de nombre d’humains. Et les riches me plai­saient par leur inca­pa­cité à tirer de leur richesse un parti inté­res­sant pour l’âme : en quoi ils sont aussi comiques que ces insectes au vol scin­tillant qui, vus de près, n’ont pour tout corps qu’un stu­pide sachet velu et pour tous nerfs qu’une misé­rable tigelle. Et les rois, dans leur majesté, me plai­saient comme des per­son­nages débon­naires atteints d’une légère ano­ma­lie dont cha­cun s’accommode avec un clin d’œil. Et la reli­gion me plai­sait, parce que nous , conti­nuons à vivre le plus sérieu­se­ment du monde dans des Etats chré­tiens alors que nous avons depuis long­temps perdu la foi. Et ainsi de suite. Cette atti­tude com­por­tait non seule­ment le plai­sir que l’on prend à la diver­sité du monde et l’étonnement quasi phi­lo­so­phique qu’inspire l’extraordinaire téna­cité, élas­ti­cité et résis­tance à toute pres­sion de la nature humaine, qui a donné à ce singe sans dignité sa sou­ve­rai­neté ter­restre, mais encore, et sur­tout, l’appréciation du grand désordre inté­rieur que sup­pose le fait de pou­voir à la fois exploi­ter notre pro­chain et le plaindre, nous sou­mettre à lui et ne pas prendre cette sou­mis­sion au sérieux, ou encore par­ler d’un meurtre avec effroi, et de mille avec séré­nité. Il me sem­blait en effet qu’un désordre à ce point illo­gique, un tel relâ­che­ment des liens qu’avaient consti­tués autre­fois cer­taines forces et cer­tains idéaux, devait être un bon ter­rain pour un grand logi­cien des valeurs d’âme. Puisque cette vie, dans son cou­plage d’éléments anta­go­nistes, est extra­or­di­nai­re­ment har­die — même si c’est à force d’inconséquence et de lâcheté -, il ne reste plus qu’à se mon­trer soi-même encore plus hardi, mais à force de luci­dité. Et dans une période, la nôtre, où chaque sen­ti­ment lorgne dans deux direc­tions, où tout flotte, où plus rien n’est tenu, où plus rien n’est asso­ciable à rien, on devrait réus­sir à tes­ter une fois encore et à réin­ven­ter toutes ses pos­si­bi­li­tés inté­rieures, à trans­fé­rer enfin des labo­ra­toires de phy­sique à la morale les avan­tages d’une tech­nique d’expérimentation sans pré­ju­gés. Que cela nous aide à sor­tir de la lente évolu­tion qui a conduit, à tra­vers bien des échecs, de l’homme des cavernes à celui d’à pré­sent, pour entrer dans une ère nou­velle, je conti­nue à le croire aujourd’hui. Pour me défi­nir d’un mot: j’étais un anar­chiste conservateur.

    La réflexion qui a modi­fié cela paraî­tra peut-être ridi­cule. Elle se tra­duit en quelques mots simples qu’elle me souf­fla : « Toi-même, dans ce que tu pour­suis, tu es déjà un enfant de la démo­cra­tie, et l’avenir n’est acces­sible qu’à tra­vers une inten­si­fi­ca­tion et une puri­fi­ca­tion de la démocratie.»

