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	<title>Thierry Crouzet &#187; Connecteur</title>
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	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2012 21:53:27 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Ne dites plus jamais qu’internet est un outil</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Jan 2012 10:15:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[technosphère]]></category>
		<category><![CDATA[territoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis la sortie de J’ai débranché, lors des interviews notamment, on cherche à me faire dire qu’internet est un outil comme un autre et qu’il suffit de l’utiliser avec modération. Si c’était le cas, je n’aurais pas éprouvé le besoin de me déconnecter pour essayer de comprendre mon rapport à la vie numérique. Je crois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis la sortie de <a href="http://blog.tcrouzet.com/jai-debranche/"><em>J’ai débranché</em></a>, lors des interviews notamment, on cherche à me faire dire qu’internet est un outil comme un autre et qu’il suffit de l’utiliser avec modération. Si c’était le cas, je n’aurais pas éprouvé le besoin de me déconnecter pour essayer de comprendre mon rapport à la vie numérique.<span id="more-23062"></span></p>
<p>Je crois que si on considère internet comme un outil, on risque de ne pas en prendre la mesure. On risque même de défendre avec de mauvais arguments des causes pourtant fondamentales comme la neutralité du Net ou la libre copie.</p>
<h3>De l’outil au média</h3>
<p>Avant de me déconnecter, j’avais l’impression d’être accro au Net. La déconnexion m’a montré que je ne souffrais d’aucune crise de manque, donc que l’addiction était légère, mais que certains mécanismes propres aux drogues étaient en jeu. Par exemple, quand je recevais des réactions sur mon blog et les réseaux sociaux, j’éprouvais du plaisir et j’avais besoin de toujours plus de réactions pour maintenir mon niveau de satisfaction. Exactement comme un toxico, j’augmentais sans cesse la dose, c’est-à-dire que je devais publier plus et dire de plus en plus de bêtises.</p>
<p>Mais peut-on être addict à un outil&nbsp;? J’ai vu mes enfants être dépendants de leur doudou, nous sommes dépendants des centrales électriques ou de nos voitures. Dépendants mais pas addicts. La nuance me paraît importante.</p>
<p>Je ne suis bien sûr pas un spécialiste de l’addiction. Et je ne veux pas le devenir. Il me semble toutefois qu’elle implique une forme de consommation (de cocaïne, d’alcool, d’images pornos…). Avec un verre, on peut boire du vin. Avec une seringue, on peut s’injecter de l’héroïne. L’outil peut être indispensable à l’addict, mais on n’est pas addict à l’outil lui-même.</p>
<p>On peut bien sûr considérer internet comme une espèce de seringue à s’injecter de la socialisation numérique. Alors la drogue serait le réseau social, internet n’en serait que le vecteur, c’est-à-dire le média. Dire qu’internet est un média est donc déjà un progrès. Mais cette approche n’épuise pas toute la richesse du Net.</p>
<h3>Du média au territoire</h3>
<p>Dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/jai-debranche/"><em>J’ai débranché</em></a>, j’évoque <a href="http://www.amazon.fr/Trois-Ecritures-Langue-nombre-code/dp/2070760251"><em>Les trois écritures</em></a> de Clarisse Herrenschmidt. Elle y explique que l’humanité a successivement inventé l’écriture des langues, des chiffres puis du code informatique.</p>
<p>On peut d’une certaine façon réduire ces trois écritures à des outils. Prenons l’écriture des langues. Quand nous lisons un roman, les neurologues constatent que nous réagissons cérébralement comme si nous nous tenions à la place des personnages. Nous entrons dans un autre monde. </p>
<p>L’écrivain étend la réalité. Il construit des lieux, des paysages, des villes, il anime des créatures d’une vérité bouleversante. La littérature est un territoire, une extension de la Terre. C’est un monde à déployer indéfiniment. Nous en devenons les démiurges dès que nous apprenons à écrire.</p>
<p>Si l’écriture est un outil, elle nous aide à construire un territoire. Il ne nous vient pas à l’idée de dire que notre planète est un outil. La voir comme un simple vaisseau spatial me paraît réducteur, tout comme considérer la littérature d’un point de vue utilitariste.</p>
<p>Le mathématicien éprouve la même sensation qu’un lecteur quand il parcourt des démonstrations. Il pénètre dans un univers symbolique qui se surimpose à l’univers physique. Cette expérience peut paraître irréelle pour les non-mathématiciens, mais nous  y goûtons plus directement quand nous sommes sur le Net. Le code, plus qu’une troisième écriture, n’est peut-être que la démocratisation de la seconde. Comme les écrivains, les développeurs étendent le monde.</p>
<p>Les programmes y sont autant de maisons, de routes, de personnages, d’entités abstraites et étrangères. Dans ce monde, nous pouvons ajouter des pièces, des montagnes, des plaines aussi étendues que la pampa. Le code nous aide à construire un territoire. Sur ce territoire, il existe des transports en commun, des bureaux de poste, des salons mondains… des outils ou des services. Mais comme la littérature ne peut-être réduite à l’écriture qui l’engendre, le Net ne peut être réduit au code qui le sous-tend.</p>
<p>Le Net demande à être exploré, sans cesse reconstruit, sans cesse questionné. Alors il est vital que les enfants apprennent à programmer pour la même raison qu’ils doivent apprendre à écrire. C’est parce que le lecteur sait aussi écrire, même mal, qu’il goûte la littérature. C’est pour la même raison qu’on initie les enfants à la musique, à la peinture, au modelage et donc à l’architecture comme à la sculpture.</p>
<p>On me rétorque souvent qu’on n’a pas besoin de savoir comment une voiture marche pour la piloter. Certes, mais une voiture n’est qu’un outil, elle n’est pas un territoire. Si mes enfants n’apprennent pas à programmer, ils se contenteront des maisons construites par d’autres sur le Net. Ils dépendront d’eux. Je préfèrerais qu’ils soient capables de construire les leurs. Je n’ai pas envie qu’ils s’assujettissent de quelques architectes en chef.</p>
<p>Savoir écrire donne accès à la littérature. Le lecteur se retrouve dans une position réflexive, non passive, il se libère face à l’auteur, même si lui-même n’a pas la prétention de l’être. Si nous n’apprenons pas à programmer, ne serait-ce que le b.a.-ba, nous n’avons aucune chance d’être libres sur le Net. Nous ne le voyons pas comme un territoire et nous le réduisons à un outil ordinaire.</p>
<h3>Note</h3>
<p>C&#8217;est parce qu&#8217;internet est un territoire qu&#8217;une <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>Alternative nomade</em></a> est possible. <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/territoire/">Je défends cette idée depuis 2006. Dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/tune-caniveau/"><em>La tune dans le caniveau</em></a>, je parle des imprimantes 3D. Elles transforment du code en objets. Elles feront bientôt déborder le Net du monde immatériel.</a></p>
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		<title>Conséquences politiques de l’édition électronique</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 13:21:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[édition interdite]]></category>
		<category><![CDATA[eBook]]></category>
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		<description><![CDATA[Je n’ai pas envie d’être pris pour un VRP d’Amazon ou d’Apple, ou même de la Fnac. Je milite pour le livre électronique au nom de la création et de sa portée politique. Je me moque de savoir comment les textes sont lus du moment qu’ils sont lus. J’ai publié en février dernier L’édition interdite [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je n’ai pas envie d’être pris pour un VRP d’Amazon ou d’Apple, ou même de la Fnac. Je milite pour le livre électronique au nom de la création et de sa portée politique. Je me moque de savoir comment les textes sont lus du moment qu’ils sont lus. J’ai publié en février dernier <a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/"><em>L’édition interdite</em></a> pour défendre ma position. Il est temps de libérer ce texte.<span id="more-22662"></span></p>
<p>Je vous conseille de <a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/">télécharger le PDF et l’EPUB</a> dans lesquels on retrouve une préface et les réactions de <a href="http://www.nicolasancion.com/">Nicolas Ancion</a>, <a href="http://samdixneuf.wordpress.com/">Sam Dixneuf</a>… et des dessins de <a href="http://croquismillotte.blogspot.com/">Didier Millotte</a> Vous pouvez bien sûr toujours <a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/">acheter l’édition originale en librairie électronique</a> (quelque peu différente de cette mouture révisée).</p>
<p>Un dernier avertissement&nbsp;: <a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/"><em>L’édition interdite</em></a> n’est pas un brûlot contre l’édition traditionnelle. J’ai tenté de décrire un moment d’histoire collective.</p>
<hr/>
<h3>1</h3>
<p>Je suis un guérillero.</p>
<h3>2</h3>
<p>La guérilla est une forme de guerre asymétrique. Face à l’armée dominante, des groupes indépendants frappent les points névralgiques et se dispersent. Ils refusent les lignes de front qui impliquent de part et d’autre des forces de puissance comparable. Ainsi les Pictes résistèrent aux Romains. Les Apaches aux Espagnols puis aux Américains. Les Vietnamiens aux Français puis aux Américains. Les Talibans à l’Occident réuni.</p>
<h3>3</h3>
<p>«&nbsp;L’anarchisme, du moins tel que je le comprends, écrit Chomsky, […] est une tendance de la pensée et de l’action humaine qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et, dès qu’elles s’en montrent incapables (ce qui arrive fréquemment), à travailler à les surmonter.&nbsp;»</p>
<h3>4</h3>
<p>Une structure de domination apparaît en même temps qu’une forme de hiérarchisation de la société. Les esclaves obéissent aux maîtres. Les salariés aux patrons. Les femmes aux hommes. Les endettés aux banquiers. Notons que les patrons obéissent aux banquiers et qu’alors des strates hiérarchiques se forment.</p>
<h3>5</h3>
<p>Dans <em>La Phénoménologie de l’Esprit</em>, Hegel suppose que le maître peut devenir l’esclave et inversement. J’attends donc que mon banquier s’agenouille à mes pieds et fasse vœux d’allégeance. Peut-être le jour où j’irai le voir pour retirer le dernier euro que je stocke dans ses coffres.</p>
<h3>6</h3>
<p>En pensant aux anarchistes, personne ne songe à la merveilleuse définition de Chomsky. Depuis Bakounine, les anarchistes font peur. Il faut trouver un autre mot, plus en accord avec la vision de Chomsky&nbsp;: connecteur, c’est-à-dire celui qui privilégie des relations d’égal à égal plutôt que les rapports hiérarchiques.</p>
<h3>7</h3>
<p>Un connecteur s’oppose aux structures de domination qui assassinent, oppriment, encombrent ou qui, n’ayant plus d’utilité pour la société, ne sont dans le bilan comptable qu’une ligne de coût à la charge de tous.</p>
<h3>8</h3>
<p>Les apparatchiks des structures de domination devenus nuisibles, et leurs vassaux, ne peuvent que combattre les connecteurs. Ils tentent de les discréditer et de les faire passer pour des irresponsables qui n’aspirent qu’au chaos.</p>
<h3>9</h3>
<p>Ai-je l’air d’un terroriste&nbsp;? Je vis tranquillement dans le Midi au bord de l’étang de Thau, avec pour seule ambition de discuter durant des heures en terrasse de café. Et je n’oublie pas la mise en garde de Tocqueville&nbsp;: «&nbsp;L’égalité produit, en effet, deux tendances&nbsp;: l’une mène directement les hommes à l’indépendance et peut les pousser tout à coup jusqu’à l’anarchie, l’autre les conduit par un chemin plus long, plus secret, mais plus sûr, vers la servitude.&nbsp;»</p>
