Les internautes sont-ils des fainéants ?

Faut-il nécessairement passer par le papier et le circuit traditionnel pour être lu quand on écrit un texte de plus de quelques pages ? Je ne cesse de me poser cette question.

Les textes longs impliquent un temps long, celui de la réflexion, celui qui laisse l’imaginaire vagabonder, celui de la créativité… Je ne peux concevoir que nous allons cesser de pratiquer cette forme millénaire. Je m’en sens incapable en tant qu’auteur et que lecteur. Si je n’avais pas lu et écrit des textes longs, je serais incapable d’écrire des textes courts, je serais même incapable de penser.

Ma petite expérience

En juillet, j’ai mis en ligne Genius Locus. J’ai à ce jour eut 847 lectures sur Scridb, version que j’avais mise en avant, et 54 sur Calaméo.

En première approximation, 900 lectures c’est pas mal. La plupart des livres qui sortent en papier n’ont pas autant de chance. Les Éditions Gutenberg n’ont pas fait mieux en lançant Le Conteur, tout en ayant une petite couverture presse.

Mais que signifie ce chiffre de 900 lecteurs ? Combien de pages ont été réellement lues, je n’en ai aucune idée. Les plateformes de lecture ne donnent aucune indication à ce sujet, ce qui en soit est suspect ! Ont-elles peur de décevoir les auteurs ?

Par ailleurs, à part deux avis d’amis, je n’ai reçu aucune critique, rien. Pas même le laconique « C’est de la merde » ou « J’ai décroché à la deuxième page ». Rien : 900 personnes ont regardé le livre et ont passé leur chemin, un peu comme s’il était posé dans une table en librairie. Sur un blog, 900 personnes laissent au moins quelques commentaires. Pour un livre, en tout cas Genius Locus, c’est le néant.

Pas de circuit pour les ebooks

Il existe pour les livres traditionnels un circuit de la critique, des salons, des rencontres… tout un système pour les faire vivre (et faire vivre l’auteur), système qui se prolonge sur le net avec les blogueurs qui parlent des livres.

Mais rien de semblable ne se produit pour les textes longs publiés uniquement en ligne (on trouvera toujours des contre-exemples). Est-ce tout simplement parce que les lecteurs se disent que parce que ce n’est pas sur papier ça n’en vaut pas la peine ? Ils auraient accepté l’idée que des articles de blogueur peuvent être intéressants mais ils ne seraient pas prêts à se coltiner leurs textes longs !

L’argument du confort de lecture tient de moins en moins. Les plateformes comme Calaméo et Scridb optimisent le rendu à l’écran. Elles sont accessibles sur mobile. On peut télécharger les livres sur reader. C’est en train de bouger… et peut-être qu’alors on prendra l’habitude de lire des textes longs qui ne sortent pas du circuit traditionnel.

Autre argument : les gens ne lisent plus que des textes courts. Je crois que c’est faux, en tout cas que rien n’a changé. Il y a toujours eu plus de gens pour lire le journal que pour lire des livres. Est-ce alors que ces gens qui lisent des livres ont moins migré sur le net que ceux qui lisent le journal ? Possible. Mais je n’y crois pas. Nous n’avons tout simplement pas pris l’habitude de lire en ligne des textes longs. Moi le premier même si ça m’arrive de plus en plus souvent.

Remarques

  1. Genius Locus est un texte littéraire et mes lecteurs n’ont pas l’habitude de lire ce genre de texte de ma part. Ceci expliquerait le néant.
  2. Pas sûr que cette explication suffise. J’ai effectué un autre test. Plutôt que de publier sous la forme d’un long billet Le procès du capitalisme, je l’ai mis sous Scridb. Résultat 88 lectures ! C’est pire… J’ai déjà publié d’aussi longs billets qui ont toujours été beaucoup plus lus.
  3. On accepte les scories dans un texte court et moins dans un texte long. C’est ce que je me dis en tous cas. Du coup, Genius Locus n’ayant pas été finalisé par un bon à tirer, je n’ai pas fait sa promotion. J’avais annoncé que je mettrais en place une équipe collaborative pour finir le travail comme un vrai éditeur. Je ne l’ai pas encore fait parce que je suis occupé par mon essai sur le flux.
  4. Dans l’attente de la finalisation de Genius Locus, je n’avais pas mis les textes en téléchargement. Peut-être certains lecteurs potentiels ont-ils été bloqués. Je viens de les rendre disponibles en téléchargement sur Calaméo et Scridb. Format parfait pour une lecture sur reader.
  5. Au final, je me contente de remarquer que quand je publie en ligne d’un bloc un texte long ça ne provoque aucun effet, ce qui n’est pas le cas quand je publie un texte long sur papier.
  6. Croisade qui est publié par bribes engendre beaucoup plus de réactions : de lecteurs, d’auteurs, de journalistes… J’en déduis qu’il faut trouver une méthode pour faire s’écouler les textes longs en ligne. Il faut leur donner de la fluidité. Une page par jour… Et ne pas figer la suite même si elle est déjà écrite. La laisser libre d’évoluer en fonction des réactions.
  7. Je cherche une méthode pour concilier l’exercice du texte long et du flux. De l’écriture tantôt solitaire, tantôt publique.
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96 commentaires à “Les internautes sont-ils des fainéants ?”

  1. gravatar.comF Bon ip:1 a écrit :

    je crois que la réponse est dans l’Internet lui-même : on n’y arrive pas tout seul, on y arrive ensemble

    comme tu le dis très bien, le travail “en aval” d’accompagnement, accueil, propulsion pour reprendre le mot de qqun de bien, cela suppose une communauté

    c’est le choix profond qu’on a fait sur publie.net en parlant de “coopérative”

    mini mini bémol à ce que tu dis de scribd et calameo : ils convertissent enflash et optimisent la lecture feuilletoir, mais le travail d’édition, c’est à dire ce qu’on leur donne à manger, c’est notre propre travail – tout l’enjeu de la lecture dense sur écran, ce que tu dis là aussi parfaitement, notamment sur le temps “long” de lecture, c’est des questions de format de page, d’interlignes, de rapport aux marges, de navigabilité interne où on doit tout réapprendre avec le numérique

    (désolé, c’est vrai que je fais partie des lecteurs Calameo de ton texte, l’ai lu intégralement, mais ne t’en avais pas fait part via commentaires)

  2. gravatar.comstef ip:2 a écrit :

    Hmm… j’abonde dans les explications que tu donnes. En revanche, ce qui est patent, c’est le manque de données (de datas) et l’insuffisance des stats. C’est alors difficile de déterminer des pistes de réflexion.

    J’écris aussi, je vais voir faire un essai avec la nouvelle que j’ai écrite (le roman est toujours en cours d’écriture).

    Ensuite, il reste la question du format… d’attraction.
    Dans un livre papier, il y a un rôle important de la quatrième de couverture, celle qui attire le chaland (en plus du visuel de la première de couv) et qui peut déclencher l’acte d’achat (pour autant, le livre peut être lu bien plus tard).
    Sir des plateformes telles que scribd, on parlerai d’acte de lecture, si toutefois une définition est possible en disant : est comptabilisée comme lecture lorsque tutes les pages sont lues (du moins affichées) et comme “vue” lorsque le livre a été ouvert mais seules quelques pages ont été parcourrues (comme on feuilette un ouvrage dans un bibliothèque). On pourrait corréler les datas en fonction des IP, etc…

    Ensuite, il y a une question de temps : le temps web/internet, n’est pas le même que le temps de lecture (là où on s’installe dans son fauteuil avec un thé ou un café) et où on part pour plusieurs heures de lecture.

    Ensuite, la variable d’environnement : tout est fait sur un ordinateur pour vous distraire (Icône msn, messages facebook, icônes sur le PDF qu’on lit ou autre système, messages twitter, arrivée de courriels, etc…). Tout est fait pour décrocher de la lecture parce que le regard est attiré en dehors du champs de la lecture (c’est d’ailleurs peut-être plus ça qui gène que la question du confort de lecture qui tient de moins en moins).
    Il faut alors revenir dans le livre.. dans l’histoire et parfois, c’est peut-être pas évident.
    Dans son fauteuil, rien ne vient perturber votre plongée dans un bouquin et vous pouvez même fermer la porte du bureau à clef… Il n’y a pas de portes et pas de clef sur un ordi.

    Alors, il faudrait un système de lecture qui ne propose que du full screen et qui se place complètement en avant plan, dans une interface complètement dépouillée avec la seule possibilité de tourner des pages et de prendre des notes.

    Pourquoi ne pas aller plus loin ?
    Admettons que je lise 30 pages sur les 300 et que je décroche en répondant à des messages sur mon facebook ou en visitant un site web dont l’url vient de m’être transmise par twitter ou mail. Ok. je décroche, et lorsque je reviens, je ne sais plus ce que j’ai lu (mémoire à court terme etc….), difficile de revenir dedans, sauf si… le système me propose un résumé de ce que je viens de lire il y 5 minutes. (sous forme d’une seule page unique). Et je me dis : ah oui ! c’était bien ce passage, je veux savoir la suite… ou bien je me dis autre chose.

    Je crois qu’il y a des choses à faire, mais pas dans la complexité comme c’est le cas actuellement. Il faut faire simple, basique, du brut, mais avec plein de petites choses qui travaillent en dessous (comme la prise de note, de souligner avec la souris ou avec son doigt pour les possesseurs d’écrans tactiles) sans s’occuper de ce que ça va devenir ou de comment le classer, le système s’en charge. On sait qu’on a souligné ou prit une note, la retrouver via un moteur de recherche est pas compliqué et le système peut rappeler le contexte.

    On peut partager tout cela… et ramener des visiteurs sur le bouquin qu’on a lu ou partiellement lu et accéder, pourquoi pas aux notes des autres.

    Techniquement, tout cela existe déjà, c’est ce qu’on fait déjà sur facebook, twitter et autres applis en ligne comme google doc, wave et consorts.

    Bref, je dis ça, je dis rien hein… ;-)

  3. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    @Fbon Communauté… tu as raison… je vois le travail que vous faites sur publie.net !

    Mais ma communauté m’a habitué à réagir, à sur-réargir même… et devant les textes plus longs rien. Soit alors :

    1/ C’est parce que j’ai construit une communauté de lecteurs de textes courts

    2/ Soit comme le l’a dit une voix sur Twitter que les lecteurs restent le plus souvent silencieux après voir lu des livres. C’est peut-être ça que j’ai oublié… et c’est peut-être ça qui me gêne le plus… le silence.

    Du coup c’est 900 lecteurs potentiels n’ont pas de substance pour moi. En fait on doit réapprendre à publier et aussi à lire.

    Pour la forme du livre, j’ai d’ailleurs changé celle de ce livre après avoir discuté avec toi sur Twitter :-) Le Mignon très bon à l’écran mais pas top sur mon prs-600. Faudrait que je bascule en Berkeley, c’est pour l’instant ma typo préférée sur prs, celle que j’utilise au quotidien pour me relire.

    Pour la maquette… j’ai depuis une éternité une macro word qui me génère du Xpress tagué… et c’est Xpress qui fabrique le PDF. Je fais pas confiance à Calaméo et Scridb.

    @Stef C’est pour ça que j’ai activé le download… au moins les gens peuvent prendre le fichier et partir ailleurs avec, sur un autre device… voire du papier.

    J’avais d’ailleurs mis le livre sur lulu. Une vente :-)

  4. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “Les plateformes comme Calaméo et Scridb optimisent le rendu à l’écran”

    On est loin du compte. La lecture sur écran déchire les yeux, tant que le système d’encre sans projection de lumière n’est pas en place sur les écrans de PC.

    Et il y a encore très peu de gens équipés en ebooks nouvelle génération, “encre naturelle”.

    Le format des ebooks n’est par ailleurs pas fait pour écrire une réaction (claviers petits…).

    Donc il faudrait jongler entre l’ebook pour la lecture, et le PC pour la réaction. Compliqué !

    -

    Et puis n’oublie pas une chose : tu te réjouis de la fin de la rareté, de la naissance d’une économie de l’abondance.

    L’abondance, cela signifie qu’on a de moins en moins de temps à consacrer à chacun.

