Thierry Crouzet

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Le livre : une contexture du flux

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Chaque fois que quelqu’un vous dira « J’aime lire des livres. » répondez-lui « Moi, j’aime lire des PDF. » Vous lui montrerez peut-être qu’il dit n’importe quoi.

Un livre est une interface de lecture. Nous avons tendance à oublier que le livre n’est qu’une technologie. Dans une première version de mon prochain livre, j’avais écrit quelques lignes à ce sujet que j’ai depuis coupées parce qu’elle s’éloignaient de mon sujet central.


« Avons-nous encore besoin de parler de livre ? » se demande François Bon. Non puisque tout devient flux ! Des flux qui coulent plus au moins vite, qui parfois s’évasent en grands lacs où nous pouvons nous noyer, des flux qui se resserrent en torrents de montagne, cascadent avant de finir par se perdre dans la mer. Le livre est une contexture particulière du flux à côté d’autres contextures que nous appelons article, post, SMS, tweet…

On devrait même bannir le mot livre et parler de romans, d’essais, de poèmes, de haïkus… Le livre flux n’a plus de frontière explicite tout comme la ville qui se fond dans sa banlieue ou la montagne qui devient plaine sans qu’on puisse définir une limite stricte.

Ce n’est pas l’objet, le livre, qui fait le livre mais la nature même du flux qu’il enferme avec ses qualificatifs spécifiques, comme débit ou puissance, liés au temps qui passe. Ce n’est pas parce qu’un flux est fluide, qu’il circule vite et se métamorphose que nous devons juste le picorer en mode lecture rapide. Nous pouvons le survoler en avion, le franchir par un pont, y plonger et en ressortir immédiatement ou, au contraire, nous y baigner pendant des heures, des jours et mêmes des années comme je le fais avec la correspondance de Flaubert ou avec certains blogs.


On a discuté un peu de tout ça chez Hubert Guillaud, hier matin, puis hier soir.

Si notre époque se caractérise par l’information liquide, les textes qu’ils soient courts ou longs doivent aussi devenir liquides. Les figer sur le papier, dans un PDF ou dans tout autre format fermé reviendra à les tuer… à leur interdire le nouvel espace informationnel.

La question est de savoir comment rendre liquide un texte long. Nous avons appris avec les textes courts. Flux RSS. Annotation des pages Web. Surlignage. Commentaires. Nous disposons d’une foule d’outils qui doivent aussi être utilisables avec les textes longs.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui. On reste enfermé dans des interfaces propriétaires qui ne nous donnent jamais accès à nos outils préférés (et c’est vrai aussi pour le papier). C’est un peu comme s’il fallait changer de stylo chaque fois qu’on change de support d’écriture. Absurde.

Pourquoi en sommes-nous là ? Parce que nous n’arrivons pas à nous mettre dans la tête qu’il faut oublier le livre (une technologie) et penser flux (information liquide).

Après avoir eu un Sony PRS-505, j’ai un 600. C’est un appareil encore catastrophique parce que ses créateurs eux aussi pensent livre, lecture déconnectée, isolée. Nous avons besoin d’un appareil de lecture confortable pour les yeux tout en ayant tous nos outils à portée de la main… Il ne faut pas confondre l’interface de lecture, le device (qui doit permettre de lire au lit comme dans un hamac, seul ou pas seul, au choix), avec l’interface logicielle, la façon d’interagir avec la matière immatérielle.

Du texte long au flux

Un blog est un texte long si on regarde ce qui a été publié sur une longue période. Je pense mon blog comme une continuité. J’imagine qu’il pourrait être relu comme un journal intime ou comme une correspondance. On est entre les deux.

Sur un blog, on publie le plus souvent sans savoir ce que l’on publiera ensuite. On publie à la vitesse de la pensée. Journal intime. Correspondance. Il m’arrive parfois d’accumuler des billets. De les travailler sur plusieurs jours mais c’est rare. Le blog reste une esquisse pour moi, souvent en amont d’un texte long.