    Affir­mer que tous les hommes sont fon­da­men­ta­le­ment égaux et frères m’a tou­jours paru, et me paraît encore, une exa­gé­ra­tion sen­ti­men­tale: ma sen­si­bi­lité a tou­jours été plu­tôt rebu­tée qu’attirée par celle d’autrui. Mais je crois évident que la science est un pro­duit de la démo­cra­tie. Pas seule­ment parce que, là, le grand col­la­bore avec le petit et le plus grand dépasse à peine la moyenne de la géné­ra­tion sui­vante. Non: le fac­teur déci­sif, c’est que la démo­cra­ti­sa­tion de la société au cours des deux der­niers siècles a per­mis à un plus grand nombre d’hommes d’accéder au tra­vail com­mun et que, dans ce plus grand nombre — contrai­re­ment au pré­jugé aris­to­cra­tique -, le choix en hommes doués s’est élargi. Je ne mécon­nais pas le risque de nivel­le­ment que peut com­por­ter une acti­vité scien­ti­fique trop « four­mi­lière », mais je crois que le nombre des grandes réa­li­sa­tions est en pro­por­tion de celui des moyennes; le génie, en effet, ne pro­duit jamais du nou­veau mais tou­jours, sim­ple­ment, du dif­fé­rent, et ce sont les talents moyens qui lui donnent la pos­si­bi­lité de se conden­ser en œuvres. L’essor irré­sis­tible qu’ont pris, depuis lors, la connais­sance et la maî­trise de la nature ne sau­rait s’expliquer autre­ment. C’est pure ingra­ti­tude que de faire sans cesse à ces réa­li­sa­tions de l’intelligence le même reproche : a savoir que l’âme n’y a rien gagné, ou même que les choses de l’âme n’ont pu, depuis, que len­te­ment dépé­rir. Sans doute ces réa­li­sa­tions ont-elles ruiné toutes les féli­ci­tés simples (y com­pris celles qui l’étaient au bon sens du mot), en créant un cli­mat mieux fait pour d’autres, plus com­plexes; mais ce n’était pas leur tache de créer, par-dessus le mar­ché, ces der­nières. C’est la nôtre. L’intelligence scien­ti­fique avec sa conscience stricte, son absence de pré­ju­gés et sa volonté de remettre chaque résul­tat en ques­tion, fait dans une zone d’intérêt de second plan ce que nous devrions faire dans les pro­blèmes de la vie.

    Il n’en est pas moins cer­tain que les dom­mages subis de son fait tiennent aussi à son ori­gine démo­cra­tique. C’est l’appauvrissement de la tota­lité inté­rieure au pro­fit de ses par­ties dis­tinctes. L’existence de puis­sants cer­veaux spé­cia­li­sés dans des âmes d’enfants. Non seule­ment les juge­ments des hommes de science sur des pro­blèmes extra­s­cien­ti­fiques sont géné­ra­le­ment conster­nants; mais le mathé­ma­ti­cien lui-même ne com­prend pas l’histoire des civi­li­sa­tions; ni l’économiste l’existence du bota­niste. Cette diver­gence, des goûts ne tient pas seule­ment à l’excessive com­plexité, donc a la gran­deur de la science. Si les savants en effet étaient les fils et les membres d’une société cohé­rente: la science serait deve­nue un simple exer­cice social, une éduca­tion har­mo­nieuse et uni­ver­selle de l’esprit à laquelle le bon goût eût imposé ses limites, éduca­tion qui aurait été à la nôtre ce que sont les capa­ci­tés phy­siques du gen­ti­luomo de la Renais­sance aux modernes records spor­tifs. Mais il se trouve que les jeunes savants viennent des régions les plus diverses de la société, avec des habi­tudes de vie, des exi­gences et des espé­rances non moins diverses, qu’ils se fourrent aus­si­tôt la tête dans leur science à l’endroit même où ils sont par­ve­nus et conti­nuent à mener ensuite, sépa­rés les uns des autres et igno­rants de toute autre culture, l’existence fru­gale de leur vil­lage spi­ri­tuel d’origine.