    Lire 200 pages d’un seul auteur, à l’ère de l’abondance, c’est de moins en moins possible.

    De même qu’à l’heure où des millions de filles s’exposent sur Meetic et Facebook, rester en couple avec une seule tiendra de moins en moins longtemps.

    L’abondance tue la fidélité. Le temps n’est pas extensible comme l’offre. “On peut résister à tout, sauf à la tentation”.

  5. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “tout est fait sur un ordinateur pour vous distraire (Icône msn, messages facebook, icônes sur le PDF qu’on lit ou autre système, messages twitter, arrivée de courriels, etc…).”

    +1

    Très bonne remarque.

    Intrusion technique de l’abondance qui tue la fidélité à ce qu’on fait.

    Le Web c’est le butinage.

  6. gravatar.comHenri A ip:5 a écrit :

    Les commentaires me semble pertinents.

    “2/ Soit comme le l’a dit une voix sur Twitter que les lecteurs restent le plus souvent silencieux après voir lu des livres. C’est peut-être ça que j’ai oublié… et c’est peut-être ça qui me gêne le plus… le silence.”

    Il ne faudrait pas confondre le lecteur correcteur ou collaboratif et le lecteur tout court.
    Quand je lis un bouquin, il me plait ou pas, je le finis ou pas. Si on est pris par la lecture on ne vas pas décortiquer chaque paragraphe.
    En ce qui me concerne, je décortique à la deuxième lecture si le contenu du bouquin en vaut la peine.

    Ce que tu souhaites est une lecture “collaborative”. Pour cela il faut mettre au point une espèce de contrat intellectuel…ou autre.

  7. gravatar.comGodard 000 ip:4 a écrit :

    “Si on est pris par la lecture on ne vas pas décortiquer chaque paragraphe.”

    Thierry veut une dégustation littéraire à la Godard, morceau par morceau :

    “tu les aimes mes fesses ? er mes cuissess, tu les aimes mes cuisses ?”

    ça marche avec Bardot, ou autre freewoman.

  8. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    Un contrat intellectuel… oui c’est ça… c’est ça que j’aimerais faire pour les épreuves de mon livre sur le flux. Qu’il y ait un générique comme au cinéma.

  9. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “comme au cinéma”

    Au cinéma ça marche grâce au droit d’auteur et au financement.

    Même pour les courts métrages, c’est rare d’avoir un générique avec des compétences, quand il n’y a pas une subvention conséquente.

    Le moindre intervenant c’est 500 euro pour 3 fois rien.

    Sur Internet, si tu n’as pas une économie permettant une rémunération, le bénévolat ça marche 5 minutes et ça attire trois pelés.

    Une oeuvre collaborative de qualité, c’est d’abord une économie de la création.

    J’ajoute :

    ça marche au cinéma, parce que l’argent est avancé.

    Réunir une équipe uniquement en pariant sur une hypothétique recette future qui sera partagée, c’est rare.

    Il faut une prod avançant l’argent pour les techniciens et collaborateurs.

    Les producteurs : tant décriés et si utiles pour canaliser des énergies autour d’un projet à long terme.

  10. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    http://fr.readwriteweb.com/2009/03/21/nouveautes/le-cinema-reinvente-son-modele-economique-a-travers-le-p2p/

  11. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    je vais demander son avis à ma concierge et un énarque : pourquoi quand c’est très long c’est difficile et c’est pas toujours bon?
    je tiens au courant :)

  12. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    Thierry, tu ne peux pas sortir 3 exemples qui marchent, et dire qu’on a un nouveau modèle économique.

    Le modèle économique classique du cinéma produit plus de 10 films par semaine, rien que sur les écrans français.

    Tu as toujours eu d’autres modes de fonctionnement, mais ça marche beaucoup moins bien et cela tient du coup de chance ou du miracle.

    Pour motiver une équipe sur un projet à long terme, on a rien trouvé de mieux que le salaire.

    Les contre-exemples restent des exceptions très rares.

    -

    Avec des contre-exemples rares et réussis, on peut raconter n’importe quoi :

    “un mec a décidé de ne jamais travailler : coup de chance: en sortant de chez lui il trouve une mallette avec un million de dollars.

    Conclusion : vous n’avez pas besoin de travailler pour trouver de l’argent.”

    ça marche pour ce mec, mais la plupart des hommes ne trouveront pas une mallette tombée du ciel.

    -

    Vu le nombre d’auteurs dans une économie de l’abondance, chacun ne pourra pas prétendre à mobiliser des équipes collaboratives sans salaire.

    -

    Un truc comme Wikipedia marche parce que ce sont des articles courts et indépendants, qui demandent très peu de temps et aucun engagement à long terme.

  13. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “Le cinéma réinvente son modèle économique à travers le P2P

    Ecrit le 21 mars 2009 par Fabrice Epelboin”

    -

    Au passage, c’est bien tout ce que je déteste chez ces pirates :

    une profonde malhonnêteté intellectuelle.

    Fabrice est malhonnête.

    Un modèle économique, c’est un truc qui marche EN STANDARD : qu’on peut reproduire facilement, qui produit un grand nombre d’oeuvres.

    Ce n’est pas une exception.

    L’exemple qu’il cite, c’est une exception. On est encore très loin d’un modèle économique.

    On verra quand ce modèle sera capable de produire dix films par semaine à 5 millions de dollars, comme l’ancien modèle.
    C’est pas encore demain !

    Quand on peut prendre gratuitement, on donne moins.

  14. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    Les choses nouvelles commencent toujours comme des exceptions…

  15. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    Et la plupart des exceptions le restent :-)

    L’expérimentation c’est très bien, mais si la nature bazardait tous les modèles qui fonctionnent, l’évolution n’aurait pas eu lieu.

    L’évolution c’est à la fois l’expérimentation, et la préservation de qualités fondamentales sur une longue période.

    L’évolution n’est pas la révolution. Elle va lentement, ajoute peu à peu.

    On n’est pas passé du singe à Demian West d’un coup en 5 ans.

    Les mecs sur le Net ils voudraient que le monde change radicalement tous les matins pour en faire un Tweet.

  16. gravatar.comsteph ip:2 a écrit :

    @000

    Si je puis me permettre, votre approche sur l’évolution est fallacieuse.
    Dire que l’évolution va lentement, c’est une idée reçue, un lieu commun.
    Les choses peuvent changer, radicalement, rapidement y compris dans la nature. Darwin avait raison sur certaines choses, sur certains mécanismes.
    Il s’est trompé sur la rapidité de l’évolution, mais si on se replace dans le contexte de ses travaux, c’est difficile à imaginer.
    La nature n’expérimente pas. C’est un autre lieu commun. La vie n’est pas une expérience, c’est un contexte. Et le contexte change.

  17. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “La nature n’expérimente pas”

    On a déjà évoqué ici ces questions de grammaire au sujet de l’évolution.

    Vous prenez les mots au pied de la lettre, on parle ici de raccourcis logiques.

    -

    “La nature expérimente” est un raccourci pour dire :

    “il y a des mutations hasardeuses, dont certaines seront performantes et s’imposeront. La mutation au départ minoritaire pourra alors devenir le trait majoritaire d’une espèce.

    Exemple : l’écartement du pouce, mutation conférant un avantage évolutif pour le maniement d’outils ou le déplacement dans les arbres.

    -

    Il n’en reste pas moins que ces mutations hasardeuses sont des erreurs de duplication ou des interférences de l’environnement.

    La plupart de ces mutations ne procurent pas d’avantages et ne se transmettent pas à l’espèce.

    -

    On se focalise souvent sur ces mutations créatrices, mais le principe de base de la nature c’est qu’elle est très conservatrice : quand un truc marche, il poursuit longtemps son fonctionnement, à de toutes petites variantes près.

    On a eu l’écartement du pouce, mais tous les matins l’espèce humaine n’a pas évolué vers l’écartement de l’index, etc.

    -

    La “normalité”, l’exécution du programme systémique, est une composante aussi importante de l’évolution que les “crapauds fous”.

    La normalité sera une condition de la vie collective et des projets collectifs, ne serait-ce que l’existence d’un langage commun pour communiquer.

    On voit très bien le problème des programmes incompatibles, quand un développeur ne prend pas en compte la normalité et expérimente tout seul dans son coin, remettant sans cesse en cause l’esprit de système et les normes sociales.

  18. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    000 regarde du côté de Gould… l’évolution n’est justement pas linéaire. Les petites mutations ne permettent pas d’expliquer les genres. Il y a des brusques sauts. Toujours. Si tu crois que nous ne sommes pas en train d’en vivre un, c’est ton problème… mais rien que le fait que nous saturons la biosphère impose un saut (dans quel sens c’est toute la question).

  19. gravatar.comsteph ip:2 a écrit :

    L’évolution n’est en aucun cas linéaire, ni uniforme ; elle procède par bonds.
    Le mécanisme des mutations est un mécanisme, si la mutation d’un allèle peut se considérer comme un “hasard”, la variation des mutations et leur fréquence dépend pour l’essentiel de facteurs externes (pression de l’environnement, stresse, existence de nouvelles niches…).
    De plus, il faut distinguer ce mécanisme de la “réactivation de gènes”. Un gène éteint depuis 20 000 ans dans une frange de la population peut être réactiver sous l’effet de la pression environnementale.
    Une mutation sera acquise par l’espèce en réaction, en adaptation à un changement de son environnement.

    Bon, c’est pas trop le lieu pour faire de la bio ici je crois.

  20. gravatar.comHenri A ip:5 a écrit :

    “on parle ici de raccourcis logiques”
    RACCOURCIS LOGIQUES ????!!!!!
    Je vais creuser un trou jusqu’à me retrouver en Chine est un raccourcie du même genre.

  21. gravatar.comCedricA ip:7 a écrit :

    Je pense que ce n’est pas le même publique qui lit les textes courts et les textes long. Et lorsque c’est la même personne, elle n’est pas dans le même mode de fonctionnement.

    [mavie] Lorsque je lit un livre, je suis aujourd’hui frustré de ne pas pouvoir trouver des liens, réagir, extraire, noter, citer. Le fonctionnement façon blog m’a rendu de moins en moins patient et je ne lit quasiment plus de livre. Je les achète et ne les fini pas alors même que je dit qu’ils sont super.[/mavie]

    Il manque un format intermédiaire entre le blog et le livre. Je me demande si un blog par oeuvre ne pourrait pas être un début de réponse, avec une publication sous forme de feuilleton, et un système de commentaires à 2 niveaux (ou plus), un pour l’actualité du texte et un autre pour le fond. Cela pourrait même aboutir à des oeuvres multi-sujets comme les romans dont on est le héros. Une trame de fond et des digressions voir des liens vers d’autres oeuvres du même auteur ou d’autres.

    Je vais essayé de continuer cette réflexion chez moi…

  22. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    Je tenterai une nouvelle fois l’expérience blog/livre… on va voir… nous avons pas mal de choses à inventer… autant dans l’écriture que dans la technique… côté interface.

  23. gravatar.comnarvic ip:8 a écrit :

    Entre textes longs et courts, il y a aussi une dimension de contexte de lecture. Pour aborder un texte long, on se place dans une disposition d’esprit particulière qui impose un isolement intellectuel, une fuite de toute possibilité de distraction. A mon avis, ça va bien au-delà de la simple question du confort de lecture et de celle de la technique.

    En tout cas, face à l’écran de mon ordinateur connecté, je ne suis pas du tout dans l’état d’esprit propice à cette forme d’isolement intellectuel. Peut-être un e-book me le permettra, mais je trouve que, pour le moment, le livre papier reste technologiquement très supérieur.

  24. gravatar.comsteph ip:2 a écrit :

    “le livre papier reste technologiquement très supérieur”
    Il n’est pas technologiquement supérieur, il est technologiquement et culturellement mieux adapté à la pratique de la lecture, c’est à dire un face à face avec la prose de l’auteur, en tête à tête, dans une certaine intimité et un certain confort (seul, dans son fauteuil, son lit ou sur son siège de train ou d’avion, isolé de l’entourage).
    La nuance me parait importante.

  25. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    :)
    Je persiste, n’en déplaise à narvic-ex-espritcritique.