Avec mes textes longs, je peux me battre des mois, même des années. C’est la grande différence, pas nécessairement perceptible pour le lecteur mais pour l’auteur oui. On ne peut pas écrire la même chose dans le temps réel et dans le temps du repenti.

Sur un blog, le texte devient long a posteriori. En revanche, le texte long apparaît publiquement une fois complété dans toute sa longueur. Il est long a priori. Il forme un tout, avec un début, un développement, une fin.

Dans certains cas, nous avons besoin de cette forme longue a priori. Pour mon livre sur le flux, je n’avais pas le choix par exemple. Si j’avais balancé mes premiers textes, je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui, j’aurais à coup sur moins approfondi. Maintenant, je pourrais déverser mes idées dans un autre ordre, les bloguer a posteriori, mais j’aurais été incapable de les mettre en place sans le travail solitaire sur le texte long.

Devons-nous voir le texte long comme une esquisse ? Ce qui était jadis le travail final ne doit-il être qu’un préambule ? J’ai du mal à le croire. Si je n’avais pas l’idée de créer un texte qui se tient, avec une cohérence dans le style, encore une fois les idées ne seraient pas venues. Un écrivain pense en écrivant. C’est mon cas en tout cas. Je suis incapable de lister mes idées puis de les mettre en forme. C’est l’écriture qui a ce pouvoir.

Tous ceux qui sont comme moi continueront d’écrire des textes longs. Ils s’efforceront de les achever et de les peaufiner. Par la suite, ils auront la liberté d’exprimer leur pensée sous d’autres formes, plus fluides. À mon sens, le texte long est l’occasion de déclencher ces autres formes. C’est ce que j’ai vécu avec Le peuple des connecteurs et Le cinquième pouvoir.

Depuis un an, avec Croisade, je pratique un genre intermédiaire entre le blog et texte long. Comme les feuilletonistes, j’ai une vague idée de l’histoire générale mais je n’ai rien écrit à l’avance. Le livre s’écoule, il est fluide… Cette méthode n’est pas toujours applicable. Proust n’aurait pas pu écrire la recherche de cette façon ou Morin sa méthode.

Comment diffuser le texte long ?

Certains disent comme avant. Ça marche très bien. Pourquoi changer ? C’est l’avis par exemple de Deladus.

Ils envoient leurs PDF sur le Net comme on les envoie aux imprimeurs et basta (oubliant que quand on publie un livre ont a de multiples occasions d’interagir avec les lecteurs… dédicaces, journalistes, conférences).

Les diffuseurs de PDF estiment le nombre de download, donnée techniquement sans guère de signification avec tous les bots qui rodent, à moins de se fier peut-être à un outil pointilleux comme Google Analytics. Et ils croient que ce chiffre peut être comparé au nombre de ventes dans le circuit traditionnel.

Un livre vendu à 1 000 exemplaires en librairie serait-il distribué à 1 000 exemplaires s’il était gratuit ? Non. Le fait de devoir débourser indique un intérêt qui dépasse la simple curiosité étanchée par un clic. Pour cette seule raison, nous ne pouvons pas nous contenter de balancer nos textes dans le vide intersidéral.

J’ai par ailleurs exprimé pourquoi j’attachais de l’importance à l’interactivité comme force créative. En tant qu’auteur, j’avoue que j’ai du mal à m’en passer, que c’est une nouvelle dimension que nous explorons et qui forcément oriente nos productions dans des directions que nous sommes les premiers à pouvoir explorer.

Dès que de nouveaux pigments sont apparus, des nouvelles peintures ont été disponibles, les peintres les ont exploitées. Je ne vois pas pourquoi nous autres écrivains nous ne ferions pas pareil. L’outil a toujours influencé l’art. Il n’y a pas d’art sans outil (certains étant embedded bien sûr). L’interactivité est notre nouvel outil, pour le meilleur et pour le pire.

Dedalus écrit « le lecteur a un droit imprescriptible au silence et à l’anonymat. » Personne ne remet en question ce droit mais l’auteur, lui, peut vouloir une autre relation avec ses lecteurs et certains d’entre eux peuvent avoir envie d’une autre relation. D’une cocréation.

