L’anarchisme est impossible

Je me demande bien pour­quoi l’anarchisme réveille la haine des bour­geois comme du bon peuple. L’anarchisme est une pen­sée poli­tique qui nie sa propre pos­si­bi­lité. Pour­quoi alors effraie-t-elle ?

Certes des anar­chistes ont jadis posé des bombes ? Ils réprou­vaient tant l’ordre exis­tant que, plu­tôt que de le fuir, ils rêvaient de le détruire en pro­vo­quant le désordre. Ces anar­chistes, rares, mino­ri­taires, déviants, ont été stig­ma­ti­sés comme sym­boles de l’anarchisme. La même logique conduit aujourd’hui à accu­ser tous les musul­mans de terroristes.

Si l’anarchisme effraie les tenants de l’ordre établi, ceux qui en pro­fitent comme ceux qui s’y sentent confor­tables et craignent le chan­ge­ment, c’est parce qu’il ouvre une nou­velle voie poli­tique, une voie qui passe par cha­cun de nous, qui implique pour com­men­cer notre res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle. Que ça fait mal d’entendre que pour que le monde change il faut d’abord chan­ger soi-même.

Au fait, c’est quoi l’anarchisme ? Il doit exis­ter des cen­taines de défi­ni­tions diver­gentes, je m’en tiens à celle dans laquelle je me recon­nais et qu’a for­mu­lée Chom­sky. Un anar­chiste refuse les struc­tures de pou­voir qui ne sont plus néces­saires. C’est très simple. Un anar­chiste n’est pas contre tous les pou­voirs, mais contre les pou­voirs qui aliènent, à com­men­cer par ceux qui l’aliènent lui-même.

Ainsi des anar­chistes peuvent être plu­tôt de gauche quand ils voient les patrons comme cause de l’aliénation, plu­tôt de droite quand ils s’attaquent à l’État… ni de droite ni de gauche quand ils dési­gnent ces faux mon­nayeurs de ban­quier. J’ai ten­dance à être un anar­chiste à large spectre.

Un anar­chiste, lorsqu’il s’engage en poli­tique, ne va jamais pro­po­ser de nou­velles struc­tures de pou­voir. Il ne va jamais aspi­rer à prendre le pou­voir, pas plus exi­ger que le pou­voir ne prenne des mesures en faveur de l’anarchie. Un anar­chiste qui crée une entre­prise capi­ta­liste, c’est une absur­dité (il crée une coopé­ra­tive ou devient artisan).

Pour l’anarchiste, l’anarchie ne peut se déployer qu’en bas de la société, en des points iso­lés au début, puis se géné­ra­li­ser de proche en proche si elle ren­contre l’acceptation. Un tel phé­no­mène ne s’est jamais pro­duit au-delà de quelques com­mu­nau­tés. Encore une rai­son pour ne pas avoir peur. Et sur­tout encore une rai­son pour ne pas dire que l’anarchie ne peut pas mar­cher car elle n’a jamais été réel­le­ment essayée, à une excep­tion le déploie­ment d’Internet, et plus spé­ci­fi­que­ment du Web.

Le méca­nisme d’organisation prôné par les anar­chises est l’auto-organisation. Quand on sup­prime une struc­ture de pou­voir, on n’en réin­vente pas une nou­velle (dans le cas du Web, le besoin d’une base de don­nées cen­trale pour établir la vali­dité des liens hyper­textes). Les hommes se gèrent les uns les autres et s’entendent sur des règles d’interactions soit tacites, soit légi­fé­rées, qui n’exigent pas un sys­tème de contrôle centralisé.

Mais le pro­ces­sus ne s’arrête pas là comme beau­coup de gens veulent le croire. Soit l’auto-organisation ne fonc­tionne pas, et il faut chan­ger les règles, voire réin­tro­duire des struc­tures de pou­voir, soit elle fonc­tionne. Dans ce cas, elle conduit tou­jours à des struc­tures émer­gentes, c’est la signa­ture de l’auto-organisation quand elle fonctionne.