    Dans le domaine de l’art, nous retrou­vons les mêmes gains et les mêmes peines. Qu’avons-nous en effet, dans l’art d’aujourd’hui, je me le demande, de plus pré­cieux que, pour le sen­ti­ment, cette liberté de séjour que nous devons à la libé­ra­li­sa­tion des prin­cipes moraux et des règles du goût, donc, en fin de compte, là aussi, au grand nombre? C’est elle qui nous donne l’extraordinaire mobi­lité de points de vue grâce à quoi nous recon­nais­sons le bien dans le mal comme le laid dans le beau, dis­sol­vons les évalua­tions rigides que l’on nous a trans­mises et recom­po­sons à par­tir de leurs éléments de nou­velles figures de notre ima­gi­na­tion artis­tique ou morale. Mais c’est tou­jours la même rai­son qui nous empêche d’imposer vrai­ment ces œuvres; de là les par­ti­cu­la­rismes artis­tiques, la mul­ti­pli­ca­tion impuis­sante des cha­pelles, l’escalade effré­née de révo­lu­tions et d’innovations à laquelle se livrent les arts, dès lors qu’aucun public ne les modère. De là la méfiance avec laquelle on accueille toute nou­veauté comme l’œuvre d’un fou et enfin, pour ne pas dire sur­tout, la per­sis­tance géné­rale de ce besoin absurde et fal­la­cieux d’une rédemp­tion par l’art, d’un retour à une sim­pli­cité homé­rique où nous pour­rions une bonne fois nous retrou­ver tous unis dans l’abolition de nos dif­fé­rences. Il n’en reste pas moins hors de doute à mes yeux que nous ne sacri­fie­rons jamais les avan­tages ainsi acquis et que nous pour­rons en sur­mon­ter les pré­ju­dices. Et que nous gagne­rons, si nous ne crai­gnons pas de pous­ser plus loin encore l’évolution en cours.

    Telle est — esquis­sée — ma pen­sée. Et ma convic­tion, dès lors, m’engage à agir dans un sens dont mon sen­ti­ment ne veut rien savoir. Je me livre aux études théo­riques pré­pa­ra­toires qui doivent m’aider à mettre en œuvre ma déci­sion. Je cherche un pro­gramme écono­mique qui garan­tisse la réa­li­sa­tion d’une démo­cra­tie pure, exal­tante, capable de sou­le­ver de plus grandes masses encore. En atten­dant, bien sûr, je vote­rai social-démocrate ou libé­ral selon les cir­cons­tances; mais il est clair que nous avons besoin de quelque chose qui nous arrache à la pla­ti­tude des par­tis actuels et qu’à ce genre d’idées, il faut un pro­gramme écono­mique à titre de décret d’application. Et je me pose ces ques­tions naïves : qui cirera mes chaus­sures, qui char­riera mes excré­ments, qui ram­pera pour moi, la nuit, dans les mines? Mon «frère humain»? Qui accom­plira les gestes dont la réa­li­sa­tion cor­recte exige que l’on passe toute sa vie devant la même machine à faire la même chose? Je puis ima­gi­ner nombre de tâches aujourd’hui mépri­sées et qui ont pour­tant leur magie, dès lors qu’on les accom­plit de plein gré. Mais qui vou­dra se char­ger de tous ces autres tra­vaux aux­quels la misère seule peut contraindre? Avec cela, je veux des. voyages plus confor­tables qu’aujourd’hui et un cour­rier plus rapide. Je veux de meilleurs juges, de meilleurs loge­ments. Je veux man­ger mieux. Je veux ne pas avoir à me fâcher contre l’agent du coin. Quoi donc! moi, l’homme, qui suis l’habitant de cette terre, je ne pour­rais pas obte­nir de ce mien loge­ment un confort un peu meilleur que son piètre confort actuel? !

