Thierry Crouzet

Ne pas bloguer, c’est mourir

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Depuis mon retour en ligne, je nettoie mon blog. Il reste ma maison numérique, et même si je ne lui ajoute guère de nouvelles pièces en ce moment, j’aime redécorer les anciennes. À cette occasion, j’ai cliqué sur le lien qui envoie vers mon classement ebuzzing.

Le graphique parle de lui-même. Quand on cesse de bloguer, on disparaît de la blogosphère. C’est comme si à leur mort on brûlait les livres des auteurs, détruisait les immeubles des architectes ou effaçait de nos mémoires les erreurs des politiciens. Je n’aimerais pas vivre dans cette humanité atteinte de sénilité précoce. Et si la blogosphère lui ressemble déjà ce n’est pas fait pour me motiver à y replonger. Ou alors en tournant le dos avec obstination à tout ce qui la fait briller aux yeux des observateurs épris de chiffres. Mais en serais-je capable ?

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9 commentaires pour “Ne pas bloguer, c’est mourir”

  1. J.-D. Zeller
    17/12/2011 @ 22:31

    Bienvenue dans la nouvelle réalité…

    Que tu connais déjà.

    Flash back dans le classique “Loin des yeux, loin du coeur”, cela date je crois du 18ème siècle. Dans un monde connecté, cela signifie que je dois continuellement dire “je suis là” pour que mes familiers (au sens large) continuent de penser à moi (en bien ou en mal…). Cela sans aucune considération sur le fond de la pensée; c’est comme le bonjour poli et quotidien à ta concierge, on le ressent comme une corvée obligée et elle le ressent comme une considération condescendante. Il n’empêche que c’est avec ce genre de petit détail qu’on rend le voisinage supportable. Autre exemple, les nombreux tweets sur ce billet, c’est vite fait, un effort minimum pour dire qu’on est avec toi sans y passer trop de temps à se casser la tête sur tes questions inconcrues, dérangeantes, à côté de la plaque, en plein dans la cible, etc.

    Bertrand de Jouvenel a écrit un truc qui s’appelle “Du Pouvoir” en 1947, Il y différencie le pouvoir (que l’on exerce sur…) de l’autorité (que l’on a). Il me semble que l’on devrait développer une réflexion parallèle sur la notoriété (like ou +1) par rapport à la vrai influence (qui ne se perçoit qu’après coup, quand un de vos ancien élève vous avoue 10-20 ans après l’effet qu’a eu votre enseignement sur sa vie).

    Heureux de profiter de ce poil à gratter.

  2. Florence
    18/12/2011 @ 00:56

    La chute de fréquentation est spectaculaire, mais il ne faut pas oublier que tu as volontairement quitté la blogosphère… et que tu l’avais annoncé auparavant ! Ceux (nombreux) qui fréquentaient régulièrement ton blog pour voir les derniers billets savaient donc à quoi s’en tenir, à savoir qu’il n’y avait rien de neuf.

    La remontée de fréquentation est moins spectaculaire mais très nette quand même, signe que tes lecteurs ne t’ont pas oublié.

    Alors, oui, “partir, c’est mourir un peu”, mais ça, ce n’est pas nouveau, comme le dit J.-D.
    De là à imaginer que tes écrits sont partis en fumée… C’est pousser le bouchon un peu loin.
    Retour à suivre, donc !

  3. Lionel
    18/12/2011 @ 02:18

    Voyons, un graphique ebuzzing n’a pas l’autorité définitive d’un électrocardiogramme!

  4. Thierry Crouzet
    18/12/2011 @ 08:23

    Vous avez raison. C’est juste qu’on vit dans un monde dominé par ce genre de graphiques… et c’était pour dénoncer sans trop théoriser que j’ai écrit ce billet.

  5. Galuel
    18/12/2011 @ 14:33

    Je ne tirerais pas de conclusions hâtives pour ma part.

    Si l’on veut faire ressortir d’autres types de mesures que la fréquentation et le flux, qui seraient par exemple la pertinence, la notoriété, le lien, qui ne dépendent pas du flux instantané flux(t) mais de paramètres plus profonds, on peut le faire.

    Et ainsi on peut donc faire apparaître des chiffres sur des données déconnectées du Flux instantané (dépendant par exemple d’intégrales du flux, dans l’espace numérique et/ou dans le temps).

    De sorte qu’on peut toujours trouver des référentiels qui disent autre chose que les seuls référentiels auxquels on s’attache.

    G.

  6. Arnaud
    19/12/2011 @ 13:52

    Réflexion intéressante que celle-ci : la valeur d’un blog aux yeux des autres après la “mort” de son auteur?

  7. Thierry Crouzet
    19/12/2011 @ 14:00

    @Galuel Bien sûr on peut imaginer d’autres critères… je critique les critères qui intéressent aujourd’hui.

  8. Galuel
    19/12/2011 @ 15:33

    “je critique les critères qui intéressent aujourd’hui”

    C’est cela même le fondement essentiel !

    Aucun concept n’a de raison d’être accepté sans analyse et approbation consciente.

    Il convient donc de déconstruire les carcans conceptuels obsolètes pour choisir librement d’en proposer de profondément nouveaux.

    Le FLUX me semble fondamental.

    Quant à savoir à quelles entités X tel ou telle fonction flux(x,t) peut s’appliquer de façon valide et consciente, cela reste encore à déterminer fondamentalement.

  9. John Socrate
    24/12/2011 @ 11:55

    bonjour,

    merci et agréablement surpris des éléments rapportés par votre expérience.
    j’écoutais en léger diffuré l’émission de France Culture, Place de la Toile d’avril 2011, où vous étiez interviewé.
    l’humain face aux réseau de connexion, l’homme face à lui même hors connexion, phase de contemplation, prise de conscience, notre relation face outils de communication, face au reste du monde, notre position, notre devenir, notre être, tout cela vous le touchez du doigt.

    j’apprécie d’autant plus que cela témoigne d’une réalité hors compétition du devoir exister mais simplement de préciser la nature éphémère de certains modes de construction personne.

    belle experience, beau temoignage.l

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