    Fink est vis à vis du sujet internet (entre autre…!) d’un apport intellectuel inexistant, n’ayant fait que flairer quelques lièvres traités et exposés par d’autres depuis belle lurette, et en outre symptôme d’une intelligentsia médiatique dépassée par le 21e et sans grand intérêt intellectuel, je le redis encore, intellectuel.

    Ceux qui voudront se pencher sur ce sujet avec sérieux pour ne pas céder à InternetBéat, bien entendu, se tourneront par contre vers notamment, en livre papier ou publications en ligne, de vrais apports une dernière fois ‘intellectuels’ et intelligemment critiques ceux là :

    Musso, Lévy, Benkler, Castells, Dupuy, Quéau, Cornu, Berardi, Maffesoli, Cardon, Hillaire, Breton, Lessig, Caseau, Reid, Lebeau, et bien 100 autres préférables à cette mauvaise farce qu’est Fink (eh oui, le Net c’est mon truc, et j’ai lu bien des livres et pas mal oeuvré sur ce fameux Net).

    + pour ceux qui aiment les images il y a quelques videos pas mal sur UTLS (celui de Michaud, qui affronta Fink sur le sujet Polanski récemment, affrontement cher payé…!) ou Cité sciences ou College france.

    Bref, Fink, c’est vraiment pour ceux qui ont du temps à perdre ou quelques afficionados aux motivations plus ou moins louches… :)

  26. gravatar.comThierry Crouzet ip:3 a écrit :

    J a tant œuvré pour le net, nous le connaissons tous, alors il se cache pour mieux œuvrer dans l’ombre ;-)

    Finirons-nous par avoir un comming out ?

  27. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    coming out…
    c’est vrai, je laisse peu de traces associées explicitement à une ”individualité”.

    mais je me suis appliqué de bien des manières, et dans des contextes bien diversifiés :)

    jusqu’à présent une sorte de personnalité Taz peut être, qu’en pensez vous monsieur ThierryCrouzetTm?

  28. gravatar.comle dard collectif 000 ip:4 a écrit :

    Patrick Sebastien lance son mouvement politique, le DARD.

    Le dard de la guèpe :

    “La guèpe est un insecte social qui a la faculté d’avoir une intelligence collective”

    Invité sur France 5 il explique :

    “J’ai les qualités et les défauts du peuple”.

    Voilà enfin ce qu’attendait J.

    Pas un vulgaire intello comme Fink, mais le peuple, le vrai, l’intelligence collective, les insectes. On est sauvé.

    Patriiiick !!

  29. gravatar.comMutation et écosystème 000 ip:4 a écrit :

    “des brusques sauts”

    Tu vois dans toute mutation un truc novateur que rien ne peut arrêter.

    C’est tout simplement faux : l’évolution c’est avant tout la réparation du code contre les mutations.

    Tu crois qu’il est ridicule de lutter contre un changement, alors que la définition même de la vie c’est de maintenir un écosystème contre les mutations du contexte.

    -

    C’est la matière inerte qui ne défend pas son code, qui subit le vent sans réagir.

    L’idéologie du vent n’est pas la mienne.

    Il y a plein de nouveautés qui sont à rejeter, c’est ce que fait la vie en permanence, sinon c’est le cancer.

    Le cancer c’est quand l’organisme ne défend plus son code et subit la nouveauté sans réaction.

    -

    Le marqueur de l’évolution est autant le rejet des formes mutantes pas viables, que l’innovation.

    Quand on a un modèle économique performant dans un domaine, on ne se laisse pas envahir par n’importe quelle nouveauté non viable, au prétexte qu’ “il faut être moderne”.

    -
    -
    -

    Sans ce système de réparation du code, le monde serait une marmite remuante sans rien de stable et sans aucune évolution véritable.

    Il faut un écosystème stable pour approfondir.

    La vie consiste à construire cette stabilité contre le vent.

    Twitter c’est l’exaltation quotidienne du vent. Densité intérieure nulle.
    C’est la vie de la matière qui subit le vent, ce n’est pas la vie de l’esprit qui approfondit.

  30. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    oui :) on m’avait renvoyé vers la video où il en parlait face à la tronche un peu déconfite de Hollande.
    je trouve ça très ”intéressant” à suivre.

    et il est vrai que j’ai plus d’estime pour Sébastien que pour le Fink ; mais ce genre de considération (de fond, je précise) ne peut même être appréhendée par un esprit boursouflé comme le tien.

    va comprendre… :)

  31. gravatar.comnarvic ip:8 a écrit :

    @ J

    Ça reste très vague toussa, et très péremptoire. On peut savoir de quels livres de Finky à propos d’internet tu parles précisément ?

    Ensuite, c’est bien joli ta méthode, mais intellectuellement défaillant ou malhonnête : tu ne cites que des auteurs avec lesquels tu es d’accord, et tu rejettes sans argument celui qui ne te convient pas. A mon sens, c’est l’inverse qu’il faut faire : ceux avec lesquels tu es d’accord, on s’en fout. C’est ce que tu réponds aux autres qui serait intéressant…

  32. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    ***Ça reste très vague toussa, et très péremptoire. On peut savoir de quels livres de Finky à propos d’internet tu parles précisément ?
    >>> à ma connaissance il n’en a écris qu’un.
    l’heure que j’ai passée à en parcourir la suite d’apriori et lieux communs a suffit.
    par ailleurs, ses propos plus récents montrent à quel point l’homme est un intellectuel de qualité, dont la pensée sait s’affiner comme le bon vin… en vinaigre!
    pour finir, je ne connais pas une personne qui connaisse internet et qui fasse appel aux soi disantes réflexions de ce fat, ou qui trouve un tant soit peu intéressant ou non pompé ailleurs dans ce que dit ce triste phisosophe médiatique.
    quant à l’aspect péremptoire, effectivement, je ne vois aucune raison pour passer les heures ici afin de démontrer par a + b que ce mec n’a pas une idée à lui sur ce sujet, ou que son ”analyse” se réduit à des jugements de valeur sans perspective philosophique ou sociologique à la hauteur des questions.

    mais qui donc de sérieux prête vraiment attention à ce que dit ce nabot de la pensée, ayant une très haute estime de lui d’ailleurs???! :)
    personne.
    tout repose sur du social de salons parisiens ou autre.
    il est l’antithèse de la reconnaissance par les pairs et du mérite intellectuel.

    ***Ensuite, c’est bien joli ta méthode, mais intellectuellement défaillant ou malhonnête : tu ne cites que des auteurs avec lesquels tu es d’accord, et tu rejettes sans argument celui qui ne te convient pas. A mon sens, c’est l’inverse qu’il faut faire : ceux avec lesquels tu es d’accord, on s’en fout. C’est ce que tu réponds aux autres qui serait intéressant…
    >>>procès d’intention… c’est faux.
    j’ai notamment cité Breton bien que je ne sois pas du tout en accord avec lui.
    in ogni modo, le point commun à ces quelques noms, c’est que eux apportent du contenu intellectuel, original, et informé.

    bref, les internautes étant un peu fénéants, particulièrement dans les posts chez les autres, toussa est forcément dit à la va vite.

    mais Fink craint.
    et pas que vis à vis du sujet Net!

  33. gravatar.comnarvic ip:8 a écrit :

    @ J

    J’apprécie l’effort d’un Jacques Rancière, par exemple, pour répondre VRAIMENT, lui, à Finkielkraut. Et pas par du simple dénigrement injurieux, qui n’a pas le moindre intérêt intellectuel, et rabaisse celui qui s’y livre plutôt qu’autre chose.

    L’accusation de Rancière n’est d’ailleurs pas rien, c’est celle d’une dérive vers “La haine de la démocratie” (Rancière, 2005), qui concerne directement Finkielkraut et quelques autres intellectuels français contemporains, cités par l’auteur.

    Rancière a le grand mérite, selon moi, de pointer l’ampleur du “déplacement” intellectuel qu’impose sa propre critique de cette dérive de l’intelligentsia française depuis mai68. Et il renvoie à la question pédagogique (“La maitre ignorant”, Rancière, 1987).

    On trouve d’utiles réponses également dans “Le peuple des connecteurs”… sur cette question centrale, remise en perspective par internet, des possibilités de “l’émancipation intellectuelle”. ;-)

    Il est très intéressant, selon moi, de mettre en parallèle “l’émancipation intellectuelle” selon Rancière, et “la liberté fatale” selon Finkielkraut (le concept qui est le pivot de sa critique d’internet).

    [Sans compter que "l'émancipation intellectuelle" de Rancière est - aussi !, si ce n'est... surtout- une réponse intéressante à une objection opposée à celle de Finkielkraut, et qui est celle... de Julien Coupat !]

  34. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    merci pour la ref Ranciere, je lirai je pense.
    un livre c’est très bien pour gratter effectivement jusqu’au fond de ce genre de personnage, et en dégager l’essence véritable, et son odeur.
    essence dont une des conséquences est clairement la haine de la démocratie (et du peuple au sens de triple x, c’est à dire non lecteur non instruit, et donc idiot et méprisable).
    la haine de l’internet fait partie de ce syndrome, qui est par ex caractéristique des intellectuels médiocres, ou des intellectuels sans amplitude humaniste.

    mais je crois qu’il faut aussi bousculer ces personnages par l’irrespect, le pamphlet, la video moqueuse, etc, de manière qui effrite l’autorité morale qu’ils ont, donc différemment que par les livres argumentés longuement et … peu lus.

    concernant la question pédagogique, centrale pour la liberté, et la Politique, Jaurès a écrit de très belles choses.
    qui donnent le vertige si on les place en perspective avec le très acéré Enseignement de l’ignorance de Michéa, ou le fait que des ânes culturés comme Fink puissent enseigner la philosophie dans une des deux écoles qui donnent la majorité des cadres ’sociaux’ de très haut niveau dans notre beau pays ultra centralisé.
    pour le Net et éducation, c’est Quéau qu’il faut que tu contactes, à mon avis le meilleur sur ce sujet.

  35. gravatar.comLionel ip:9 a écrit :

    Les textes longs pour un large public ont été longtemps des exceptions. Les premiers romans avaient un public fort restreint; quant à celui de leurs contemporains commentateurs… Au XIXe siècle, Balzac ou Dumas publiaient d’abord en feuilletons, dans des périodiques.

    Si l’on veut l’air du temps, le grand nombre de lecteurs et l’interaction maximum, le retour au feuilleton ou au recueil est peut-être une piste à explorer… euh… elle est explorée (mais pas encore très pratiquée par les randonneurs; ça viendra, sans doute). Quelques exemples récents (deux filles, parce qu’elles le valent bien):

    Hôtel des Cœurs brisés, d’Anne Cunéo;
    Le Sourire de Lisa, d’Anne Cunéo;
    Le Syndrome du poisson rouge, d’Agnès Maillard.

  36. gravatar.comLionel ip:9 a écrit :

    Ah oui… en passant: on note que 000 n’a pas vraiment compris ce qu’est le cancer. (Pour faire simple: c’est la réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort.)

  37. gravatar.com000 ip:4 a écrit :

    “000 n’a pas vraiment compris ce qu’est le cancer. (Pour faire simple: c’est la réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort.”

    -

    Je parle du cancer du point de vue de l’organisme qui le subit.

    Pour l’organisme, le cancer est une nouveauté : une cellule mutante,

    différant du code des cellules de l’organisme.

    Le code a subi une alteration.

    Cette cellule mutante se multiplie contre le code normal des cellules de l’organisme.

    -

    Cette nouveauté parasite l’organisme et le tue en épuisant ses ressources, bloquant le fonctionnement de ses organes et son écosystème.

    -

    Le cancer est donc bien une nouveauté qui se multiplie sans que l’organisme l’élimine.

    En laissant cette nouveauté se multiplier, l’organisme meurt.

    -

    La vie saine de l’organisme, c’est de préserver son code contre les alterations, contre les nouveautés mutantes.

    -

    L’évolution est le résultat de la lutte entre les mutations et la préservation du code.

    Pas d’évolution sans code qui se protège : c’est la préservation du code qui crée l’organisme complexe, sinon on n’aurait plus d’organisme, mais un échange perpétuel de matières informes.

