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Hacker culture : le remake

29 Monday October 2007

hacker-culture-le-remake.gifPour moi, un hacker est un provocateur. Il provoque les défenseurs du droit d’auteur. Il provoque même les défenseurs du droit de propriété en posant des questions essentielles.

À qui appartient cet air que nous respirons ? Il n’appartient à personne. S’il devait appartenir à quelqu’un, ce serait à l’homme du futur, aux générations à venir qui en auront un besoin vital. Nous n’avons pas le droit de les déposséder.

La culture, aussi fondamentale que l’air que nous respirons, que le sol sur lequel nous vivons, est notre nourriture spirituelle. Personne n’a le droit de nous en déposséder.

Le hacker en cherchant à la libérer ne la vole pas, il se bat contre les voleurs, contre ceux qui cherchent à se l’approprier, à la rendre rare pour mieux la monnayer. Le hacker est un Robin des Bois. Je voudrais tenter de le décrire en dix points.

1/ Devoir de différence

[…] il est dans la nature du hacker d’être différent des autres le plus souvent et même, à travers le temps, de différer de lui-même, écrit McKenzie Wark. Hacker c’est se distinguer. Un manifeste Hacker ne pourrait se déclarer représentatif de celui qui est irréductible à la représentation.

Le hacker ne refuse jamais le dialogue car il ne s’enferme dans aucun clan, aucun parti, aucune coterie. En poursuivant la liberté de penser, la liberté pour la pensée, il fait exploser la notion de classe. Il ne libère pas seulement l’information mais il se libère lui-même des catégories, des représentations comme dit McKenzie Wark.

Pour le hacker, les étiquettes n’ont aucun sens puisque dans un monde qui vit une évolution exponentielle rien ne subsiste longtemps inchangé. Le hacker veut toujours être autre chose.

2/ Vous êtes les experts

Une fois que les classes ont explosé, plus personne n’a de légitimité particulière. Je vous parle, vous pouvez me commenter, me contredire, me corriger… Je ne suis pas le détenteur de l’expertise, vous êtes ensemble les experts. Le hacker reconnaît qu’il n’y a pas de maître. Cette catégorie aussi vole en éclat.

Vous êtes un universitaire et alors ? Vous exposez à Beaubourg et alors ? Pour un hacker, l’habit ne fait pas le moine.

3/ A-culturation

Quelle est la force de cette culture sans expert ? Est-t-elle inférieure à la culture des élites ? Je ne le pense pas car qui définissait la qualité par le passé sinon des experts nommés par d’autres experts, souvent par l’intermédiaire des services gouvernementaux.

Jusqu’à présent la culture n’a été qu’une représentation particulière de l’ensemble des cultures possibles, une représentation dominée un temps par la figure du professeur d’université, aujourd’hui par les médias.

Je remarque au passage que McKenzie Wark est lui-même professeur. D’une certaine façon, il hacke le système de l’intérieur. Mais je crois que le véritable hacker doit se libérer du système qu’il combat. Il me paraît difficile de vouloir libérer l’information et d’être payé directement ou indirectement par ceux qui cherchent à l’enfermer, les fameux vectorialistes dont parle McKenzie Wark.

4/ Relativisme culturel

La disparition des experts implique la disparition des frontières qu’ils tentaient d’élever pour préserver leur pré carré. Une fois la figure tutélaire de la culture détruite, nous nous retrouvons face à un flux de cultures qui chacune n’existe qu’au regard d’observateurs particuliers.

L’idée de culture est d’ailleurs un concept sans grande importance. Tout ce qui touche aux universaux, aux essences, est vide de sens pour un hacker puisqu’il hacke justement toutes les représentations.

5/ La connexion

Que sommes-nous en train de faire ? En cassant les classifications, en cassant le privilège de la légitimité, en acceptant de nous parler d’égal à égal quelles que soient nos histoires, nous nous connectons les uns aux autres, nous abolissons la société de classe, cette société hiérarchique et nous inventons une société de réseaux. Cette nouvelle structure implique un changement sociétal à tous les niveaux.

6/ Le don

Dans cette société décentrée, dans ce monde de réseaux, il n’y a plus d’institution canonique représentative de la puissance et de la vérité culturelle. L’homme peut enfin devenir responsable car il ne peut se retourner vers une autorité représentée. En conséquence, il a une chance de devenir libre. Le créateur (artiste, scientifique, ingénieur…) n’échappe pas à cette logique.

Je vois trois stades dans les derniers siècles de l’évolution culturelle occidentale. Avant la révolution française, le couple Église/Noblesse commande aux créateurs. Un art plus intimiste, plus populaire existait, je pense à la littérature souvent orale (le verbe a toujours été libre en quelque sorte).

À partir de la révolution, un nouveau couple s’installe État/Capital. Rien ne change à proprement parler. Nous vivons encore dans ce monde du mécénat institutionnalisé ou privé (la littérature y gagne un poids grandissant).

Peut-être qu’apparaît aujourd’hui un nouveau couple : Réseau/Don. Des réseaux se forment qui soutiennent des artistes. Ils n’achètent pas leurs œuvres qui circulent librement sur le réseau mais aident d’une façon ou d’une autre les artistes à travailler.