C’est mon cas. J’écris pour créer des liens. Non pas seulement pour me faire du bien. J’imagine faire aussi du bien au lecteur. Et j’estime normal qu’il puisse avoir l’occasion de se manifester. D’interagir avec moi et avec les autres lecteurs. C’est ainsi que nous nous spiritualiserons, que nous nous détournerons de plus en plus du domaine matériel pour mener une vie riche en rencontres. Lire a longtemps été un acte consumériste, lié à l’objet livre. Nous devons dépasser ce stade.

Pour le feuilleton style Croisade, l’interaction se produit au lancement de l’histoire, les premières semaines, quand les choses sont imprécises… après elle n’est plus nécessaire, le lecteur est embarqué ou il a déserté. Mais le roman n’est qu’une forme d’écriture. Avec un essai, on a besoin de l’intelligence collective à tout moment, du début à la fin, l’interactivité est une nécessité. Et même dans un roman, je trouve dommage le silence du lecteur. J’aurais envie qu’il habite le texte d’une autre façon.

Fluidifier les textes longs

L’interaction ne peut survenir que s’il y a fluidité, passage du solide au liquide. Comment les auteurs à la recherche de l’interactivité peuvent-ils rendre liquide un texte long ?

Après la publication, nous devons offrir toutes les possibilités développées pour les textes courts. Faciliter l’annotation à tous les niveaux du texte pour créer des débats locaux. C’est une façon automatique de découper les textes longs en textes courts.

Est-ce suffisant ? Sans une communauté motivée et passionnée, il ne se passera rien. Nous aurons juste découvert une façon de lire plus agréable et plus complète que sur le papier.

Quand je lis un roman, je n’ai pas envie d’annoter chaque paragraphe. C’est bien d’avoir ces options, c’est une potentialité, pas une nécessité.

Une autre stratégie consiste peut-être à simuler la fluidité. Il ne s’agit plus de déverser un texte de but en blanc mais de lui donner vie, de tenir compte de ce qui se passe dans les paragraphes déjà publiés avant de publier les suivants. C’est ce que nous faisons dans un blog. Les commentaires influencent la suite.

Le texte long initial ne doit pas être sacré mais ouvert. Sinon il ne s’agit que d’un découpage en feuilletons, un simulacre de fluidité. À ce jour, je ne vois pas d’autres possibilités que de désacraliser le texte long initial. Avec mon manuscrit sur le flux, j’ai envie d’explorer cette piste.

Tags: , Dialogue

  1. Philippe D

    tant qu’une pile sera nécessaire pour faire fonctionner n’importe quelle autre interface de lecture, comme vous dites, nous serons forcés de dire que nous préférons lire “un livre”.

    sur la plage, autre exemple, je ne traîne pas un appareil électronique. un livre, si.

    donc, j’assume, j’aime lire des livres ;)

  2. dedalus

    mon billet, que tu cites, est intitulé “auteurs 2.0 versus lecteurs 1.0″. ce titre est en lui-même une réponse à ce long billet et notamment à la manière dont tu caricatures le mien.

    je ne prétends pas que l’auteur doive se contenter pour ses textes longs d’une diffusion “à l’ancienne”. et bien entendu, il peut vouloir au cours même du processus de création envisager toutes les possibilités offertes par l’interactivité.

    mais le lecteur a la même liberté. et souvent il choisira de demeurer silencieux, de ne pas interagir, de se contenter de lire. non seulement c’est son droit, mais ce n’est en rien un échec pour l’auteur : il est lu, raison pour laquelle il écrit – et le lecteur ne lui doit rien en retour, pas même de se faire connaitre, ou simplement d’être compté, pour faire score et soigner l’ego inquiet de l’auteur…

    je termine à dessein mon billet sur un lien vers un roman 2.0 (oeuvre en cours) dont un des auteurs a laissé en retour un commentaire tout à fait éclairant.

    http://www.avoodware.com/blog/files/livre-et-interactivite.html

  3. Thierry Crouzet

    C’est pas de ton billet en particulier que je parle. Je caricature l’attitude des mecs qui font croire qui se fichent d’être lu ou pas. Un écrivain veut être lu.

