Octobre 2009 : au rendez-vous des rétrogrades

Hoog

Décidément, il se passe quelque chose d’étrange en France en ce moment. De plus en plus de gens s’affirment comme de fieffés conservateurs. La droite nous y avait habitués. Mais nouveauté, c’est maintenant au tour d’une certaine frange non négligeable de l’intelligentsia.

Nous avons vu les artistes défendre Hadopi et la réduction des libertés numériques pour préserver leurs revenus (c’est ce qu’ils croyaient). Nous avons vu la gauche ne pas trop se mouiller dans cette histoire, et même parfois déraper. Et puis est arrivé octobre, ce fut une véritable avalanche de déclarations catastrophiques : Wolton, Finkielkraut, Ségéla, Plenel, Klein… Notre monde se désintègrerait et plus rien ne serait à sauver. Il faudra que quelqu’un ait le courage d’écrire l’histoire de cet octobre noir.

À vrai dire, je me réjouis. Tout ce beau monde comprend enfin qu’il se passe quelque chose d’important, quelque chose d’historique qu’ils ont raté. Alors ils cherchent à dénigrer. Un des derniers en date, Emmanuel Hoog, avec son livre Mémoire année zéro. J’avais vu l’annonce passer, j’avais laissé passer, un peu fatigué des rabat-joies. Puis aujourd’hui, Bertrand Keller me site et site Hoog en même temps. Du coup, je lis son interview dans Le Monde. Je respire, le bonhomme est plus modéré que ceux déjà épinglés.

Notre demande de mémoire a grandi plus vite que notre capacité à produire de l’histoire, dit Hoog. Voilà ce que j’appelle l’”inflation mémorielle”. Trop de mémoire tue l’histoire. Paradoxalement, faute de repères historiques clairs, nous nous réfugions dans la nostalgie, aggravée aujourd’hui par le phénomène d’Internet, qui fait mémoire de tout. Désormais, le concept s’est privatisé : on ne se contente plus du quart d’heure de célébrité promis à chacun par Andy Warhol, tout le monde veut sa part de mémoire, à travers lui-même, à travers le numérique.

Mais l’histoire est en mouvement, plus que jamais. Si je ne me trompe pas, si nous passons de l’Histoire au Flux, c’est un évènement extraordinaire qui est en train de se jouer. Et ce ne serait pas de l’histoire ça ? Et si avec ce passage au Flux nous réussissions à adresser quelques problèmes majeurs comme la pauvreté ou les dérèglements écologiques ? Comme toujours, il faut juste apprendre à regarder l’histoire dans la vie. Notre histoire n’est tout simplement pas écrite, c’est à nous de la vivre d’abord, puis de l’écrire en suite.

Quelle importance qu’il y ait inflation mémorielle ? Il y a déjà des siècles qu’un homme n’a aucune chance de lire tout ce qui a été produit, de voir tout ce qu’il y a à voir. Qu’il y ait cent fois plus, mille fois plus, ne change rien. Nous donnons simplement plus de chance à la sérendipité (je développe dans mon prochain livre).

Hoog voudrait que soit mise en œuvre une politique de la mémoire. Je commence à me méfier même si j’admets qu’on ne peut pas laisser faire n’importe quoi à Google. Mais eux, au moins, ils bossent. Une politique de la mémoire serait de ne pas empêcher tel ou tel de mémoriser, mais de participer à ce mouvement, de maximiser la duplication des données pour nous mettre à l’abri en cas de crash, de catastrophe, de dictature…

Au final, Keller pose une question qui me paraît beaucoup plus importante que celle de Hoog.

Pour autant nous pouvons nous poser la question de savoir si notre famille, nos amis, notre société conservent une histoire suffisamment partagée pour que nous puissions nous comprendre et continuer à communiquer.

Je crois justement que le flux rend indispensable les histoires, il les rend plus nécessaires que jamais car il n’y a plus pour chacun une histoire pré-tracée. Aucune case sociale ne nous attend. Nous devons nous construire un chemin de vie et les histoires des autres participent à notre initiation.

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4 Tweets 5 Other Comments

11 commentaires à “Octobre 2009 : au rendez-vous des rétrogrades”

  1. gravatar.comEric de Trévarez ip:1 a écrit :

    Que voulez vous, la Mode est au “Rétro”…
    Concernant les “Grades”, les attribuer, relève de l’appréciation personnelle…

    La Mode, élément moteur de la consommation, est une marâtre ingrate. S’il devient délicat de s’attaquer à la Consommation, s’attaquer au Capitalisme fait toujours recette.
    Le Capitalisme présente l’intérêt de demeurer lointain, c’est la faute de l’autre, la consommation nous touche dans la chaire…

    Mais comment s’attaquer au Capitalisme sans s’attaquer à la Consommation (en évitant de plus tout ce qui pourrait sembler politiquement incorrecte). Seuls las spécialistes du grand écart vont pouvoir s’atteler à la Tâche…

    Les cloisons s’effondrent. Les filiations se brouillent, les bien pensants, tout azimut, ne reconnaissent plus leurs petits! Le monde, comme vous le dites si bien, serait-il en train de se désintégrer?