<h3>10</h3>
<p>Pour les apparatchiks, il n’existe qu’une forme d’organisation, la leur, celle dont ils sont les maîtres. Ils ne conçoivent pas le réseau décentralisé adopté par les connecteurs comme une organisation concurrente.</p>
<h3>11</h3>
<p>L’État totalitaire est une structure de domination. L’État social est une structure d’entraide et de coopération. Le connecteur n’est pas, par principe, contre l’État.</p>
<h3>12</h3>
<p>Tous les matins, je suis heureux d’amener mes enfants à l’école publique, même si j’ai quelques réticences, et j’apprécie de savoir que des hôpitaux sont là pour me soigner.</p>
<h3>13</h3>
<p>La guérilla est la seule manière de lutter contre les structures de dominations.</p>
<h3>14</h3>
<p>Tout auteur qui publie électroniquement s’engage politiquement. Il rejoint soit la guérilla contre les structures de domination, soit l’armée levée par ces mêmes structures.</p>
<h3>15</h3>
<p>Publier, c’est laisser le flux s’écouler à travers les réseaux sociaux, les blogs, les livres…</p>
<h3>16</h3>
<p>La liberté passe par la maximisation des possibilités existentielles. Peu importe les possibilités que nous instancions au cours de notre vie. Nous nous gorgeons de potentialités. Je n’ai jamais sauté à l’élastique, mais je frémis à l’idée que je pourrais le faire.</p>
<h3>17</h3>
<p>Si un auteur écrit un texte que nous n’avons aucune chance de lire, nous voyons nos potentialités existentielles diminuer.</p>
<h3>18</h3>
<p>Publier, c’est prendre un contenu et le propulser dans le flux. Éditer, c’est travailler coopérativement un contenu avant de le publier. Par édition, on entend un processus collectif.</p>
<h3>19</h3>
<p>Un auteur peut s’autopublier, mais pas s’autoéditer. Quoique certains auteurs schizophrènes soient capables d’être plusieurs personnes en même temps. Ils savent coopérer avec eux-mêmes.</p>
<h3>20</h3>
<p>Depuis l’avènement d’internet, dans la plupart des démocraties, nous avons les moyens de nous autopublier. En revanche, l’effort collectif exigé par l’édition ne peut, en général par manque de temps ou de ressources, se répéter pour chacun de nous. Nous ne pouvons pas tous être édités.</p>
<h3>21</h3>
<p>Les éditeurs dominaient les auteurs. «&nbsp;Tu seras édité ou tu ne le seras pas.&nbsp;» C’était un véritable droit de vie ou de mort.</p>
<h3>22</h3>
<p>Au nom de la morale, du bon goût, de l’esthétique et bien souvent des contraintes économiques, les éditeurs dominaient également les lecteurs. «&nbsp;Tu ne liras que ce que j’ai envie que tu lises.&nbsp;»</p>
<h3>23</h3>
<p>Dans <em>Le discours de la servitude volontaire</em>, La&nbsp;Boétie écrit&nbsp;: «&nbsp;Mais à la réflexion, c’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux.&nbsp;» Ainsi les lecteurs avaient pour maîtres les éditeurs. Ils s’étaient eux-mêmes enchaînés.</p>
<h3>24</h3>
<p>À l’origine, à l’époque de Gutenberg et même avant, il n’y avait pas d’éditeurs, juste des copistes ou des imprimeurs. Les auteurs s’autopubliaient et personne ne les éditait. Puis, au fil des décennies, les éditeurs sont devenus des structures de domination. À côté des gouvernements, et à la place des églises, ils se sont érigés en censeurs. Nous avons subi leurs dictats. Nous les avons admirés à l’égal des rois. Leurs affaires nous ont fascinés, à tel point qu’ils ont publié des livres pour nous conter leurs aventures et nous ensorceler davantage. La télévision a repris la même stratégie, en diffusant des émissions sur la télévision, à seule fin d’établir son propre culte. Les structures de domination trouvent toujours des voix pour chanter leur éloge auprès des dominés, pour faire croire que, hors d’elles, il n’existe point de salut.</p>
<h3>25</h3>
<p>La liste des auteurs célèbres qui se sont un moment autopubliés est longue&nbsp;: William Blake, Gustave Flaubert, Marcel Proust, Ernest Hemingway, Rudyard Kipling, Stephen King…</p>
<h3>26</h3>
<p>«&nbsp;Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre, ajoute La&nbsp;Boétie. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner.&nbsp;» Lecteurs, un monde d’auteurs libres, un monde longtemps interdit, s’ouvre à vous.</p>
<h3>27</h3>
<p>Par le passé, nous avions des textes inédits, des textes disponibles dans les bibliothèques et, dans ces mêmes bibliothèques, les cabinets des textes interdits. Aujourd’hui, nous n’avons que des textes propulsés dans le flux. Une chose ne change pas&nbsp;: il y a toujours des textes que personne ne lit, des textes à peine survolés et des textes très lus.</p>
<h3>28</h3>
<p>Parce que beaucoup de textes restaient enfermés dans les tiroirs, beaucoup d’autres ne quittaient pas les imaginaires&nbsp;: les auteurs savaient qu’ils n’auraient aucune chance de les diffuser. Combien de blogueurs écrivent alors qu’ils n’auraient jamais osé dans l’ancien monde éditorial&nbsp;?</p>
<h3>29</h3>
<p>J’ai voulu écrire un essai intitulé <em>Contre les médias</em>. J’ai contacté quelques éditeurs qui m’ont répondu qu’aucun d’eux ne publierait jamais un tel essai. Ils m’ont suggéré plutôt d’interviewer des personnalités politiques pour flatter les structures de domination.</p>
<h3>30</h3>
<p>La&nbsp;Boétie raconte que Crésus soumit les Lydiens en ouvrant dans leur capitale des bordels et en les forçant à les fréquenter. Les structures de domination n’ont jamais trouvé de meilleure stratégie.</p>
<h3>31</h3>
<p>La censure ne survient que quand une structure d’un niveau hiérarchique supérieur interdit un contenu à tous les niveaux inférieurs.</p>
<h3>32</h3>
<p>En devenant capables de s’autopublier à coût nul, les auteurs gagnent leur liberté. L’autopublication électronique nous ramène au jardin d’Éden, quand les auteurs n’avaient pas encore croqué la pomme qui les rangerait en deux catégories, ceux promus aux Paradis et ceux condamnés aux Enfers.</p>
<h3>33</h3>
<p>La publication à coût nul, c’est la seule révolution, peu importe si les textes atterrissent sur des liseuses, des téléphones ou finissent sur du papier grâce à un service de <em>print on demand</em>. Je refuse de m’occuper des machines, mais uniquement des possibilités politiques et créatives qu’elles éveillent.</p>
<h3>34</h3>
<p>L’abandon du papier est en soi anecdotique. Nous ne vivons pas un changement de média, mais une transition vers un nouvel ordre de l’humanité.</p>
<h3>35</h3>
<p>Un auteur qui s’autopublie est un connecteur en ce sens qu’il affirme la désuétude de la structure de domination éditoriale. Il n’a besoin de l’aval de personne.</p>
<h3>36</h3>
<p>Quand le nombre d’éditeurs augmente, tout ce qui est produit fini par trouver éditeur. La censure vole en éclat. Et être édité ne représente plus le moindre accomplissement. C’est être lu et propulsé qui importe.</p>
<h3>37</h3>
<p>On peut s’autopropulser, l’être par un éditeur ou par ses lecteurs. Ces trois modes de propulsion ne s’excluent pas.</p>
<h3>38</h3>
<p>Quand un auteur peut s’autopublier à coût nul, il devient en même temps son propre censeur. «&nbsp;Qu’est-ce que je dois laisser passer&nbsp;?&nbsp;»</p>
<h3>39</h3>
<p>Un monde sans censure ne peut pas exister. Quand la censure n’est ni étatique, ni économique, elle reste éthique.</p>
<h3>40</h3>
<p>Dans son texte sur Spinoza, Deleuze écrit&nbsp;: «&nbsp;Voilà donc que l’Éthique, c’est-à-dire une typologie des modes d’existence immanents, remplace la Morale, qui rapporte toujours l’existence à des valeurs transcendantes. La morale, c’est le jugement de Dieu, le <em>système du Jugement</em>. Mais l’Éthique renverse le système du jugement. À l’opposition des valeurs (Bien-Mal), se substitue la différence qualitative des modes d’existence (bon-mauvais).&nbsp;» L’éthique vient des hommes, la morale d’en haut. Il existe autant d’éthiques que d’individus. Ce qui est bon pour moi (les sucreries) ne l’est pas nécessairement pour un autre (un diabétique par exemple).</p>
<h3>41</h3>
<p>Pour les connecteurs, la société obéit à une éthique (et surtout pas à une morale) qui résulte de l’interaction entre les éthiques individuelles.</p>
<h3>42</h3>
<p>Si la plupart des gens refusent le travail des enfants, son interdiction devient une règle éthique pour l’ensemble de la société. L’éthique émerge. Contrairement à la morale, elle ne peut pas être écrite une fois pour toutes. Elle peut tout au plus être relevée par fragments sans que ces fragments n’aient aucune pérennité.</p>
<h3>43</h3>
<p>Seule une société hiérarchisée peut concevoir, ou tout au moins graver dans le marbre, une morale.</p>
<h3>44</h3>
<p>Certaines règles morales inscrites sur les tablettes de la loi ont été puisées dans l’éthique émergente. «&nbsp;Tu ne tueras point.&nbsp;» Tout simplement parce que nous n’avons pas envie d’être assassinés. D’autres règles sont purement transcendantes. «&nbsp;Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.&nbsp;» Uniquement une entité placée haut au-dessus des autres peut professer de telles paroles. Même moi je n’aurais pas cette audace.</p>
<h3>45</h3>
<p>Réticulaire signifie en réseau. C’est le terme adapté pour qualifier les actions des connecteurs.</p>
<h3>46</h3>
<p>Quand un gouvernement, une église ou un éditeur s’affirme en censeur, il injecte dans la société de la morale. En revanche, la censure qui vient des auteurs, et de chacun de nous, est de nature émergente. C’est un produit de la résistance réticulaire contre les structures de domination moralisatrices.</p>
<h3>47</h3>
<p>Que les auteurs disposent désormais de la possibilité de s’autopublier avec facilité, donc de s’autocensurer à tout moment, implique un glissement de la morale vers l’éthique.</p>
<h3>48</h3>
<p>La morale s’apparente à un jeu de billard. Une vague entité abstraite frappe une bille qui en frappe d’autres jusqu’à ce que chacun des individus en soit affecté. L’éthique reboucle sur elle-même. Les actions et les prises de position des uns et des autres influencent celles des autres et ainsi de suite. Dans le cas de la morale, c’est comme s’il pleuvait. Dans le cas de l’éthique, c’est comme si nous suivions le cycle de l’eau dans son intégralité.</p>
<h3>49</h3>
<p>Je suis incapable de tuer, de voler, de mentir et même de tromper ma femme. On n’échappe pas à l’éthique.</p>
<h3>50</h3>
<p>Pourquoi l’éthique serait-elle préférable à la morale&nbsp;?</p>
<p>—&nbsp;Parce que personne ne l’impose.</p>
<p>—&nbsp;Est-ce une raison suffisante&nbsp;? Personne ne nous impose le cancer, il n’est pas pour autant une bonne chose. Des chefs d’État ont imposé l’abolition de la peine de mort, c’est plutôt une bonne chose.</p>
<p>—&nbsp;Chacun de nous construit l’éthique.</p>
<p>—&nbsp;Certes, mais elle reboucle, s’amplifie, s’applique à tous. Existe-t-il une réelle différence entre l’étique et la morale&nbsp;?</p>
<p>—&nbsp;La morale implique l’existence de structures de dominations, donc l’apparition d’apparatchiks. En les éliminant, en supprimant les structures qui les justifient, on accroît le degré de liberté des individus. À partir d’un terreau de liberté primitive, nous gagnons toujours plus de liberté.</p>
<p>—&nbsp;Qu’est-ce qui empêche les structures de domination de réapparaître&nbsp;?</p>
<p>—&nbsp;Rien, ce n’est pas une raison pour ne pas tenter de les repousser.</p>
<h3>51</h3>
<p>Disposer de l’outil d’autopublication, c’est s’armer éthiquement, donc politiquement puisqu’il n’existe pas de vie sociale sans éthique.</p>
<h3>52</h3>
<p>Une arme peut rester de dissuasion. Un auteur peut menacer de s’autopublier lorsqu’il travaille avec un éditeur.</p>
<h3>53</h3>
<p>La capacité d’autopublication ne signifie pas la fin de l’édition. Elle introduit un rééquilibrage des forces en présence. «&nbsp;Vous n’avez pas besoin de vous autopublier pour obtenir un meilleur contrat avec un éditeur, vous avez juste besoin d’être capable de le faire&nbsp;», commente Cory Doctorow. Les auteurs ont dorénavant le choix, les éditeurs le savent.</p>
<h3>54</h3>