Dans le cas des oiseaux, c’est la forme de vol en V ou W. Dans le cas des villes, c’est l’apparition de quar­tiers plus ou moins spé­cia­li­sés. Quand les phy­si­ciens, les écono­mistes, les socio­logues… simulent des auto-organisations, pre­nant des agents et leur deman­dant d’appliquer un jeu de règles, ils sont inca­pables a priori de pré­voir la struc­ture qui va émer­ger. C’est tout sim­ple­ment impos­sible à cause de la com­plexité des sys­tèmes où se mul­ti­plient les interactions.

Quand on découvre un sys­tème qui a priori semble auto-organisé, on essaie de retrou­ver à tâtons les règles qui conduisent à lui. Quand en revanche on croit comme les anar­chistes aux ver­tus de l’auto-organisation et qu’on applique des règles qui au niveau de cha­cun des indi­vi­dus semblent cohé­rentes, on n’a aucune chance de savoir quelle struc­ture poli­tique glo­bale pour­rait s’instaurer si la sauce prenait.

En d’autres mots, la méthode de vie anar­chiste peut conduire à une nou­velle struc­ture sociale mais per­sonne ne peut en pré­voir la forme, le nom, la qua­lité, l’équité… L’anarchiste est juste un aven­tu­rier. Il fuit un sys­tème qui lui déplait pour en inven­ter un autre dont il n’a pas idée. Il res­semble aux pre­miers euro­péens qui par­tirent colo­ni­ser le Nou­veau Monde.

L’anarchiste s’engage en poli­tique de deux manières.

1/ Il dénonce les struc­tures de pou­voir alié­nantes et se bat contre elles dans la mesure de ses moyens, soit légaux, soit illégaux.

2/ Il tente à son niveau de vivre en accord avec ses valeurs, c’est-à-dire à mettre en place autour de lui l’auto-organisation.

Pour ma part, j’essaie d’appliquer 2 tout en res­tant dans la léga­lité pour 1. J’ai même l’espoir que l’auto-organisation réus­sisse à se mettre en place au point où 1 n’est même plus néces­saire. Voilà pour­quoi je pense que la meilleure façon de faire de la poli­tique aujourd’hui est le déve­lop­pe­ment per­son­nel. Il n’existe aucune autre solu­tion que com­men­cer l’aventure à par­tir de soi-même. Nous ne pou­vons l’imposer à per­sonne, seule­ment don­ner l’exemple. Et expli­quer, encore expliquer.

Au final, l’anarchiste est peut-être un idéa­liste. Quand une nou­velle struc­ture sociale émerge, il ne s’en satis­fait pas et veut déjà par­tir ailleurs. Il est tou­jours en chan­ge­ment, comme un écri­vain, comme tous les artistes.

Quand j’écris un jour, je ne sais pas ce que j’écrirai le len­de­main, peut-être que je me contre­di­rai, c’est même pro­bable, car je cherche sans cesse. Il n’existe pas un sys­tème a priori, pensé une fois pour toute, qu’il suf­fi­rait de dérou­ler pour le res­tant de sa vie.

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9 Tweets

30 commentaires à “L’anarchisme est impossible”

  1. gravatar.com Damien / C'est la gratuité qui paie ip:1
    23 July 2010 @ 11:24

    Je suis d’accord pour l’anarchie phi­lo­so­phique au spectre large, ce n’est pas un sys­tème Gauche/droite et encore moins des extrèmes. Je trouve le terme d’auto-organisation pas évident, on pour­rait par­ler plu­tôt de non-organisation, comme un état de la matière en fusion(Démocrite). De l’Archée pour reprendre une notion alchi­mique; une forme pre­mière, une éner­gie que per­sonne ne peut contraindre,le contraire d’une orga­ni­sa­tion en somme. Pour rebon­dir sur notre der­nière dis­cus­sion, être en osmose avec un prin­cipe anar­chique peut-être est-ce être le plus fluide pos­sible, ainsi la ques­tion de la vente d’objet me pose pro­blème (Ibook) parcequ’il retient ce qui grâce aux ver­tues numé­riques pour­rait créer de nou­velles rela­tions et donc aug­men­ter la cha­leur, l’amitié. Le com­merce est par nature anti anar­chique tout comme le jour­na­lisme dont on a pu voire hier encore les limites figa­resques, bravo en tout cas pour la provocation…