    Loin de m’en réjouir, ce qui m’inquiète, c’est que la Civilisation du Flux est celle aussi des Cotillons et des Paillettes… Les in disent “Bling-Bling”. (Vous voyez toutes les frontières se brrrouillent…) et certains, dans leur grande naïveté, croient encore en la puissance des mots pour sauver la situation: cela s’appellent aussi un exorcisme…

    Eric de Trévarez

  2. gravatar.comOctobre 2009, au rendez vous des rétrogrades | Owni.fr ip:2 a écrit :

    [...] » Article initialement publié sur Le peuple des connecteurs [...]

  3. gravatar.comCharlie ip:3 a écrit :

    “Trop de mémoire tue l’histoire”
    C’est quand même très con comme phrase, non ? Ou alors, c’est nostalgique… d’un temps où l’histoire était simple, où elle se confondait avec le “roman national”, où les vaincus n’avaient pas leur place, les groupes dominés non plus, d’ailleurs. L’histoire des hommes. Blancs. Riches.
    “Trop de mémoire” complexifie l’histoire. L’histoire, mémoire mise en forme par les historiens, ne peut plus qu’être complexe, plurielle, contradictoire même.
    Non, vraiment, c’était très con comme phrase.

  4. gravatar.com1 ip:4 a écrit :

    Quand on reprend un passage où quelqu’un s’est trompé d’objet, on ne poursuit pas sur le même objet (ici l’histoire).

    C’est moi, ou l’expression “notre capacité à produire de l’histoire” a un parfum de révisionnisme ?

    Il semble évident que le mot “histoire” est une monstrueuse coquille dans ce passage du texte de Hoog. Quand on se met à “produire de l’histoire” ce n’est forcément plus de l’histoire, puisque celle-ci ne serait plus relatée, mais inventée.

    Que Hoog trouve un autre mot plus approprié à mettre à la place. Et à dire vrai, il aurait été mieux que celui qui à repris ce passage y ait trouvé et remplacé le mot histoire par le mot que n’a pas su trouver Hoog.

  5. gravatar.comtheuric ip:5 a écrit :

    Fichtre, que n’ai-je lu, plus haut, un quelquonque godelureau royaliste. Ce Jean-paul vociférant oublie, de nous causer, avec tant de hargne, des élites d’aujourd’hui, que c’était, comme maintenant, un affaiblissement intellectuel de ceux-ci qui, à cette époque, fit chuter la royauté. Nos ancêtres passèrent, ainsi, de la liberté d’action, centre philosophique des libéraux de l’heure, à la liberté de penser, fondement de la démocratie. Cet homme est égal à ceux-là même qu’il désigne de son acrimonie. Substituons, donc, les renards libres des seigneurs ou des ploutocrates, dans le poulailler libre du citoyen à la loi protectrice du plus faible!

  6. gravatar.comAymericPontier ip:6 a écrit :

    #miscellanées Octobre 2009 : au rendez-vous des rétrogrades http://j.mp/1z6V9v

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  7. gravatar.comJeanj-Paul Huchon ip:6 a écrit :

    Rétrogrades ? Mais qui parle, là ? Ah oui, c’est vrai, on est en démocratie, n’importe quel plouc peut dire ce qu’il veut aussi fort qu’il veut. Qui est cet illustre inconnu qui se permet de juger les autres, avec ses fautes de français, son emploi de mots qu’il ignore et son démocratisme de crevard, “n’importe qui peut dire ce qu’il veut aussi bien que les pros”. Par les mille gogues de Paris ! On finit en France par ne garder que la chienlit du monde, à nous les miséreux, les pauvres et les raclures de bidets. On vous l’avait dit en 1789: la démocratie conduira au chaos, n’importe quel connard peut parler plus haut que les autres, et en qualité de connards, ils recouvriront de leurs beuglements les propos des gens intelligents. Et, cons qu’ils sont, ils gèreront si mal les choses qu’on en arrivera là où nous en sommes, avec ces masses abruties, ignorantes, viles, vicieuses, fauchées, ineptes, consommatrices, vaniteuses, violentes, parasites. Et elles ont eu le pouvoir, et elles l’ont ruiné. Louis le XVIème, on n’aurait jamais dû te couper la tête !
    “la pauvreté ou les dérèglements écologiques”. C’est ça, le problème ?????? Démago, prétentieux, esclave de la pensée unique !
    Assez de la démocratie, dehors les sans-culotte et merci à l’éducation nationale de les faire aussi c… qu’ils sont: la République n’aura plus de relève. Vive le Roi, la revanche a commencé !

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  8. gravatar.comPierre-Alexandre Xavier ip:6 a écrit :

    Règle numéro 1 : ne pas nourrir le troll.
    Il y a moyen de l’évacuer ?

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  9. gravatar.comNicolas Voisin ip:6 a écrit :

    @Pierre Alexandre > je suis tenté de l’ignorer. ou de l’encadrer celui-là

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  10. gravatar.comPierre-Alexandre Xavier ip:6 a écrit :

    Encadrer… avec la tête ?
    Je plaisante.
    Mais à force de le regarder, il pourrait rendre aveugle…

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  11. gravatar.comal.jes ip:6 a écrit :

    Je l’ai proposé sur trollvelus.fr, comme ça il est à sa place, parmi les siens

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