    En atten­dant, nous fai­sons de la poli­tique parce que nous ne savons rien. La façon dont nous nous y pre­nons le montre assez. Nos par­tis doivent leur exis­tence à la peur des théo­ries. A toute idée, songe avec effroi l’électeur, on peut tou­jours en oppo­ser une autre. C’est pour­quoi les par­tis se pro­tègent mutuel­le­ment contre les deux ou trois idées dont ils ont hérité. Ils ne vivent pas de ce qu’ils pro­mettent, mais de déni­grer les pro­messes des autres. Là est leur com­mu­nauté d’intérêts tacite. Cette obs­truc­tion mutuelle qui n’autorise que de petits résul­tats pra­tiques, c’est ce qu’ils ont bap­tisé Real­po­li­tik. Aucun d’eux ne sait vrai­ment où le fait d’obéir aux agra­riens, aux exi­gences de la grande indus­trie ou à celles de la social-démocratie pour­rait conduire. Ils ne veulent nul­le­ment faire de la poli­tique; ils veulent repré­sen­ter des classes sociales et s’assurer l’oreille du gou­ver­ne­ment pour des reven­di­ca­tions limi­tées. Je n’y ver­rais pas d’objection si, du même coup, ils lais­saient la poli­tique à d’autres; mais non! ils vont jusqu’à conser­ver, en les alliant à des avan­tages écono­miques immé­diats des idéo­lo­gies aussi déva­luées que le chris­tia­nisme, le roya­lisme, le libé­ra­lisme et la social-démocratie. Et en ne les met­tant jamais en pra­tique, ils leur prêtent une appa­rence de sens et de sain­teté ce qui est, de sur­croît, un péché contre l’esprit.

    J’ai la convic­tion qu’aucun de leurs pro­grammes écono­miques n’est réa­li­sable et qu’il ne faut même pas son­ger à en amen­der un seul. Ils seront empor­tés à la pre­mière bour­rasque avec tout le fumier qui s’est accu­mulé sur une terre encore abri­tée du vent, ils se rédui­ront à des ques­tions mal posées aux­quelles on ne pourra plus répondre ni oui, ni non, à la pre­mière rafale de désir qui secouera le monde. Sans en avoir de preuves, je sais que nom­breux sont ceux qui par­tagent mon attente.

    Pour le moment, le temps est encore au calme, nous sommes là comme dans une cage de verre sans oser ris­quer le moindre choc, de peur que tout ne vole aus­si­tôt en éclats. Nous sommes pris, avec le meilleur de nous-mêmes: notre art, nos décou­vertes, dans le filet de la finance … oui, nous aimons l’argent comme une sorte de dieu, de hasard, un organe irres­pon­sable de déci­sion. Croyons nous vrai­ment aucune orga­ni­sa­tion sociale en mesure d’encourager les bons artistes et d’évincer les mau­vais? De recon­naître à telle inven­tion, à telle idée, une valeur qui ne se mani­feste que des années plus tard? Au fond, nous avons l’intime convic­tion que l’État est le der­nier des imbé­ciles. L’argent non plus n’est pas réparti selon la jus­tice, mais il l’est au moins selon le hasard et la chance — et ce n’est pas le déses­poir ins­ti­tué que repré­sen­te­rait un État omnipotent.