    La mutation ne permet l’évolution qu’en tant qu’exception.
    Elle doit rester limitée.

    Au final, certaines mutations triomphent et apportent des avantages évolutifs ;

    mais la plupart des mutations sont combattues et doivent l’être sous peine de mort.

    S’abandonner à toutes les mutations en disant qu’on ne peut pas lutter contre la nouveauté est une absurdité.

    L’organisme lutte à chaque seconde contre les nouveautés. C’est sa vie qu’il défend en luttant ainsi contre tout ce qui veut l’altérer.



    Si la gratuité est un concept non viable pour l’écosystème de la culture, il faut s’en débarrasser comme on lutte contre un cancer.

    Ce n’est pas parce que c’est nouveau que c’est l’avenir, qu’on doit se coucher devant ça. L’esprit de Munich, non merci. Toute nouveauté n’est pas destinée à triompher.

  38. gravatar.comContre Munich - Toute nouveauté n'est pas l'avenir ip:4 a écrit :

    “réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort”

    Je n’ai jamais défendu l’idée d’une préservation du code à l’identique.

    Mais d’une préservation de l’écosystème du code, de sa base vitale fondamentale.

    -
    -

    Face à une nouveauté, il ne faut pas dire :

    “c’est nouveau, c’est l’avenir, lutter contre est ridicule”.

    Il faut dire :

    “est-ce un avantage ou pas ? Si cela menace mon écosystème vital, je lutte contre, il n’y a pas de fatalité.”

    -

    L’histoire est pleine de nouveautés qui ont disparu sans s’imposer parce qu’on les a combattues.

    -

    Goethe, fataliste, saluait en Napoléon l’Esprit de l’Histoire, une force que rien ne pouvait arrêter.

    D’autres ont combattu Napoléon, et ont triomphé de lui.

    Sur Internet il y a plein de phénomènes nouveaux qui vont disparaître, parce qu’ils menaçaient des écosystèmes essentiels.

    -

    Le piratage sans modèle économique va disparaître. Ce n’est pas plus l’avenir que le vandalisme de Napoléon en Russie. A un moment donné on dit : Stop ! Et la prétendue nouveauté disparaît dans le passé historique.

    Tant pis pour les Munichois qui croyaient miser sur l’avenir. Leur avenir est passé, vaincu.

  39. gravatar.comThierry face à Internet = Goethe face à Napoléon ip:4 a écrit :

    Thierry a un côté Goethe fasciné par Napoléon, d’ailleurs. Il a tendance à voir dans Napoléon la force nouvelle qui met fin au vieux monde, force impossible à vaincre.

    Son Napoléon étant Internet, bien sûr.

    En réalité une bonne part sera rabotée.

    Il restera quelque chose du passage de ce Napoléon, la société aura changé.

    Mais ce ne sera pas un monde aussi nouveau que cela. Les hommes ne changent pas aussi vite que les contextes sociaux ou technologiques. Ils préservent leur identité.

    On en revient vite aux fondamentaux, à la préservation du code contre la nouveauté.

    Comme la nuit qui efface en grande partie les avancées du jour, reprogrammant le cerveau pour qu’il ne change pas trop, précipitant la plupart des nouveautés dans l’oubli.

    Internet est ce Napoléon, qui bouscule un peu le vieux monde, mais pas autant que rêvaient les fans de Bonaparte.

  40. gravatar.comInternet nouveau Napoléon ip:4 a écrit :

    Au passage, on note qu’Internet a les deux visages de Napoléon :

    le premier visage de Napoléon, c’est le libérateur des peuples contre les vieilles royautés et aristocraties.

    La construction de nouveaux réseaux plus égalitaires.
    La construction de nouvelles élites.
    La promotion de l’initiative et du talent, contre le sang et l’hérédité.

    La fraternité des grognards coalisés contre les forces de la réaction.

    N’importe qui peut devenir colonel, général, maréchal… A toute vitesse.



    Et le deuxième visage de Napoléon, c’est Fouché : la police, la surveillance, un nouveau totalitarisme qui prospère sur les bases mêmes de la libération du peuple.

    De même, Internet c’est la surveillance de chacun : un fichage sans précédent, une disparition du secret,

    tout cela prospérant sur le terreau même de la liberté et de la déconstruction du vieux monde.

    Ce sont aussi de nouveaux barons qui prennent par l’épée (les blogs et les Tweets) la place des barons héréditaires du vieux monde.

    Beaucoup de nouveautés, mais plus en surface qu’en profondeur. Et déjà les fondamentaux du vieux monde refont surface et prospèrent.

    Les deux compères, qui n’avaient jamais disparu : le vice au bras du crime, s’entendant pour reconstruire un nouveau vieux monde.

    -

    Le vent va vers le midi, il tourne vers le nord; il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

    et Deus instaurat quod abiit

  41. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    je repensais à ces quelques échanges avec Narvic aujourd’hui.
    et me disais : mais pourquoi dépenser du temps au sujet de Finkielkraut???
    et là je viens de tomber là dessus.

  42. gravatar.comJ ip:6 a écrit :

    –désolé pour le malencontreux Enter précédent -:)

    je repensais à ces quelques échanges avec Narvic aujourd’hui.
    et me disais : mais pourquoi dépenser du temps au sujet de Finkielkraut???

    et je viens de tomber là dessus, qui me conforte une fois encore dans le fait que cet homme est intellectuellement assez médiocre, foncièrement ”méchant” et killer d’opposants, et aussi intéressé dans ses propos qu’un collaborateur serviable.
    http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1259591821/article/alain-finkielkraut-le-derapage-de-trop/
    le petit article est certes maladroit, mais il cite ceci de F :
    “Marie NDiaye n’est certes soumise à aucun devoir de réserve mais à un devoir de justesse car comme le dit Albert Camus, mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde … C’est de l’ivrognerie verbale”.

    et il est très tentant d’employer les mots justes à son sujet, en effet!

  43. gravatar.comLa Feuille » Archive du blog » Textes longs, textes courts : temps longs, temps courts ip:10 a écrit :

    [...] Les internautes sont-ils des fainéants ? demande Thierry Crouzet en constatant la différence d’implication entre les lecteurs de formes courtes et les lecteurs de formes longues (alors que ces publics se recoupent). « Faut-il nécessairement passer par le papier et le circuit traditionnel pour être lu quand on écrit un texte de plus de quelques pages ? Je ne cesse de me poser cette question. » [...]

  44. gravatar.comLa Feuille » Archive du blog » Le flux est l’avenir du livre ip:10 a écrit :

    [...] passant au format numérique, le livre demeure un bloc qui n’est pas adapté au flux du web, comme le remarquait très justement Thierry Crouzet : le flux du web n’est pas adapté aux textes longs. Enfin, parce qu’on ne le veut pas, [...]

  45. gravatar.comrosselin ip:11 a écrit :

    “Les lecteurs se disent-ils que parce que ce n’est pas sur papier ça n’en vaut pas la peine ?” http://bit.ly/4ZQcwc par @crouzet

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  46. gravatar.comownicrew ip:11 a écrit :

    #OwniCrew Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/5VTTeC

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  47. gravatar.comjmgall ip:11 a écrit :

    Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/8qyKVZ

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  48. gravatar.comcgenin ip:11 a écrit :

    RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

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  49. gravatar.comSophieGirardeau ip:11 a écrit :

    RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

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  50. gravatar.comvansnick ip:11 a écrit :

    RT @SophieGirardeau: RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

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  51. gravatar.comarncouk ip:11 a écrit :

    RT @SophieGirardeau RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

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  52. gravatar.combreizh2008 ip:11 a écrit :

    RT @jmgall: Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/8qyKVZ

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  53. gravatar.comChrisDovetta ip:11 a écrit :

    RT @SophieGirardeau: RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

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  54. gravatar.comnarvic ip:11 a écrit :

    ne twitte guère, mais il commente – un peu – chez @crouzet http://bit.ly/5fWtPK et sur owni (oui, tout arrive !) http://bit.ly/7lxisQ

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  55. gravatar.comDesirade ip:11 a écrit :

    RT @narvic: ne twitte guère, mais il commente – un peu – chez @crouzet http://bit.ly/5fWtPK et sur owni (oui, tout arrive !) http://bit. …

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  56. gravatar.comJM Salaun ip:11 a écrit :

    «Je sais que l?idée de livre n?a plus guère de sens»

    Bizarre cet a priori. Tant qu’on en restera à ces ostracismes, on n’avancera pas.

    «Il faut leur donner de la fluidité. Une page par jour? Et ne pas figer la suite même si elle est déjà écrite. La laisser libre d?évoluer en fonction des réactions. »

    D’autant que cette forme là n’est pas vraiment nouvelle, il s’agit du feuilleton qui a fait la fortune des journaux quand ils sont devenus populaires, y compris dans la réactivité face au lectorat.

    La question de la longueur du contenu sur le web est soumise, il me semble, à deux impératifs de l’économie de l’attention. Je pointe du doigt et je tape sur l’épaule. D’une part la nécessité du rendez-vous régulier, de l’habitude qu’il faudra bien faire coïncider tôt ou tard avec les heures de la journée, car il dépend de la disponibilité des gens, comme dans les médias de flots. D’autre part, la nécessité de l’accroche qui passe aujourd’hui principalement par les moteurs et les réseaux sociaux.

    Mais la concentration est contradictoire avec la connexion, je le répète continuellement non pas pour de simples raisons techniques, mais bien à cause du modèle socio-économique qui est supporté par la technique. C’est pourquoi pour des textes longs, le livre, éventuellement dans sa version tablette, a plus que jamais tout son sens.

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  57. gravatar.comnarvic ip:11 a écrit :

    Deux commentaires supplémentaires.

    J’aime bien la remarque de JM Salaun : « la concentration est contradictoire avec la connexion ». Je ressens ça aussi. Pour lire des textes longs (et pareil pour en écrire), j’éprouve ce besoin de déconnexion, de limiter, autant que possible, les occasions d’être dérangé ou distrait (même par la seule possibilité d’aller vérifier si je n’ai pas reçu un nouveau mail).

    Ma seconde remarque porte sur la linéarité de la lecture. Quand je lis un texte long, c’est souvent en plusieurs séquences (même si je préfère quand c’est possible lire d’une traite). Il me faut chaque fois faire un effort de concentration pour me replacer mentalement dans une continuité de lecture en reprenant le texte.

    Je suis souvent gêné par l’hypertexte dans ce cas : que ce soient les liens cliquables sur le net, ou leur forme « archaïque » des notes (quand elles sont en bas de page, ça va. Quand elles sont rassemblées en fin de chapitre ou d’ouvrage, c’est pour moi une vraie gêne).

    Je ne suis pas persuadé que la question soit celle de l’interface. Il me semble que la question activité sociale versus activité solitaire est prépondérante. Les textes courts, l’hypertexte, la navigation, s’intègrent bien à une activité sociale (commentaire, conversation, partage de lecture, etc.). Mais, pour moi en tout cas, pas la lecture des textes longs…

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  58. gravatar.comGérard ip:11 a écrit :

    On lit 25% plus lentement sur écran. La lecture à l’ancienne, c’est-à-dire d’un support à écriture, ne gagne absolument rien à son passage à l’écran, bien au contraire. L’aspect fugace de la lecture entraîne beaucoup plus d’incompréhension et de malentendus que sur le papier. La sur-interprétation abonde, le jugement y est d’autant plus péremptoire qu’il n’a aucun argument sérieux à faire valoir. Lecture = temps. Pas le temps, pas de lecture. De l’affordance, de la réactivité, mais pas de pensée.

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  59. gravatar.comtcrouzet ip:11 a écrit :

    Tout est question d’interface… notamment avec le texte. Le papier est une interface, un écran aussi, l’eink aussi… Quand je dis qu’il faut inventer une interface je pense pas obligatoirement à l’écran, mais je sens aussi la nécessité d’introduire l’interaction dans les textes longs. C’est pas contradictoire avec la concentration… j’ai besoin d’avoir cette possibilité autant en tant qu’auteur que lecteur.

    Quand au livre oui il est mort avec le flux… un texte n’est qu’un flux particulier.