    Sinon ce qu’à dit _arf_ je le dis depuis des mois… avec Croisade.

    Le lecteur silencieux, c’est un lecteur consommateur. Il faut sortir de ce statut justement. C’est tout mon point.

  4. dedalus

    Thierry

    Un écrivain écrit pour être lu, c’est un fait. Mais toi tu veux en sus pouvoir en avoir la certitude, tu veux du lecteur qu’il prouve t’avoir lu et tu le veux donc agissant – interagissant parce qu’alors agissant…

    Lecteur consommateur, dis-tu. Mais ce n’est pas parce que ton lecteur ne te parle pas, qu’il n’interagit pas avec toi, qu’il n’est pas impliqué, investi dans sa lecture.

    L’interactivité est un plus pour le lecteur. Mais cela ne te suffit pas. Tu prétends qu’elle le rendrait meilleur. Mais au nom de quoi plus est-il nécessairement mieux ?

  5. Nils Oj

    Thierry,

    D’accord avec toi sur le fait que le livre est une interface d’accès à un contenu comme un autre, mais c’est justement son ergonomie, ses “affordances” qui en font sa spécificité. Et deux interfaces aussi différentes ne sont jamais substituables sur l’ensemble des usages.

    J’ai tendance à penser qu’il n’y a pas d’interface universelle.

    Je ne les ai pas sous la main mais j’ai vu passé des études de psychologie cognitive ou de neuro-psychologie qui tendent à montrer que les processus de lecture et d’apprentissage ne sont pas les mêmes avec un écran ou avec une feuille de papier.

    Au passage j’ai écrit un court article sur les spécificités du papier en tant qu’interface http://nilsoj.owni.fr/2009/11/le-papier-mere-des-interfaces-graphiques/

  6. steph

    Je note plusieurs choses à la volée (désolé je crains que ce post soit quelque peu déstructuré, mais j’y vais au fil de ce que je pense là tout de suite).

    1. Un roman, un essai, une histoire, se sont des discours linéaires : il y a un début, une fin, entre les deux une suite d’enchainements narratifs menant à la conclusion

    2. Le flux n’est pas linéaire, il n’a ni début, ni fin, (ni queue ? ni tête ?)

    3. Une histoire (un texte long) possède un sens de lecture, en général on commence au début de l’histoire pour se diriger vers la fin. La lecture s’écoule du début vers la fin, c’est le sens de lecture.

    4. Un flux n’a pas de sens de lecture. Vous pouvez le prendre de n’importe quel endroit et le remonter en aval ou en amont selon votre guise ou votre pensée du moment, voire, sauter sur un autre flux (vous ne pouvez pas sauter d’une histoire à une autre, enfin si vous pouvez sortir de l’histoire pour chercher la définition d’un mot dans le dico -qui n’est pas histoire mais un index- euh, bref, je dis comme je pense.)

    5. Un roman, une histoire, un essai, sont découpés. Il n’y a pas d’écriture au kilomètre. On créé des chapitre, puis des scènes, puis des paragraphes, etc … C’est structuré, organisé, de manière à prendre -un peu- en main le lecteur pour lui signifier où il va et où il en est. C’est un règle de la littérature, les textes sont découpé en chapitres, en thèmes, etc…

    6. Le découpage du flux est totalement autre, puisque c’est plus ou moins à chacun d’organiser son saucissonage du flux en fonction de ses aspirations ou de ce qu’il cherche. Il n’y a pas de règles, chacun découpe son flux -ses flux- comme il le souhaite.

    7. Le flux n’a pas de format. Cela peut être du stream, du flash, du RSS, du partage d’informations, des tweets, etc… il peut mixer des formats, les entrelacer, les isoler, les manipuler, les adapter (par exemple, aux écrans des internautes). Le flux est multi-format : il peut changer sauter d’un format à une autre pour un même contenu.

    8. Un roman, c’est un format : du texte. En un sens, il est mono-formaté et sa transcription, son portage vers les autres formats (images, vidéo, son, etc…) est pratiquement impossible (enfin, très difficilement réalisable => audio book ?).