<p>Un auteur capable de s’autopublier, et qui le fait au jour le jour sur son blog, s’autopublie même quand il travaille avec un éditeur.</p>
<h3>55</h3>
<p>Certains auteurs ne voient dans le numérique qu’une opportunité commerciale.</p>
<h3>56</h3>
<p>«&nbsp;La plupart des anciens tyrans ont presque tous été tués par leurs favoris&nbsp;: connaissant la nature de la tyrannie, ceux-ci n’étaient guère rassurés sur la volonté du tyran et se défiaient de sa puissance, écrit La&nbsp;Boétie.&nbsp;» Les auteurs à succès, qui à eux seuls génèrent l’essentiel des revenus des éditeurs, leur font payer leur suprématie quand ils décident de s’autopublier.</p>
<h3>57</h3>
<p>L’introduction de l’autopublication casse peu à peu la structure de domination éditoriale. L’éditeur n’est plus un grand manitou de la culture, mais, à côté des auteurs, un de ses ouvriers.</p>
<h3>58</h3>
<p>Le cycle d’émancipation&nbsp;:</p>
<p>1/&nbsp;La simple possession de l’arme d’autopublication entraîne un glissement vers l’éthique (passage à la censure individuelle).</p>
<p>2/&nbsp;Ce glissement amène moins de dépendance vis-à-vis des structures de domination, donc plus de liberté.</p>
<p>3/&nbsp;Il est alors vital à titre individuel d’user de cette liberté pour défendre l’accès pour tous, et dans des conditions identiques, à l’arme d’autopublication.</p>
<p>4/&nbsp;Potentiellement plus de gens s’autopublient, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux. L’arme d’autopublication s’est répandue.</p>
<p>Si nous répétons le cycle en usant de notre arme, nous enclenchons un processus de libération. Chacun y participe. Les énergies se cumulent et un raz-de-marée transforme la société.</p>
<h3>59</h3>
<p>Lutter contre les structures de domination désuètes revient à sans cesse reboucler les processus, c’est introduire de la fluidité.</p>
<h3>60</h3>
<p>Pour les apparatchiks, prendre le pouvoir, c’est couper les cycles. C’est créer des débuts et des fins, des hauts et des bas, des hiérarchies, c’est dérouler ce qui était rond, c’est le verticaliser, c’est soumettre les qualités aux quantités.</p>
<h3>61</h3>
<p>La liberté de publication est un droit fondamental qui étend la liberté d’expression et la généralise. Amoindrir cette liberté, c’est briser le cycle vertueux qui mène de la morale vers l’éthique.</p>
<h3>62</h3>
<p>Durant des années, j’ai écrit et je n’ai pas publié, parce que les éditeurs ne voulaient pas me publier. Je ne les détestais pas pour autant. Je me disais que je devais encore travailler. Alors je lisais mes contemporains et la plupart m’exaspéraient. J’entendais répéter dans les médias que nous vivions une époque intellectuellement affligeante. Pour cause, nous étions sous le joug d’une inquisition pernicieuse, celles des structures de domination qui n’acceptent aucune critique.</p>
<h3>63</h3>
<p>Quand les rouages de la belle logique sociale s’enraillent, les auteurs et les artistes s’opposent aux opérateurs de la machinerie. Toutes ces voix sont étouffées jusqu’à ce qu’elles débordent au-dessus du barrage et envahissent la plaine.</p>
<h3>64</h3>
<p>Les défenseurs de la morale n’auront de cesse de brider la liberté de publication. Ils invoqueront la tradition. Ils auront l’audace de prétendre protéger le public de l’ignominie. Ils accuseront les connecteurs de saper les bases de l’ordre moral. Il s’agira alors de questionner cette morale.</p>
<h3>65</h3>
<p>L’autopublication serait un miroir aux alouettes. Mais qui sont les alouettes&nbsp;? Les auteurs qui s’autopublient savent qu’ils ne pourront pas tous connaître la gloire. En revanche, tous participent au glissement éthique, même contre leur gré. La rupture de paradigme se joue à ce niveau et nulle part ailleurs.</p>
<h3>66</h3>
<p>Quand les coûts de publication se réduisent, le nombre de publications explose. Depuis l’invention de l’imprimerie, les ouvrages publiés ont été chaque siècle multipliés par dix. Avec le numérique, nous le multiplierons par cent, par mille, jusqu’à ce que chacun de nous devienne un auteur potentiel. Le marché ne décide plus ce qui est publié. Les hommes et les femmes se lisent enfin&nbsp;!</p>
<h3>67</h3>
<p>Il n’y a plus que des textes qui circulent –&nbsp;amateurs ou professionnels, travaillés ou lâchés&nbsp;– tous abandonnés aux jugements des lecteurs qui les croisent.</p>
<h3>68</h3>
<p>Ce qui est de qualité n’est plus défini a priori, par une élite partie prenante dans une structure de domination, mais a posteriori par des usages de lectures.</p>
<h3>69</h3>
<p>Par usage de lecture, je n’entends pas l’audimat, mais une série d’évènements comme le nombre de propulseurs, l’intensité de leur propulsion (ils font suivre un simple lien ou ils écrivent un article), la socialisation de la lecture au sein d’une communauté, la vie du texte (si l’activité autour de lui perdure)… Aucun de ces critères n’est déterminant, mais un ensemble de faisceaux convergent pour créer une valeur émergente. Une seule chose est sûre&nbsp;: il n’existera jamais une formule magique pour la calculer. C’est avant que c’était magique&nbsp;: quelques prophètes bien payés proclamaient ce qui avait ou pas de la valeur. Ce temps est révolu.</p>
<h3>70</h3>
<p>Pendant que les structures de domination poursuivent leur besogne, les approches réticulaires se frayent un chemin vers le grand jour. Mais bon sang que c’est long&nbsp;? J’ai l’impression d’être un cheval de mine qui ne reverra jamais le jour.</p>
<h3>71</h3>
<p>Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre sinon une œuvre qui est vénérée par tous&nbsp;? Un chef-d’œuvre trône au sommet de la hiérarchie. Je peux bien y placer Julien Gracq si j’ai envie. Un autre y placera Proust. Chacun des connecteurs se construit sa hiérarchie. Il n’existe pas de chef-d’œuvre universel, sinon des œuvres qui à un moment de l’Histoire se retrouvent présentes dans de nombreuses hiérarchies individuelles.</p>
<h3>72</h3>
<p>L’ouverture de la publication a un effet sur toutes les publications, même celles qui suivent l’ancienne logique éditoriale.</p>
<h3>73</h3>
<p>L’autopublication entretient une musique de fond dans la société. Elle chante une autre chanson que celle qui est clamée avec force et que tout le monde connait. Elle chante avec une multitude de voix l’humanité dans sa diversité, sa naïveté, sa maladresse, son génie brut et encore mal façonné. Elle chante la vie, l’amour et la volonté de créer.</p>
<h3>74</h3>
<p>Dans l’édition de 1878 du dictionnaire de l’Académie, on pouvait lire le proverbe&nbsp;: «&nbsp;On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.&nbsp;» Pour avoir une chance d’obtenir des chefs-d’œuvre, il faut multiplier les œuvres approximatives. Kevin Kelly fait remarquer que les TV se mirent à produire des émissions et des séries de meilleure qualité le jour où YouTube les concurrença avec une masse de clips médiocres (et parfois géniaux).</p>
<h3>75</h3>
<p>La multiplication des œuvres introduit plus de concurrence entre les créateurs qui se battent pour conquérir notre attention.</p>
<h3>76</h3>
<p>Pour la plupart des connecteurs, la récompense ne s’élève qu’à quelques grains de sable. Gagner un grain ou dix ne fait aucune différence et ne justifie pas de s’entretuer. Pour la grande majorité des auteurs qui s’autopublient, l’idée même de concurrence n’a aucun sens.</p>
<h3>77</h3>
<p>Un connecteur ne se bat contre personne puisqu’il ne cherche à gravir aucune hiérarchie. Un connecteur coopère, interagit, échange, partage. Il construit avec les autres. Il ne rêve pas à les déposséder pour posséder plus qu’eux.</p>
<h3>78</h3>
<p>Un auteur réticulaire ne se réjouit pas de prendre des lecteurs à un autre auteur. Il accepte de rester anonyme si tel est le choix du public. Je dis ça, mais je ne cracherais pas sur un immense succès. D’un autre côté, il faut bien se résoudre à l’évidence que nous ne pouvons tous avoir des dizaines de milliers de lecteurs.</p>
<h3>79</h3>
<p>Un auteur réticulaire ne veut pas que l’argent soit un problème. Quand il publie une œuvre, il ne veut pas que ce soit au détriment d’une autre œuvre. Le lecteur potentiel doit pouvoir accéder à toutes les œuvres qui l’intéressent indépendamment de son statut social. Ainsi, les œuvres doivent pouvoir se copier et s’échanger librement. Cela n’empêche pas de les vendre, mais celui qui les achète doit être libre d’en faire ce qu’il veut.</p>
<h3>80</h3>
<p>Le piratage n’existe pas. Copier une œuvre, c’est favoriser la propagation de la culture. C’est une noble tâche. Reste que les auteurs qui gagnent un peu d’argent avec leurs œuvres ont plus de temps pour œuvrer et ont donc plus de chances de nous combler. Il faut savoir les rétribuer lorsqu’ils nous touchent. Je prêche pour ma paroisse.</p>
<h3>81</h3>
<p>Si un auteur refuse la libre copie, il s’engage auprès des structures de domination. Il fait un choix politique. S’il s’autopublie, il rejoint le camp des connecteurs. Il fait un choix politique.</p>
<h3>82</h3>
<p>S’autopublier et refuser le piratage, c’est incompatible. On ne peut pas s’opposer aux structures de domination et, dans un même temps, les entretenir.</p>
<h3>83</h3>
<p>Tout auteur qui refuse de publier électroniquement, notamment pour lutter contre la libre copie, s’engage nécessairement en faveur des structures de dominations.</p>
<h3>84</h3>
<p>Pour justifier l’interdiction des libres copies, certains prétendent que les bibliothèques donnent accès à tous à la culture. C’est un argument de mauvaise foi. Tout le monde ne va pas dans les bibliothèques. Nous ne devons négliger aucune possibilité de faire circuler les œuvres.</p>
<h3>85</h3>
<p>Non-concurrence, libre circulation des œuvres et abondance des biens culturels remettent en cause un des mécanismes du capitalisme&nbsp;: la rareté (de l’argent, du travail, des biens…), une rareté dont la distribution parcimonieuse est régie par les structures de domination. Ainsi, une révolution des modes de publication a des conséquences non seulement éthiques, mais aussi économiques. Un château de cartes s’écroule.</p>
<h3>86</h3>
<p>«&nbsp;Nager dans un océan de médiocrité pourrait décourager les auteurs les plus talentueux.&nbsp;» C’est une mise en garde souvent entendue, comme si les structures de domination avaient pour objectif de ne diffuser que des œuvres de qualité. Non, elles visent avant tout à maximiser leurs bénéfices. Dans un monde hiérarchisé, nous nageons déjà dans un océan de médiocrité.</p>
<h3>87</h3>
<p>Un auteur réticulaire ne cherche pas à se placer au-dessus des autres auteurs pour en retirer les lauriers. Il fait ce qu’il doit faire avec toute la force dont il dispose. Il se dépense sans compter. Il ne vit pas dans un système économique régi par la rentabilité et l’efficacité.</p>
<h3>88</h3>
<p>Pour que les contenus se transforment en armes politiques et engendrent un glissement éthique, il faut qu’ils soient consultés.</p>
<h3>89</h3>
<p>À côté des auteurs, les lecteurs propulsent les contenus dans le flux. En entretenant le bouche-à-oreille, ils participent au grand rebouclage. Les éditeurs aussi. Le but est toujours de faire circuler les œuvres pour que la culture pulse de l’intérieur.</p>
<h3>90</h3>
<p>Notre position dans le cycle –&nbsp;lecteur, auteur, éditeur&nbsp;– importe peu du moment que nous en sommes un des moteurs.</p>
<h3>91</h3>
<p>Renoncer à la propulsion, c’est laisser la boucle s’ouvrir, les structures de domination nous dicter leurs volontés.</p>
<h3>92</h3>
<p>Les bibliothécaires sont des propulseurs au service de l’État. Les libraires sont des propulseurs privés. Leur fonction n’est pas de distribuer des textes ou de les vendre, mais de provoquer l’envie de lire. Les lecteurs sont prêts à payer le conseil, la promesse d’heures voluptueuses.</p>
<h3>93</h3>
<p>Un texte lu par cent personnes peut avoir autant d’impact qu’un texte lu par un million de personnes&nbsp;! Oui, parce qu’il existe des dizaines de milliers de textes lus par cent personnes.</p>