  2. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    23 July 2010 @ 11:45

    Je crois que c’est un erreur de croire que les anar­chistes sont contre l’organisation. Il me semble qu’il ne peut exis­ter de société dans orga­ni­sa­tion. Même les socié­tés d’insecte sont orga­ni­sées, même la matière inani­mée… sans orga­ni­sa­tion, il ne peut y avoir d’organisation.

    Sans orga­ni­sa­tion, il n’y a pas de trans­port par exemple, pas d’école… il faut que les choses soient orga­ni­sées, mais obli­ga­toi­re­ment de manière top-down, voilà pour­quoi je parle de puis des années de l’auto-organisation (qui n’a aucun rap­port avec l’auto-gestion qui elle peut être top-down).

  3. gravatar.com Damien / La Non-organisation pas le chao ip:1
    23 July 2010 @ 12:44

    Ce n’est pas le pro­blème en effet de dénon­cer l’organisation au sens de règles pour vivre en com­mu­nauté, c’est de reve­nir à l’origine ou d’aller très loin dans le future, pour consti­tuer un corps, une entité qui soit presque libre mal­gré elle. Le modèle de l’artiste comme capa­cité de trans­for­ma­tion a des limites, le panur­gisme existe ici comme ailleur, peut-être même plus qu’ailleur, ce qui tient sans doute à la ques­tion de sa rému­né­ra­tion…
    A moins de trans­for­mer la notion même d’artiste? pour­quoi pas et en finir une bonne fois pour toute avec la ques­tion de l’argent qui est le prin­ci­pal agent de la réaction.

  4. gravatar.com 000 / L'anarchiste face au mimétisme social - L'identité sociale ip:3
    23 July 2010 @ 15:07

    L’anarchiste fait peur car il est sorti du mimé­tisme social et est imprévisible.

    Il bous­cule l’identité de cha­cun, car notre iden­tité est en grande par­tie une iden­tité sociale.

    Avec l’anarchiste, il faut recons­truire une identité.

    L’anarchiste ren­voie cha­cun à ce qu’il peut faire lui-même, et ren­voie cha­cun à ce qu’il est lui-même, quand il a fini d’être un singe social (ban­quier, fonc­tion­naire, consul­tant en marketing…).

    L’anarchiste détruit la valeur de l’étiquette et de la caté­go­rie. Or nous vivons dans un monde de catégories.

    -

    L’autre jour, je voyais qu’un nommé Jean-Paul Proust était mort.

    L’homme était connu pour squat­ter les alertes Google des abon­nés au mot “Proust”.

    En regar­dant sa bio, je ne voyais que des fonc­tions et des honneurs :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Proust

    L’homme a été pré­fet ici, pré­fet là, conseiller, ministre…
    Il a eu telle et telle décoration…

    Sa vie est toute résu­mée par une série de fonc­tions sociales, des titres.

    Et l’on dira que c’est une vie “bien remplie” !

    Quand on enlève ces fonc­tions, qu’était cet homme ?

    Son iden­tité com­plète est à recons­truire, quand on enlève son iden­tité sociale.

    Aurait-il droit à un article sur Wiki­pe­dia, si l’on n’accordait plus d’importance aux sta­tuts sociaux ?

    En quoi sa vie est-elle mieux rem­plie que celle d’un homme qui passe sa vie au bord de la mer avec des femmes et des amis ?

    L’anarchiste est perçu comme quelqu’un qui détruit la valeur de ce que les hommes ont appris à recon­naître comme valeur;

    mais alors : quelle est la valeur de leur vie, à tous ces hommes ?

    C’est davan­tage une haine psy­cho­lo­gique qu’une haine politique.

  5. gravatar.com 000 ip:3
    23 July 2010 @ 15:11

    (On accepte l’anarchiste bobo : celui qui, dans sa boite de mar­ke­ting, tient un dis­cours liber­taire, tout en obéis­sant aux ordres de son chef.