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  60. gravatar.comGuillaume ip:11 a écrit :

    Une réponse à toutes vos questions est en cours de développement…

    Welovewords sera le 1er réseau social francophone pour les auteurs de textes courts avec un maximum d’outils de partage et de promotion des textes. Les problèmes de fluidité dont vous parlez sont au cœur de nos problématiques (nous avons prévu une visionneuse tout à fait élégante).
    Nous serons en ligne en février, d’ici là, venez voir notre blog http://www.doyoulovewords.com

    A bientôt,

    Guillaume

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  61. gravatar.comHubert Guillaud ip:11 a écrit :

    Je suis profondément en désaccord avec le présupposé que la connexion soit contradictoire avec la concentration, car la connexion ne veut pas dire nécessairement être dérangé, cela peut aussi vouloir dire accéder. La concentration n’a rien à voir avec nos outils, mais avec notre volonté. On peut ignorer nos mails, nos agrégateurs, twitter et se concentrer sur une lecture longue voire très longue, en ligne. On peut même y revenir, reprendre là où on en était, tout comme un livre. Les interfaces comme CommentPress pour ma part, ou la mise en flux d’un livre (comme le journal de Georges Orwell, me semblent depuis longtemps démontrer qu’on peut lire un livre dans ce type de format, avec notre propre temporalité et notre propre linéarité et notre propre disponibilité. Etre connecté ne veut pas dire obligatoirement avoir une activité sociale en ligne, être dérangé ou distrait. Encore une fois, la connexion c’est aussi l’accès.

    Ce n’est pas en version tablette que j’ai envie de lire des textes longs, c’est au format web, afin de pouvoir avoir accès à tous les outils qui me permettent d’augmenter le texte que je lis le cas échéant, de pouvoir réagir, de donner mon avis.

    Je pense profondément que c’est une question d’interface, de la manière dont les textes longs sont accessibles ou peuvent venir à nous.

    Le feuilleton n’est certes pas une forme nouvelle (mais je moque pas mal de la nouveauté), la question est surtout comment faire vivre un contenu long ? Comment le rendre accessible et manipulable ? Comment faciliter à la fois une lecture dans sa longueur et nos envies de réactivité ?

    Je vais y revenir, car ça me semble, à moi capital. Je n’ai pas très envie d’accéder à des livres/fichier au format électronique, qui m’impulsent dans la même position de lecture que le livre papier. Je veux changer de mode de lecture. Pouvoir à la fois être concentré sur ma lecture et à la fois pouvoir interagir avec l’auteur.

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  62. gravatar.comChristophe D. ip:11 a écrit :

    Une grosse différence entre l’interface papier et l’interface numérique est la possibilité de paramétrage (on peut aussi paramétrer un livre, mais côté production seulement). Pour ceux qui préfèrent lire un texte long d’une traite, sans être dérangé, rien ne devrait empêcher de le faire sur supports numériques — avec la possibilité de ne pas afficher les liens, les commentaires et autres enrichissements possibles. Il faut bien entendu que les fonctions apportées soient un plus possible et non quelque chose d’imposé et de dérangeant.

    Je retiens également cette phrase de Gérard : « Pas le temps, pas de lecture. »
    D’où l’intérêt d’ouvrir les textes longs aux lecteurs qui n’ont pas forcément l’envie ou la possibilité de se concentrer sur des textes longs (même si je peux comprendre que cela fasse bondir certains auteurs sur certains types de textes qui sont forcément construits pour être lus dans leur intégralité) avec des fonctionnalités qui devraient être prochainement possibles par le format numérique (mon précédent commentaire ne donne qu’un exemple). Quelqu’un qui n’a pas le temps mais qui est intéressé par un sujet, une idée ou un auteur « ne resterait plus à ma porte » devant un pavé fermement délimité de plusieurs centaines de pages, mais aurait au moins la possibilité de regarder par la fenêtre pour en tirer quelques informations. Mieux vaut cela au refus complet du texte de la part de ceux qui n’ont pas le temps ou l’habitude de lire du texte long, que ce soit sur papier ou sur écran d’ailleurs.

    C’est un sujet qui me touche particulièrement car j’ai la sensation qu’on touche là à l’un des principaux enjeux de la lecture numérique : amener plus de lecteurs vers les textes et pas seulement faire gonfler le CA d’Amazon, de Sony et autres industriels. Passionnant.

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  63. gravatar.comtcrouzet ip:11 a écrit :

    On va essayer si tu veux… Dans mon livre je dis que le livre n’est qu’une contexture du flux… que même parler de livre n’a plus de sens et que nous devrions parler de romans, d’essais, de poème… livre fait référence à un objet, à une interface… c’est comme si on disais j’aime lire des PDF. Absurde.

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  64. gravatar.comJM Salaun ip:11 a écrit :

    Hubert Guillaud dit :
    «La concentration n’a rien à voir avec nos outils, mais avec notre volonté. »

    C’est là faire un péché d’orgueil en contradiction avec l’histoire des médias. Encore une fois, ne parlons pas d’outil sans relation avec leur environnement socio-économique, cela n’a pas grand sens. Bien sûr, on peut se concentrer sur un écran, mais le système du web, dans son économie actuelle tend à réduire cette concentration. Bien sûr on peut faire un effort de volonté pour la maintenir, mais ce n’est pas de cette façon que l’on construira un média pérenne dans sa dimension sociale et encore moins économique.

    Lorsque je disais que la forme feuilleton existait depuis longtemps, c’était pour montrer combien elle était liée à une forme de média, le premier à avoir inventer l’économie de l’attention. D’ailleurs sous une forme papier, comme quoi il ne s’agit pas de support, mais bien de modèle socio-économique. Le feuilleton au 19ème siècle est ensuite devenu livre pour bien des auteurs et pas des moindre (Dumas, Zola, Sue, etc.). Autrement dit, la forme longue était le livre. On peut peut-être imaginer des formes longues sous format numérique ne reprenant pas celles des pages du livre, par des liens, par de l’image et du son. Mais dès que l’on place les éléments sur le réseau dans un format ouvert et connecté, alors on est soumis à la logique du Web.

    La notion de flux me parait très ambigüe. Renvoie-t-elle au temps qui passe, au signal, au réseau ? Sans précision, il est facile d’affirmer une chose ou son contraire à partir du même mot.

    En disant cela, je ne me désintéresse pas des formes à inventer sur le net.

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  65. gravatar.comhguillaud ip:11 a écrit :

    Oui Jean-Michel, entendu comme cela, je vous suis plus volontiers. Permettons à ce média (même s’il n’est pas qu’un média), de faciliter aussi la concentration. Or, il le permet également. Quand je vois des expériences utilisant Twitter en classe par exemple, je vois des étudiants qui se concentrent pour synthétiser ce qui est dit, pour comprendre ce qu’ils entendent, et pas nécessairement une distraction supplémentaire. Quand je vois les mêmes chercher des compléments en ligne, des arguments supplémentaires, pour ma part, je vois les possibilité d’augmentation et de concentration que cela permet. Quand je vois les commentaires ou les trackbacks sous un billet, je vois aussi les liens qui permettent d’approfondir. Résumer l’internet à un outil de distraction me semble ne le voir que sous un angle, une forme de ce qu’il permet. Dit autrement, la logique du web n’est pas qu’une logique de distraction, bien au contraire.

    Oui, la notion de flux est ambigüe. Il nous faut aller plus avant pour préciser ce qu’elle est.

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  66. gravatar.comnarvic ip:11 a écrit :

    Loin de moi l’idée de résumer internet à un outil de distraction. Et d’ailleurs, je ne témoigne que de mon propre usage et de mon sentiment.

    La concentration est une question de volonté ? Sûrement. Mais j’en ai peu. Pour ma part la question n’est pas tellement celle de l’écran contre le papier, mais bien celle de la connexion. Me lancer dans un texte long sur écran, ça veut dire pour moi couper ma connexion internet. Sinon, je ne sais pas résister à faire des pauses, lire quelques mails, jeter un oeil sur mon agrégateur ou sur Twitter. Bref rompre ce moment d’isolement temporel et social de la lecture longue, pour me rebrancher sur des flux sociaux. Il m’arrive souvent de m’y perdre. Revenir à la lecture longue après de telles pauses est souvent très difficile.

    Avec le livre papier (pas vraiment essayé les liseuses dans ces conditions), je profite plutôt des pauses que je m’accorde pour aller aux toilettes ou dans le frigo.

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  67. gravatar.comnarvic ip:11 a écrit :

    Texte trop long. Je l’imprime et je te repondrai après lecture sur papier dans mon canapé. [Joke]

    C’est curieux, mais quanq je lis un livre, je ne suis totalement hors de toute logique de flux. Je n’éprouve aucun besoin de répondre, de commenter. Tout au plus de prendre quelques notes sur un carnet à portée de main ou surligner un passage. je suis entièrement seul avec moi-même dans un dialogue fictif avec un auteur qui n’est pas là.

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  68. gravatar.comnarvic ip:11 a écrit :

    PS: ça vient peut-être de ma formation (fortement marquée par les langues anciennes et l’histoire), qui m’a habitué durant toute ma jeunesse à dialoguer ainsi avec des auteurs morts.

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  69. gravatar.comChristian Jacomino ip:11 a écrit :

    Le livre non pas classique mais moderne, celui qui s’impose à la fin du 18e, et dont le roman fournit le modèle, est marqué par ce qu’on pourrait appeler la « monotonie textuelle ». Or, il se trouve (1) que cette monotonie est devenue assez insupportable aux nouvelles générations élevées devant les écrans de tout type, et (2) que le livre numérique est naturellement multimédia. Raisons pour lesquelles je ne crois pas beaucoup, moi non plus, au livre numérique.

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  70. gravatar.comAldus ip:11 a écrit :

    Mais non Hubert, tu ne dissoudras pas les livres dans le web!
    Des discours qui ne servent qu’à maintenir en l’état les crispations actuelles, c’est dommage.
    Il y aura des livres comme tu les décris mais « l’avenir des livres »…
    @Narvic, je te conseille http://www.instapaper.com/u

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  71. gravatar.comtof ip:11 a écrit :

    J’ai du mal a saisir l’interet de transformer un contenu statique en flux dynamique. Cela me semble aussi inadapte que les BD qui sont transformees pour etre lues sur iPhone ou PSP: la lecture se fait plus ou moins cases, alors que le decoupage a ete specifiquement fait pour un format de page donne, et exploite celui-ci pour parfois donner des compositions originales (plusieurs planches dans la BD Promothea d’Alan Moore et JH Williams, ou bien dans Little Nemo de Winsor McCay), voire pour exploser les cases. Par consequent, ne pouvoir apprehender la page (ou la double-page parfois) dans son integralite ne permet pas d’en profiter comme on le devrait.
    La logique voudrait plutot que l’on produise du contenu exploitant les specificites d’un nouveau support, plutot que d’essayer de bidouiller pour transposer du contenu d’un autre support.

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  72. gravatar.comtcrouzet ip:11 a écrit :

    Je prolonge sur mon blog :
    http://blog.tcrouzet.com/2009/12/04/le-livre-une-contexture-du-flux/

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  73. gravatar.comMehdi Benlekehal ip:11 a écrit :

    Amusant, j’ai eu la même réflexion il y a quelques jours sur le blog de la promotion de Paris 13… Qu’est-ce que devrait-être le livre numérique ?

    Comme vous le dites, un simple PDF n’est qu’un fac-similé du livre… Je différencie ainsi les livres numérisés des livres numériques.

    A mon sens, le livre numérique doit profiter des nombreuses richesses que lui offre ce support informatique, le plus important étant le plurimédia et la gestion de flux.

    Ce que j’attends du livre numérique, ce n’est pas de copier l’expérience du livre papier en y ajoutant l’aspect « bibliothèque nomade ». Je veux pouvoir discuter d’un passage précis avec les autres lecteurs à même le livre, pouvoir lire des « bonus » façon DVD où l’auteur partage des anecdotes ou des explications d’écriture avec ses lecteurs (à l’image de ce que fait Alain Damassio pour « La Horde du Contrevent » sur son site)…

    Prenons l’exemple de Leezam, qui propose des romans feuilletons, qui a principalement du succès sur Iphone. Pourquoi ne pas imaginer un pas en avant dans l’innovation et créer un roman-feuilleton géolocalisée ? Imaginons l’histoire d’un personnage qui se tient à Paris. Il faut se trouver à Saint-Michel, comme le personnage, pour commencer à lire le livre sur son smartphone. Le personnage se déplace au jardin du Luxembourg ? Le lecteur doit aussi s’y déplacer pour que la suite de l’histoire se débloque. Alors, oui, ce n’est pas un roman classique que l’on lit au coin de la cheminée pendant des heures… Mais l’expérience de lecture pourrait être amusante, nouvelle et originale.