<h3>94</h3>
<p>Un texte lu par une foule introduit dans l’esprit de tous la même idée, donc participe à l’édification d’une morale. Des milliers de textes hétéroclites lus par cent personnes entretiennent la diversité et participent à l’émergence de l’éthique.</p>
<h3>95</h3>
<p>Un texte lu par la foule consolide les structures de domination. Dans un premier temps, il peut contribuer à les faire chuter, mais il participera à la reconstruction des suivantes, car tous les reconstructeurs auront en tête la même vision du monde.</p>
<h3>96</h3>
<p>Un texte lu par la foule ne peut conduire qu’à la révolution, c’est-à-dire à un retour au point de départ.</p>
<h3>97</h3>
<p>J’ai toujours ce désir d’être un auteur révolutionnaire. De guider les foules tel un prophète. Qu’un tel homme se dresse et je me dresserai contre lui.</p>
<h3>98</h3>
<p>Une multitude de textes peu lus participent à l’évolution, c’est-à-dire aux profondes transformations de la société.</p>
<h3>99</h3>
<p>Quand vous lisez cette phrase, des zones neuronales identiques s’activent dans votre cerveau et ceux des autres lecteurs. C’est comme si vous étiez connectés à eux. Ensemble, vous constituez un réseau. Quand un même lecteur lit deux textes chacun lu par cent personnes, il interconnecte à travers lui deux réseaux de cent personnes. Des textes en grand nombre ont un effet de maillage social même quand ils sont peu consultés. La diversité garantit la pluralité et nous éloigne de la dictature moralisatrice.</p>
<h3>100</h3>
<p>Tout lecteur est un connecteur.</p>
<h3>101</h3>
<p>Plus il existe d’œuvres, plus le réseau culturel dispose de nœuds, plus de nouvelles routes ont de chance de s’ouvrir entre eux, des routes qui se construisent d’elles-mêmes plutôt qu’<em>a priori</em> après concertation d’une gouvernance.</p>
<h3>102</h3>
<p>La valeur d’une œuvre se mesure au nombre de routes qui la connectent aux autres œuvres. Une œuvre avec une faible diffusion peut être hyperconnectée.</p>
<h3>103</h3>
<p>La nouvelle culture réticulaire ne peut qu’engendrer une civilisation nouvelle. Quelles en seront les particularités&nbsp;? Nous ne pouvons pas les prédire.</p>
<h3>104</h3>
<p>Je rêve de produire une œuvre marquante, ce rêve est en contradiction avec mon œuvre.</p>
<h3>105</h3>
<p>Les structures de domination, si elles veulent se maintenir, n’ont aucun intérêt à encourager la lecture, car elle favorise l’interconnexion. Comme les Nazis l’avaient compris, elles ont tout intérêt à limiter le nombre de publications. Pour elles, le temps de lecture doit être contrôlable, donc cantonné à quelques textes starifiés ou sacralisés.</p>
<h3>106</h3>
<p>Quand la société et les individus affrontent sans cesse de nouveaux défis, ils maximisent leurs chances de découvrir des solutions en explorant simultanément une multitude de directions. L’existence d’une pensée dominante, qui privilégie une direction, nous place en position de faiblesse.</p>
<h3>107</h3>
<p>Disposer de l’autopublication à coût nul en temps de crise est une chance pour une société qui a besoin de changements.</p>
<h3>108</h3>
<p>Dans une société qui glisse de la morale à l’éthique, un petit livre rouge que tout le monde lirait ne peut exister à moins qu’il nie la nécessité d’un livre rouge. Mais, dans ce cas, ne menace-t-il pas tous les livres&nbsp;?</p>
<h3>109</h3>
<p>Toute pensée dominante est dangereuse. Cette pensée elle-même est dangereuse. Il faut commencer par en rire.</p>
<h3>110</h3>
<p>La culture sédimentée n’est qu’un grand bazar déstructuré où nous devons plonger allégrement.</p>
<h3>111</h3>
<p>La multiplication des publications peut déclencher chez nous une forme de boulimie informationnelle. Plutôt que de nous attarder avec quelques œuvres, nous risquons d’en picorer des centaines. Lire plus, être informé de tout ce qui se diffuse, c’est perdre son temps. Nous devons nous pénétrer de quelques textes, nous donner au glissement éthique qui bouleversera notre vie, et par contamination virale, bouleversera la société.</p>
<h3>112</h3>
<p>Lire vient du latin <em>legere</em>, c’est-à-dire du verbe choisir. Lire, c’est choisir les textes que nous allons interconnecter dans notre cerveau.</p>
<h3>113</h3>
<p>Par ses choix, le lecteur joue un rôle politique. À travers les textes qu’il lit, il lie des réseaux de personnes, il transforme la topologie sociale. Lire et lier sont indissociable. Lire, c’est lier. Lire, c’est tisser la société. La lecture est une des armes du connecteur.</p>
<h3>114</h3>
<p>Le lecteur s’engage en fonction des auteurs qu’il choisit de ne pas lire. Il est nécessairement engagé.</p>
<h3>115</h3>
<p>«&nbsp;Le livre ne sert pas ma liberté&nbsp;: il la requiert.&nbsp;» Par livre, Sartre entend le texte imprimé dans le livre. Ce texte il faut tout d’abord le sélectionner en faisant preuve d’un libre arbitre. Mais ce texte, indépendamment de ce qu’il dit, s’il n’a été victime d’aucune censure, contribue bel et bien la liberté, car il participe au glissement éthique.</p>
<h3>116</h3>
<p>Placer la liberté en pré requis, comme l’on fait les existentialistes, n’a aucun sens dans un monde réticulaire. Une bribe de liberté apparue par hasard est une graine qui peut germer et donner une forêt. La liberté se gagne, se développe, se propage et s’amplifie. Chaque victoire contre les structures de domination est un pas de plus vers la liberté. Ceux qui ont déjà grappillé un peu de liberté doivent en faire profiter les autres.</p>
<h3>117</h3>
<p>Dans un monde irrigué par les autopublications et une multitude de perspectives, il faut accepter une fois pour toutes de n’être qu’un observateur d’une partie du paysage. Sa globalité nous est à jamais inaccessible. Nous sommes toujours dans une boucle, jamais en surplomb.</p>
<h3>118</h3>
<p>Alors que les éditeurs se font la guerre pour conquérir des parts de marchés, les auteurs indépendants se glissent entre leurs lignes. L’autopublication est une forme de guérilla.</p>
<h3>119</h3>
<p>Le guérillero n’est pas nécessairement un connecteur. Il peut viser la destruction d’une structure de domination pour en établir une nouvelle. Fidel Castro&nbsp;!</p>
<h3>120</h3>
<p>Quand un auteur s’autopublie, c’est souvent après avoir essuyé le refus des éditeurs. Il est vexé, remonté contre le système. Il peut finir par être enragé et c’est ainsi qu’il rejoint la guérilla.</p>
<h3>121</h3>
<p>Des éditeurs aussi plébiscitent la connexion.</p>
<h3>122</h3>
<p>La libération de la publication équivaut à basculer vers l’anarchie au sens de Chomsky dans le monde de l’édition. Cette modalité politique n’a été mise en œuvre à grande échelle qu’une fois au cours de l’Histoire, en Catalogne, en 1936.</p>
<h3>123</h3>
<p>Les anarchistes espagnols échouèrent pour au moins deux raisons.</p>
<p>1/&nbsp;Ils refusèrent de participer au gouvernement de Catalogne, cédant leurs places aux communistes et à d’autres mouvements qui s’empressèrent d’instaurer de nouvelles structures de domination.</p>
<p>2/&nbsp;Ils laissèrent les fascistes choisir le terrain de bataille, c’est-à-dire un front organisé, qui implique l’opposition de deux armées régulières, donc de hiérarchies et de structures de dominations.</p>
<h3>124</h3>
<p>Un connecteur ne devrait jamais refuser d’entrer dans un gouvernement (de par sa présence nécessairement de transition). Son travail doit alors être de tout faire pour découper les structures de dominations en entités de plus en plus petites. En parallèle, les autres connecteurs doivent poursuivre la guérilla. Avoir un des siens au pouvoir ne justifie pas de baisser les armes. La lutte réticulaire ne peut avoir de fin. Si je deviens ministre de la Culture, ne cessez pas le combat.</p>
<h3>125</h3>
<p>Un texte édité, parce qu’il bénéficie d’un effort collectif, a plus de chances de toucher le public, donc de marquer sa configuration cérébrale et d’établir des interconnexions durables. Un auteur ne doit jamais renoncer à être édité. Pour autant, il ne doit jamais renoncer à s’autopublier. Ainsi, il reste un guérillero.</p>
<h3>126</h3>
<p>J’ai toujours considéré les éditeurs comme des super lecteurs. Qu’ils aient envie d’investir leur argent et leur temps sur un de mes textes, c’est une forme de reconnaissance première. Qu’ils me demandent d’écrire un texte, c’est pour moi une grande motivation. Je suis un âne qui a besoin d’une carotte pour avancer sur le chemin escarpé que j’ai choisi.</p>
<h3>127</h3>
<p>Un éditeur a deux métiers.</p>
<p>1/&nbsp;Il sélectionne une œuvre et la perfectionne. C’est la phase d’édition.</p>
<p>2/&nbsp;Il la commercialise et cherche à la faire connaître. C’est la phase de publication.</p>
<h3>128</h3>
<p>Dans l’édition de domination, il faut disposer de moyens pour payer les correcteurs, les graphistes, des marketeurs, les imprimeurs, les diffuseurs… L’argent donne le pouvoir. Il est versé au capital d’une société qui récupèrera l’essentiel des bénéfices.</p>
<h3>129</h3>
<p>Dès lors que la publication s’effectue sans frais incompressibles comme l’impression, le modèle éditorial capitaliste peut être concurrencé. Des gens aux compétences variées s’interconnectent autour d’un texte pour l’éditer coopérativement. Ils ne dépensent que leur temps, donc aucun capital. Le cas échéant, ils se partagent les revenus. C’est le modèle de l’édition réticulaire.</p>
<h3>130</h3>
<p>J’éprouve plus de satisfaction quand je signe un contrat avec un éditeur capitaliste qu’un éditeur réticulaire. Le capitaliste me fait un chèque. Il m’offre quelque chose qui est rare dans la société&nbsp;: l’argent. Le réticulaire m’offre son temps, c’est-à-dire sa vie. Je devrais lui accorder une valeur inestimable. Souvent je n’y arrive pas. Je suis encore engluée dans l’ancien paradigme que je réprouve.</p>
<h3>131</h3>
<p>Dans un monde de guérilleros, les carottes monétaires n’existent pas. Nous devons chercher la force en nous-mêmes ou la puiser au cours des veillées autour des feux de camp.</p>
<h3>132</h3>
<p>Le capitaliste est celui qui possède le capital et qui le prête moyennant intérêts. Économiquement, il se situe au-dessus de celui qui ne possède pas de capital et qui a besoin d’un crédit. Le capitaliste vit dans une société de classes. Il entretient les structures de domination, donc la morale transcendante.</p>
<h3>133</h3>
<p>Les communistes et tous les collectivistes s’opposent aux capitalistes, mais ils supposent comme eux la nécessité d’un outil de production. Celui qui le détient se retrouve hiérarchiquement au-dessus des autres. Si l’outil de production appartient à l’État, nous récupérons des apparatchiks d’État.</p>
<h3>134</h3>
<p>Quand après une révolte qui abat la dictature, le peuple appelle à la mise en place d’un nouveau pouvoir central, il avoue son impuissance à s’autodéterminer. C’est un coup pour rien.</p>
<h3>135</h3>
<p>Les connecteurs, en rejetant les structures de domination, empruntent de nouvelles routes politiques.</p>
<h3>136</h3>
<p>Avec le numérique, l’édition peut s’éloigner du capitalisme. Nous n’avons plus besoin d’avancer de l’argent pour espérer en gagner plus. Nous n’investissons que notre temps.</p>
<h3>137</h3>
<p>Recourir à l’autopublication ou à l’édition réticulaire, c’est mener une guérilla contre les structures de domination. Les auteurs fabriquent les armes que les lecteurs doivent brandir.</p>
<h3>138</h3>
<p>Même quand il est édité, un auteur doit à côté de ses lecteurs devenir son propre propulseur. Il participe ainsi au rebouclage et à la vitalisation du cycle culturel. Le temps consacré à la propulsion, c’est du temps de vie, du temps d’immersion dans le réel, du temps dédié aux œuvres ultérieures.</p>
<h3>139</h3>
<p>Si un auteur ne se propulse pas, c’est soit qu’il n’écrit que pour lui, soit qu’il attend que d’autres s’échinent à sa place. Dans ce cas, il se positionne dans une structure de domination incompatible avec l’idée même d’autopublication.</p>
<h3>140</h3>
<p>Un auteur ne peut effectuer à lui seul le travail d’un éditeur. En tentant cette expérience, Cory Doctorow avoue qu’il a mis sa santé en danger. Le guérillero a besoin de se reposer. C’est alors aux lecteurs de prendre les armes.</p>
<h3>141</h3>
<p>La guérilla textuelle engage toute la société. Elle n’est pas une affaire d’auteurs.</p>
<h3>142</h3>
<p>On peut faire la guerre par les mots, mais aussi par la manière de les brandir.</p>
<h3>143</h3>
<p>Si le numérique autorise la lutte contre les structures de domination, il ne garantit pas la victoire de la guérilla. Les objets numériques peuvent mêler aux textes des contenus multimédias, donc multiplier les coûts de production. Si après s’être détournés du livre pour la TV, les derniers lecteurs se portaient vers les superproductions multimédias, ce serait la nouvelle consécration des structures de domination. Par chance, le texte provoque des effets cérébraux que la débauche de moyens n’arrive pas à égaler. Il y aura toujours des lecteurs pour le texte seul, donc pour une forme d’artisanat éditorial.</p>
<h3>144</h3>
<p>La littérature restera le dernier rempart contre la dictature.</p>
<h3>145</h3>
<p>La guérilla éditoriale ne cessera pas. Cesser le combat, c’est arrêter le mouvement, c’est interrompre les cycles, c’est se scléroser et voir les structures de domination réapparaître.</p>
<h3>146</h3>
<p>On est guérillero pour la vie.</p>
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		<title>Un blog n’est pas une boutique</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 11:23:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
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		<category><![CDATA[J'ai débranché]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai débranché va partir en imprimerie et en ebook forgerie. Je peux enfin cesser de me demander si je dois modifier un passage, en supprimer un autre, en ajouter un dernier. J’ai beaucoup coupé, notamment les parenthèses théoriques qui n’étaient pas dans le ton de l’auto-fiction et que j’estime plus à leur place sur mon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/jai-debranche/"><em>J’ai débranché</em></a> va partir en imprimerie et en ebook forgerie. Je peux enfin cesser de me demander si je dois modifier un passage, en supprimer un autre, en ajouter un dernier. J’ai beaucoup coupé, notamment les parenthèses théoriques qui n’étaient pas dans le ton de l’auto-fiction et que j’estime plus à leur place sur mon blog. Par exemple, le chapitre intitulé «&nbsp;Préservons les belles-mères&nbsp;» que voici. Le contexte. En mai, j’étais en train de lire <em>Predictably Irrational</em> de Dan Ariely.<span id="more-22591"></span></p>
<hr/>
<p>Si le soir de Noël, je signais un chèque à ma belle-mère pour la remercier de son repas, elle m’éjecterait manu militari dans les rues glaciales de Nancy. J’aurais franchi la frontière informelle entre la logique sociale et la logique marchande.</p>
<p>Ariely explique que nous vivons dans deux mondes étrangers. L’un régi par les relations interpersonnelles d’ordre qualitatif (pas de comparaisons possibles), l’autre par les échanges monétaires d’ordre quantitatif (comparaisons constantes).</p>
<p>En Israël, le personnel d’une crèche instaura une pénalité financière à l’égard des parents retardataires. Résultat&nbsp;: de plus en plus de parents arrivèrent en retard. Ils payaient et ne culpabilisaient plus. Plutôt que de s’excuser, donc de socialiser, ils basculèrent vers la logique marchande. Devant cette conséquence inattendue, l’amende fut supprimée. Encore plus de parents arrivèrent en retard&nbsp;!</p>
<p>«&nbsp;Cette expérience explicite un fait malheureux&nbsp;: quand la logique sociale se heurte à la logique marchande, la logique sociale disparaît pour longtemps, commente Ariely. Autrement dit, les relations sociales ne sont pas faciles à rétablir. Une fois qu’un système a basculé vers la logique marchande, il est difficile de le ramener à la logique sociale.&nbsp;»</p>
<p>Je prends conscience qu’internet allie les deux logiques. Nous nous lions à une foule de gens tout en étant capables de nous comparer à eux quantitativement. À tout moment, nous pouvons verser vers la logique marchande, plaçant la relation sur une dimension peu stimulante.</p>
<p>J’ai commis une erreur. J’ai conçu mon blog comme un espace d’échange et de discussion, mais depuis que j’y vends en direct mes livres, j’ai fait un pas vers la logique marchande, une logique qui fausse les relations sociales et ne favorise ni la loyauté ni la coopération. Plus je me suis engagé dans cette direction, moins j’ai reçu de retours de mes lecteurs. Nous n’étions plus sur le même terrain. C’était comme si j’avais proposé à un ami de le payer pour qu’il m’aide à repeindre une chambre de la maison. D’ami, il serait devenu mon prestataire. Et on ne peut pas exiger des prestataires ce qu’on attend des amis.</p>
<p>À Noël, plutôt que de signer un chèque à ma belle-mère, je lui achèterai des fleurs ou du champagne. Au lieu de me jeter dehors, elle m’embrassera. Les cadeaux nous maintiennent dans la logique sociale. Sur les blogs, et sur le Net social en général, nous pouvons échanger des cadeaux, mais pas des rémunérations, sous peine de trahir la relation de confiance.</p>
<p>—&nbsp;Tu vendras comment tes livres&nbsp;? me demande Isa.</p>
<p>—&nbsp;Ce n’est pas mon travail, c’est celui des éditeurs et des libraires.</p>
<p>Je comprends qu’ils sont indispensables et que l’autoédition n’est possible que dans l’économie de la gratuité.</p>
<hr/>
<p>Cette conclusion risque de surprendre ceux qui ont l’habitude de me lire. J’ai souvent défendu le droit à la liberté pour les auteurs, <a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/">cette capacité à diffuser leurs créations indépendamment de toute censure</a>. Je ne suis pas en train de me contredire. Je pense maintenant que si on veut pratiquer <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du cyborg</em></a>, c’est-à-dire un travail créatif en réseau avec ses lecteurs, on ne peut pas dans le même temps et dans le même espace avoir une démarche commerciale avec eux. Ça ne peut pas marcher.</p>
<p>Soit on écrit dans son coin et on tient boutique, ce que de nombreux auteurs américains réussissent avec succès, soit on écrit coopérativement et on diffuse gratuitement. On peut alors espérer une gratification, mais elle doit être de l’ordre du don.</p>
<p>Si je ne me trompe pas, c’est un coup dur pour <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/long-tail/">la longue traîne</a>, car son développement implique une étroite collaboration entre les producteurs et les consommateurs. Le dualisme révélé par Ariely ne pourra être dépassé qu’avec un changement de mentalité, une adoption massive de la culture du don. Malheureusement les changements de mentalités sont lents, comparés aux changements d’habitude, notamment ceux influencés par les technologies.</p>
<p>À l’avenir, j’offrirai donc mes textes ou en confierai la commercialisation à d’autres, d’autant que je suis un mauvais vendeur&nbsp;; étant entendu que je n’ai pas envie de renoncer à <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du cyborg</em></a>. Elle me paraît une des choses les plus importantes que nous a fait découvrir le Web.</p>
<p>—&nbsp;Tu crois encore qu&#8217;elle est possible&nbsp;? me demande Isa. Les gens commentent moins, ils consomment sur le Web comme ailleurs.</p>
<p>—&nbsp;J’espère que c’est un mauvais moment à passer.</p>
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		<title>Le procès du capitalisme</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 13:10:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
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		<category><![CDATA[noepub]]></category>

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		<description><![CDATA[J’ai écrit ce texte en mars-avril 2009. Il aurait pu être le premier chapitre d’un nouveau livre. En même temps, je ne faisais que reformuler ce que j’ai souvent dit ici, peut-être juste donnant un peu de cohérence à quelques idées jamais évoquées en même temps. Je l’ai aussi uploadé sur Calaméo pour ceux qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=9,0,0,0" id="doc_230140779182330" name="doc_230140779182330" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" align="middle"	height="500" width="100%" ><param name="movie"	value="http://d1.scribdassets.com/ScribdViewer.swf?document_id=20474643&#038;access_key=key-1n6r8td4u19kuu01z40m&#038;page=1&#038;version=1&#038;viewMode="><param name="quality" value="high"><param name="play" value="true"><param name="loop" value="true"><param name="scale" value="showall"><param name="wmode" value="opaque"><param name="devicefont" value="false"><param name="bgcolor" value="#ffffff"><param name="menu" value="true"><param name="allowFullScreen" value="true"><param name="allowScriptAccess" value="always"><param name="salign" value=""><embed src="http://d1.scribdassets.com/ScribdViewer.swf?document_id=20474643&#038;access_key=key-1n6r8td4u19kuu01z40m&#038;page=1&#038;version=1&#038;viewMode=" quality="high" pluginspage="http://www.macromedia.com/go/getflashplayer" play="true" loop="true" scale="showall" wmode="opaque" devicefont="false" bgcolor="#ffffff" name="doc_230140779182330_object" menu="true" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" salign="" type="application/x-shockwave-flash" align="middle"  height="500" width="100%"></embed></object></p>
<p>J’ai écrit ce texte en mars-avril 2009. Il aurait pu être le premier chapitre d’un nouveau livre. En même temps, je ne faisais que reformuler ce que j’ai souvent dit ici, peut-être juste donnant un peu de cohérence à quelques idées jamais évoquées en même temps. Je l’ai aussi uploadé sur <a href="http://fr.calameo.com/read/0000697882ee0345fbe01">Calaméo</a> pour ceux qui préfèrent cette interface. Avec la démocratisation des ebooks, je me dis qu’il est agréable de lire les textes longs dans ces conditions.</p>
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		<title>Lectio spiritualis vs lectio scholastic</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 10:02:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans Du lisible au visible, texte malheureusement épuisé, Ivan Illich évoque une révolution du livre survenue autour de 1150. Grâce à une douzaine de techniques (amélioration de la ponctuation, retraits, insertion de titres et de rubriques, division en chapitres, index des matières classées dans l’ordre alphabétiques…), le livre devient lisible et la culture de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans <a href="http://cercamon.wordpress.com/2005/02/13/du-lisible-au-visible-ivan-illich-paris-cerf-1991/"><em>Du lisible au visible</em></a>, texte malheureusement épuisé, Ivan Illich évoque une révolution du livre survenue autour de 1150. Grâce à une douzaine de techniques (amélioration de la ponctuation, retraits, insertion de titres et de rubriques, division en chapitres, index des matières classées dans l’ordre alphabétiques…), le livre devient lisible et la culture de la lecture commence, trois siècles avant l’invention de l’imprimerie.<span id="more-9589"></span></p>
<blockquote><p>Cette collection de techniques et d&#8217;usages a permis d&#8217;imaginer le « texte » comme quelque chose d&#8217;extrinsèque à la réalité physique de la page.</p></blockquote>
<p>Nous avons là les prémisses de XML, du balisage minimal pour donner à un texte toute sa force.</p>
<blockquote><p>Mais la réflexion de toute une vie de lectures m&#8217;incline à penser que mes efforts pour permettre à l&#8217;un des vieux maîtres chrétiens de me prendre par la main pour un pèlerinage à travers la page m&#8217;ont, au mieux, engagé dans une lectio spiritualis aussi textuelle que la lectio scholastica pratiquée non au prie-Dieu mais devant un bureau.</p></blockquote>