    9. Un flux est dépourvu d’affect. On ne se sent pas lié à un flux, il ne véhicule aucune émotion, aucune satisfaction, pas de bonheur ou de joie, ni de plaisir. Le flux ne fait que s’écouler, c’est tout. On peut pas dire qu’on aime ou qu’on aime pas un flux.

    10. Un lecteur est affectivement relié à son histoire : il aime ou il n’aime pas. Ce lien invisible le relie directement à son auteur (j’adore ce qu’écrit ce type ou bien, ce crétin écrit du portnawak à deux balles…).

    11. Un lecteur s’identifie à un ou plusieurs personnages (ou situation ou idée) de la narration. On aime un perso parce qu’il nous correspond. Tiens à sa place, j’airais comme lui… Ou bien on aime cette idée ou cette situation car on y a déjà été confronté.

    12. On ne s’identifie pas à un flux ou une partie de flux, ni une parcelle de flux.

    13. Une histoire, ou texte long, est plus ou moins indivisible.
    Un histoire c’est un cycle complet, on la reçoit d’un bloc. En extraire des morceau c’est sortir des bribes du contexte mis en place par l’auteur.

    14. Vous pouvez sortir, isoler du flux n’importe quelle portion, parcelle ou morceau et la plonger dans un autre contexte.

    15. Une histoire a été créé par un auteur. En un sens, cette histoire appartient à l’auteur, il la partage avec ses lecteurs.

    16. Le flux appartient à tout le monde et à personne. Il n’existe aucune forme de “création d’origine” du flux. Il ne fait que véhiculer de multiples points A à de multiples point B.

    Bref…
    Euh, donc convertir un texte long en flux suppose de le voir avec un nouveau postulat de base. Nouvelle découpe, nouvelle narration, nouveau partage, nouvelle forme d’affect, nouvelle forme de création, nouveaux formattages, etc…

    Et c’est tout à fait possible avec une certaine simplicité.
    Mais ce qui est simple est compliqué…

  7. Thierry Crouzet

    @Nils L’écran est une interface. Normal qu’il y ait des différences avec le livre. Mais avec les liseuses ont aura encore un nouveau rapport, il y aura d’autres différences… et en toute probabilité beaucoup d’avantages (sinon ces interfaces ne s’imposeront pas).

    C’est pour ça que je mets d’un côté le device, d’un autre le logiciel (et sur papier le logiciel est assez réduit… même s’il y a peu de logiciel, il faut pas l’oublier).

    Le papier a longtemps été l’interface universelle pour accéder à l’information… ce n’est qu’aujourd’hui qu’il n’y a plus d’interface universelle…

    @Dedalus Je pense que si nous passons plus de temps à discuter, comme ici, nous nous détournons de la consommation. Nous ne mangeons pas un texte, nous le faisons vivre. C’est ce que les écrivain ont toujours fait avec les autres écrivains.

    Je crois que, si nous voulons nous détacher du matérialisme, cette activité jadis réservé aux écrivains peut devenir plus accessible, plus naturelle. Je ne prétends pas forcer les lecteurs à l’interactivité mais les inciter à interagir.

    D’accord avec toi quand tu dis que même le lecteur silencieux interagit avec l’auteur. Heureusement. On peut aller plus loin aujourd’hui. J’invite le plus grand nombre de lecteurs à le faire et d’auteurs à se prêter au jeu.

    C’est meilleur pour moi… car c’est du temps détourné du matérialisme.

    @Steph Tout ce que tu dis pour le Flux s’applique à Proust par exemple. :-) Une oeuvre se prend par tous les bouts. C’est les textes médiocres qui ont un début et une fin. Mais je reviendrai sur tes distinctions.

  8. steph

    pas de blème…
    J’en ai d’autres

    17. Un lecteur normal lit une histoire en même temps. Il ne peut pas lire en même temps deux, trois ou quatre histoire.

    18. On peut suivre, lire, manipuler plusieurs flux ou plusieurs sources de flux en simultanée.

    19. La lecture est un débit fixe : on peut lire tant de mots par minutes, absorber tant d’idées à la minute, tant de concepts par page. La quantité d’information véhiculé par la lecture est savamment dosée par l’auteur : ne pas submerger le lecteur, lui donner les infos qui servent la compréhension de la suite de l’histoire ou du développement. Le reste ce sont des éléments parasites.