Lors des manifestations artistiques à venir, nous ne devrions plus voir sur les flyers promotionnels des logos d’institutions et d’entreprises mais les logos des réseaux impliquées. La fonction Cause de Facebook nous laisse entrevoir comment des réseaux pourraient se fédérer. Le don et l’échange deviendraient les monnaies qualitatives de cette nouvelle société.

7/ Éloge de l’empirisme

Dans ce monde de réseaux sans représentation stable, ce n’est pas parce qu’une chose n’a jamais existé qu’elle ne peut pas exister. Aucune forme dominante ne peut nous dissuader de tenter des expériences. La méthode de l’essai et de l’erreur est la seule envisageable.

Homme libre, nous avons le droit de nous tromper et de nous corriger. Hacker c’est expérimenter, bidouiller, jouer. Le hacker est un empiriste, il rejette la méthode inductive (qui d’une certaine façon suppose l’existence d’une vérité, et qui dit vérité dit classe pour la défendre ou la combattre).

8/ Inventeur d’outils

Le hacker peut bidouiller avec des outils inventés par d’autres ou inventer ses propres outils. Pour casser les frontières installées par les classes sociales, il vaut sans doute mieux utiliser de nouveaux outils auxquels personne ne s’est préparé à résister. User des outils disponibles, c’est se prêter aux règles d’un jeu déjà ancien. Dans ces conditions, il est quasi impossible de libérer quoi que ce soit.

9/ Tous codeur

J’ai évité jusque là toute référence à la définition du hacker comme fou d’informatique. Mais peut-on être hacker sans mettre son nez dans le code ?

L’ordinateur est un outil unique, un outil pour en créer d’autres qui permettent à leur tour d’en créer d’autres. L’ordinateur est l’outil qui ne cessera pas de surprendre. Aucune classe ne peut s’armer contre lui car c’est un pur outil de subversion, il se subvertit lui-même. Ainsi l’ordinateur est l’outil privilégié du hacker même s’il n’est pas le seul.

Il n’est d’ailleurs dans l’intérêt d’aucune classe de favoriser l’enseignement de l’informatique car les gens ainsi formés deviennent de potentiels subversifs. Heureusement que l’informatique est aujourd’hui une industrie florissante. Au nom du profit, les classes capitalistes et vectorialistes sont forcées de favoriser l’apparition des hackers qui deviennent de plus en plus nombreux.

L’artiste en tant que subversif doit donc être hacker. Il peut gagner sa vie avec ses hacks techniques et produire des hacks artistiques. Certains hackers peuvent bénéficier d’une renommée qui les verra promus par des réseaux.

10/ Monisme hacker

Hacker est un mode de vie. C’est la fin du métro-boulot-dodo. Le hacker ne divorce plus avec lui-même. Il n’introduit plus dans sa vie des moments, sorte de métaphore de la société de classe. Il hacke sans cesse.

Au final, le hacker est un connecteur. Ces deux mots sont synonymes pour moi. McKenzie Wark en a convenu quand je le lui ai expliqué.

Si je ne suis pas trop loin de vivre selon ces préceptes hackers/connecteurs, je vous accorde que c’est loin d’être gagné pour l’ensemble de la population. Je ne désespère pas. Je crois que nous avons un besoin vital de cette approche pour régler les problèmes auxquels se confronte le monde.

PS : Voilà ce que j’aurais pu dire lors de ma conférence de Marseille.

Hacker culture

24 Wednesday October 2007

Tout d’abord qu’est-ce qu’un hacker ? Je l’ai défini comme un bidouilleur. C’est la définition classique mais elle n’est pas suffisante. Un hacker utiliserait plutôt un outil pour en créer d’autres. Il serait un créateur de méta-outils.

La notion de créateur d’outils est assez large. Quand on utilise un outil pour faire quelque chose d’imprévu par le concepteur de l’outil, on crée en quelque sorte un nouvel outil. Quand Picasso utilise une selle et un guidon de vélo pour créer la statue d’un taureau, il devient hacker. Ainsi l’artiste en découvrant sans cesse de nouveaux usages des outils est souvent un hacker.

McKenzie Wark définit le hacker au tout début de A Hacker Manifesto.

Nous [les hackers] produisons de nouveaux concepts, de nouvelles perceptions, de nouvelles sensations, à partir de données brutes.

Pour Wark, les données brutes peuvent être des programmes, des poèmes, des théorèmes, des couleurs… Toutes informations est susceptible de nouvelles combinaisons et réinventions. Le hacker est un créateur de nouvelles abstractions.

Quand un ingénieur dépose un brevet, il est hacker. Quand un musicien compose une chanson, il est hacker. Pour Wark, les hackers constituent une nouvelle classe sociale.

Cette idée de classe, purement essentialiste, ne me paraît correspondre à aucune réalité, surtout pas à une réalité complexe et plurielle. Mais elle a le mérite de s’inscrire dans un cadre historique, tout au moins occidental, et de nous aider à déchiffrer notre présent.

Plaçons-nous avant les prémisses de la révolution industrielle, avant la Renaissance. Les terres appartiennent aux seigneurs. Les paysans les cultivent. Nous avons d’un côté les propriétaires terriens, la classe pastorale, d’un autre les paysans, la classe agraire. Ces deux classes s’affrontent. L’une pour maintenir ses privilèges, l’autre pour s’approprier les terres qu’elle cultive.

La notion de propriété est elle-même une abstraction. