Thierry Crouzet

Le roman de ma vie

Le revenu de base comme jardin d’Éden

Dans le jeu de la vie, ce Go évolutionniste auxquels s’adonnent les apprentis programmeurs, il existe des jardins d’Éden. Configurations auxquelles on n’aboutit jamais.

Aux Échecs, des situations semblables peuvent être imaginées. Leur impossibilité désoriente les grands maîtres.

Gregory Chaitin a démontré que dans l’ensemble des nombres réels, une infinité de nombres n’avaient aucune existence. Aucun calcul ne mène à eux.

Ces trois exemples montrent que l’évolution entre une position permise et certaines autres positions n’a aucune chance de survenir. C’est vrai dans le monde des jeux, en mathématique, sans doute aussi dans nos sociétés.

En toute probabilité, nos monnaies actuelles ne transiteront jamais vers un mécanisme de création monétaire décentralisé. Jamais ceux qui profitent de la création ne la concéderont. La seule solution est alors d’imaginer un jardin d’Éden à partir duquel booter un nouveau système monétaire. OpenUDC pourrait être ce système, si seulement la communauté des développeurs s’en saisissait.

Mais ça coince.

Des libristes inconsistants

Sans monnaie libre reposant sur un revenu de base, il ne peut exister de logiciel réellement libre. Sans monnaie libre, les développeurs dépendent pour leur subsistance d’une monnaie privative telle que l’euro. Une économie du partage n’est possible que grâce à des monnaies équitablement partagées, et crées. La priorité de tous les développeurs devrait être de mettre au point la technologie ad hoc, plutôt que de perdre du temps à cloner des produits commerciaux.

Espoir insensé dans le crowdfounding

Cette technique de financement par le don communautaire restera marginale. Elle profite avant tout aux créateurs de plateformes, qui ponctionnent les échanges, et qui dans leur plan marketing se pressent de mettre en évidence quelques success-stories. Mais une société ne repose pas que sur des stars. Son économie doit profiter à tous. Le crowdfounding n’a aucune chance de fonctionner à grande échelle dans un système monétaire reposant sur la rareté. Aujourd’hui, le partage ne se joue que sur les marges, et il renforce la position des dominants (Google, Facebook, Apple…), qui d’un côté prône ce partage, mais eux-mêmes ne le pratiquent pas, ou très peu.

La piste intérieure

De nombreux acteurs du libre, du partage, de la neutralité du Net pensent poursuivre leur effort grâce aux dons extraordinairement généreux de quelques institutions ou fondations. Ils risquent alors d’être avalés par le système qu’ils comptent rénover. Bénéficiant à titre exceptionnel d’une ressource rare, ils se verront attachés à leurs ennemis, à moins que la tactique du judoka ne soit toujours à leur esprit : détourner la force de l’ennemi contre lui-même. Mais est-ce tenable à longue échéance ? Le capitalisme a toujours autorisé en lui-même sa propre critique, mais dans une limite qu’il juge raisonnable. Le partage n’est pas dans son ADN. Le partage est un moyen pour quelques acteurs de capitaliser. L’oublier, c’est perdre son temps, s’illusionner dangereusement.

Rebooter ne sera pas simple. Sans doute le nouveau système monétaire sera très vite interdit, mais tant que nous communiquerons, nous pourrons l’utiliser. Et si le modèle de société qu’il engendre est plus juste, plus inspirant, plus excitant, il s’imposera.

Communiquer est le maître mot. Et il faut commencer, dès à présent, entre des acteurs de champs encore disjoints, mais qui n’engendreront des transformations profondes que les uns avec les autres. Pas de libre, de domaine public, de gestion sereine des biens communs, sans revenu de base et réciproquement. S’enfermer, refuser la transversalité, c’est encore une fois se condamner et faire le jeu des apôtres de la rareté.

On a rebooté une société sans esclaves (pending). On a tenté de rebooter une société où femmes et hommes ont les mêmes droits (pending). Un reboot n’est jamais instantané, jamais gagné, mais il n’existe parfois pas d’autres échappatoires. J’espère que nous aurons la sagesse d’éviter une guerre de Sécession.

PS : Billet qui résume une soirée passée à refaire le monde avec Lionel Morel, Silvère Mercier et Stéphane Laborde.