<p>Illich attire l’attention vers deux formes de lecture. La <em>lectio spiritualis</em> ou lecture livresque : continue, profonde, intense, linéaire, à accès séquentiel, du début à la fin (quand je lis au lit, dans mon hamac, au bord de la mer ou en garrigue). La <em>lectio scholastica</em> : pratique, rapide, avec accès direct à l’information recherchée (quand je lis au bureau, devant mon ordinateur où défilent en continu les fils de conversations). Pour Illich, depuis le XIIe siècle, les technologies d’accès direct n’on fait que se perfectionner (et continuent de le faire avec l’informatique). Illich craignait toutefois que, sous l’influence des ordinateurs, la <em>lectio scholastica</em> devienne la norme et nous détourne définitivement de la lecture livresque, cette lecture au temps long, qui n’aurait été qu’une étape historique.</p>
<p>Dans le texte de 2006, <a href="http://bibliothecaire.wordpress.com/mots/bibliotheques-numeriques/4-le-livre-nest-pas-condamne-et-donc-la-bibliotheque-nest-pas-morte/">Le livre n’est pas condamné et donc la bibliothèque n’est pas morte</a>, où j’ai trouvé la piste Illich, Michel Roland-Guill est moins pessimiste :</p>
<blockquote><p>Il est remarquable qu’à partir du moment où la lecture monastique cesse d’être le modèle dominant de la lecture “légitime”, la forme roman s’impose progressivement dans le domaine de la littérature laïque en langue vernaculaire. Le roman est devenu le lieu de cette expérience, de ce voyage spirituel suivi et initiant qui était le sens de la lecture monastique.</p></blockquote>
<p>Quand je lis sur Internet, presque toujours, je suis en mode <em>scholastica</em>. Mais quand je lis sur mon eReader, je suis en mode <em>spiritualis</em>. L’électronique ne tue pas la lecture livresque, au contraire elle va peut-être fusionner avec la <em>scholastica</em>, nous permettant de basculer d’un mode à l’autre au gré de nos humeurs. Ce serait d’ailleurs logique dans la perspective des flux. Et comme Illich nous pouvons mêmes rêver de nouveaux lieux de lecture :</p>
<blockquote><p>Avec Georges Steiner, je rêve qu&#8217;en-dehors du système éducatif qui assume aujourd&#8217;hui des fonctions totalement différentes il puisse exister quelque chose comme des maisons de lecture, proches de la yeshiva juive, de la medersa islamique ou du monastère, où ceux qui découvrent en eux-mêmes la passion d&#8217;une vie centrée sur la lecture pourraient trouver le conseil nécessaire, le silence et la complicité d&#8217;un compagnonnage discipliné, nécessaires à une longue initiation dans l&#8217;une ou l&#8217;autre des nombreuses « spiritualités » ou styles de célébration du livre.</p></blockquote>
<p>Et si la lecture livresque était une façon de vivre une expérience spirituelle ? L’humanité ne s’est-elle pas détournée de Dieu en se tournant vers les romans et les héros romanesques ?</p>
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		<title>Into the flux</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Sep 2009 08:31:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>
		<category><![CDATA[Propulseur]]></category>

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		<description><![CDATA[Ou la vie sans objets Ou le temps des propulseurs Ou quand les petits ruisseaux font de grandes rivières. À force de parler de flux et de penser par flux, je me demande si je ne suis pas en train d’écrire un nouveau livre, suite du Peuple des connecteurs et du Cinquième pouvoir tout en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ou la vie sans objets</p>
<p>Ou le temps des propulseurs</p>
<p>Ou quand les petits ruisseaux font de grandes rivières.</p>
<p>À force de parler de <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/flux/">flux</a> et de penser par flux, je me demande si je ne suis pas en train d’écrire un nouveau livre, suite du <em>Peuple des connecteurs</em> et du <em>Cinquième pouvoir</em> tout en mettant en suspend <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/starglider/"><em>Le socialisme selon Starglider</em></a>.<span id="more-9168"></span></p>
<blockquote><p>FLUX nom masculin (1306 ; du latin fluxus qui signifie écoulement). Écoulement d’un liquide quelconque hors de son réservoir habituel. Marée montante. Le flux impétueux de la foule. Flux de paroles, bavardage. Flux lumineux : quantité de lumière émise par une source lumineuse dans un temps déterminé. Par extension : écoulement de l’information en même temps que l’information elle-même qui s’écoule. Alors synonyme de flot.</p></blockquote>
<blockquote><p>PROPULSEUR nom masculin Qui transmet le mouvement. (1846) Engin de propulsion assurant le déplacement d&#8217;un bateau, d&#8217;un avion, d&#8217;un engin spatial. (2009) Par extension : celui qui crée le flux d’information, le met en mouvement, le filtre, le redirige, l’enrichit, le fusionne à d’autres flux… Exemple : écrivain, musicien, journaliste, éditeur, blogueur, commentateur sur Internet…</p></blockquote>
<p>Flux, traduction approximative de <em>stream</em>, doit être vu comme cet écoulement hors d’un réservoir initialement rempli par le propulseur. Il faut avoir en tête l’image d’un fleuve, ou plutôt de l’eau qui coule dans le fleuve, quelque chose de liquide, de palpable, qui ne se laisse pas enfermer, qui se déplace mais qui reste matériel, consistant, qui fusionne avec d’autres flots, s’enrichit, se divise en delta avant d’inonder la mer. Le Nil comme métaphore du flux.</p>
<p>Le flux s’inscrit dans la durée. Une fois qu’il a commencé à couler, il peut couler longtemps. Un livre, par exemple, ressemblait à une bouteille d’eau remplie une fois pour toute. On buvait tout les mots. Un flux se déploie dans le temps. Une fois la bouteille remplie par l’auteur, d’autres propulseurs viennent la faire déborder (de l’objet livre par exemple), l’auteur se joignant éventuellement à eux. Ainsi un livre devient flux en même temps qu’il circule et s’enrichit de commentaires et de discussions qui lui donnent une existence nouvelle. Tout cela s’attache, s’agrège, vit.</p>
<blockquote><p>Mauriac a toujours aimé cette image du flux et du reflux autour d&#8217;un roc central – qui exprime à la fois l&#8217;unité de la personne humaine, ses changements, ses retours et ses remous. Citation de Maurois dans le Robert.</p></blockquote>
<p>Le flux peut ainsi s’enrouler sur lui-même, s’auto-maintenir comme la tache rouge dans l’atmosphère de Jupiter. Il n’est pas par essence fugitif même s’il garde toujours sa capacité de s’écouler. Il peut résister aux perturbations plus qu’un objet solide car il a la possibilité d’absorber de nouvelles données en même temps que de se délester du trop plein. Un flux ressemble à un organisme. Tant qu’il y a circulation, il y a vie (un livre que personne ne lit n’est pas mort mais en hibernation).</p>
<p>À quoi donc pourrait ressembler <em>Into the Flux</em> ?</p>
<h3>Préface</h3>
<p>Vous lisez peut-être ce texte sur papier, peut-être aussi sur l’écran de votre ordinateur ou de votre mobile, ou peut-être sur une liseuse ou vous l’écoutez alors que vous conduisez ou il se matérialise dans votre esprit. Tout dépend de quand vous l’abordez. En 2010, peu après sa rédaction, ou plus tard, quand le monde est devenu flux. […]</p>
<h3>Sommaire imaginaire</h3>
<ol>
<li><a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/26/le-livre-echappera-pas-aux-flux/">Le livre sans papier</a> (avec rappel de la musique sans disque).</li>
<li><a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/17/vers-un-web-sans-site-web/">Le web sans site web</a>.</li>
<li>Les objets sans matière (avec les nanotechnologies même les objets deviennent flux).</li>
<li>La vie sans principe (indispensable Thoreau ou comment la liberté s’accroît avec la coopération grandissante – quand la vie devient liquide, elle s’écoule mieux).</li>
<li><a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/31/leconomie-des-flux/">La distribution sans prix.</a></li>
<li>La finance sans banque (monnaie vient de <em>currency</em> en anglais qui vient du latin <em>currere</em> qui signifie courir ou s’écouler – la finance est par essence un flux).</li>
<li>La politique sans politicien (ou la politique des flux).</li>
<li>L’art sans œuvre d’art (en parlant bien sûr de Fluxus – vivre est un art et la vie est une œuvre).</li>
<li>La spiritualité sans dieu (ou la métaphysique des flux).</li>
</ol>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;économie des flux</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2009/08/31/leconomie-des-flux/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=leconomie-des-flux</link>
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		<pubDate>Mon, 31 Aug 2009 09:09:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un monde de flux où les biens s’écoulent, l’ancienne économie de la rareté de l’offre associée à la rareté de l’argent ne peut plus survivre. Sans doute faudra-t-il basculer vers un système financier où chacun pourra émettre de la monnaie et devenir banque centrale. Mais avant d’envisager cette entrée dans le flux de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/31/leconomie-des-flux/"><img class="alignnone size-full wp-image-9143" title="ben" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2009/08/ben.gif" alt="ben" width="450" height="105" /></a></p>
<p>Dans un <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/flux/">monde de flux</a> où les biens s’écoulent, l’ancienne économie de la rareté de l’offre associée à la rareté de l’argent ne peut plus survivre. Sans doute faudra-t-il basculer vers un système financier où chacun pourra émettre de la monnaie et devenir banque centrale. Mais avant d’envisager cette entrée dans le flux de la finance, je voudrais inventorier les différentes modalités de rétribution adaptées aux flux, certaines incompatibles, d’autres complémentaires.<span id="more-9141"></span></p>
<ol>
<li>Proposer comme aujourd’hui les produits à un prix fixe, souvent élevé, plus de dix euros, est contre productif car on empêche le flux de s’écouler et, dans l’économie des flux, l’immobilisme équivaut à la mort. La pratique tarifaire actuelle a pour avantage de nous maintenir dans un monde connu et de ralentir l’avènement du monde des flux mais elle favorise le piratage. J’insiste sur ce point. Le piratage est inéluctable et sera de plus en plus facilité en même temps que les flux deviendront la norme (simple de copier une information qui passe à travers notre ordinateur).</li>
<li>Les revenus annexes : publicité, affiliation, merchandising, spectacles, conférences… compléteront la rémunération des créateurs comme ils le font déjà. Rien de nouveau de ce côté-là. Mais je ne vois pas pourquoi un écrivain devrait se transformer en pingouin pour continuer à écrire ses livres. Bientôt je vais vendre des t-shirts « Je connecte en propulsant, je propulse en connectant. »</li>
<li>Le micropaiement, 1 euro par œuvre par exemple, a pour avantage de rabaisser le ticket d’entrée à un prix psychologique très bas. Malheureusement 1 euro est souvent plus qu’insuffisant pour rentabiliser une œuvre, même quand beaucoup de gens paient. Dans beaucoup de cas, le micropaiement ne peut être qu’une mesure complémentaire. D’autre part, si tout le monde met un ticket d’entrée à 1 euro (imaginez lire ce billet pour 1 euro), Internet devient soudain payant et le monde des flux se tarie par feedback négatif, ce qui revient à tuer Internet. Enfin, un ticket d’entrée faible n’arrête pas le piratage, il ne fait que le rendre moins utile pour les gens normalement fortunés.</li>
<li>La licence globale est une sorte de taxe que tous les abonnés Internet paieraient, une redevance télévisée bis. Je suis farouchement contre car où va l’argent récolté ? Comment sera-t-il distribué ? Les copains des copains seront toujours servis les premiers comme cela se pratique dans le monde du théâtre (et logique que nombre de politiciens clientélistes soient favorables à cette mesure). Il y aura un comité de redistribution. Pourquoi est-ce qu’avec mon blog je recevrais plus ou moins qu’un autre blogueur ? Faudra-t-il être reconnu créateur pour recevoir ? Par qui ? Selon quels critères ? Cette approche va à l’encontre de la responsabilisation des gens et, comme le micropaiement, elle reste une source de financement insuffisante à moins de doubler le prix des abonnements (je dépense chaque mois plus en livres qu’en FAI).</li>
<li>Avec le mécénat global ou <a href="http://owni.fr/2009/08/25/sard-la-remuneration-des-auteurs-par-le-don-obligatoire/">SARD</a>, les internautes sont obligés de donner mais ils votent pour répartir leur dons selon une logique de digg. J’aime l’idée. Je la préfère de loin à la licence globale. Mais elle me fait un peu peur (voir notes). Par ailleurs, les sommes récoltées seront là encore insuffisantes à moins d’une lourde augmentation des abonnements.</li>
<li>On peut imaginer une autre forme de mécénat global où on est obligé de donner mais où on choisit explicitement à qui on donne. Je préfère de loin cette méthode plutôt formatrice. Je pourrais donner aux créateurs que j’admire pas à ceux que le « peuple admire le plus ». Danger, nous risquons de donner à nos amis. Sans doute faudrait-il trouver un compromis entre cette approche et celle actuelle du SARD (voir notes).</li>
<li>Le tout gratuit implique le don volontaire, donc un changement des mentalités. J’aime cette idée car elle fait reposer la création sur la seule responsabilité des gens. Ils donnent quand ils le veulent la somme qu&#8217;ils veulent aux créateurs qu’ils admirent. S’ils cessent de donner, plus d’œuvre. Favorisé par une certaine transparence (savoir combien un artiste a déjà reçu), un mécanisme de régulation devrait se mettre en place. En basculant dans un monde de flux, un monde de moins en moins matérialiste, les gens devraient être prêts à donner pour les choses qui seront le plus importantes dans leur vie. Comme toute révolution psychologique, ce basculement des mentalités ne peut pas s’effectuer du jour au lendemain. Toutefois, aussi improbable qu’elle paraisse, cette logique du don régit déjà notre monde. C’est ce qui me rend optimiste. Ne vivez-vous pas du don ? Que faites-vous quand vous empruntez de l’argent à la banque ? Vous recevez un don en échange d’une promesse de remboursement. Que font les banques et les États, ils empruntent pour rembourser leurs dettes. La chaîne de Ponzi n’est autre qu’une chaîne du don.</li>
</ol>
<p>En résumé, nous entrevoyons aujourd’hui trois formes de rémunération qui pourraient se compléter pour remplacer le modèle actuel du prix de vente.</p>
<ol>
<li>Micropaiement à la discrétion de l’auteur/distributeur et en aucun cas une modalité à généraliser.</li>
<li>Mécénat global juridiquement imposés par les gouvernements (et indépendant du micropaiement).</li>
<li>Plateforme de don direct ultra-simplifiée en même temps qu’une sensibilisation à cette nouvelle logique (ce que ferait déjà le mécénat global).</li>
</ol>
<p>Est-ce ainsi que nous sortirons du monde de la rareté, du monde des happy few, et entrerons dans le monde des flux ? Sans doute que nous n’avons pas encore eu les bonnes idées.</p>
<h3>Note sur le SARD</h3>
<ol>
<li>La version dure du mécénat global passe par l’État qui nous imposerait le don d&#8217;une somme forfaitaire.</li>
<li>Je suis pessimiste quant à cette idée. Il faut une loi pour favoriser l’auto-organisation de la rémunération. Mais je vois mal l’État passer des lois qui le désengage, c’est contre la logique étatique. Si l’État passait des lois pour pousser le système à fonctionner sans l’État se serait une révolution extraordinaire (surtout hors du monde de la finance). J’ai peur que ce ne soit pas demain la veille. Les gouvernants aiment trop le pouvoir et pas assez les hommes.</li>
<li>La version allégée du mécénat global, <a href="http://www.numerama.com/magazine/13673-SARD-pour-le-Mecenat-Global-pas-de-taxation-des-FAI.html">qui sera annoncée le 8 septembre</a>, ne passe par l’État mais par un engagement volontaire des créateurs et des internautes. Nous pourrons ainsi tester le système mais je ne vois pas bien d’autres intérêts. Quelle différence avec le don direct ? Ok, ça nous évite juste de voir partout fleurir des boutons de dons mais, à la place, nous aurons des boutons de vote. Beaucoup de bruit pour rien à mon sens.</li>
<li>Qui dit vote, dit populisme. Les productions grossières de TF1 récolteront tous les revenus. Je n’ai aucune envie que mon don aille à des œuvres que je ne respecte pas. Je suis totalement opposé à se système s’il n’est pas contrebalancé (même critique qu’à notre démocratie).</li>
<li>Au vote positif (+1), il faut ajouter un vote de censure (-1). Je veux que mon don n’aille pas nominativement à tel ou tel artiste, à tel groupe d’artistes (les racistes), à telle liste compilée par des tierces parties auxquelles je fais confiance… Je veux par exemple pouvoir donner tout aux écrivains et rien aux musiciens.</li>
<li>Je veux aussi que le système soit totalement transparent. Je veux savoir combien les artistes ont déjà reçu et arrêter de leur donner quand j’estime que c’est suffisant. Je veux pouvoir mettre des barrières. À Partir d’un certain seuil en euro, mon argent va ailleurs. Et si c’était ça le véritable socialisme ?</li>
<li>Dans le cas de la version dure du mécénat global, il faut empêcher le choix explicite du bénéficiaire d’un don. Sinon j’aurais la possibilité de cibler un ami qui pourrait me donner en retour, ce qui reviendrait à passer outre l’obligation. Je ne peux donc qu’exclure ceux à qui je ne veux pas donner.</li>
<li>En revanche, je dois pouvoir choisir dans quelle zone de la longue traîne des votes mon don se répartira. Je peux ainsi décider de financer la création underground.</li>
<li>Reste que tout cela est bien compliqué alors qu’il s’agit avant tout d’une révolution psychologique à effectuer. Tous ces artifices techniques ne font-ils pas que nous détourner de notre objectif ? Mieux vaut passer son temps à donner l’exemple et à expliquer qu’à mettre en place des usines à gaz.</li>
</ol>
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		<item>
		<title>Libre de publier mais pas libre de lire</title>
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		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2009/08/25/libre-de-publier-mais-pas-libre-de-lire/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2009 17:02:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jusqu’à l’avènement du Web, grosso-modo en 1995, la liberté d’expression était une illusion. Seule une élite de journalistes, écrivains, artistes, scientifiques… pouvait parler à leurs contemporains. Depuis, tout au moins en occident et pour peu que nous fassions l’effort de maîtriser quelques outils, nous avons la liberté de publier nos textes, photos, vidéos, musiques… sans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object width="480" height="295"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/br5GJj4UyMw&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/br5GJj4UyMw&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="295"></embed></object></p>
<p>Jusqu’à l’avènement du Web, grosso-modo en 1995, la liberté d’expression était une illusion. Seule une élite de journalistes, écrivains, artistes, scientifiques… pouvait parler à leurs contemporains. Depuis, tout au moins en occident et pour peu que nous fassions l’effort de maîtriser quelques outils, nous avons la liberté de publier nos textes, photos, vidéos, musiques… sans l’aval d’un éditeur.<span id="more-8801"></span></p>
<p>Nous sommes libres de nous exprimer. Mais sommes-nous libres de lire ? Est-on libre quand on est forcé de lire un livre de poche imprimé en Garamond en corps 9 ? Est-on libre lorsqu’on doit aller sur le site du <em>Monde</em> pour lire un article du <em>Monde</em> et subir les publicités du <em>Monde</em> ? Est-on libre si on ne peut regarder une photo publiée sur Flickr que sur Flickr ? Est-on libre si on lit cet article uniquement sur <a href="http://blog.tcrouzet.com/">le blog de Thierry Crouzet</a> avec sa mise en page un peu négligée et flottante ?</p>
<p>Le lecteur ne doit-il pas gagner sa liberté à son tour ? Lire où il veut ce qu’il veut comme il l’entend ! Sur son ordinateur, son portable, <a href="http://blog.homo-numericus.net/article194.html">sa liseuse</a>, son agrégateur, lui-même installé sur divers appareils. C’est l’autre face de la liberté d’expression. Sans liberté de lecture, tant qu’il y a contrainte, des points de passage obligatoires, des pubs à avaler, des mises en forme à supporter, le lecteur reste le jouet de l’éditeur. Il n’est pas réellement libre. Et si le lecteur n’est pas libre, l’émetteur lui aussi n’est pas libre, il ne fait que le croire. Il parle souvent seul, pour le seul bénéfice de celui qui l’aide à parler (<a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/17/vers-un-web-sans-site-web/">souvent un propulseur à la mode 2.0</a>).</p>
<p>La double liberté de parler et d’être écouté ne peut s’envisager que dans un monde de flux, un monde d’information pure, c’est-à-dire d’information débarrassée de sa mise en forme et de <a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/17/vers-un-web-sans-site-web/">son contexte de propulsion</a>. Tant que le propulseur s’approprie l’information qu’il aide à propulser, il n’y aura pas de réelle liberté d’expression.</p>
<p>Dans un contexte de flux, d’information vagabonde, le modèle de rémunération actuel vole en éclat. Mais le modèle actuel est-il vivable ? Pas vraiment puisqu’il n’arrive pas à financer les coûts de production des œuvres. La liberté de publication, c’est-à-dire aussi la liberté de concurrence plus que le piratage, a cassé l’ancien modèle. La nécessité de la liberté de lecture nous impose d’imaginer autre chose que de simplement imposer des publicités en regard des informations.</p>
<p>Quoi ? Je ne suis pas devin. Juste conscient qu’un nouveau système de flux se met en place et qu’une économie adaptée l’accompagnera, tout comme un droit adapté. <a href="http://blog.jeanlucraymond.net/post/2009/08/24/Michel-Serres-crise-dans-l-education-et-droit-d-auteur-sur-Internet">Comme le souligne Michel Serre</a>, il ne sert à rien de vouloir appliquer les règles de l’ancien monde dans le nouveau monde.</p>
<p>Construisons-le, libérons nos flux, apprenons à vivre dans ce contexte, nous découvrirons un nouvel équilibre a posteriori. Nous avons la chance de pouvoir vivre quelque temps encore dans l’ancien monde, sur le dos de la bête. Profitons-en même si ça ne durera pas. </p>
<p>Comme aucune contrainte financière ne réduit aujourd’hui notre liberté de publier, aucune contrainte financière ne doit réduire notre liberté de lire. Nous devons pouvoir tout lire a priori. Ce n’est qu’une fois que nous aurons consommé cette transition que les nouveaux modèles s’imposerons. Nous trouverons le moyen d’aider les gens que nous lisons à continuer à nous enchanter.</p>
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		<title>Vers un web sans site web</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Aug 2009 08:37:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Connecteur]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>
		<category><![CDATA[Propulseur]]></category>

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		<description><![CDATA[Les sites web ont été imaginés pour stocker des informations et les afficher à travers des navigateurs. Ce fut une révolution, notamment grâce à l’hypertexte décentralisé, mais aussi une façon de traduire à l’écran ce que nous connaissions sur le papier. Il suffit de voir à quoi ressemblent encore les sites des journaux (où même [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-8399" href="http://blog.tcrouzet.com/2009/08/17/vers-un-web-sans-site-web/flux-2/"><img class="alignnone size-full wp-image-8399" title="flux" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2009/08/flux.jpg" alt="flux" width="450" height="311" /></a></p>