    L’anarchiste qui fait peur, c’est celui qui quitte le royaume des ordres et des chefs, qui quitte sa fonc­tion sociale.)

  6. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    23 July 2010 @ 15:29

    C’est la peur panique de l’individuation… que c’est confor­table une case.

  7. gravatar.com Henri A ip:4
    23 July 2010 @ 15:39

    Cela me fait pen­ser à l’homme sans qua­lité, non ?

  8. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    23 July 2010 @ 15:44

    C’est pour ça que c’est un grand livre… sor­tir des cases, ne pas avoir de qua­lité étique­tée… rien à quoi être rat­ta­ché, c’est le sum­mum de l’individuation.

    ça ne peut que foutre la trouille à tous ceux qui bataillent depuis l’enfance pour obte­nir un statut.

  9. gravatar.com 000 / Wikipedia et les titres sociaux ip:3
    23 July 2010 @ 16:14

    Au pas­sage, on voit que Wiki­pe­dia n’est pas si révo­lu­tion­naire que ça.

    Les cri­tères d’admission sur Wiki­pe­dia, conti­nuent à dis­tin­guer des “per­son­na­li­tés”, sur la base de titres divers qui ont sou­vent une valeur arbi­traire, déci­dée un jour par la société, puis relayée sans réflexion par les jour­na­listes etc.

    Un mec qui a été 5 fois pré­fet n’a pas été plus utile qu’un bou­lan­ger. Il ne laisse pas d’oeuvre. Il a exercé une fonc­tion sociale, pas plus utile que de four­nir du pain chaque jour.

    Mais Wiki­pe­dia conti­nue de consi­dé­rer qu’avoir été 5 fois pré­fet, c’est plus impor­tant que d’avoir fait du pain.

    -

    Wiki­pe­dia consi­dère tou­jours qu’être cité dans Le Figaro ou Le Monde, c’est la preuve qu’on est plus impor­tant que Popol qui fait rire ses amis à la buvette du port de Saint-Malo

  10. gravatar.com 000 / Le romancier et l'être sans statut social ip:3
    23 July 2010 @ 16:27

    Les roman­ciers remettent du sens dans l’importance réelle des êtres.

    Dans la Recherche, le per­son­nage le plus cité c’est Alber­tine, qui n’a aucun sta­tut social, et n’aurait pas droit à un article dans Wikipedia.

    Elle est plus impor­tante que les rois et les reines, les pré­si­dents, les duchesses, toutes les som­mi­tés sociales qu’on voit dans les journaux.

    Le roman­cier montre qu’un être sans sta­tut social a une exis­tence riche et impor­tante, plus pas­sion­nante et mar­quante que les grandes célé­bri­tés du monde poli­tique, finan­cier et médiatique.

    -

    Alber­tine n’a rien fait de spé­cial, elle n’a pas de titre, pas même de famille, pas d’argent, et elle ne pos­sède rien socialement,

    mais elle est.

    L’être au-dessus de l’avoir. L’être au-dessus du sta­tut social.

    -

    Le roman­cier parle d’un être, non pas seule­ment en fonc­tion de ce qu’il a fait socia­le­ment, mais par les rêves qu’il contient, qu’il a fait naître, qu’il porte en lui, même si tous ces rêves échouent avant de méri­ter un article dans un journal.

  11. gravatar.com Damien ip:1
    23 July 2010 @ 17:09

    @OOO, et que dire de Fran­çoise qui elle, en plus n’est même pas jolie…

  12. gravatar.com 000 / Albertine caractère du nomadisme : l'être de fuite ip:3
    23 July 2010 @ 17:33

    Oui, une “simple” bonne comme Fran­çoise prend une impor­tance consi­dé­rable dans le roman, contre toutes les hié­rar­chies de l’importance dans le monde offi­ciel et médiatique.

    (Même si ce per­son­nage reste encore trop lié à une fonc­tion de l’ordre bour­geois. Elle reste une “bonne” pour l’éternité. Elle n’est pas plei­ne­ment éman­ci­pée de la société des statuts.