    C’est ça que doit apporter le livre numérique : une nouvelle expérience, tant dans l’écriture que dans la lecture…

    L’usage fait l’offre dans les NTIC. Pensons donc les livres numériques comme nous voulons qu’ils soient plutôt que de s’arrêter à un rituel « Le livre numérique tuera le papier, très peu pour moi » ou de s’arrêter à ce que l’on nous propose aujourd’hui. Les lecteurs auront autant d’impact sur le livre numérique que les acteurs professionnels de cette nouvelle chaine.

    Nous n’avons pas tous les jours l’opportunité de créer, développer et construire de nouvelles expériences de lecture. Je trouverais ça dommage de se tirer une balle dans le pied en se contentant de faire des PDF ou des Epub à la pelle…

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  74. gravatar.comguillaume ip:11 a écrit :

    +1 pour Narvic et Aldus:
    Eternel débat qu’il serait peut-être temps de trancher: le livre est il un flux ou un stock? Pour moi un livre est une œuvre cohérente et achevée d’un auteur et fruit d’un travail éditorial complet sur le fond et sur la forme. Le flux peut vous permettre à rédiger votre livre, mais un livre n’est pas un flux. Sinon c’est un blog ou autre chose. Et le livre numérique n’est pas « naturellement multimedia », loin de là.

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  75. gravatar.comAldus ip:11 a écrit :

    Oui, à ce rythme-là, Dialogues va bientôt vendre des « url sécurisés » ou des powerpoints!

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  76. gravatar.comChristian Jacomino ip:11 a écrit :

    @Guillaume Allons donc plus loin… C’est le livre même qui est naturellement multimédia… Dans l’histoire-géographie du livre, la monotonie textuelle fait plutôt exception, pas le multimédia (je pense aux codex maya)… Il y a d’une part les liens étroits que l’écriture entretient avec l’image dès son origine… Et, d’autre part, l’image, la visualité qui hante le roman à travers la description, mais aussi à travers la scène… En quoi le roman dix-neuviémiste ouvre la voie au cinéma… La « monotonie textuelle » procède aujourd’hui d’un refoulement, d’un étrange refus de voir… me semble-t-il.

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  77. gravatar.comChristian Jacomino ip:11 a écrit :

    Bien sûr, on pourrait dire aussi que la monotonie textuelle procède d’une ascèse, le mot serait plus noble… Mais ascèse ou refoulement, il y a bien là quelque chose de volontariste et d’exceptionnel, qui s’oppose au régime de la presse, des magazines, aussi bien que de la télé…

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  78. gravatar.comXavivax ip:11 a écrit :

    Je trouve l’idée excellente. Si quelqu’un développe ce plugin pour Comment Press je m’y met tout de suite.

    Il y a un aspect du débat, qui n’a rien à voir avec les oeuvres, ou les techniques, et qu’on peut aborder pour approfondir la MOTIVATION pour ce type de service est celui de nos modes de vie, ou de nos « processus de vie ».

    Car finalement le rythme du blog, son découpage, a pu paraître une question d’ACTUALITE jusqu’à ce que avec le déplacement de certains usages sur Twitter ou équivalents, le blog se spécialise dans des contenus plus élaborés. Ce dont Fred Cavazza avait parlé avec ses lecteurs, et qui faisait ressortir nettement la préférence pour des contenus moins fréquents mais plus approfondis (j’ai pas réussi à retrouver l’article mais il y avait aussi celui-là : http://www.fredcavazza.net/2009/07/17/comment-le-microblog-a-bouleverse-les-pratiques-de-blog/).

    Or il me semble que le FLUX, par exemple un abonnement à RSS, c’est une sorte d’encadrement de nos processus de vie, une prothèse qui fabriquent nos propres flux, et nourrit nos activités a un rythme déterminé. Or cet aspect n’a finalement RIEN A VOIR AVEC L’ACTUALITE mais plutôt à un mode de consommation, d’organisation du temps d’incorporation des usages dans l’ensemble de nos usages, selon leurs contraintes d’appareils, de lieux, de temps etc.

    Ton idée pointe sur une spécificité des blogs, mais qui peut apparaître comme une restriction, et qui est cette orientation sur l’ACTUALITE. C’est le cas avec le fonctionnement actuel du RSS, qui sont toujours centré sur le MAINTENANT, par opposition à des flux RSS génératifs dont tu parles, et qui permettrait de déclancher une réception régulière, pour des textes formant un tout, selon une chronologie dont le lecteur serait maître. Mais aujourd’hui çà c’est pas possible.

    Pourtant la tyrannie de l’instant est absurde car elle finit par étouffer et tout plonger dans l’insignifiance éphémère. Or les blogs ont copié à leur début ce schéma inspiré des médias. Mais avec ton idée on est dans d’autres types de services, qui permettrait de s’en libérer, tout en répondant à ce besoin d’une structuration de nos temps de vie, et qui offrant un nouveau type de « consommation », une nouvelle manière de « consommer », devrait à n’en pas douter promouvoir d’autre types de contenus, à commencer par tous les documents longs qui aujourd’hui sont souvent enregistré sur nos disques durs et prennent la poussière, faute de temps. Et peut-être ensuite une nouvelle façon de lire les livres, de « consommer » les oeuvres écrites, et peut être aussi, en retour, de les écrire…

    La publication des romans, ou même d’autres livres, dans les journaux au XIXe, est un bon précédent. Cela devrait avoir du succès aujourd’hui encore !

    Parce que c’est un vrai besoin aujourd’hui. Le besoin d’une nouvelle génération des plate-formes de blogs. Ca me laisse l’impression qu’on est dans une sorte d’inter-règne entre une époque où le blog réunissait toute les fonctions, notamment celle du « twitt » et du « retwitt » avant l’heure, une partie de ces fonctions qui ensuite s’est déportée sur les plates-formes de micro-blogging. Mais pour les textes longs et élaborés, et leurs fonctions sociales, le blogs n’a quasiment pas bougé et est resté en arrière. En même temps je vois de plus en plus souvent, précisément chez ceux qui continuent de pratiquer le blog, en renforçant le côté textes longs, réfléchis, et travaillés, une expression de besoin en ce sens d’une évolution des plates-formes vers cet inverse du micro-blogging qu’on pourrait appeller du « MACRO-blogging ». MACRO-blogging de livres, de textes longs, et plus généralement de PENSEES, parce que la pensée est quelque chose qui se déploie à une échelle MACRO de l’écriture. Ce qui est incompatible avec la tyrannie de l’éphémère et de la boulimie d’info.

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  79. gravatar.comDavid Dauvergne ip:11 a écrit :

    Le propre des livres est la clôture ou « principe éditorial » qui fige le livre (ce qui n’empêche en rien une nouvelle édition augmenté etc.). Ce principe est fondamentale car justement il donne une stabilité qui permet d’y faire référence. Le livre liquide ou flux va à contrario de ce principe et complique voir annule les possibilités de citation, de référence, de pérennité et de conservation. Penser le livre comme flux est possible mais je ne pense pas que cela soit la référence dans l’avenir, certaines œuvres y trouverons de l’intérêt mais j’ai du mal à croire à une généralisation. La pérennité, la référence, la conservation… ne sont pas des éléments que l’on peut facilement retirer du « livre » sans perdre beaucoup de ce qui le défini.

    Par contre le réseau (et pas seulement le web !!) implique de nombreux modes d’accès, de nombreuses manières d’interagir. Les livres deviennent multi-formes ; ils vont avoir, de plus en plus, différentes formes dès leur parution. Papier (l’impression à la demande permet des formats papier différents), pdf, epub, html5 en streaming, pour mobiles etc. Certains formats permettent un outillage pour la lecture (via des API) que d’autre n’ont pas* (annotation, géolocalisation, discussion, simulation textuelle, dicos métier, tagging SKOS…) qui implique des flux. Mais ce n’est pas le livre qui devient ici flux mais une nouvelle manière de lire, une lecture enrichie, qui s’ajoute à d’autres (il y a aussi les flux et des outillages sur les catalogues, les espaces d’accès ect.).

    Selon l’œuvre, selon les goûts, selon les besoins sur papier, sur readers (enfin l’avenir promet plutôt les tablettes), sur mobiles, avec ou sans partages et interventions etc. Pas une façon mais des façons de lire avec ou sans flux.

    * Il faut distinguer les logiciels de lecture et l’outillage choisi par l’éditeur qui s’ajoute à ces applications. On utilise le terme de « design éditorial » pour indiquer cette possibilité offerte aux éditeurs.

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  80. gravatar.comAlain Pierrot ip:11 a écrit :

    @David

    Effectivement, il me semble que ce sont les lecteurs qui ont le plus à bénéficier des aspects interactifs autorisés par les techniques numériques, qui leur donnent (ou rendent, en fait) la liberté de s’approprier et faire usage de leur lecture : citer, reformuler, annoter, partager, critiquer. Et dès qu’il doit y a voir interaction sociale, ou même simplement remémoration, il faut qu’ils puissent avoir accès à un document de référence, stable — ou même simplement stabilisé.

    Tout axer sur une notion de flux constant néglige cet aspect fondamental de la communication.

    Ce qui ne veut pas dire qu’il faut exclure l’expérience d’un flux partagé, dans un horizon temporel restreint, éventuellement massivement coopératif. Mais il s’agit alors d’une autre expérience.

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  81. gravatar.comChristian Vandendorpe ip:11 a écrit :

    @ narvic: ton point de vue s’accorde avec celui de Marcel Proust :

    « la lecture, au rebours de la conversation, consist[e] pour chacun à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul, c’est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu’on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l’esprit sur lui-même ».

    Il est clair que cette forme de lecture méditative ne saurait s’accommoder du flux ou de l’interactivité.

    En revanche, le flux est tellement excitant que nous avons du mal à nous en priver. Je comprends donc le point de vue d’Hubert. Mais je propose une autre façon de résoudre la contradiction entre ces deux tendances: c’est de les faire coexister sur des supports différents.

    La lecture flux est devenue pour nous le mode de lecture « par défaut », mais cela ne veut pas dire que celle-ci doive phagocyter les autres modes. Tout comme le journal n’a pas absorbé le roman, je ne crois pas qu’il faille soumettre tous les textes longs à la dictature du flux.

    Il devrait y avoir encore place pour l’ancien mode de lecture dominant, qui est la lecture du roman. C’est là que les nouvelles liseuses offrent des perspectives intéressantes, en nous offrant un espace mieux adapté à la lecture longue que le livre ou que l’écran d’ordinateur.

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  82. gravatar.comDavid Dauvergne ip:11 a écrit :

    @Alain : nous sommes d’accord sur l’intérêt d’un « document stable » et l’intérêt des flux. Mais ce qu’il me semble important de préciser, on en à déjà parlé, il n’est pas nécessaire d’avoir un document de référence mais chaque forme de l’œuvre comme celle « malmené » par des surlignements, des annotations dans le texte, des discussions entre les paragraphes etc. fait référence et est clôturé (chaque forme fonctionnant de la même manière). Pour ma part je pense que ce qui va pas mal changer dans l’avenir c’est l’édition papier, non par sa disparition (est-ce que la radio à disparu du fait de la télé ?), mais dans la typographie, la mise en page elle même. Le nouveau média influençant les anciens. Le volumen était peut pratique face au codex. Mais le numérique le réussite (confusion fréquente, du reste, avec la notion de flux et la non pagination) pour nous faire apparaitre une nouvelle forme. On est passé du volumen, codex, incunable, post-incunable et pour bientôt arriver, je le crois, au post-volumen (fait de feuillets mais sans lien fort à la page comme espace, localisation, pour la référence) ! Bref est-ce qu’on doit paginer les epub, les versions en streaming, comment faire pour l’impression à la demande différenciée etc. Ou alors faut-il repenser la typographie papier ? Soit on harmonise le tout, je crois que c’est tout à fait possible et simple, ou bien, effectivement, il faut un document référence, comme tu l’as proposé, mais je trouve cela fort peu pratique.

