La réinvention du socialisme

Nous sommes encore libres, nous avons le pou­voir d’éviter le pire. Et si le pire advient, nous ne devrons nous en prendre qu’à nous-mêmes, car nous serons les seuls res­pon­sables. Nous étions pré­ve­nus. Je vais vous pré­ve­nir une nou­velle fois.

Ima­gi­nez que des hommes d’égal niveau d’éducation se retrouvent à bord d’un vais­seau spa­tial et débarquent sur une nou­velle pla­nète. Quel monde y construiront-ils ? Un monde de liberté, d’égalité, de fra­ter­nité ou un monde qui res­semble au nôtre, avec ses hié­rar­chies, ses inéga­li­tés, ses struc­tures d’autorités ?

De nom­breux auteurs de science-fiction se sont posé la ques­tion, notam­ment Kim Stan­ley Robin­son avec sa tri­lo­gie mar­tienne. Com­ment savoir ce qui se pas­se­rait vrai­ment ? Faute d’avoir décou­vert une nou­velle pla­nète à colo­ni­ser, nous pou­vons consi­dé­rer Inter­net comme un nou­veau ter­ri­toire. En étudiant son his­toire, on peut en tirer quelques ensei­gne­ments quant à notre actuelle matu­rité politique.

La hié­rar­chi­sa­tion des hominidés

Tout d’abord, je vou­drais reve­nir sur l’origine des struc­tures d’autorité. Parmi les peuples pre­miers, cer­tains sont non hié­rar­chiques et ne dis­posent même pas de l’impératif dans leur lan­gage ou de verbes comme devoir. Ont-ils perdu les hié­rar­chies au cours de leur his­toire ou les socié­tés humaines ont-elles com­mencé par être non hiérarchiques ?

Les anthro­po­logues penchent vers cette seconde hypo­thèse. Chez de nom­breux mam­mi­fères, chez les loups ou les singes, il existe sou­vent des mâles domi­nants, mais pas à pro­pre­ment par­ler de hiérarchie.

Le mâle domi­nant ne peut pas être consi­déré comme le chef de la horde. Il s’approprie les femelles qui l’intéressent, mange en pre­mier, indique quand il est temps de se dépla­cer… Il manage par l’exemple sans don­ner d’ordre à ses congé­nères. Rien ne les empêche de ten­ter leur chance en soli­taire ou d’aller for­mer une nou­velle horde.

Dans l’histoire humaine, les pre­mières hié­rar­chies appa­raissent semble-t-il autour de –75 000 ans. Cet évène­ment aurait coïn­cidé avec l’invention des vête­ments, qui avaient non pour but de réchauf­fer ou d’accroître le confort, mais d’affirmer le sta­tut social.

Dif­fi­cile de faire de l’archéologie eth­no­gra­phique aussi loin dans le temps. On est sûr d’une chose en revanche : les hié­rar­chies s’imposent quand les hommes se séden­ta­risent (le pou­voir hié­rar­chique devient en quelque sorte juridique).

Les hié­rar­chies ont pour avan­tage de réduire les coûts de tran­sac­tion comme en fit la démons­tra­tion Ronald Coase. Des struc­tures d’autorités se forment alors. Ceux qui pos­sèdent la terre, ceux qui pos­sèdent du bétail, bien­tôt ceux qui pos­sèdent d’autres hommes.

D’un monde pri­mi­tif rela­ti­ve­ment hori­zon­tal, nous pas­sons à des socié­tés de plus en plus ver­ti­cales. Nous bas­cu­lons de la décen­tra­li­sa­tion à la centralisation.

La hié­rar­chi­sa­tion de l’évolution

Ce ne fut pas une pre­mière dans l’histoire du vivant. L’évolution bio­lo­gique n’a pas com­mencé par être dar­wi­nienne, c’est-à-dire ver­ti­cale, avec des parents qui trans­mettent leurs gènes à leurs enfants au prix de quelques mutations.

Avant l’existence des parents, il y avait déjà de la vie. Il fal­lait bien un méca­nisme pour trans­mettre les gènes. Ils cir­cu­laient alors hori­zon­ta­le­ment, d’individus en indi­vi­dus non appa­ren­tés, par­fois d’espèces différentes.

Des scien­ti­fiques comme Carl Woese et Nigel Gol­den­feld montrent que la théo­rie hié­rar­chique de Dar­win est ainsi inca­pable d’expliquer l’apparition du code géné­tique lui-même. Elle ne se met en place qu’après plu­sieurs mil­liards d’années d’une évolu­tion hori­zon­tale, évolu­tion tou­jours active aujourd’hui.

Ainsi la vie aurait elle aussi bas­culé d’une époque domi­née par l’horizontalité à une époque domi­née par la ver­ti­ca­lité, sur­tout chez les êtres les plus complexes.

La ver­ti­ca­li­sa­tion, la hié­rar­chi­sa­tion, la cen­tra­li­sa­tion sont-elles inévi­tables et irré­ver­sibles ? C’est une ques­tion impor­tante. Si tel est le cas, si nous colo­ni­sons un nou­veau monde, nous y recrée­rons néces­sai­re­ment des hié­rar­chies et des struc­tures de domi­na­tion. Si nous inven­tons un nou­veau ter­ri­toire, Inter­net, nous y repro­dui­rons les pou­voirs mil­lé­naires avec tous leurs travers.

La décen­tra­li­sa­tion

Sommes-nous condam­nés à une stag­na­tion poli­tique ? Avons-nous atteint struc­tu­rel­le­ment la fin de l’histoire sociale ? De tout temps, les conser­va­teurs ont pensé ainsi. Pour eux, au XVIIIe siècle, la société ne pou­vait fonc­tion­ner sans esclaves, les hommes devaient domi­ner les femmes, les enfants devaient tra­vailler… Il était impos­sible de remettre en cause les struc­tures d’autorités exis­tantes qui appa­rais­saient comme des fata­li­tés que l’on attri­buait à la nature humaine.

Mais qu’en est-il de cette nature humaine ? Avons-nous tou­jours tendu vers plus de hié­rar­chie ? Si tel était le cas, nous vivrions par­tout sous des dic­ta­tures impla­cables. Il n’en va pas ainsi parce que des indi­vi­dus qui résultent d’une évolu­tion hié­rar­chique peuvent néan­moins déve­lop­per des com­por­te­ments non hiérarchiques.

Je ne vais pas don­ner d’exemples chez les ani­maux pour ne pas être accusé de com­pa­rer les hommes aux bêtes, même si celles-ci ont encore beau­coup de choses à nous apprendre.

Regar­dons nos villes. Bien que deve­nues des centres d’autorité, elles ne se sont pas moins déve­lop­pées le plus sou­vent sui­vant des prin­cipes hori­zon­taux. Par­fois elles furent fon­dées à la règle et à l’équerre, mais, au cours du temps, et cela tou­jours assez vite, elles ado­ptèrent des formes plus organiques.

Quand les scien­ti­fiques cherchent à repro­duire l’évolution de ces villes en simu­la­tion, ils constatent que les modèles hié­rar­chiques n’expliquent pas leur struc­ture. Nous devons ima­gi­ner que les hommes res­pectent une poi­gnée de règles et bâtissent en fonc­tion d’elles. Dès qu’on étudie les villes dans une durée supé­rieure au siècle, on constate qu’elles résultent avant tout d’un pro­ces­sus d’auto-organisation typi­que­ment non hié­rar­chique. Et nos villes ne sont-elles pas parmi nos réa­li­sa­tions col­lec­tives les plus impressionnantes ?

Les vic­toires anarchistes

Il semble donc exis­ter deux mou­ve­ments his­to­riques : l’un pousse à la cen­tra­li­sa­tion et à la créa­tion de struc­tures d’autorité, l’autre à la décen­tra­li­sa­tion et à la des­truc­tion des struc­tures d’autorité qui ne font pas leur preuve.

Noam Chom­sky qua­li­fie d’anarchiste cette seconde ten­dance. L’anarchie, sui­vant cette défi­ni­tion, n’est pas contre toutes les struc­tures d’autorité, mais contre celles qui ne se jus­ti­fient pas, ou plus.

Les hommes ont long­temps consti­tué une struc­ture d’autorité sur les femmes. Des siècles de lutte ont vu quelques pro­grès, preuve que l’ont peut affai­blir cette struc­ture d’autorité, et sans doute finir par l’éradiquer.

Les escla­va­gistes consti­tuaient eux aussi une struc­ture d’autorité. Des hommes l’ont abat­tue. Ils ont inventé le sala­riat, une forme de dépen­dance moins dégra­dante, qui a créé une nou­velle struc­ture d’autorité, celle des patrons.

À leur tour, les socia­listes ont rêvé de sup­pri­mer cette nou­velle struc­ture d’autorité (je parle des véri­tables socia­listes du XIXe siècle). Ils ont à ce jour échoué, ce n’est pas pour autant qu’ils échoue­ront toujours.

Bill Joy a mon­tré que le modèle hié­rar­chique ne rédui­sait les coûts de tran­sac­tion que dans un monde fai­ble­ment tech­no­lo­gique. Quand les coûts de com­mu­ni­ca­tion s’effondrent, on peut tra­vailler où l’on veut, donc aussi hors des hié­rar­chies qui ne pré­sentent plus d’avantages en terme de coût, mais uni­que­ment en terme de pou­voir et deviennent de fait des struc­tures d’autorité inutiles.

La guerre éternelle

Existe-t-il une ten­dance humaine vers la dimi­nu­tion du nombre des struc­tures d’autorité ? Rien n’est moins sûr. Le sala­riat rem­place l’esclavage. L’instruction rem­place la noblesse de sang. Les ban­quiers s’arrogent le pou­voir de créer de l’argent.

Il y aurait plu­tôt une lutte conti­nuelle entre les auto­ri­taires et les anar­chistes, entre les cen­tra­li­sa­teurs et les décen­tra­li­sa­teurs. Ils se livrent une guerre éter­nelle. Doit-on choi­sir son camp ? En théo­rie, on peut être pour la décen­tra­li­sa­tion dans un domaine et pas dans un autre.

Tou­te­fois, il me semble que nous devons entre les deux ten­dances nous posi­tion­ner (et il ne peut sans doute exis­ter plus de deux ten­dances poli­tiques domi­nantes). N’oublions pas dans notre réflexion de consi­dé­rer l’esclavagiste comme un centre pour les esclaves, l’homme comme un centre pour les femmes alié­nées, le patron comme un centre pour les sala­riés… Alors les centres sont-ils néces­saires ? Et quand le sont-ils vraiment ?

Pour ma part, je penche vers l’anarchisme, esti­mant que le sala­riat doit être aboli, que le pou­voir de créer l’argent doit être réparti entre tous, que les pou­voirs sub­sis­tants doivent être jalou­se­ment sépa­rés pour éviter les col­lu­sions… Nous devons inter­ro­ger toutes les struc­tures d’autorité et ques­tion­ner leur légitimité.

Sans être aussi extré­miste que moi, on peut néan­moins sen­tir les deux ten­dances s’opposer dans notre société. Elles réveillent des forces sou­ter­raines et cataclysmiques.

Pour­quoi cata­clys­miques ? Parce que, quand la com­plexité aug­mente, la décen­tra­li­sa­tion s’impose. La rai­son est toute simple : pour faire face à la com­plexité, il faut de plus en plus d’intelligence. La seule manière de l’augmenter est de la lais­ser s’exprimer par­tout. On ne doit pas attendre l’aval de la hié­rar­chie avant d’expérimenter (une hié­rar­chie est moins intel­li­gente et pas plus infor­mée que sa struc­ture sous-jacente).

Dans un monde qui se com­plexi­fie, les anar­chistes devraient donc logi­que­ment s’imposer peu à peu. Tou­te­fois, les cen­tra­li­sa­teurs défendent leurs pri­vi­lèges. Même quand la com­plexité aug­mente, ils tentent d’imposer la cen­tra­li­sa­tion, ce qui implique inévi­ta­ble­ment une réduc­tion de la complexité.

Cette réduc­tion peut prendre de mul­tiples formes. Moins de gens pour inter­agir (stra­té­gie de réduc­tion de la popu­la­tion). Moins de liberté pour inter­agir (dic­ta­ture avec contrôle des dépla­ce­ments). Moins de tech­no­lo­gie pour inter­agir (jihad Bul­té­rien ima­giné par Frank Her­bert – avec dis­pa­ri­tion de la liberté d’expression). Cette liste pour­rait s’étendre indé­fi­ni­ment : épui­se­ment des res­sources natu­relles, crises cli­ma­tiques, réces­sion écono­mique durable… Nous ne serions capables de résoudre ces pro­blèmes com­plexes que par la voie de la sim­pli­fi­ca­tion catastrophique.

Nous serions alors for­cés de renon­cer à ce qui fait la richesse de nos vies (si ce n’est à nos vies même). Il ne s’agirait pas de sacri­fier des choses acces­soires, les gad­gets inutiles du consu­mé­risme, mais aussi tout ce qui fait le propre d’un monde com­plexe, les inter­ac­tions à grande échelle, aussi bien celles qu’autorisent les voyages que les nou­velles tech­no­lo­gies par exemple.

Un monde moins com­plexe nous pous­se­rait à reve­nir à un stade anté­rieur de l’humanité, un stade pas néces­sai­re­ment plus durable vu dans quel état nous avons mis le monde. Il n’y a d’avenir pour l’homme que dans la course à la com­plexi­fi­ca­tion – une com­plexi­fi­ca­tion culturelle.

Inter­net stig­ma­tise les antagonismes

Que se produit-il sur Inter­net ? Nous avons construit une nou­velle pla­nète où nous avons mini­misé les struc­tures de pou­voir. Pen­dant trente ans, nous nous sommes déve­lop­pés hori­zon­ta­le­ment, mais, aujourd’hui, les forces cen­tra­li­sa­trices, un temps domi­nées, reviennent sur le champ de bataille. Les loups veulent se repaître du fruit de notre tra­vail collectif.

Pour com­men­cer, les gou­ver­ne­ments tentent de reprendre le contrôle, c’est-à-dire de réin­tro­duire des hié­rar­chies là où elles n’existaient pas. Ils ne voient pas d’un bon œil que nous puis­sions échan­ger en direct des infor­ma­tions entre nous. Sous pré­texte que nous pou­vons échan­ger des infor­ma­tions pira­tées, ils ima­ginent des solu­tions de fil­trage capables de nous empê­cher sim­ple­ment de communiquer.

Mais n’accablons pas les gou­ver­ne­ments. Ils ne sont pas nos plus dan­ge­reux adver­saires. Ne cher­chons pas d’autres res­pon­sables que nous-mêmes. C’est nous qui créons les véri­tables nou­velles struc­tures d’autorité, des struc­tures trans­na­tio­nales que sont Google ou Face­book par exemple. Nous les créons en plé­bis­ci­tant les ser­vices cen­tra­li­sés de ces entre­prises au pro­fit des solu­tions décen­tra­li­sées pour­tant à l’honneur depuis le début d’Internet.

Quand je dis nous, je m’adresse sur­tout à ceux qui uti­lisent ces ser­vices en oubliant qu’il en existe d’autres. Quand vous par­lez à cer­taines per­sonnes de ce que vous avez vu sur Inter­net, ils vous demandent « C’est où sur Face­book ? » Pour une grande majo­rité d’internautes, Inter­net se résume à Face­book. Par ailleurs, bien­tôt la navi­ga­tion ne s’effectuera plus qu’à tra­vers Google et les liens hyper­textes dans les pages ne seront plus utilisés.

Bien sûr ces ser­vices pro­posent aujourd’hui des avan­tages qu’aucune autre plate-forme ne confère. C’est confor­table d’aller chez eux. Mais dites-vous bien que vous êtes en train de vous sou­mettre à de nou­velles struc­tures d’autorités, des struc­tures qui à ce jour n’existaient pas encore sur Inter­net… des struc­tures que vous ren­for­cez de jour en jour en même temps que la concur­rence agonise.

La dic­ta­ture est sou­vent confor­table. Vous n’avez plus de ques­tion à vous poser. D’autres pensent pour vous et vous disent ce que vous devez faire. Je noir­cis le tableau, mais n’oublions pas que, quand nous don­nons du pou­voir, il y a tou­jours des hommes pour se l’approprier. Ne leur faci­li­tons pas trop la tâche, nous ne pour­rions que nous en mordre les doigts.

Vous pou­vez certes esti­mer qu’un tel monde hié­rar­chique est pré­fé­rable à un monde hori­zon­tal, en appa­rence déstruc­turé, sans ligne claire, sans une direc­tion unique impo­sée à tous… Vous êtes encore libres d’effectuer ce choix. J’use pour ma part de ma liberté pour tra­vailler à un autre monde, celui que j’ai connu sur Inter­net quand tout était pos­sible et que les struc­tures d’autorité n’attiraient pas tous les inter­nautes comme des mouches.

Ne croyons pas que le jour venu nous nous détour­ne­rons de ces struc­tures avec faci­lité. Repen­sons aux esclaves ou aux femmes alié­nées. Une fois une struc­ture d’autorité ins­tal­lée, elle se défend jusqu’à la mort.

Cette défense implique un ren­for­ce­ment de la cen­tra­li­sa­tion, une dimi­nu­tion conco­mi­tante de la com­plexité, donc de l’intelligence géné­rale du sys­tème. L’innovation n’est plus au rendez-vous. Il n’y a plus de place pour d’autres en dehors. On se retrouve avec des centres de puis­sance qui ont ten­dance à entrer en guerre. D’ouvertes, les fron­tières se referment peu à peu.

Apple a inau­guré depuis long­temps ce repli vers les solu­tions pro­prié­taires. Google et d’autres déve­loppent le même tra­vers, notam­ment dans le domaine de la téléphonie.

Nous qui pen­chons vers l’anarchisme, allons-nous lais­ser ce pro­ces­sus se déve­lop­per ? Allons-nous lais­ser les struc­tures d’autorité reprendre ce que nous avions un temps réussi à acqué­rir ? La liberté de publi­ca­tion. Le droit à l’anonymat. La coopé­ra­tion. L’open source. La hacka­bi­lité.

Toutes ces vic­toires, toutes ces struc­tures d’autorité que nous avons dyna­mi­tées risquent bien­tôt de res­sur­gir. Sommes-nous à l’aube d’un nou­veau balan­ce­ment vers la cen­tra­li­sa­tion ? Par­fois même les écolo­gistes appellent un tel revi­re­ment au nom de la pro­tec­tion de l’environnement. Les appels à la cen­tra­li­sa­tion se géné­ra­lisent. Toutes les rai­sons sont bonnes. Les crises et la néces­sité des mesures d’austérité ont bon dos. Si seule­ment les hié­rarques s’appliquaient l’austérité à eux-mêmes pour commencer.

Je n’ai pas envie de vivre dans leur monde. L’anarchisme doit être réha­bi­lité comme la prin­ci­pale force de pro­grès de nos civi­li­sa­tions. Nous ne devons pas nous conten­ter de déve­lop­per de nou­velles tech­no­lo­gies, mais diri­ger ce déve­lop­pe­ment dans un sens qui réduit les struc­tures d’autorité. Nous en avons les moyens. Nous devons nous battre sur ce ter­rain de bataille politique.

La cen­tra­li­sa­tion catastrophique

Le socia­lisme n’a jamais été appli­qué. Jamais les gens qui s’en reven­di­quèrent n’ont fait dis­pa­raître les struc­tures d’autorité. Ils les ont au mieux rem­pla­cées, sou­vent par des machi­ne­ries mons­trueuses comme en URSS. Le socia­lisme est devenu une machine cen­tra­li­sa­trice. Il a rem­placé Dieu par l’État. On est passé d’un opium du peuple à un autre, c’est tout.

Regar­dez ce qu’est devenu le socia­lisme dans un pays comme la France. Com­ment cherche-t-il à secou­rir les plus défa­vo­ri­sés ? Il ne remet en cause aucune des struc­tures d’autorité qui engendrent les inéga­li­tés (ce qui est le propre d’une struc­ture d’autorité puisque cer­tains sont en haut de la pyra­mide et d’autres en bas).

Les socia­listes ne vou­draient qu’une seule com­pa­gnie fer­ro­viaire, qu’un ser­vice pos­tal, qu’un four­nis­seur d’énergie… Ils vou­draient ren­for­cer les struc­tures d’autorité qui n’ont au cours de l’histoire d’autres fins que d’asservir les hommes. Est-ce cela le socialisme ?

Pour ins­tal­ler le revenu de vie, nous devons décen­tra­li­ser la créa­tion moné­taire. Pour célé­brer la dignité humaine, nous devons décen­tra­li­ser le tra­vail, trans­for­mer le sala­riat en un nou­vel arti­sa­nat. Pour garan­tir la liberté d’expression, nous devons conti­nuer à créer des blogs indé­pen­dants et ne pas nous enfer­mer dans des pla­te­formes totalisantes.

Nous ne devons nous défi­nir comme des anar­chistes, inté­grant dans nos rangs les déçus du faux socialisme.

Alors nous appren­drons à pro­duire nous-mêmes notre éner­gie, nos infor­ma­tions, nos infra­struc­tures… Nous ces­se­rons d’être sou­mis aux struc­tures d’autorité qui n’ont plus aucune rai­son d’exister dans un monde devenu technologique.

Mais pre­nons garde. Il ne s’agit pas de détruire aveu­glé­ment toutes les struc­tures d’autorité, mais seule­ment celles qui nous aliènent, celles qui n’ont plus de rai­son d’être. Je milite pour un anar­chisme modéré tel que le défi­nit Chomsky.

Quand les libé­raux, ceux qui se pré­tendent tels, veulent détruire les ser­vices publics, ils ne cherchent pas à détruire des struc­tures d’autorité, mais sim­ple­ment à les dépla­cer vers le privé, à les rame­ner dans leur escar­celle. Ils agissent comme les com­mu­nistes en URSS. Les libé­raux n’ont jamais été anar­chistes. Ils exigent la liberté de créer libre­ment des struc­tures d’autorité. Nous devons au nom de la liberté nous battre égale­ment contre eux.

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37 commentaires à “La réinvention du socialisme”

  1. gravatar.com 000 ip:1
    16 February 2010 @ 14:32

    Rien ne les empêche de ten­ter leur chance”

    Si : les inéga­li­tés natu­relles. La nature ne donne pas les mêmes chances à chacun.

    Le socia­lisme cor­rige la nature.

    D’un monde pri­mi­tif rela­ti­ve­ment horizontal”

    Toute l’histoire du socia­lisme, c’est de consi­dé­rer que le monde natu­rel n’est jus­te­ment PAS hori­zon­tal mais inégal et opprimant :

    entre le faible et le fort, c’est la loi qui libère, et la liberté qui opprime.

    Le monde natu­rel est dominé par des inéga­li­tés natu­relles, et c’est pour les apla­tir et tendre vers l’égalité des chances que le socia­liste en appelle à la société organisée.

    -

    Tu consi­dères qu’un monde est hori­zon­tal quand il n’y a que les inéga­li­tés naturelles.

    Un socia­liste consi­dère que ce monde est hié­rar­chisé selon les inéga­li­tés natu­relles, et que la voca­tion de la société est de l’horizontaliser par la répartition.

    Dans le monde natu­rel, l’aveugle est aban­donné par la meute, il n’a aucune chance. Dans le socia­lisme, on lui per­met la sur­vie, on l’épaule.

  2. gravatar.com 000 ip:1
    16 February 2010 @ 14:45

    En étudiant son histoire”

    Atten­tion parce qu’Internet n’est pas un ter­ri­toire autonome.

    Il fonc­tionne comme un cocon à l’intérieur du monde poli­tique réel.

    Par exemple : rien dans l’organisation d’Internet assure la sécu­rité phy­sique de cha­cun. C’est encore au sys­tème police/justice que cha­cun doit de pou­voir tran­quille­ment sur­fer sur Internet.

    Dans le Far West, meilleur exemple de construc­tion d’un ter­ri­toire neuf et auto­nome, la sécu­rité phy­sique de cha­cun était le pre­mier problème.

    Cela a généré : le she­riff, puis les admi­nis­tra­tions poli­cières de plus en plus élaborées.

  3. gravatar.com Ouvrez c'est la police ip:1
    16 February 2010 @ 15:05

    Il y a un film qui montre le pas­sage de la société sans loi du Far West, domi­née par les plus forts natu­rels, à l’instauration de la Loi pour établir l’égalité des chances :

    The Far Coun­try“
    (“Je suis un aven­tu­rier” dans la ver­sion française),

    film d’Anthony Mann, 1955

    Anthony Mann montre l’instant his­to­rique de l’instauration de la Loi, le moment où le droit du plus fort doit ces­ser pour lais­ser la civi­li­sa­tion avan­cer. Les habi­tants de Daw­son, ville de cher­cheurs d’or, ne veulent qu’une chose : construire une église, une école, un tri­bu­nal : bref, une cité. Gan­non, tyran­neau local, et ses hommes les en empêchent. Pour faire régner l’ordre, il faut un héros qui s’affirme en bras armé de la loi. Mais encore faut-il qu’il soit soli­daire des autres. C’est tout le dilemne du per­son­nage joué par James Ste­wart, indi­vi­dua­liste jusqu’à l’égoisme.”

  4. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    16 February 2010 @ 15:12

    C’est pour ça que je dis au début « ima­gi­nez des hommes égaux… » Bien sûr les hommes ne sont jamais égaux.

    Dans la nature, les hommes ne quittent pas la horde pour béné­fi­cier des autres membres de la horde. On a un groupe orga­nisé hori­zon­ta­le­ment, avec éven­tuel­le­ment quelques domi­nants qui en tirent pro­fit sans lui nuire suf­fi­sam­ment pour que ce soit un désa­van­tage. La struc­ture hié­rar­chique n’est pas encore là.

    Inéga­lité ne veut pas dire struc­ture hié­rar­chique. Ce n’est pas parce que je suis plus petit que quelqu’un que je suis sous sa res­pon­sa­bi­lité hiérarchique.

    Je ne suis pas sûr que les hié­rar­chies soient appa­rues pour béné­fi­cier aux faibles… c’est plu­tôt le contraire.

    Le socia­lisme cherche lui en effet à com­pen­ser ce défaut propre aux hié­rar­chies, mais sans jus­te­ment remettre en cause la hié­rar­chie, en tout cas il l’a oublié.

    Inter­net n’est pas une nou­velle pla­nète, mais ce qui s’en approche le plus aujourd’hui. Il n’est pas une véri­table société, mais nous montre déjà com­ment les choses peuvent par­tir en vrille.

    Pour la sécu­rité, si on n’a pas trouvé de struc­ture hori­zon­tale pour la gérer, on garde la struc­ture ver­ti­cale. C’est ce que j’aime dans cette façon de défi­nir l’anarchisme.

  5. gravatar.com typy ip:3
    16 February 2010 @ 15:56

    Que veux tu dire pré­ci­sé­ment par “la créa­tion moné­taire à la por­tée de tous” ? le retour du troc ? une grosse machine à billet où tout le monde pour­rait impri­mer les billets dont il a besoin en aug­men­tant tous les jours l’inflation ? Est-ce que tu peux m’expliquer, s’il te plait ?

  6. gravatar.com Henri A ip:4
    16 February 2010 @ 16:01

    OOO
    Tu uti­lises des exemples pseudo his­to­riques. Le far west ima­giné par Hol­ly­wood est un mythe.

    Dans le Far West, meilleur exemple de construc­tion d’un ter­ri­toire neuf et auto­nome, la sécu­rité phy­sique de cha­cun était le pre­mier problème.

    Cela a généré : le she­riff, puis les admi­nis­tra­tions poli­cières de plus en plus élabo­rées.“
    Ceci est une piperie.

  7. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    16 February 2010 @ 16:20

    @typy http://blog.tcrouzet.com/2010/01/15/le-revenue-de-vie/

  8. gravatar.com 000 ip:1
    16 February 2010 @ 16:48

    L’étude du Far West est intéressante.

    On a bien des hommes qui ont quitté l’Europe pour mener une vie libre.

    Sur un ter­rain presque vierge et immense, ils ont buté sur les pro­blèmes de la liberté et de la vio­lence mimétique.

    Le pas­sage des camps de mineurs cher­cheurs d’or (anar­chi­sants) à la société organisée :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ouest_am%C3%A9ricain

    Au final, c’est la construc­tion du che­min de fer qui conduira à l’appel au gou­ver­ne­ment fédéral.

    Les dif­fi­cul­tés tech­niques dépas­sant les pos­si­bi­li­tés d’auto-organisation locale.

    On note aussi l’importance de l’alcool comme fac­teur de dés­in­té­gra­tion sociale et de violences.

    Les femmes poussent à l’organisation de struc­tures pour lut­ter contre la vio­lence de l’homme libre livré à l’alccol : Eglise, Ecoles…

    Les camps de mineurs se trans­forment rapi­de­ment en bour­gades : ils se dotent de saloons, d’une ou plu­sieurs épice­ries et de banques pour dépo­ser l’or ou l’argent. En 1879, Lead­ville dans le Colo­rado pos­sède 120 saloons, 188 salles de jeux pour seule­ment quatre églises.

    Elles deviennent un uni­vers essen­tiel­le­ment mas­cu­lin où la vio­lence est endé­mique à cause du ban­di­tisme, des vols, de la pros­ti­tu­tion, des jeux d’argent et de l’alcoolisme.

    Le shé­rif et le mar­shal sont les garants de l’ordre.

    Les villes de l’ouest sont pré­sen­tées par les jour­na­listes et les écri­vains comme des repaires de ban­dits. Des mis­sion­naires pro­tes­tants partent vers ces contrées pour y chas­ser le vice. Leur action est relayée par les femmes qui tentent d’imposer la morale victorienne.

    Un effort est mené pour l’alphabétisation, avec la construc­tion d’écoles et d’universités, dans les plus grandes agglo­mé­ra­tions, à la fin du XIXe siècle. En Cali­for­nie, on lève une taxe spé­ciale pour l’éducation.

    Les armes à feu contri­buent à la vio­lence meur­trière qui sévit dans l’Ouest, mal­gré les inter­dic­tions dans cer­taines villes.

    Face aux homi­cides qui ont lieu en géné­ral lorsque les hommes sont en état d’ébriété, les jurys popu­laires pro­noncent peu de peines de mort.

    Les pros­ti­tuées et les mino­ri­tés (Chi­nois, Mexi­cains) sont aussi les vic­times de cette vio­lence armée.

    Dans plu­sieurs loca­li­tés, les citoyens créent des comi­tés de vigi­lance, dont les membres sont appe­lés « les vigilantes ».

    Face aux carences de la force publique et à l’indulgence des jurys, ils se font jus­tice eux-mêmes.

    Au milieu du XIXe siècle, l’est des États-Unis pos­sède déjà un réseau de che­min de fer rela­ti­ve­ment dense. Le déve­lop­pe­ment de ce moyen de trans­port vers l’ouest appa­raît de plus en plus comme une néces­sité urgente.

    Les Cali­for­niens le réclament pour ces­ser de dépendre de la voie mari­time pour son appro­vi­sion­ne­ment. Le train per­met­trait d’acheminer les mar­chan­dises et les biens manu­fac­tu­rés de la côte est ; il per­met­trait aux colons et aux voya­geurs de gagner plus rapi­de­ment la côte Pacifique.

    Les obs­tacles semblent pour­tant impor­tants : le trans­con­ti­nen­tal devrait tra­ver­ser les Grandes Plaines, mena­cés par les tri­bus amé­rin­diennes. Sur­tout, il serait amené à fran­chir les Mon­tagnes Rocheuses, hautes de 4000 mètres et les déserts du Grand Bassin.

    L’entreprise sem­blait impos­sible sans des inves­tis­se­ments fédéraux.

    Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain s’intéresse au pro­jet. Le gou­ver­ne­ment fédé­ral pro­pose des sub­ven­tions et des terres pour construire le che­min de fer.”

  9. gravatar.com J ip:5
    16 February 2010 @ 18:58

    Il y a des trucs “sympa” dans ce texte je trouve.
    Je n’aborderai pas les trucs qui me gênent et me semblent repo­ser par­fois sur des infé­rences logiques erro­nées, ou sur des numé­ros d’équilibriste séman­tique comme par exemple avec domi­nance et héirarchie.

    Mais une remarque : pour­quoi donc argu­men­tant en face de l’ordre “ancien” tiens tu tant à employer le terme d’anarchie, même avec mille pré­cau­tions et en n’en conser­vant que cette maigre por­tion de sens venant de Chom­sky (por­tion qui fait l’impasse sur des aspects essen­tiels de l’anarchisme)?
    Ne vois tu pas qu’ainsi tu consti­tues une arme de choix au ser­vice de cet ordre ancien que tu dénonces, leur faci­li­tant la vie en quelque sorte?
    N’as tu pas remar­qué que Stall­man avait évolué ces der­nières années, et bien que fidèle à ses prin­cipe avait inté­gré des réa­li­tés et des méthodes qui le rendent plus puis­sant et plus efficace?

  10. gravatar.com Ponce ip:1
    16 February 2010 @ 23:11

    Jésus est déjà de retour de sa médi­ta­tion dans le désert.
    Hallelujah

    http://www.youtube.com/watch?v=NdgRPjZFH8E

  11. gravatar.com flessard ip:6
    17 February 2010 @ 14:15

    Dju­vara dans un essai passé inaperçu il y a 40 ans sur une theo­rie des cycles de civi­li­sa­tion, pré­sente l’inexorable des­tin des orga­ni­sa­tions humaines. En gros, un civi­li­sa­tion est un amal­game de peuples aux cultures simi­laires (mais en com­pé­ti­tion) qui se battent pour l’hégémonie. Éven­tuel­le­ment sur un hori­zon de 1000–2500 ans (le cycle des civi­li­sa­tion de Dju­vara), un seul pays s’abroge le pou­voir, et domine. Et se désa­grè­gera car le cen­tra­lisme de l’autorité tue d’une cer­taine façon l’innovation et se sclé­ro­sera pour lais­ser place à une nou­velle civi­li­sa­tion très dif­fé­rente.
    Ce que je recoupe de cet essai fas­ci­nant et de votre article, c’est que la com­plexité d’une civi­li­sa­tion qui se cris­tal­lise autour d’un culture hégé­mo­nique apporte la stan­dar­di­sa­tion. Et qu’avant que ne se forme l’hégémonie défi­ni­tive, donc à l’époque des affron­te­ments cultu­rel, poli­tique et scien­ti­fique, la com­pé­ti­tion appor­tait une flop­pée d’innovations et d’idées (qui stig­ma­ti­se­ront les traits de la civi­li­sa­tion en marche).
    Vous par­liez que la com­plexité tue la com­plexité (à cause de la stan­dar­di­sa­tion) et que l’anarchie est la sur­vie (la com­pé­ti­tion innove).
    Je crois pas que vous vou­liez que l’anarchie (dans le sens pro­posé par Chom­sky) soit l’unique vain­queur mais qu’il y ait une saine émula­tion entre la stan­dar­di­sa­tion (la sécu­rité) et la com­pé­ti­tion (l’innovation). Et dans cette approche, je vois votre raisonnement.

  12. gravatar.com Albert Einstein ip:7
    17 February 2010 @ 23:18

    Pour­quoi le socia­lisme ?
    (Albert Ein­stein mai 1949, article paru pour le numéro un de la revue Monthly Review) extraits:

    L’anarchie écono­mique de la société capi­ta­liste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon sens, la source réelle du mal. Nous avons devant nous une grande com­mu­nauté de pro­duc­teurs dont les membres s’efforcent sans cesse de se pri­ver les uns les autres du fruit de leur tra­vail col­lec­tif, non pas par la force, mais tout sim­ple­ment en se confor­mant fidè­le­ment aux règles établies par la loi. De ce fait, il est impor­tant de se rendre compte que les moyens de pro­duc­tion (c’est-à-dire l’intégralité de la capa­cité de pro­duc­tion néces­saire pour pro­duire à la fois les biens de consom­ma­tion et les moyens de pro­duc­tion addi­tion­nels) peuvent être léga­le­ment la pro­priété pri­vée d’individus, et ils le sont dans leur grande majorité.

    Pour faire simple et bien que cela ne cor­res­ponde pas tout à fait à l’usage com­mun du terme, j’appellerai « tra­vailleurs », dans la dis­cus­sion qui suit, tous ceux qui n’ont pas leur part dans la pro­priété des moyens de pro­duc­tion.
    Le pro­prié­taire des moyens de pro­duc­tion est dans la posi­tion d’acheter la force de tra­vail des tra­vailleurs. C’est en uti­li­sant ces moyens de pro­duc­tion que le tra­vailleur pro­duit de nou­velles mar­chan­dises qui deviennent la pro­priété du capi­ta­liste. L’élément essen­tiel dans ce pro­ces­sus est la rela­tion entre ce que le tra­vailleur pro­duit et ce qu’il est payé, tous deux mesu­rés en terme de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de tra­vail est « libre », ce que le tra­vailleur reçoit est déter­miné, non pas par la valeur réelle des mar­chan­dises qu’il pro­duit, mais par ses besoins mini­mum et par les besoins des capi­ta­listes en force de tra­vail en liai­son avec le nombre de tra­vailleurs dis­po­nibles sur le mar­ché. Il est donc impor­tant de com­prendre que, même en théo­rie, la paie du tra­vailleur n’est pas déter­mi­née par la valeur de ce qu’il produit.