<p>Les sites web ont été imaginés pour stocker des informations et les afficher à travers des navigateurs. Ce fut une révolution, notamment grâce à l’hypertexte décentralisé, mais aussi une façon de traduire à l’écran ce que nous connaissions sur le papier. Il suffit de voir à quoi ressemblent encore les sites des journaux (où même les blogs). À des journaux traditionnels ! Très loin du look Google ou des services 2.0 les plus avancés. On reste dans l’ancien monde de Gutenberg.<span id="more-8396"></span></p>
<p>Le web s’attachera-t-il longtemps à ce passé poussiéreux ? Je ne crois pas. Le web 3.0 n’existera jamais. Le web n’était qu’une étape transitoire, une façon de porter vers le numérique ce dont nous disposions déjà, un nouveau monde, certes, mais attaché à l’ancien monde. Incapable de vivre sans lui (d’où le problème du piratage qui n’est autre que le phagocytage de cet ancien monde).</p>
<p>Ce que nous avons appelé le 2.0 n’était pas une révolution du web mais l’arrivée massive de services. Nous avons inventé notre boîte à outils : coopération, diffusion, recherche, agrégation… Ces outils nous aident à manipuler l’information et à la faire circuler.</p>
<p>Notre fusée peut maintenant lâcher son premier étage qui jadis la connectait au sol. Elle s’élève vers quelque chose de neuf, un cyberspace dans l’esprit de Gibson, un univers de flux qui se croisent et s’entrecroisent, s’éclairent mutuellement, se dissolvent, se reconstruisent ailleurs… <a href="http://www.archicampus.net/wordpress/?p=371">phénomène évoqué par Nova Spivack</a>.</p>
<p>L’idée d’un lieu de lecture privilégié et monétisable, le site web, est révolue. Nous avons des sources d’informations, les blogs par exemple, qui propulsent l’information pure dans le cyberspace. Puis elle circule, s’interface, se représente, se remodèle. Elle n’a plus une forme donnée, une mise en page, mais un potentiel formel qui peut s’exprimer d’une infinité de façons. Je me moque de la forme originelle quand je lis sur un agrégateur, éventuellement ouvert sur mon mobile.</p>
<p>Nous allons sur le web pour publier, régler nos tuyaux à flux, les brancher les uns sur les autres, les combiner, les croiser, les filtrer, les comparer… Nous y affutons notre moteur et puis notre vie numérique se passe ailleurs. Dans notre desktop, nouvelle génération de navigateur, sorte de récepteur de flux, où tout se combine et prend forme.</p>
<h3>La fin du web, l’âge des propulseurs</h3>
<p>Les sites deviennent des bases de lancement. Nous n’avons plus besoin de les visiter. Ils ont leur importance, tout comme celui qui parle a de l’importance, mais nous n’avons aucune raison de nous trouver en face de lui pour l’entendre. Nous pouvons le lire ailleurs, l’écouter ailleurs, le voir en vidéo ailleurs…</p>
<p>Cette pratique est à vraie dire fort ancienne, familière au monde de l’édition. Pour un texte, la forme est transportable, c’est la façon dont les idées et les scènes s’enchaînent, dont elles sont rendues, écrites… Le fond et la forme font bloc. La mise en page est une forme supplémentaire qui, le plus souvent, intervient en fin de chaîne. D’une manière générale, un même texte est lisible de plusieurs manières au fil des éditions (cartonné, souple, poche, luxe…).</p>
<p>Dans le monde des flux, comme dans celui de l’édition, la forme finale garde une grande importance mais elle n’est plus gérée à la source. C’est le desktop qui agrège les flux, se charge du rendu. Suivant les desktops, nous aurons des philosophies différentes. Des templates s’y grefferont. Tout changera encore en fonction du device de lecture (ordinateur, téléphone, reader…).</p>
<p>Un modèle que nous croyons stabilisé, celui du web, s’écroule. Il restera peut-être des boutiques, des points localisés d’interface avec la réalité matérielle, mais pour tout le reste, pour tout ce qui est numérisable, le point d’entrée localisé n’a plus aucun sens. L’information sera partout, dans un état d’ubiquité et de fluidité. Les liens se réorganiseront dynamiquement, bidirectionnellement, un peu comme les signaux dans un cerveau.</p>
<p>Le web ressemblait au monde de la presse.</p>
<p>Le flux ressemblera au monde du livre, un monde où les livres seraient vivants, où chaque mot pointerait vers d’autres livres, où chaque phrase engendrerait des conversations avec l’auteur et les lecteurs. Ce n’est sans doute pas un hasard si de nouveaux readers voient sans cesse le jour en ce moment même. Nous devons pouvoir incarner le flux où que nous soyons.</p>
<p>Nous allons pousser des données dans le flux global. Certains d’entre nous se contenteront de régler la tuyauterie, d’autres d’envoyer avec leur blog des satellites en orbite géostationnaire, d’autres de courts messages microblogués, juste des liens, des sourires, des impressions pendant que d’autres expédieront des vaisseaux spatiaux pour explorer l’infini, des textes longs et peut-être profonds.</p>
<p>Le temps des propulseurs est venu.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Auteur, blogueur, éditeur, commentateur, retwitter… sont des propulseurs. Le consommateur passif est en voie de disparition. Si j’aime quelque chose, je le dis, donc je propulse.</li>
<li>Dans la logique du web actuel, un éditeur ne diffuse dans ses flux RSS que les résumés de ses articles. Le but étant de renvoyer du trafic à la source.</li>
<li>Dans la logique des flux, brider en sortie le flux RSS est une absurdité puisque la source n’est qu’un propulseur. Brider revient à refuser d’être lu. Plus personne n’aura envie d’aller visiter le propulseur.</li>
<li>Tous les sites médias brident leurs flux pour tenter de préserver l’ancien modèle publicitaire. Alors qu’ils survivent avec difficulté sur le web et <a href="http://www.statesmanjournal.com/article/20090814/OPINION/908140335/1049">envisagent presque tous de revenir au modèle payant</a>, un monde plus radicalement éloigné du leur apparaît. J’anticipe des jours de plus en plus sombres pour l’industrie de la presse.</li>
<li>Les journaliste qui deviendront des propulseurs s’en tireront. Ils apprendront à régler la tuyauterie. Nouvelle génération de plombiers.</li>
<li>Reste à inventer les outils de statistiques adaptées aux flux, comme les outils de monétisation des flux. Mais ceux qui attendront ces outils pour changer de paradigme seront une nouvelle fois laminés.</li>
<li>Peut-être que la monétisation s’effectuera <a href="http://www.mondaynote.com/2009/08/09/paid-news-on-mobile-why-it-could-fly/">au moment de la lecture sur le modèle iTune.</a> Je vois l’intérêt pour une œuvre originale, <a href="http://gwencatala.over-blog.com/">par exemple la nouvelle de Gwen</a>, mais quel intérêt pour une news reprise partout sans guère de variation ?</li>
<li>J’aime Twitter parce que c’est une technologie de lifestream qui révolutionne le web et nous fait enter dans l’ère des flux. J’aime Twitter parce qu’il devient un protocole auquel nous donnent accès des applications tierces. J’aime Twitter parce que je ne vais jamais sur Twitter. Je ne devrais même plus parler de Twitter mais uniquement d’une <a href="http://siliconangle.com/ver2/2009/08/11/could-wordpress-be-the-natural-successor-to-twitter-friendfeed-and-facebook/">Federal Public Timeline</a>. Elle m’aide à propulser mes textes et mes idées passagères dans le cyberspace naissant.</li>
<li>Le cyberspace nait aujourd’hui même. Le web restait dépendant de l’ancien monde matériel. Voilà pourquoi les marchants ont été les premiers à s’y épanouir.</li>
<li>Nous devons générer les flux avec nos outils, les mixer avec nos outils. Les flux doivent circuler et n’appartenir à personne sinon à leurs propulseurs respectifs. Nous sommes encore loin d’en être là mais c’est la direction. Un web où les sites s’effacent au profit de ce que nous avons à dire et à échanger.</li>
<li>Ainsi Twitter devra être remplacé par un protocole décentralisé et robuste. <a href="http://www.slate.com/id/2225283/pagenum/all/">Les développeurs y réfléchissent.</a></li>
<li>C’est à Mozilla de devenir un desktop pour agréger tous les flux. Seesmic et cie ont peu de chance de se tirer d’affaire.</li>
<li>Notre identité numérique sera concentrée sur notre point de propulsion, c’est là qu’elle s’incarnera, c’est de là qu’elle essaimera dans le cyberspace.</li>
<li>Je crois aussi que le point de propulsion doit être open source, pour que notre identité n’appartienne à personne. WordPress est le meilleur point actuel. Mais sans doute trop marqué par son passé blog. Il faut un outil ou des outils capables de gérer tous les types de propulsion possibles.</li>
</ol>
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		<title>Plus jamais de guerres !</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Jul 2009 13:13:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est tentant de voir l’homme comme un cancer qui se répand sur la terre. Le pessimisme ambiant en temps de crise peut nous y pousser plus qu’à d’autres époques. Mais quelle est la réalité chiffrée ? Un article publié dans NewScientist démonte les idées reçues. La guerre ne serait pas une fatalité. Il existe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est tentant de voir l’homme comme un cancer qui se répand sur la terre. Le pessimisme ambiant en temps de crise peut nous y pousser plus qu’à d’autres époques. Mais quelle est la réalité chiffrée ? <a href="http://www.newscientist.com/article/mg20327151.500-winning-the-ultimate-battle-how-humans-could-end-war.html?full=true">Un article publié dans <em>NewScientist</em> démonte les idées reçues.</a> La guerre ne serait pas une fatalité.<span id="more-7858"></span></p>
<ol>
<li>Il existe des cultures non belliqueuses (Aborigène, Inuit…). La guerre n’est donc pas codée génétiquement mais émerge dans certaines situations (la sédentarité par exemple).</li>
<li>Le pourcentage de morts à la guerre tend à diminuer (3% pour le XXe siècle, ce qui est peu comparé aux siècles antérieurs – mais j’avoue que n’aime pas parler de progrès humain en pourcentage).</li>
<li>Même la violence interpersonnelle à l’intérieur d’une culture diminuerait. Nous avons dix fois moins de chance de mourir d’un homicide qu’au moyen-âge.</li>
<li>Plus l’interdépendance augmente, moins il y aurait de guerres (qui impliquent sans doute trop de conflits d’intérêt).</li>
</ol>
<p>Ces observations me paraissent encourageantes, surtout dans la perspective du superorganisme. Les forces d’intégration seraient supérieures à celles de désintégration.</p>
<p>Les nomades semblent beaucoup moins belliqueux que les sédentaires. Mais ne sommes-nous justement pas en train de devenir des nomades culturels et économiques ? Nous sommes des nomades du cyberspace ? Nous nous mêlons les uns aux autres ? Et si nous voulons aboutir à un équilibre durable, il nous faudra aller plus loin. Nous détacher des possessions matérielles, de tous ce qui nous entrave, encore une caractéristique des nomades.</p>
<p>Bien sûr rien n’est acquis. Mais j’ai l’impression que chaque fois que nous réussirons à nous auto-organiser un peu plus, nous nous pacifierons un peu plus. Quand nous nous auto-organisons, personne ne décide, personne n’impose, il n’y a rien à combattre sinon des comportements. Mais fait-on la guerre pour changer les comportements ? La guerre contre qui d’ailleurs puisque personne ne dirige ? On peut tenter d’influencer les gens, c’est une autre forme de combat. Mais nous pouvons résister en disant ce que nous pensons. Nous avons une arme, Internet. C’est peut-être l’arme de dissuasion ultime !</p>
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