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  1. Mickael

    Qu’il est bon de se laisser aller, l’âme visionnaire, dans un cercle d’amis lors d’une chaleureuse soirée.

    qu’il est bon de refaire le monde, de le ré-créer à l’image de nous même, changés par l’expérience, sculptés par le temps, par la connaissance.

    Qu’il est bon de se trouver changer, et qu’il est humain de croire que le monde, qui nous a vus naitre, et qui nous verras mourir, vas changer également, aussi vite que nous même dans son évolution.

    Le chevalier Crouzet, héros des temps moderne, arbore fièrement sa parure et se dresse face au Dragon comme si il était déjà son dernier horizon.

    Prudence, guerrier, souvenons nous maintenant que ce sont les hommes qui changent le système, et non le système qui change les hommes… l’histoire est là pour nous le rappeler.

    Sur ce je vous souhaite bien du courage dans vos investigations,
    Cordialement

    Mickael

  2. Bruno

    @Mickael
    Je ne suis pas d’accord : le système que l’Homme a créé le change. Et quel type d’Hommes fait-il naître ?
    En faire le constat, réfléchir et essayer de proposer des solutions en se basant sur les principes de la Vie pour continuer à évoluer dans l’histoire de l’Homme est juste lucide et, je suis d’accord sur ce point avec vous, courageux.
    Bruno

  3. Thierry Crouzet

    Fond/Forme vieux débat. L’un change l’autre et réciproquement. Il n’y a pas l’homme et le système qu’il crée au-dessous mais une boucle circulaire. Cf théorie de la complexité.

    Et puis il s’agit bien d’un changement de l’homme, d’une prise de conscience… sans elle rien ne changera.

  4. Calimaq

    Merci pour ce billet et pour la rencontre dont il est issu.

    Je trouve remarquable la manière dont tu lies le revenu de base avec des thématiques comme le libre, les biens communs ou le domaine public. Cela me donne l’impression que l’on peut passer d’un combat formel (sentiment hélas que j’ai bien trop souvent) à un combat réel, qui aille vraiment au fond des choses.

    J’ai encore du chemin à faire pour m’approprier réellement la notion de revenu de base.

    Mais nous reparlerons de ce jardin d’Eden, c’est certain !

    Calimaq

  5. Thierry Crouzet

    On est sur quelque chose qui implique toute la société… on ne peut réellement faire avancer un domaine sans faire avancer les autres… Tout cela me paraît de plus en plus évident. Le plus important, c’est qu’on parle.

  6. Pingback: Le revenu de base comme jardin d’Éden | Open World

  7. OlivierAuber

    Salut Thierrey. Analogie lumineuse ! qui me parle beaucoup puisque, tu le sais, je tente de développer depuis… un bail.. une sorte d’« automaton spirituel » (Deuleuze) qui ne produit QUE des « Jardins d’Eden » (le Générateur Poïétique http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9rateur_Po%C3%AF%C3%A9tique ).

    Une manière de passer du monde profane que nous subissons tous les jours à cet autre monde est de s’y faufiler par l’entremise de l’ «art » (notion convenue mais qui a le mérite de laisser quelques libertés, la littérature par exemple). Une fois les portes ouvertes et les gens à l’intérieur du jardin, il peut se passer des tas de choses qui nous échappent totalement, et c’est très bien !

    Un détail : le mécanisme de création monétaire actuel est déjà “décentralisé”, mais c’est sa “dissymétrie” qui pose problème. Elle gagnerait en symétrie si elle se produisait sur un réseau maillé acentré. J’évoque ce sujet dans la vidéo “Symétrie des réseaux et Neutralité du net” : http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=SymetrieEtNeutralite3

  8. Thierry Crouzet

    Quand je dis “décentralisé”, je pense toujours “massivement décentralisé et symétriquement décentralisé”. Tu as raison de me faire préciser. Oui, la force du système actuel c’est notamment qu’il est décentralisé dans quelques mains puissantes.

    Ton générateur me fait penser à la quête de Chaitin du nombre Oméga. Tu as lu métaMath? Sinon, fonce, tu vas délirer.

  9. Laetitia

    Salut Thiérry, tu diras à Stéphane de ma part qu’au lieu de péter des plombs sur Paul Ariès (entre autres..) son approche serait précieuse à bon nombre de jeunes personnes que l’on rencontre dans la continuité du revenu de base (ou de vie, enfin etc), notamment à Lyon. Je vous embrasse tous les deux. LK

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