    Tan­dis qu’Albertine n’est ni l’épouse, ni la maî­tresse : son impor­tance déborde le sta­tut bour­geois de la maî­tresse, et elle ne devient jamais l’épouse.

    Alber­tine est asso­ciée aux figures du noma­disme : la mouette, la cycliste.

    Et elle n’est pas si jolie que cela. (Voir la photo mon­trée à Saint-Loup : “com­ment, c’est cela, la jeune fille que tu aimes ?”)

    Alber­tine est sur­tout le carac­tère même du noma­disme : “l’être-de-fuite”.)

  13. gravatar.com narvic ip:5
    23 July 2010 @ 20:11

    @ OOO

    Je reviens un moment sur “le cas” Jean-Paul Proust, que j’ai connu et ren­con­tré plu­sieurs fois. On verra ce qu’il reste de lui dans la mémoire col­lec­tive fina­le­ment, mais on peut dire que c’est un homme qui a tenté de démen­tir, par la pra­tique, les théo­ries de Thierry ! ;-)

    C’était un pré­fet, avant tout et sur­tout (c’est dans cette fonc­tion que je l’ai croisé). Il était, dans un ter­ri­toire décen­tra­lisé donné de la Répu­blique (la Nor­man­die, Mar­seille, Paris…), le repré­sen­tant et l’agent du pou­voir cen­tral de l’État fran­çais (avec une variante ori­gi­nale en fin de car­rière, puisqu’il était à la tête du gou­ver­ne­ment de Monaco ! C’est lui aussi qui a été chargé, ponc­tuel­le­ment, de “régler” la ques­tion de la des­truc­tion des stocks de farines ani­males conta­mi­nées en France, après l’affaire de la vache folle).

    Il a assumé ce rôle avec un cer­tain brio, et une réelle effi­ca­cité. L’expression de “grand com­mis de l’État” lui va comme un gant. Il illustre assez bien la mytho­lo­gie jaco­bine de l’État “à la fran­çaise”, com­pé­tent et par­ve­nant à se pla­cer au des­sus de la mêlée, pour incar­ner l’intérêt géné­ral par-delà les inté­rêts par­ti­cu­liers et locaux. Et cela fut pos­sible car cette Répu­blique a plus ou moins réussi, et plu­tôt plus que moins durant une cer­taine période, à pro­duire un corps de fonc­tion­naires réel­le­ment répu­bli­cains et bien for­més, incar­nant l’intérêt géné­ral au nom de la col­lec­ti­vité (le “rat­tra­page” de l’armée fran­çaise, après les erre­ments de l’OAS, est assez réussi également).

    Évidem­ment, l’État sar­ko­zyste ne prône pas les mêmes valeurs et ne sélec­tionne pas les mêmes hommes, sur les mêmes cri­tères, aux postes clés de la machine admi­nis­tra­tive aujourd’hui…

  14. gravatar.com 000 / le préfet Proust et le boulanger ip:3
    23 July 2010 @ 20:30

    L’expression de “grand com­mis de l’État” lui va comme un gant”

    Merci narvic.

    Il fau­drait que Wiki­pe­dia décrive son action, plu­tôt qu’aligner une série de fonc­tions administratives.

    On a droit à 24 lignes de “Car­rière”, avec une série de titres qui ne repré­sentent rien.

    “1977–1981 : sous-préfet de Lorient”

    Qu’est-ce que cela indique sur son action ?

    Un homme est ici résumé par son poste social, sans aucune indi­ca­tion de son action réelle, en quoi il se dis­tingue d’un autre préfet…

    + 8 lignes de décorations…

    ça fait long­temps que la Légion d’honneur ne signi­fie plus rien.

    (Entre obten­tion auto­ma­tique par l’ancienneté et copinage…)

    A quoi bon men­tion­ner ces médailles en cho­co­lat social sur Wikipedia ?

    Enfin, je rap­pelle qu’un bou­lan­ger mène une action très impor­tante, chaque jour, pour des mil­liers de gens.