    20. Un flux n’a pas de débit fixe. Il n’a pas de limite autre que la technique (la quantité d’info qui passe dans les tuyaux). On peut donc être noyé sous les flux.
    Le flux n’est pas dosé. Il nécessite souvent des filtres pour séparer ce qui nous intéresse de ce qui nous intéresse pas, ce qui vaut le détour de ce qui ne le vaut, ce qui peut attendre de ce qui est urgent ou important, etc…

  9. Thierry Crouzet

    Moi aussi quand je suis lecteur j’ai souvent pas envie d’interagir avec l’auteur, c’est pas nécessaire souvent… j’essaie juste de rêver d’une forme où l’interaction serait plus évidente, plus naturelle… tout ça peut-être à cause de mon passé jeu de rôle.

    Dedalus a parlé d’auteur 2.0 et de lecteur 1.0… j’appelle à un lecteur 2.0. :-)

  10. bertrandc

    Je découvre votre blog à l’occasion de ce billet… passionnant ! Il m’attire deux réflexions :

    – la première porte sur le malentendu que je perçois entre la posture de l’auteur et celle du lecteur. Je comprends tout à fait votre désir d’auteur d’interagir avec vos lecteurs, et c’est tout à votre honneur. Moi-même auteur d’essais dans mon domaine professionnel, je sais que je suis porté par cette tension, heureusement confirmée par les conférences, journées d’études, ateliers, formations… auxquels je suis convié. En revanche, je suis moins catégorique lorsque je me place de mon point de vue de lecteur de romans par exemple : je me sens alors plus proche de Dedalus, et c’est avec le texte lui-même que je dialogue, m’évade, m’interroge, m’émeus ou m’interroge. Et cela ne vaut pas que pour les romans d’ailleurs, mais pour toutes les créations dont je ne rencontrerai jamais les auteurs, tout bonnement parce qu’ils sont morts ! Proust, que vous citez, disait très justement – et dans d’autres termes que j’ai la paresse de retrouver – que l’écriture était un processus qui n’avait rien à voir avec la lecture.

    – ma seconde réflexion porte sur votre concept du flux. Le flux, ce serait le texte sans cesse repris, dialogué, annoté, un texte “en état d’écriture” ? Si je partage votre point de vue critique sur le PDF, je le partage beaucoup moins sur le livre imprimé. Un livre, ça s’annote, ça s’échange, ça se critique, on en parle, on en discute, on y revient,on y puise un passage vers une autre lecture ou d’autres échanges… Ne croyez-vous pas qu’il existe une autre façon de penser le flux, ni du point de vue de l’auteur ni de celui du texte, mais plus bonnement du point de vue des lecteurs et de la circulation des dialogues ? Le flux, cela concerne autant la nature du livre imprimé que celle de l’écrit électronique, mais cela engage en fait surtout le lecteur lui-même en sa force critique et sa sociabilité. Et je ne pense pas que ces “simulacres” soient si artificiels ni contraignants que cela ; comme je ne pense pas que les auteurs de créations électroniques n’arriveront pas à inventer, j’en suis persuadé, d’autres façons de générer ce flux des idées et des échanges, à la fois intime, “dialogual” et social.

    Bien cordialement,

    Bertrand Calenge

  11. steph

    Partager avec l’auteur peut être anecdotique, pour lui dire quoi d’ailleurs ? Que ce qu’il écrit c’est de la balle ? ou de la M… ? Qu’il a fait une fait une faute d’accord de participe passé à la page 333 ?
    Partager alors, certes oui ? avec d’autres ?
    d’autres auteurs ? des amis ? d’autres lecteurs ?

