Thierry Crouzet

eBooks gratuit, ça marche

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Cette année 2010, j’aurais au moins contribué à la propagation du merveilleux texte de Giono, L’homme qui plantait des arbres. Après avoir découvert que Giono avait renoncé à ses droits sur ce texte, je l’ai diffusé sur Apple iBookstore.

Depuis le 27 juillet, le texte a été téléchargé 19 000 fois, soit une moyenne de 115 exemplaires / jour. Hier, je ne sais trop pourquoi, fut une journée exceptionnelle avec 1 853 téléchargements. Avec 2 400 téléchargements sur les quatre derniers jours, le texte se retrouve en position 15 dans le top des ebooks gratuits d’Apple (avec 141 commentaires, soit plus que tous les autres textes du top 20).

À combien d’exemplaires aurais-je diffusé le texte si je l’avais mis à 0,49 euro ? Ce livre étant libre de droit il me semble malhonnête de le vendre mais j’aurais bien tenté l’expérience pour mesurer l’effet du passage du gratuit au payant (Gallimard a moins de scrupule que moi).

J’avais aussi diffusé le texte en ligne. Il n’a été consulté que 665 fois sur la même période. Cela prouve que peu de gens sont prêts à lire à l’écran et que les liseuses boostent effectivement l’accès aux textes. Nous autres auteurs devons en tenir compte, d’autant que de plus en plus de liseuses comme le Kindle sont capables d’accéder au Web.

Les blogs littéraires doivent être pensés pour les liseuses et non plus pour les écrans. Dans un coin de mon atelier, en parallèle de mon travail sur Le monde de i, j’ai commencé à travailler le sujet. Proposer un texte qui ne se laissera pas enfermer dans un ePub (et encore moins un PDF) et qui donc ne sera lisible qu’à travers un navigateur.

Ce travail m’a poussé à me poser trois questions et à essayer de mettre de l’ordre dans ma pratique littéraire.

  1. Le Web transforme notre façon d’écrire selon La stratégie du cyborg. Je me suis engagé dans cette voie depuis 2006 et je pratique depuis une forme d’écriture sociale. Il ne s’agit pas d’animer des ateliers d’écriture en ligne mais bien de devenir en tant qu’auteur le nœud d’un réseau social.
  2. Diffuser en ligne des textes ne se résume pas à une translation vers un nouveau média. Il y a une dimension politique que j’ai commencé à explorer avec L’expérience inédite. Dans les prochaines semaines, j’écrirai un petit essai, suite de La stratégie du cyborg, où je développerai mes idées en ce sens. Il devrait s’appeler L’édition interdite et sera diffusé en français par Numériklivre et dans les autres langues par 40K.
  3. Écrire différemment et publier différemment ne constitue qu’une étape préliminaire à des œuvres différentes. Pour moi, du moment qu’un texte peut se laisser enfermer dans un ePub, même avec bande vidéo et son en prime, il ne diffère guère de ce qui se faisait par le passé. Nous devons utiliser toute la puissance des outils à notre disposition pour explorer de nouvelles pistes narratives et expressives. Je ne connais pas d’expérience satisfaisante qui aille dans ce sens et je vais m’efforcer de relever ce défit.

Écrire différemment, publier différemment, produire des œuvres différentes… nous avons du pain sur la planche pour les mois et les années qui arrivent.

PS : Pour lire le Giono sur votre liseuse, vous pouvez le télécharger directement.

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11 commentaires pour “eBooks gratuit, ça marche”

  1. Zoberman
    31/12/2010 @ 16:01

    Des oeuvres différentes, peut-être, mais un texte qui ne se laisse pas enfermer n’est pas de la littérature. J’approuve quand même, je soutiens toutes les oeuvres d’art, mais il ne faudra pas se tromper de nom.

  2. Thierry Crouzet
    31/12/2010 @ 17:14

    C’est quoi cette histoire? Explique-toi. Sinon ça ne veut rien dire.

  3. Typy Zoberman
    31/12/2010 @ 17:23

    Ha bon ? désolée.

    Je voulais dire que tes idées ne sont pas mauvaise en soi, mais qu’un tel texte ne pourrait pas être appelé littérature selon mes critères. Je sais, tu n’as pas dis “littérature”, donc je ne te contredis pas vraiment, mais je trouvais que c’était important de le préciser. On ne changera pas la littérature, on pourrait juste faire autre chose.

  4. Thierry Crouzet
    31/12/2010 @ 17:27

    De quel texte tu parles ? Celui que je vais publier ? Et c’est quoi tes critères pour être littéraire ? Pour moi, un texte est littéraire quand il échappe aux critères pour définir ce qui est littéraire. Sinon à quoi bon entrer dans le moule… cela s’appelle un produit.