    C’est ainsi que viennent les jours de dépres­sion. Il y a une heure, j’ai visité, à Rome, un asile d’aliénés, après quoi je suis entré dans une église. Pour que ce pro­pos n’ait pas l’air d’une pointe, je le dis d’emblée: tout ce que j’ai vu là m’a rap­pelé notre situa­tion. A sept, le méde­cin, moi et cinq grands gar­diens, nous avons fait le tour du quar­tier d’agités. Dans une cel­lule par­ti­cu­lière, un homme nu, déchaîné; nous l’avions entendu crier de loin déjà. Blond, mus­clé, la barbe pleine d’une bave épaisse. Il fai­sait sans cesse le même mou­ve­ment, un mou­ve­ment semi-circulaire du torse avec un spasme de tous les muscles et tou­jours le même geste d’une main, comme s’il vou­lait expli­quer quelque chose à quelqu’un. Et il criait quelque chose que per­sonne ne com­pre­nait, tou­jours la même chose. Pour lui, c’était sans doute quelque chose d’important qu’il lui fal­lait faire entendre, enfon­cer à coups de mar­teau dans l’oreille du monde, pour nous c’était un cri broyé, informe. Là-dessus, je me suis retrouvé écou­tant chan­ter des reli­gieuses fran­çaises. Une petite voix mon­tait, hési­tante, on ne savait si elle était jeune ou vieille, et les voix des sœurs la rejoi­gnaient, la réchauf­faient dans la froide incer­ti­tude du cos­mos. Or, à deux pas devant moi, un homme chan­tait aussi béat, et démo­lis­sait tout. C’était un de ces vieux qui ne peuvent maî­tri­ser, trois fois par jour, un besoin urgent de prier, et que le Dieu des catho­liques est censé tant aimer. Tout le côté vieille fille pay­sanne, mal aéré, du catho­li­cisme, m’a assailli comme une odeur de moisi. De si méchants détours sont-ils néces­saires pour abou­tir a cet ins­tant de chant? Les détours sont-ils néces­saires? Les à-coups, les spasmes, l’absence ou les chan­ge­ments de plan? Est-il absurde de ne choi­sir qu’une par­tie, de n’ouvrir qu’un che­min ? Tout n’advient-il que tout seul, n’importe quand, acces­soi­re­ment? Et jamais par le fait de la conscience et d’une volonté rec­ti­ligne? J’ai pensé au Giar­dino zoo­lo­gico, guère éloi­gné de cette église: tout m’apparaissait du même ordre. Un ani­mal va et vient là sans relâche, va et vient. Enfermé sans bar­reaux. J’ai vu cela hier. L’homme n’est-il pas, lui aussi, un ani­mal jeté du cos­mos dans cette cage? Enfermé sans bar­reaux? Qui va et vient ? Qui ne com­prend pas pour­quoi il ne peut pas sor­tir? Je réponds sans aucune sen­ti­men­ta­lité, froi­de­ment : oui. Tou­te­fois cette trou­vaille lit­té­raire me gêne. La vieille envie me reprend de juger toutes choses vaines. Je bats en retraite. Mais la volonté je l’ai toujours! ”

    Robert Musil, novembre 1913 ( 1913 !!!! )

  13. gravatar.com Ben voyons ip:3
    17 August 2009 @ 13:12

    tu devrais acti­ver Troll Détector”

    J’adore “l’anarchiste” très gêné par la liberté de parole et récla­mant la police et la cen­sure à tout va.

    Nico­las Voi­sin = Tar­tuffe 2.0

  14. gravatar.com Thierry Crouzet ip:5
    17 August 2009 @ 13:48

    Ce texte de Musil est superbe… on atten­dra peut-être encore 100 ans, peut-être l’éternité ou beau­coup moins. Musil et nous avons les mêmes aspi­ra­tions, bien d’autres avant lui et avant nous aussi, seule­ment la situa­tion change. Plus per­sonne ne cire nos chaus­sures parce que nous por­tons des bas­kets. Des robots com­mencent à pas­ser l’aspirateur. Et la com­plexité aug­mente expo­nen­tiel­le­ment. La mar­mite chauffe de plus en plus et nous appro­chons du point de transition.

  15. gravatar.com J ip:10
    17 August 2009 @ 16:19

    quel texte celui de musil!

    bon, celà dit, ils résistent pas mal aux rafales de vent quand même, ils ont même réussi à cal­mer pour un temps la “crise” comme ils disent et pré­ser­ver ainsi l’écosystème, et le fait que 2 per­sonnes sur 3 ne jouent plus le jeu et votent abs­ten­tion ne les per­turbe même pas.

    mais si on croit que muta­tion socié­tale très pro­fonde est en cours, ce qui est tout à fait plau­sible et semble évident à ceux qui ont creusé un peu les logiques du net et de ses déjà retom­bées IRL, on peut parier qu’il va y a voir bras­sage des cartes dont ils ne sor­ti­ront pas indemmes.