    Un grand com­mis de l’Etat, même ver­tueux, n’est pas for­cé­ment quelqu’un de plus impor­tant qu’un bou­lan­ger, qui se lève en pleine nuit et vit dans la cha­leur per­ma­nente pour nour­rir son quartier.

  15. gravatar.com 000 - Sur la notion d'enfance / Le préfet et l'intérêt général ip:3
    23 July 2010 @ 21:55

    pour incar­ner l’intérêt général”

    Dans les fonc­tions qui étaient les siennes, on peut être hon­nête dans l’application de son travail,

    mais à l’intérieur de limites assez strictes où il n’est pas ques­tion de remettre en cause les prin­ci­pales inéga­li­tés hié­rar­chiques et finan­cières du corps social,

    ni les modèles sociaux offi­ciels comme la société de consommation.

    -

    Il incarne un cer­tain ordre social, fer­mant les yeux sur beau­coup de choses impli­quant les notables locaux et nationaux.

    Le pré­fet reste un homme dont la parole est nouée, l’indépendance impos­sible. Il est l’expression même de la dépen­dance hiérarchique.

    Je ne sais pas si c’est vrai­ment “l’intérêt géné­ral”, sauf à accep­ter la défi­ni­tion qu’en donnent les hommes au pouvoir.

    C’est l’intérêt géné­ral ver­sion ORTF, ver­sion livre d’histoire officielle.

    (Même si cer­tains pré­fets seront moins scru­pu­leux que d’autres, tous sont for­te­ment bridés).

  16. gravatar.com phbri ip:6
    24 July 2010 @ 21:45

    @narvic
    23 July 2010 @ 20:11

    Mais diantre, modifiez-le donc, cet article Wiki­pé­dia de M. JP Proust !
    C’est quoi cette blague ? Wiki­pé­dia c’est pas une ins­ti­tu­tion en bronze, c’est le Flux dans toute sa splen­deur, non ? Ohé réveillons nous, ai-je envie de dire ;)

    A part ça, merci encore, M. Crou­zet pour cette ana­lyse dans laquelle je retrouve dere­chef un peu de mon posi­tion­ne­ment qui sou­vent fait grin­cer des dents. “Fais ce que tu dois, advienne que pourra” dit le pro­verbe. Je crois que la force de l’évidence impul­sée par un com­por­te­ment isolé peut par­fois plus que bien des théories…

    Ami­ca­le­ment.

  17. gravatar.com 000 / Le préfet Proust et la femme du boulanger ip:3
    24 July 2010 @ 22:52

    Wiki­pé­dia c’est pas une ins­ti­tu­tion en bronze”

    Les cri­tères d’admission sont rigides, et se réfèrent aux vieilles hié­rar­chies sociales et médiatiques.

    Si un bou­lan­ger me semble aussi méri­tant qu’un grand com­mis de l’Etat, parce qu’il a servi l’intérêt géné­ral en fai­sant du bon pain tous les jours pen­dant 50 ans, je ne peux pas faire accep­ter sa bio par Wikipedia.

    Wiki­pe­dia consi­dère qu’un pré­fet est plus impor­tant qu’un boulanger.

    -

    En revanche, en tant que roman­cier je peux faire du bou­lan­ger le per­son­nage prin­ci­pal. Ou même, “la femme du boulanger”.

    -

    C’est cela que je vou­lais souligner :

    - Wiki­pe­dia per­pé­tue des hié­rar­chies sociales entre les êtres, repo­sant sur des titres, sur des fonc­tions jugées plus pres­ti­gieuses que d’autres.

    - le roman est plus anar­chique : il se fout des hié­rar­chies sociales, il décrète qu’un homme est impor­tant même s’il n’est rien socialement.

    Dans le roman, “la femme du bou­lan­ger” est plus impor­tante que le pré­fet Proust, grand com­mis de l’Etat.

    On rejoint l’article de Thierry : la lit­té­ra­ture plu­tôt que le jour­na­lisme, pour rendre compte de la vie.