    Finalement et fondamentalement c’est quoi le but de la manœuvre ? Inciter à lire des textes longs ? C’est quoi un texte long ?
    A partir de combien dit-on qu’un texte est long ? D’ailleurs un texte long, c’est un texte déjà chiant à lire ?
    Est-ce que le but c’est travailler des textes longs ? un auteur avec un pool de lecteur, de bêta-lecteurs ?
    Ou bien c’est juste la diffusion qui est le clou du spectacle ?

    L’auteur veut être lu, c’est certain, sinon il fait un autre métier. Qui est le pivot dans cette affaire : l’auteur qui pond le texte ou le lecteur qui le lit ?
    C’est important parce que c’est soit l’auteur qui assure la diffusion du texte long ou le lecteur ? Or le lecteur est silencieux… Doit on l’inciter à communiquer son sentiment, ses remarques, ses observations, ses notes, ses passages soulignés ?
    L’auteur fait de la promo de son bouquin, ce qui n’est pas la même chose. Promo et diffusion sont différents ? Oui, mais de quelle façon ?

    Si on réfléchit à une “interface pour lire des textes longs” il est essentiel de fixer un certain nombre de règles de base, il faut borner le concept.

  12. bertrandc

    @ Thierry Crouzet,

    Désolé d’avoir bégayé avec mon clavier, et d’avoir livré un commentaire incomplet.
    Vous en appelez à un lecteur 2.0 ? Désolé, je ne crois pas qu’il existe. Les blogueurs le savent, qui connaissent le cercle de leurs commentateurs réguliers ! Lire, que ce soit des textes imprimés ou des textes en ligne, c’est emmagasiner de la connaissance pour affronter d’autres relations : professionnelles, sentimentales, sociales, que sais-je encore ?! Ce que vous apporterez à vos lecteurs, quel que soit le support, vous n’en apercevrez jamais – et j’insiste sur ce jamais définitif – qu’une bribe minuscule. Mais votre apport dans le flot – le flux ? – des pensées et des actions, vous pouvez le rêver…

  13. Thierry Crouzet

    Le but n’est pas de percevoir ce qui se passe dans la tête du lecteur… mais d’ajouter une dimension supplémentaire à la lecture… elle existe sur les blogs et pas encore sur les textes plus longs… c’est le seul constat et il n’y a aucune raison de penser que les choses en resteront à ce stade.

  14. J

    “Chaque fois que quelqu’un vous dira J’aime lire des livres répondez-lui Moi, j’aime lire des PDF.”

    J’aime bien cette phrase du genre taquine :)

    Intéressants ces échanges ici et chez Guillaud.
    J’ai hâte de voir ce que peut donner l’expé sur texte long.

  15. steph

    “…mais d’ajouter une dimension supplémentaire à la lecture.”

    Question : la lecture a-t-elle besoin d’une dimension supplémentaire ?
    Si oui, qui la demande ? l’auteur ou le lecteur ?
    La lecture n’est-elle pas censée se suffire à elle-même ?
    Enfin, “une dimension”, qu’est ce que l’on met concrètement derrière ce terme générique, un peu fourre-tout (genre comprenne qui pourra).

    [ Ok, j’ai beaucoup de questions et peu de réponses, désolé ;-) ]

  16. Thierry Crouzet

    Je sais pas si tu vois mais le monde est pas au top now… on a quelques problèmes à résoudre… la surconsommation par exemple… on a intérêt à intensifier notre vie culturelle… et la lecture telle qu’elle est aujourd’hui ne suffit pas… pour preuve… donc faut explorer toutes les pistes possibles pour intensifier notre spiritualisation… la lecture est un des champs ouverts parmi beaucoup d’autres. Voilà pourquoi on peut pas se satisfaire de ce qui était. J’ai pas la réponse à tout, juste la certitude que nous devons trouver des réponses… et non seulement poser les questions.

  17. J

    il ne se passe plus rien sur ce blog :)

    thierry et tous, j’ai découvert il y a quelques temps ce blog, et ce caleb est sans nul doute ”un mec bien” ; un point d’entrée : http://calebirri.unblog.fr/2009/11/18/journaliste-ou-editorialiste/
    je sais, ce genre de lien ça serait mieux via twitter par ex, mais je peux pas.

    rien à voir, autre blog découvert là vraiment par hasard ;) , et qui m’a fait beaucoup rire.
    un billet : http://www.mauvaise-humeur.com/article-23495001.html

    a+

  18. De Charybde en Cybion

    “un point d’entrée”

    Encore un lèche-cul d’Agor’intox.