    hélas, je ne crois pas que ce sera pour à l’arrivée obte­nir un monde super cool hyper égal fra­ter­nus et tout le tra­lala, il aura lui aussi ses “pro­lé­taires”, ses “libres” et ses serfs.

    par contre, une chose me semble claire, c’est que la situa­tion actuelle ne peut per­du­rer, la démo­cra­tie et par­tant la ges­tion de nos socié­tés s’est trop affai­blie et cor­rom­pue, et comme le dit musil la démo­cra­tie doit au contraire s’intensifier et se purifier.

    il vien­dra par la force des grands équi­libres mys­té­rieux une grande bouf­fée d’air pur qui va faire tous­ser quelques uns!

  16. gravatar.com cricri ip:11
    17 August 2009 @ 17:58

    salut..

    Vous êtes tor­dants de rire.. Vrai­ment. J’avais décidé de ne pas pas­ser ici et puis… allez, allons voir les réac­tions suite à ce billet qui vau­drait dans n’importe quel monde à peu près debout l’échafaud à son auteur. :)

    Et force est d’admettre que je ne suis pas déçu.
    Entre l’illettré qui n’arrive pas à écrire Ferré cor­rec­te­ment et le dis­cours de cer­tains, je m’amuse, je me marre, alors que d’autres que je connais seraient dans une fureur rare.

    Sim­ple­ment, à titre d’info et sans faire le pédant de ser­vice mais je crois bien que le père Prou­dhon, ancien ouvrier, avait estimé dans sa Phi­lo­so­phie de la Misère que l’histoire dans son uni­for­mi­sa­tion tra­ver­sait 4 phases, dont une phase révo­lu­tion­naire.. Alors com­ment s’auto-définir comme anar­chiste aujourd’hui et reje­ter dans le même temps tout concept révo­lu­tion­naire, je m’interroge… :) )(si peu, si peu mon interrogation)

    Ensuite, la volonté de vous situer entre deux sys­tèmes, (les­quels d’ailleurs ?, je n’en vois qu’un, moi, de sys­tème) en maxi­mi­sant votre capa­cité d’agir.. ne tient pas le rai­son­ne­ment car dans la réa­lité vous rai­son­nez et n’exprimez votre opi­nion que dans le cadre même de votre alié­na­tion et sans volonté de la dépasser.

    En fait, comme le disait Marx, les deux classes pos­sé­dante et pro­lé­ta­rienne repré­sentent la même alié­na­tion humaine. Tou­te­fois, la pre­mière, dont vous sem­blez faire par­tie (en toute vir­tuelle ami­tié), se sent satis­faite de cette alié­na­tion par le sen­ti­ment qu’elle prend pour le témoi­gnage de sa propre puis­sance et qui lui donne l’apparence d’une exis­tence humaine.

    C’est bien dom­mage de pen­ser le monde ainsi, mais c’est votre droit. Pour moi, ce que vous pro­po­sez ici c’est plu­tôt du bobo-écolo-anarchisme. Un truc sympa mais vidé de sa sub­stance. Et je ne parle même pas des débats entre “orga­ni­sa­tion­nistes” et “spon­ta­néistes”, on ne sor­ti­rait jamais de l’auberge.

    (Pas la peine de me répondre, j’en par­le­rai à l’occasion avec l’auteur de ce blog autour d’un verre. Ce sera mieux. :) )

  17. gravatar.com Thierry Crouzet ip:5
    17 August 2009 @ 18:03

    Moi je te réponds tout de même… tu nous sort des réfé­rences du XIXe comme si rien n’avait changé depuis, comme si le pay­sage intel­lec­tuel en était au même point… so what? Lis le peuple des connec­teurs avant de boire un coup ;-)

  18. gravatar.com Boboïsme ip:3
    17 August 2009 @ 18:23

    du bobo-écolo-anarchisme. Un truc sympa mais vidé de sa substance”

    Abso­lu­ment.