  18. gravatar.com phbri ip:6
    25 July 2010 @ 10:18

    Les cri­tères d’admission sont rigides, et se réfèrent aux vieilles hié­rar­chies sociales et médiatiques.

    Si un bou­lan­ger me semble aussi méri­tant qu’un grand com­mis de l’Etat, parce qu’il a servi l’intérêt géné­ral en fai­sant du bon pain tous les jours pen­dant 50 ans, je ne peux pas faire accep­ter sa bio par Wikipedia”

    Pour la bio du bou­lan­ger, peut-être.
    Et encore, pour­quoi ne pas essayer de créer un article genre “Nos bou­lan­gers” dans la rubrique en ques­tion. La chose aurait au mois la vertu de pro­vo­quer quelque réac­tion, j’imagine…

    Mais pour ce qui est d’insérer dans la bio de M. JP Proust ce qui fait sens dans sa vie, ce qui va au-delà des titres et des signes de caste, c’est juste trop dom­mage de ne pas pro­po­ser la modi­fi­ca­tion dans l’article.

    Pour autant, je sous­crit tout à fait à l’analyse : nos codes sociaux imprègnent for­te­ment tout cela. N’est-ce pas en agis­sant concrè­te­ment dans le Flux (dans Wiki­pe­dia en l’occurence) qu’on peut faire un peu bou­ger les lignes ?

  19. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    25 July 2010 @ 10:25

    J’avais ima­giné un roman qui racon­te­rait la vie de cha­cun de grains de sables qui font l’histoire. Plus que des vies minus­cules, toutes les vie minus­cules. C’est un peu ce que fait Tol­stoï dans guerre et paix.

    Dans une ency­clo­pé­die 2.0, il fau­drait une notice pour cha­cune des vies. Toute per­sonne devrait avoirs sa fiche Wiki­pe­dia et non seule­ment ceux qui res­pectent des cri­tères arbi­traires (et très pas­sa­gers… comme le succès).

    Jus­te­ment éviter de tom­ber dans le piège de la caté­go­rie bou­lan­ger… quand on est indi­vi­dué, on n’est plus dans aucune case, on n’a plus sa place dans une ency­clo­pé­die traditionnelle.

  20. gravatar.com Isabelle Clep-Guetny ip:7
    25 July 2010 @ 23:57

    Est-ce que vous pour­riez pré­ci­ser ce que vous dites dans votre pre­mier com­men­taire, sur le fait qu’auto-organisation et auto-gestion n’auraient aucun rapport…

  21. gravatar.com Thierry Crouzet ip:2
    26 July 2010 @ 0:04

    @Isabelle http://blog.tcrouzet.com/2010/02/01/la-democratie-inachevee/

  22. gravatar.com crouzet ip:8
    23 July 2010 @ 10:54

    Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O

    This com­ment was ori­gi­nally pos­ted on Twit­ter

  23. gravatar.com ownicrew ip:8
    23 July 2010 @ 10:59

    #Owni­Crew L’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/9L44No

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  24. gravatar.com WWWCDORG ip:8
    23 July 2010 @ 11:02

    RT @crouzet: Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O

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  25. gravatar.com Nadadrien ip:8
    23 July 2010 @ 11:05

    @crouzet Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O Pas d’accord avec tout mais j’aime bien les der­niers paragraphes

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  26. gravatar.com lionelchollet ip:8
    24 July 2010 @ 1:34

    Ça ne mar­chera jamais… http://is.gd/dDU3T L’anarchisme comme volonté et comme émancipation

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  27. gravatar.com CGisabelle ip:8
    24 July 2010 @ 14:50

    RT @crouzet: Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O

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  28. gravatar.com jeanloub ip:8
    25 July 2010 @ 9:31

    RT @crouzet Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O

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  29. gravatar.com letutour ip:8
    27 July 2010 @ 0:18

    @crouzet: Pour­quoi l’anarchisme est impos­sible http://bit.ly/cWH86O”

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  30. gravatar.com JeanneArgall ip:8
    29 July 2010 @ 14:11

    2 articles de @crouzet sur l’ #anar­chie à lire ici http://ow.ly/2ievz et ici http://ow.ly/2iewx

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