    Un site régi par une obscure société d’intelligence économique au service des puissants ne sera jamais la voix (et voie) du peuple.

  19. Blogueurs Tartuffe

    Nicolas Voisin se fait allumer par l’auteur du blog Mitterrand qui révèle ses mensonges, ça en dit long sur la tartufferie du blogueur citoyen :

    http://www.lepost.fr/article/2009/12/02/1820297_scoop-je-sais-qui-est-le-veritable-auteur-des-memoires-bidons-de-jean-sarkozy.html

    “un petit marquis du net, assoiffé de reconnaissance médiatique et qui est au blog ce que Marc Levy est à la littérature; un petit marquis du net donc, s’empressa de me dénoncer. Il prétendit m’avoir identifié suite à une enquête bidon menée à base de recoupements sur des bouts de phrases prises ici où là sur le net et dont j’étais censé être l’auteur. La vérité est tout autre. Voici ce que je découvris après avoir mené ma propre enquête sur les origines de cette délation contraire à l’éthique du net.

    Un de mes amis, avait émis, devant plusieurs personnes, l’hypothèse que je pouvais être l’auteur du blog. Une des personnes présentes rapporta cet écho à un tiers qui était proche du play boy internautique en quête de visibilité médiatique et de passages à la télé qui permettent d’être reconnu dans la rue. Et c’est sur la foi de cette hypothèse que ce zozo (Nicolas Voisin, tel est son nom) me dénonça après avoir inventé une enquête digne de Sherlock Holmes. Je n’en ai rien dit à l’époque, mais j’ai jugé et continue de juger le procédé abject, indigne, minable et effrayant.”

  20. J

    salut thierry, j’espère que c’est sans rancune pour mon petit texte en réponse à Charlie ; ce que j’ai écris n’enlève rien à la qualité de tes intuitions et à tes valeurs humanistes…

    si ça tente certains, faire tourner, c’est encore une artiste qui sort de son “devoir de réserve”, et y en a des qui pourraient trouver que cette déclaration passe un peu trop inaperçue pour le moment.

    Isabelle Adjani associe Hortefeux et Besson à la France de Vichy
    Dans un texte de soutien au site d’information Bakchich, la comédienne juge le pluralisme des médias d’autant plus crucial que la démocratie est “en danger”.
    http://hightech.nouvelobs.com/actualites/20091208.OBS9998/isabelle_adjani_associe_hortefeux_et_besson_a_la_france.html

  21. Égide

    Le lecteur 2.0 existe. Je l’ai rencontré. En fait le lecteur 2.0 existait avant l’auteur 2.0. Le lecteur 2.0 existait avant le web !
    Les premiers lecteurs 2.0 ont commencé à numériser des textes au milieu des années 70. Depuis, ils n’arrêtent plus. Maintenant, ils sont un peu vieux. Mais ils ont fait des émules qui poursuivent leur recherches.

    Je connais un site de lecteurs 2.0, c’est Hubert de Phalèse.
    http://www.cavi.univ-paris3.fr/Phalese/

    Il faut aller voir et … lire.

    Finie la lecture séquentielle, grâce à la numérisation du texte et aux liens la lecture par analogie grâce à la numérisation dixit un de ces lecteurs obstinés et inventifs.

    Le pdf, c’est naze. Il n’y a que le xml !

  22. William Wyler

    “mon petit texte en réponse à Charlie”

    Arrête un peu de parler de Charlie. Tu es obsédé ou quoi ?

    Henri t’épargne l’interprétation lacanienne de “mon petit texte”, mais n’en pense pas moins.

  23. J

    ahlala, collé sous ma semelle comme ces choses qui trainent sur les trottoirs parisiens :(

    et en plus ça parle, et ça dit n’importe quoi.

    malheur…

    thierry, bradbury a incendié internet, et défendu le livre, tu as noté je pense.

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