    Cela fait pen­ser à cer­tains nou­veaux catho­liques, qui se construisent une reli­gion à la carte, qui n’a plus aucune contraintes ni réelle fina­lité, mais sert juste de béquille confortable.

    On pioche un truc sympa dans l’anarchie,

    mais en même temps on marque “PDG” sur sa carte de visite et on tra­vaille pour les par­tis poli­tiques et les grosses entre­prises parce que l’argent il n’y a que ça de vrai.

    Le direc­teur mar­ke­ting qui à Paris porte un T Shirt Che Gue­vara tout en aidant une grosse boite à déve­lop­per son trust c’est tou­jours assez tordant.

  19. gravatar.com » L’insurrection des anarnautes ou le sursaut de la raison ip:12
    19 August 2009 @ 17:30

    […] conver­sa­tion se pro­longe chez Thierry Crou­zet Article ini­ta­le­ment publié sur Nues­blog var wikiovoted=false; function […]

  20. gravatar.com Mikiane ip:13
    20 August 2009 @ 0:32

    Bravo pour ce papier d’une élégance rare.

    Oui l’anarchisme a quel­que­chose de pois­seux dans les gènes: Prou­dhon, la ques­tion juive et l’antisémitisme… Evidemment.

    Je te rejoins aussi sur l’auto-organisation. Nous sommes de la géné­ra­tion Inter­net / Open Source. La Free-génération, la géné­ra­tion bottom-up. S’il y avait à redé­fi­nir cet anar­chisme autour duquel tu tournes il fau­drait pro­ba­ble­ment aller pio­cher dans cette séman­tique là!

  21. gravatar.com Twitter Trackbacks for Mieux vaut être anarchiste que de droite ou de gauche [tcrouzet.com] on Topsy.com ip:14
    23 August 2009 @ 22:27

    […] Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche blog.tcrouzet.com/2009/08/16/anarchiste-droite-gauche – view page – cached Pour beau­coup, un anar­chiste désire vivre dans un monde sans lois où cha­cun est seul maître de ses choix. Les conser­va­teurs de tout bord ont tou­jours — From the page […]

  22. gravatar.com NPA [via anonymyzer] ip:15
    25 August 2009 @ 14:29

    Nico­las Voisin

    PDG de 22 mars.

    22 mars :

    Nous accom­pa­gnons des médias, des marques, des agences, des ins­ti­tu­tions et des dif­fu­seurs dans leurs stra­té­gies édito­riale on-line ou leur com­mu­ni­ca­tion virale.”

    Un anar­chiste qui accom­pagne et aide toutes les ins­ti­tu­tions du Système ?

    On se fend la poire !

    Y’a plus de limite à l’indécence intel­lec­tuelle ici !

    Pour une vraie cri­tique du sys­tème sans com­pro­mis avec les enflures capi­ta­listes, rejoi­gnez NPA :

    http://www.npa2009.org/

  23. gravatar.com J ip:10
    25 August 2009 @ 17:19

    hé thierry, tu laisses n’importe qui s’exprimer sur ce blog ;)
    le NPA, les Nouilles Popu­listes Acérébrées.

    quand je pense qu’il y a des ânes qui n’ont pas encore com­pris que ce truc, sous la hou­lette de kri­vine dans l’ombre et autres fos­siles, n’avait pas l’ombre d’une idée un peu creu­sée, et n’existaient que grâce au sys­tème comme ils disent, par simple et sim­pliste oppo­si­tion à lui.
    ils s’appuient sur lui comme on s’appuie sur le sol pour tenir debout, et sans lui ils ne seraient rien.

    le vide braillard ce Npa ex Lcr, éter­nel refuge des ado­les­cents bou­ton­neux et vieillards poussiéreux.

    beurk
    :)

  24. gravatar.com A lire sur le web du 10 au 25 Août | Tête de Quenelle ! ip:16
    25 August 2009 @ 17:45