    Le capi­tal privé tend à se concen­trer entre quelques mains, en par­tie à cause de la com­pé­ti­tion entre capi­ta­listes et en par­tie parce que le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique et la divi­sion crois­sante du tra­vail encou­ragent la for­ma­tion d’unités de pro­duc­tion plus grandes au détri­ment des plus petites. Le résul­tat de ces déve­lop­pe­ments est une oli­gar­chie de capi­tal privé dont le pou­voir exor­bi­tant ne peut effec­ti­ve­ment pas être contrôlé même par une société dont le sys­tème poli­tique est démocratique.

    Cela est d’autant plus vrai que les membres des corps légis­la­tifs sont choi­sis par des par­tis poli­tiques lar­ge­ment finan­cés et influen­cés d’une manière ou d’une autre par des capi­ta­listes pri­vés qui, en pra­tique, éloignent les élec­teurs du corps légis­la­tif. En consé­quence, les repré­sen­tants du peuple ne pro­tègent pas suf­fi­sam­ment, dans les faits, les inté­rêts des sec­teurs les moins pri­vi­lé­giés de la population.

    En plus, dans les condi­tions exis­tantes, des capi­ta­listes privé contrôlent inévi­ta­ble­ment, d’une manière directe ou indi­recte, les prin­ci­pales sources d’information (presse, radio, éduca­tion). Il est alors extrê­me­ment dif­fi­cile et même, dans la plu­part des cas, tout à fait impos­sible pour le citoyen indi­vi­duel de par­ve­nir à des conclu­sions objec­tives et de faire un usage intel­li­gent de ses droits politiques.

    La situa­tion qui pré­vaut dans une écono­mie fon­dée sur la pro­priété pri­vée du capi­tal est ainsi carac­té­ri­sée par deux prin­cipes essen­tiels :
    pre­miè­re­ment, les moyens de pro­duc­tion (le capi­tal) sont pro­priété pri­vée et leurs pro­prié­taires en dis­posent comme bon leur semble ;
    deuxiè­me­ment, le contrat de tra­vail est libre.
    Bien sûr, une société capi­ta­liste « pure », cela n’existe pas. En par­ti­cu­lier, on doit noter que les tra­vailleurs, au tra­vers de leurs luttes poli­tiques longues et âpres, ont réussi à impo­ser une forme quelque peu amé­lio­rée du « contrat de tra­vail libre » pour cer­taines caté­go­ries de tra­vailleurs. Mais, pris dans son ensemble, l’économie contem­po­raine ne se dis­tingue pas beau­coup du capi­ta­lisme « pur ».

    La pro­duc­tion est réa­li­sée pour le pro­fit, pas pour son uti­lité. Il n’y a aucune assu­rance que ceux qui sont capables et dési­reux de tra­vailler seront tou­jours en posi­tion de trou­ver du tra­vail ; il existe presque tou­jours « une armée de chô­meurs ». Le tra­vailleur craint en per­ma­nence de perdre son emploi. Comme les tra­vailleurs sans emploi ou fai­ble­ment payés ne consti­tuent pas un mar­ché lucra­tif, la pro­duc­tion de biens de consom­ma­tion s’en trouve réduite et il en résulte de grandes dif­fi­cul­tés. Il est fré­quent que le pro­grès tech­no­lo­gique conduise à plus de chô­mage plu­tôt qu’à un allé­ge­ment pour tous de la charge de travail.

    La soif du pro­fit, ajou­tée à la concur­rence que se livrent les capi­ta­listes, est res­pon­sable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capi­tal qui conduit à des dépres­sions de plus en plus graves. La com­pé­ti­tion sans limites génère un énorme gas­pillage de tra­vail et cette para­ly­sie de la conscience sociale des indi­vi­dus que j’ai men­tion­née plus haut.

    Je consi­dère la para­ly­sie des indi­vi­dus comme la pire mal­fai­sance du capi­ta­lisme. Notre sys­tème éduca­tif tout entier souffre de ce mal. Une atti­tude exa­gé­rée de com­pé­ti­tion est incul­quée à l’étudiant qui, en guise de pré­pa­ra­tion à sa car­rière future, est formé à vouer un culte à sa réus­site dans l’âpreté au gain.

    Je suis convaincu qu’il n’y a qu’une seule façon d’éliminer ces maux dan­ge­reux, à savoir par la mise en place d’une écono­mie socia­liste, accom­pa­gnée d’un sys­tème éduca­tif tourné vers des objec­tifs sociaux.

    article inte­gral:

    http://www.peuples.net/post/Albert-Einstein%3A-pourquoi-le-socialisme

  13. gravatar.com espérance ip:8
    18 February 2010 @ 19:40

    Bon­jour Thierry,

    La Liberté avec comme point de mire des bien­faits pour notre huma­nité est à réa­li­ser dans le monde de demain: c’est-à-dire Tous sur le même pied d’égalité. Une émul­sion des cer­veaux pour le bien de Tous est à recher­cher afin d’élargir les hori­zons pour notre huma­nité. Le par­tage des res­sources et des richesses est une recon­nais­sance comme quoi tout cer­veau est un tré­sor au ser­vice des popu­la­tions de notre globe.

    L’autorité auto­cra­tique conduit à la domi­na­tion. Or, la domi­na­tion est néfaste au déve­lop­pe­ment, car elle nous met sous la coupe réglée des Etats qui cherchent à impo­ser une vision pour notre monde selon des inté­rêts hégé­mo­niques ni plus ni moins. L’évolution des intel­li­gences s’en retrouve ainsi freinée.

    Quant au mot anar­chiste, il est trop fort, car il ne s’agit pas de refu­ser tout. En effet, l’autorité des guides qui peuvent jalon­ner notre par­cours de vie nous offrent leurs éclai­rages afin de faci­li­ter notre évolu­tion ou notre appren­tis­sage. Ils sont proches de nous si bien que leur auto­ri­tée se fait de façon natu­relle. Ainsi, nous leur sommes recon­nais­sants pour avoir été là quand il le fal­lait. Ils nous ouvrent notre intel­li­gence sans pour autant ôter notre indé­pen­dance d’esprit. Ainsi, chaque culture est à pré­ser­ver, car elles répondent à une besoin de diver­sité pour enri­chir nos réflexions.