  5. Galuel
    1/01/2011 @ 12:19

    Si l’idée du magasin dédié comme l’I-Book Store fonctionne, alors il n’y a pas de raison de ne pas créer un Free-Book Store qui fonctionne sur les mêmes concepts, basé sur du libre, et permettant une interactivité libre.

  6. Thierry Crouzet
    1/01/2011 @ 13:40

    Sauf que Apple diffuse sur sa plateforme dédiée, que tous les utilisateurs iPad/iphone n’ont pas d’autres choix… La solution c’est de diffuser ses textes partout plutôt que de créer une plateforme qui sera peu visibles.

    Cette plateforme peut exister, mais elle ne peut être qu’un plus.

    J’ai déposer le domaine bontexte.com pour tenter de faire un annuaire des textes gratuits… mais j’ai des doutes.

    Les gens qui lisent des textes électroniques les lisent sur liseuses… il faut être dans les boutiques dédiées des liseuses…

    Je sais pas comment ça va évoluer.

  7. Dalb
    3/01/2011 @ 16:58

    Vous dites : “j’avais aussi diffusé le texte en ligne. Il n’a été consulté que 665 fois sur la même période. Cela prouve que *peu de gens sont prêts à lire à l’écran*”. Je trouve que vous allez un peu rapidement.
    On peut citer d’autres bonnes raisons au non usage de ce texte en ligne :
    - d’abord : comment savoir où “trouver” un document – c’est la force d’une “bibliothèque moderne” i.e. iBookstore, plutôt qu’un dispositif de stockage qu’est scribd ;
    - ensuite le format : exécrable sur scribd, y compris le “faux” scroll A4 ; quant à pdf/txt, ils ne constituent pas d’alternatives crédibles pour la lecture à l’écran ; un bon html (et donc epub non), c’est mieux.
    Je pense que c’est plus un problème de format de support que d’écran ?

    De plus il me semble que la spécificité de notre contexte est qu’il n’y a pas UNE solution ici matérielle (liseuse) qui serait la meilleure. Pourquoi limiter à ce que vous nommez “liseuses”, et exclure de fait les “écrans” (je suppose d’ordinateur” ?). Pour ma part j’ai fait l’impasse des “liseuses” (type ipad, kindle) car cela oblige à avoir d’autres outils, pour concentrer mes équipements à un écran de lecture de mobile qui me permette de lire (bon : un iphone pour pouvoir lire sur le web) et un portable petit écran. Et je passe de l’un à l’autre pour lire en fonction des moments….
    De toute manière, si la publication est au format epub, c’est aussi lisible sur l’écran d’un ordinateur, non.
    Merci. Dalb

  8. Thierry Crouzet
    3/01/2011 @ 18:02

    Perso, je ne trouve pas difficile de lire sur scridb. En Plein écran, c’est pas mal, et surtout je vois pas mieux aujourd’hui comme interface.

    J’ai un PC portable, un PC de bureau et une liseuse et je ne lis plus de texte longs sur écran. Mon PC au lit, c’est pas le top.

    En plus le texte de Giono est court.

    Mais si tu crois à l’avenir de l’écran comme interface de lecture, libre à toi d’y croire… et d’expérimenter avec. Mais à ton avis pourquoi personne ne s’intéressait aux ebooks avant l’apparition des liseuses ? Nous diffusons des textes électroniques depuis des années et ce n’est que tout récemment que ça commence à frémir côté téléchargement et lecture. Un écran, c’est pas le bon outil pour lire au delà de quelques pages.

    C’est sûr que ibookstore aide à la découverte des textes plus que scridb… mais je crois pas que ce soit la seule explication pour l’écart entre les nombres de consultation.

  9. Si Jean Giono avait connu les licences libres… | :: S.I.Lex ::
    6/01/2011 @ 09:28

    [...] y a quelques jours, en lisant le billet le billet de Thierry Crouzet « eBook gratuit, ça marche », je tombais sur cette petite phrase au détour du premier paragraphe. Cette année 2010, [...]

  10. Si Jean Giono avait connu les licences libres… » Article » OWNI, Digital Journalism
    6/01/2011 @ 14:50

    [...] y a quelques jours, en lisant le billet le billet de Thierry Crouzet « eBook gratuit, ça marche », je tombais sur cette petite phrase au détour du premier paragraphe. Cette année 2010, [...]

  11. Jocelyn
    11/01/2011 @ 13:49

    Une plateforme importante de diffusion de livres gratuits, ou plus précisément en libre diffusion existe déjà, jettez un œil à : http://www.inlibroveritas.net/

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