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  83. gravatar.comSerge-André Guay ip:11 a écrit :

    Bonjour monsieur Guillaud,

    Je ne suis certain d’avoir bien compris votre billet dans tous ses détails. Je me suis tout de même permis la rédaction d’une actualité sur le sujet dans notre webzine.

    Pouvez-vous me dire si j’ai bien compris ?

    Sinon, je vais modifier mon texte.

    http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.344.htm

    Au plaisir,

    Serge-André Guay, président éditeur
    Fondation littéraire Fleur de Lys

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  84. gravatar.comhguillaud ip:11 a écrit :

    @Christian : loin de moi l’idée de penser que le livre flux doive tout phagocyter… On en est loin . Mais aujourd’hui, on nie les qualités de la lecture en flux et je pense que le livre y gagnerait à s’ouvrir à d’autres modes de lectures (notamment peut-être pour mieux adresser ceux qui s’en détournent). Aujourd’hui, aucun livre n’est disponible sous forme de flux…

    @David : entièrement d’accord sur les différences de modes d’accès. Mais attention, on peut faire de manière que les flux utilisent des contenus figés. C’est d’ailleurs à mon avis un vrai intérêt pour les faire vivre. Le but n’est pas de parler des oeuvres non terminées, mais bien de se demander comment faire vivre des oeuvres figées. Et sur le principe Daylit par exemple donne de belles perspectives.

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  85. gravatar.comF Bon ip:11 a écrit :

    je n’en reviens pas de voir se continuer à se propager comme ça (et désaccord avec étude Pierrot-Sarzana sur ce point) l’idée d’une définition du livre basée sur une forme « achevée »

    ce n’est pas le cas même vis-à-vis des auteurs disparus (voir récente parution des « Cahiers In-Octavo » de Kafka), ou les éditions successives de Proust, qui changent même (le Pléiade Tadié 4 tomes de Proust) le contenu même de ce qui est assigné à l’oeuvre

    et c’est le cas aussi pour l’édition traditionnelle, qui travaille désormais à flux tendu, donc réimpression rapides de petits tirages, qui sont en permanence remodifiés, corrigés ou révisés

    c’est juste une idée héritée du schéma XIXe, publication en revue puis rassemblée en livre, mais ça ne s’appliquerait pas à Balzac, qui remodelait constamment l’oeuvre à mesure qu’il signait nouveaux contrats édition: il n’aurait écrit de « livre » que posthumes ?

    à l’inverse, que nous puissions avec le numérique travailler sur le « chantier » même de création, proposer à une bibliothèque ou un particulier une licence d’accès à un texte qui sera régulièrement augmenté ne me scandalise en rien par rapport, 1 bien sûr le contenu littéraire là on est d’accord avec Alain, mais 2, sur la maturité de la forme et la légitimité à la diffuser dans contexte commercial

    et j’ai beaucoup de peine à voir revenir, dissimulé sous cette idée, le mépris des blogs, le mot « blog » pouvant prêter à confusion : l’importance du lien désormais générique, vital, entre le site web comme lieu de flux et partage, et la forme stabilisée oui – mais non achevée – qui en fixe un état éditorial

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  86. gravatar.comhguillaud ip:11 a écrit :

    Ah, tout de même ! Merci François !

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  87. gravatar.comAlain Pierrot ip:11 a écrit :

    @François
    C’est que tu parles non de livre ou de publication mais d’œuvre. Reste que chaque publication implique un moment d’arrêt du flux qui permette une interaction asynchrone, un point d’articulation entre individus (ou un arrêt sur image).

    Du point de vue des genres voir la discussion chez Thierry Crouzet, en particulier sur les feuilletons.
    http://blog.tcrouzet.com/2009/12/04/le-livre-une-contexture-du-flux/
    Il me semble que la publication de chaque livraison ( ) constitue un de ces points d’articulation. La lecture des commentaires qui pourraient avoir existé sur cet état du texte ne peut rester (complètement) pertinente si le texte bouge (trop) après la publication du commentaire en référence.

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  88. gravatar.comjimRaina ip:11 a écrit :

    L’idée de contrat de lecture est intéressante, elle repose sur les contractants. Si je devais étudier cette question de nouveau contrat de lecture et de nouveaux usages des lecteurs, je me tournerai vers les 15-25 ans, leurs professeurs, et m’intéresserai à leur rapport aux textes longs, sur les critères des capacités d’attention, des tailles des blocs d’informations, ou des désirs de réactivités pourquoi pas. Et je me demande si il n’y a pas un distinguo à faire entre textes littéraires et textes à arguments et raisonnements.

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  89. gravatar.comFrederic Kaplan ip:11 a écrit :

    Passionnante discussion… notre premier constat avec Bookstrapping (http://www.bookstrapping.com) c’est que la frequentation du site est plutot bonne mais que malgré tout encore relativement peu de personnes commentent les pages des livres. Il y a sans doute pas mal de raisons possible a cela. L’interface loin d’être optimale en est surement une. Mais je crois qu’il y a aussi autre chose qui n’a pas ete vraiment évoqué dans la discussion ici. Avec les textes longs, l’auteur gagne en « autorité ». Le texte long, et encore plus le livre publié, sont du coup plus difficle à commenter à la legere. Alors qu’un billet court est par essence moins finis, plus ouvert à la discussion.

    Dans bookstrapping nous sommes face à un paradoxe interessant puisque nous essayons de lancer des discussions sur des morceaux courts (les pages) de textes longs (les livres). Mais pour les commentateurs c’est un exercice plutot difficile par ils ne peuvent pas faire abstraction du fait que la page s’inscrit dans l’ensemble du bouquin et que donc ils ne commentent pas veritablement un propos isolé. Il y a toujours le risque que la reponse a leur commentaire soit quelques pages plus loin. C’est dangereux.

    Sur le bouquin de Gilles Lipovetsky, « le bonheur paradoxal » j’ai essayé autre chose. Limiter mes commentaires à la mise en relief de certains passages du livre, sans leur associer veritablement de jugement.
    http://www.bookstrapping.com/fr/2070379884/
    En tant que lecteur j’ai trouve cette activité assez adaptée a mon flux de lecture. Si cette utilisation se confirme comme pertinente je modifirai l’interface de bookstrapping pour faciliter ce type d’annotation intermediaire entre le bookmark et le commentaire… Vos avis sont bienvenus.

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  90. gravatar.comJM Salaun ip:11 a écrit :

    J’irai même plus loin que Alain. Si on entend par flux la possibilité de modifier en continu un fichier et que l’on souhaite faire de cette propriété une caractéristique du livre, alors le livre perd sa propriété de document.
    Un document a deux fonctions mémorielles : celle de preuve et celle de transmission, la première est basée sur l’enregistrement (record en anglais) a donné l’archivistique, la seconde sur la collection et s’est professionnalisée en la bibliothéconomie.
    L’imprimerie (dans toutes ses versions successives jusqu’à la bureautique) a sur ce point joué un rôle fondamental en fixant les versions successives d’un livre et permettant leur diffusion, c’est à dire leur partage et leur transmission générationnelle.
    Un exemple peut-être encore plus parlant est celui de la musique avec un premier enregistrement rudimentaire par le solfège puis l’enregistrement analogique que l’on connait aujourd’hui.
    Un des gros défis du Web, aussi bien dans son aspect éphémère de palimpseste que dans sa version web de données où les fichiers sont construits à la volée de façon personnalisée est de ne pas perdre ses propriétés documentaires, c’est à dire de preuve et de transmission. C’est un défi de civilisation car l’ordre documentaire est une des caractéristiques de la civilisation.
    Je suis trop elliptique et solennel pour un commentaire de billet, mais je crois que c’est important et que si c’est de que l’on entend par «le flux est l’avenir du livre» j’ai peur que cet avenir soit plutôt une régression qu’un progrès.

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  91. gravatar.comF Bon ip:11 a écrit :

    merci à la fois, Alain et Jean-Michel, même familier désormais de vos 2 univers disjoints, celui « livre » d’Alain et celui « document » de JMS, j’ai du mal à identifier le mien propre, sauf que son camp de base s’est transféré, de plus en plus radicalement et complètement, dans le web lui-même – mon « oeuvre » désormais c’est mon site, les « livres » en sont une poussée fixe et industrielle intermittente (à durée de vie, commerciale et publique, plus brève que lui) et – ayant choisi, mais plutôt parce que ça s’est fait comme ça, des bases MySql distinctes pour partie blog, écriture perso, journal images et agenda, plus parties « privées », me retrouve plus dans une logique de mini-magazine que de « blog », d’où autre suite de questions) – l’ensemble des flux, relayés par tw ou fb, une activité spécifique, mais qui s’enracine pour moi dans la tradition littéraire telle que je la perçois dans oeuvres patrimoniales dont on peut reconstituer a posteriori l’accumulation linéaire (Balzac, Flaubert, Proust, Kafka…)

    ce qui est en jeu, de notre côté auteurs, c’est précisément d’apprendre à dissocier notre travail de ce qui en était le visage stable, où l’idée de « livre » et l’idée de « document » avaient pertinences complémentaires, et trouver des repères dans une pratique de la littérature bien plus mouvante, dont les précédents naissaient seulement dans les contextes d’urgence (Daniil Harms publié 30 ans après sa mort, mais tous les Russes alors connaissaient par coeur ses proses brèves, ou le Char de « Fureur et Mystère »)

    alors un peu d’énervement quand on constate qu’une grosse partie des discours, que non pas chez Alain, mais voir vidéo Antoine G dans le Figaro la semaine dernière semble d’abord du lobbying pour gros sous publics à nourrir les vieilles structures, qui sont encore dépositaires de validation symbolique, quand bien même dans les faits ces processus de validation symbolique on commence nous aussi à les construire dans le Net

    et, plus spécifiquement pour JM, l’exemple type pour moi de Henri Michaux: sa pièce blanche avec juste une table et un tabouret, et, au bout de la table non pas une machine à écrire mais un broyeur à papier : la disparition des traces comme condition même de l’extrême de l’écriture (en cela comme en bien d’autres caractéristiques, seul de son espèce, heureusement!)

    donc merci Hubert, provocateur spécialisé depuis au moins 5 ans (?) de nous amener sur ce terrain, quitte à un paradoxe: pas le choix pour nous auteurs que de nous placer désormais dans cette logique de flux, mais qu’elle ne nous ramène pas au livre, alors qu’il reste encore dépositaire du savoir éditorial collectif comme de la validation symbolique – mais bien sûr ce n’est pas à lui qu’on demande de devenir flux : ce qu’on demande, c’est les outils pour construire l’exigence de culture (que nous demandions au livre) à l’intérieur de nos usages flux, ceux qui nous rassemblent ici

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  92. gravatar.comF Bon ip:11 a écrit :

    par exemple, comme il serait curieux aujourd’hui de reprendre sérieusement travail d’analyse, voire d’édition, des journaux hebdomadaires créés l’un par Dickens, l’autre par Dostoievski (on le redécouperait probablement autrement que dans les « oeuvres diverses » du Pléiade, qui en est belle trace), ou bien de « La dernière mode » de Mallarmé

    pour moi c’est pas question mineure: l’histoire littéraire considérait ces objets, dans leur rapport de publication rapide, contact direct avec l’époque, comme des llttéralement « hors d’oeuvre » alors que les possibilités techniques d’aujourd’hui nous réouvrent ce lieu précis d’intervention littéraire et en rehausse l’enjeu

    et on trouverait probablement d’autres exemples

    l’intervention flux des auteurs est « déjà » partie constituante de notre histoire littéraire

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  93. gravatar.comHubert Guillaud ip:11 a écrit :

    On voit bien qu’il nous faut préciser ce qu’est un flux… Comme beaucoup de mots clefs du web (données, temps réel…), il porte sa propre ambiguïté. Flux désigne-t-il l’expression d’une circulation ? Une somme d’échange ? Ou un ensemble d’éléments (informations, données) s’écoulant dans un certain sens ? Quelle articulation tisser entre le flux et le temps réel par exemple ?