    A+

  14. gravatar.com Iza ip:9
    19 February 2010 @ 9:21

    Il est alors extrê­me­ment dif­fi­cile et même, dans la plu­part des cas, tout à fait impos­sible pour le citoyen indi­vi­duel de par­ve­nir à des conclu­sions objec­tives et de faire un usage intel­li­gent de ses droits politiques.”

    C’était quand même un sacré petit malin le gars Einstein.

  15. gravatar.com Dd ip:10
    20 February 2010 @ 0:55

    Ouep ! Révolution ^^ !

    Cet article est vrai­ment bien fait, mais pen­dant une grande majo­rité du texte on a l’impression que vous être contre toute forme de hié­rar­chie, alors qu’à la fin on voit que vous n’êtes que contre les hié­rar­chies aliénantes.

    (Vous avez réflé­chi en même temps d’écrire le texte, pour­tant vous avez l’air sûr de vous quand vous écri­vez et on pour­rais croire que tout cela est déjà mûre­ment réflé­chi ;) ).

    Encore bravo, quand je vois le socia­lisme actuel, ca fait bizarre : ils se battent pour le pou­voir (il n’ont que ce mot en tête), et ne font que dire ce que les gens veulent entendre, et non, comme vous, ce que les gens devraient comprendre.

    Vous vous êtes engagé en poli­tique ? Parce que vous m’avez l’air d’un bon : le parti pirate fran­çais vous cor­res­pon­drais sûre­ment ;)

  16. gravatar.com A Propos des liens - Thierry Crouzet | lespacearcenciel.com ip:11
    24 February 2010 @ 3:05

    […] A pro­pos du Socialisme… […]

  17. gravatar.com crouzet ip:12
    16 February 2010 @ 12:52

    La réin­ven­tion du socia­lisme – mon pro­gramme http://bit.ly/bvfnuE

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  18. gravatar.com jmgall ip:12
    16 February 2010 @ 13:52

    La réin­ven­tion du #socia­lisme http://goo.gl/fb/Y9Jf blog tcrouzet.com #dia­logue #anarchisme

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  19. gravatar.com Galuel ip:12
    16 February 2010 @ 13:33

    RT @crouzet: La réin­ven­tion du socia­lisme – mon pro­gramme http://bit.ly/bvfnuE

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  20. gravatar.com iferracci ip:12
    16 February 2010 @ 14:34

    La réin­ven­tion du socia­lisme – http://blog.tcrouzet.com/2010/02/16/la-reinvention-du-socialisme/

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  21. gravatar.com Galuel ip:12
    16 February 2010 @ 13:47

    @tcrouzet nous pro­pose une réflexion “une lutte conti­nuelle entre les cen­tra­li­sa­teurs et les décen­tra­li­sa­teurs” http://bit.ly/cakFV1

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  22. gravatar.com Galuel ip:12
    16 February 2010 @ 14:53

    C’est très très bon à lire abso­lu­ment ! http://bit.ly/cakFV1

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  23. gravatar.com Atexis_erico ip:12
    16 February 2010 @ 16:01

    RT @Galuel: RT @crouzet: La réin­ven­tion du socia­lisme – mon pro­gramme http://bit.ly/bvfnuE

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  24. gravatar.com floky60 ip:12
    16 February 2010 @ 15:05

    faites suivre SVP RT @Galuel C’est très très bon à lire abso­lu­ment ! http://bit.ly/cakFV1

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  25. gravatar.com Georglob ip:12
    16 February 2010 @ 15:19

    La réin­ven­tion du socia­lisme http://ow.ly/17Pqr par @crouzet

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  26. gravatar.com ownicrew ip:12
    16 February 2010 @ 16:24

    #Owni­Crew La réin­ven­tion du socia­lisme http://bit.ly/abmyUm

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  27. gravatar.com gilldelia ip:12
    16 February 2010 @ 16:30

    RT @Georglob: La réin­ven­tion du socia­lisme http://ow.ly/17Pqr par @crouzet

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  28. gravatar.com Worbleu ip:12
    16 February 2010 @ 16:30

    La réin­ven­tion du socia­lisme http://yoolink.to/5Zv

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  29. gravatar.com ridoo ip:12
    16 February 2010 @ 17:34

    RT @crouzet: La réin­ven­tion du socia­lisme – mon pro­gramme http://bit.ly/bvfnuE

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  30. gravatar.com russata ip:12
    16 February 2010 @ 20:35

    Le peuple des connec­teurs : La réin­ven­tion du socia­lisme http://ow.ly/17Y5X

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  31. gravatar.com olivierarles ip:12
    16 February 2010 @ 23:26

    La réin­ven­tion du socia­lisme http://bit.ly/9rLmuF [T.Crouzet]

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  32. gravatar.com lask_bouboulina ip:12
    17 February 2010 @ 0:22

    RT @marcvasseur: RT @olivierarles: La réin­ven­tion du socia­lisme http://bit.ly/9rLmuF [T.Crouzet]

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  33. gravatar.com Atexis_erico ip:12
    17 February 2010 @ 13:30

    RT @Galuel: C’est très très bon à lire abso­lu­ment ! http://bit.ly/cakFV1

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  34. gravatar.com fractalharry ip:12
    17 February 2010 @ 22:29

    Sim­pli­cité vs com­plexité en poli­tique “quand la com­plexité aug­mente, la décen­tra­li­sa­tion s’impose” http://bit.ly/9zdOux par @crouzet

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  35. gravatar.com phyrezo ip:12
    17 February 2010 @ 23:22

    RT @fractalharry: Sim­pli­cité vs com­plexité en poli­tique “quand la com­plexité aug­mente, la décen­tra­li­sa­tion s’impose” http://bit.ly/9zdO

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  36. gravatar.com bruno_walther ip:12
    19 February 2010 @ 14:04

    La réin­ven­tion du socia­lisme http://bit.ly/9kwvWc

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  37. gravatar.com membrado ip:12
    21 February 2010 @ 14:05

    Très bon billet de Thierry Crou­zet : “La réin­ven­tion du socia­lisme” http://ow.ly/17Pqr par @crouzet

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