    […] Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche – « Si un homme de droite sait com­ment se battre contre un homme de gauche, il est désarmé contre un anar­chiste. Sa meilleure tac­tique est de décla­rer l’anarchisme comme une pra­tique illé­gale, irréa­liste, uto­piste… autant de qua­li­fi­ca­tifs mépri­sants et dégra­dants pour la seule alter­na­tive poli­tique à la droite et à la gauche, à cette cari­ca­ture de blanc bon­net et de bon­net blanc. ». Réponse de Thierry Crou­zet à cet article de Nico­las Voisin. […]

  25. gravatar.com louise_des ip:17
    16 August 2009 @ 23:34

    et puis alors @crouzet cette image… pas ter­rible http://bit.ly/DmBBe

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  26. gravatar.com C1link ip:17
    16 August 2009 @ 23:41

    anar­chisme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Humanisme ? RT @couzet : Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche http://bit.ly/DTvZ6

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  27. gravatar.com citymont ip:17
    17 August 2009 @ 0:57

    les arnautes : http://bit.ly/zbJOD , nou­veaux anar­chistes ? http://bit.ly/DTvZ6

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  28. gravatar.com crouzet ip:17
    17 August 2009 @ 8:27

    Pour se situer en poli­tique http://bit.ly/3SzwDA en rela­tion avec http://bit.ly/DTvZ6

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  29. gravatar.com PolitisCh ip:17
    17 August 2009 @ 8:31

    Après la fureur Friend­Feed dans la com­mu­nauté fr, est-ce le tour de l’anarchisme? Voi­sin http://bit.ly/2RQ83m et Crou­zet http://bit.ly/Hbwj0

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  30. gravatar.com ked_ ip:17
    17 August 2009 @ 13:40

    Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche http://ff.im/-6IY00

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  31. gravatar.com loloster ip:17
    17 August 2009 @ 15:25

    RT @crouzet: Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche http://bit.ly/DTvZ6 (réponse @nicolasvoisin)

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  32. gravatar.com ls01 ip:17
    17 August 2009 @ 18:41

    J’aime rare­ment les com­men­taires longs, sauf les miens et ceux qui citent Musil (chez @crouzet) http://is.gd/2ljck

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  33. gravatar.com Benoit ip:17
    17 August 2009 @ 19:18

    Nous fomen­tons notre propre insurrection.”

    Vous repré­sen­tez qui exac­te­ment ? Le réseau des pirates ? Un nou­veau parti en devenir ?

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  34. gravatar.com Nicolas Voisin ip:17
    17 August 2009 @ 19:55

    Vous repré­sen­tez qui exac­te­ment ?” > ceux qui se recon­nai­tront en ces lignes, ceci est une réflexion, par­ta­gée.. mais qui serait assez sôt pour jurer ne rien faire de ces convictions /-)

    pas un parti, pour sûr !

    N

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  35. gravatar.com mikiane ip:17
    20 August 2009 @ 0:35

    Papier d’une élégance rare chez Crou­zet à pro­pos de l’anarchisme : http://bit.ly/1DTeiN

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  36. gravatar.com analienfeed_ ip:17
    20 August 2009 @ 1:13

    [from stan­jour­dan] Mieux vaut être anar­chiste que de droite ou de gauche: “Si un homme de droite sait comme.. http://bit.ly/3jSG4H

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  37. gravatar.com c_mell ip:17
    22 August 2009 @ 9:20

    Remem­ber pour le jour où j’ai besoin de construire une réflexion sur les bobos ou autres (bobo­geek) http://icio.us/cbq5m5

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Titre (facultatif)

Le cinquième pouvoir
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La décentralisation de la puissance politique.

L'alternative nomade
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Vers une complexité volontaire.

Genius locus
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Polar écolo-minimaliste.

Équinoxe d’automne
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Paris, le 21 septembre 1991, j’avais 28 ans.

J’ai eu l’idée
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« Du sérieux, du pro­fond, du léger, du comique… » Henri Alberti