    Spivack défini le flux comme quelque chose qui change rapidement. Il se définit par le changement, l’indépendance vis-à-vis de l’interface et sa capacité à favoriser la conversation.

    Comme le remarque avec une grande justesse François Bon, le livre achevé n’est-il pas finalement une fausse vue de l’esprit ?

    Mais ces ajouts sont loin de la définition volontairement restrictive que je portais au flux dans cet article. Le but ici était de trouver un moyen pour que les contenus figés s’inscrivent de le continuum, dans l’écoulement de nos modes de consommation de l’information. Non pas que ces modes soient sans importance ou valeur, mais juste parce qu’il faut peut-être réfléchir à ce qui justifierait leur exclusivité. Pour ma part, je pense qu’on adressera plus de monde (et notamment ceux qui se détournent de ces modes de consommation ancien) en proposant d’autres modes de consommation de contenus, notamment sous forme de flux, d’écoulement, permettant à quiconque de s’y brancher quand il le souhaite. Il faut offrir de nouveaux modes de lectures pour nous adresser à ceux qui fonctionnent sur d’autres modes de lectures.

    Les wikis nous ont montré qu’on pouvait modifier un fichier sans perdre sa propriété de document (celle de preuve et de transmission) puisque chaque étape de l’évolution du document est inscrite dans sa mémoire. Je ne suis pas persuadé que les possibilités de réinscriptions nous fassent perdre les propriété du document désormais, il est si facile de les embarquer. Le flux ne signifie pas oublie, effacement.

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  94. gravatar.comhguillaud ip:11 a écrit :

    @Frédéric : C’est également une grande partie de mon usage : le relevé de citations… Mais si 500 personnes font des relevés de citation dans le même livre, tu risques surtout de le rendre entièrement accessible . Moi ça ne me gène pas au contraire… Ca permettrait même de construire des moteurs de références…

    Mais je suis persuadé qu’il y a des auteurs et des éditeurs qui vont trouver à redire.

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  95. gravatar.comFrederic Kaplan ip:11 a écrit :

    Je ne crois pas du tout que les editeurs (et encore moins les auteurs qui de toute facon ne gagnent en general presque pas d’argent avec leurs livres) sont opposés a rendre le contenu de leur livre entierement accessible. Le probleme c’est qu’il n’y a aujourd’hui pas vraiment de maniere adapté pour le faire. Si on met le livre complet sur Google ils demandent semble-t-il d’avoir les droits d’exploitation internationaux dessus. Ce qui n’est pas acceptable pour la plupart des editeurs. Il y a d’autres plateforme de diffusion (scribd, etc.) mais elles reviennent finalement a mettre le pdf en ligne, ce qui n’a pas un grand interet.

    Ce qu’il faut creer aujourd’hui ce sont des interfaces pour permettre la propagation, l’enrichissement et la diffusion du contenu des livres sans pour autant demander d’avoir les droits d’exploitation dessus. De ce point de vue plusieurs editeurs se sont montrés tres interessé a ce qu’on developpe ce service sur bookstrapping : rendre le contenu de leurs collections accessibles par un outils qui permettent d’enrichir le contenu et de le rendre simulatenement accessible, commentable, augmentable sur plusieurs formes (lecture web, lecture sur iPhone). D’apres ce que j’ai pu voir, pour pouvoir beneficier d’un tel service il sont tout a fait pret a prendre le « risque » (quel risque?) de rendre le contenu du livre entièrement accessible.

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  96. gravatar.comSylvie Lartigue ip:11 a écrit :

    Oui, le livre achevé est une fausse vue de l’esprit. Nous oublions l’un des premiers véritables roman interactif, qui ressemblait déjà au flux : la légende arthurienne. Elle est née de l’oralité et de l’échange, contée dans les plus grandes cours d’Europe par les troubadours et trouvères. Le papier ne fut qu’une étape seconde, et Chrétien de Troyes, l’un des innombrables conteurs/transcripteurs. Chacun était libre d’ajouter sa version. Aujourd’hui, l’oeuvre médiévale est une joyeuse cacophonie, doublé de nombreuses incohérences mais quel héritage !

    Le roman correspond à l’époque moderne. Depuis, bon nombre d’auteurs marquent leur désaccord avec l’œuvre finie, et proposent des œuvres ouvertes. Évidemment comme Damasio, avec « la horde du contrevent », Danielewski, avec « la maison des feuilles », Pavic, avec « le dictionnaire khazar » et évidemment « Tristam Shandy » de Laurence Sterne.

    Notre manière de lire, de s’informer à déjà évolué. Cette discussion sur les modalités de lecture est enthousiasmante et en tant que libraire, si je peux apporter ma pierre à l’édifice, le lecteur est capable de prendre le pli très vite, si on lui propose des lectures interactives, ludiques, bourrées d’hyperliens. beaucoup s’étonnent de ne pas trouver ce type d’ouvrages déjà en vente. Pour les plus réfractaires, il suffit d’une oeuvre marquante, de génie littéraire et de bouche à oreille, pour basculer.
    (J’imagine à peine ce qu’aurait fait Joyce avec internet….)

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  97. gravatar.comF Bon ip:11 a écrit :

    « Il faut offrir de nouveaux modes de lectures pour nous adresser à ceux qui fonctionnent sur d’autres modes de lectures. »

    pour moi ça définit bien les enjeux de mon côté : les usages numériques devenant un champ massif de langage, et lieu de notre rapport au monde, la littérature n’a pas d’autre définition que la mise en réflexion du langage à cet endroit

    et si nous héritons de nos savoirs du « livre » pour aborder ce qui s’en induit en termes éditoriaux, ergonomie de lecture, économie de la diffusion, il s’agit d’un champ spécifique et neuf, mais basé sur ce nouveau territoire d’usages

    j’arrête, les chansons de Noël à l’aéroport ça bouffe la tête, ô détresse

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  98. gravatar.comJM Salaun ip:11 a écrit :

    Effectivement, on peut revenir au Moyen-Âge . Mais je crois qu’il y a eu depuis quelques siècles d’histoire littéraire et éditoriale qu’il serait bien dommage d’évacuer. On ne revient jamais en arrière et on ne peut, non plus, refuser son héritage. Comme le dit Alain une oeuvre n’est sans doute jamais achevée. Une édition de livre marque l’empreinte du oeuvre à un moment donné. En ce sens, il est sinon achevé, du moins stable. Et ceci n’est vraiment pas anodin dans l’histoire de l’humanité.

    Je prends un autre exemple hors du champ du livre. On pourrait croire que le premier système d’archives ouvertes en sciences, aXive en physique des hautes énergies, a été fondé pour permettre un dialogue entre chercheurs et donc une évolution continue de la rédaction des pre-prints déposés. Sans doute il s’agissait de favoriser l’accélération de la diffusion des résultats, et les discussions entre chercheurs, mais aussi d’avoir un système d’enregistrement qui permettait d’assigner à un chercheur la paternité d’une découverte grâce à un document stable et daté à la minute près.

    On peut aussi penser qu’un wiki permet une construction documentaire.. je pense plutôt que ce dispositif documente une production éditoriale collective. Ce n’est déjà pas si mal, mais cela ne résout pas vraiment la stabilité documentaire et d’ailleurs les wikipédiens en sont tellement conscients qu’ils inventent des modalités pour la retrouver sur les items les plus aboutis.

    Malgré tout, je crois que, comme souvent, nous sommes d’accord sur le fond. Bien sûr, il est important d’inventer de nouvelles formes pour de nouvelles pratiques de lecture et, en même temps, il faut bien admettre que la forme traditionnelle du livre perdure pour bien des lectures et des échanges symboliques (Il suffit pour s’en persuader de remarquer que la plupart de ceux qui dissertent sur sa disparition sont fiers d’avoir leur nom sur une couverture, mais j’arrête, désolé, je me remets à persifler ). Nous réagissons simplement les uns et les autres quand les positions deviennent trop caricaturales dans un sens ou l’autre.

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  99. gravatar.comF Bon ip:11 a écrit :

    à remarquer qu’ayant mon nom sur mon blog, je ne disserte nullement sur sa disparition!

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  100. gravatar.comChristian Jacomino ip:11 a écrit :

    @Hubert Je me suis mal fait comprendre, car je suis tout à fait d’accord avec votre propos concernant le flux… J’essayais seulement de dire que le livre devient poreux. L’hypertexte peut ouvrir sur des flux plutôt que sur de simples pages, ce qui le rend vivant (autoproductif – dépassant la compétence et la vigilance de l’auteur). De même que le livre s’ouvre (sur la page ou en lien) à de l’image (du non linguistique)… Tout ceci pour dire que l’enjeu ne consiste pas seulement à numériser du texte, ce qui représente un enjeu pas bien considérable et même un peu dérisoire (un bon Folio de Tanizaki dans la poche, il n’y a pas mieux pour se promener). Mais que le numérique ne peut manquer de changer l’écriture même.

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  101. gravatar.comDavid Dauvergne ip:11 a écrit :

    C’est assez curieux de voir assez souvent cette incompréhension (entretenu ?) ! Le vocabulaire semble commun, mais je voie qu’il ne pointe pas du tout sur la même chose.

    Le flux avant tout, en tout cas chez les développeurs dont je fais parti et que je fréquente, est une pile, ou les éléments du flux s’ajoutent les uns sur les autres par date. Le plus haut dans la pile étant le plus récent.

    Ensuite l’adresse d’un flux, sa source est unique ! L’article de Nova Spivak est amusant, ça se veut prospectiviste mais il passe complètement à côté du sujet, c’est une très mauvaise référence, la vitesse de changement n’est pas spécialement pertinent pour définir un flux. Le plus important c’est que la source est unique, elle est transformé et ce peut importe la fréquence de ce changement !!!! Un blog n’a rien avoir avec un flux, même si il fonctionne comme une pile, les articles se suivent mais ils ont des adresses différentes, ils sont rangés dans des endroits différents (BD). Seule la page d’accueil du blog peut être considéré comme un flux. Mais chaque article (lire la suite…) à sont adresse propre. Par contre le flux RSS de ce même blog à une seule adresse ! Quelle que soit la complexité des flux, le principe reste identique.

    Un cadre publicitaire dans une page web est un flux, le contenu change mais la source sur lequel ce cadre pointe reste la même.

    Troisième point et pas des moindres un flux ne change pas de taille !!! Dans un flux on joute pas simplement un nouvel élément en gonflant la source. On supprime le plus ancien. C’est une pile à taille unique. C’est pourquoi un blog, un forum, n’est pas un flux malgré le principe de la pile !

    Vous ne mettez pas à jour quotidiennement les adresses de vos flux, elle reste unique et les éléments les plus anciens de vos flux sont supprimé quand de nouveaux sont ajouté.

    Dire « le flux est l’avenir du livre », pourquoi pas mais il faut quand même reconnaitre qu’entre un flux et l’histoire que l’on a du livre il y a quand même pas mal de différence.

    Savoir si l’œuvre est achevé, en processus ou je ne sait quoi n’a d’ailleurs strictement aucun rapport ! A moins de désirer que ce qui à été créé au jour le jour puise être écrasé, effacé par la dernière création en date et jeté aux oubliettes !

    Débat ancien moderne ? Ou problème de vocabulaire ?

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  102. gravatar.comHubert Guillaud ip:11 a écrit :

    Là, je pense qu’il y a un vrai problème de vocabulaire. A mon avis David, ta définition du flux est trop restrictive, peut-être trop « informatique » (pas sûr). Mais tu as raison, il faudrait prendre le temps de définir ce que c’est…

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  103. gravatar.comdowee ip:11 a écrit :

    I totally agree that books as pdfs/epubs are confined to a format that so much resembles its printed counterparts; for a radical view of this, you can refer to Ted Nelson’s ideas of text transclution on his Xanadu model. Despite the fact that authors will still be issuing their works as discrete units of content (regardless literary genre) text as fluid clearly emerges as collaborative platforms thrive and multiply. Author/reader divide fades away a little more. Inherent relationship between genre and media can never be overlooked. Thanks for reading this.

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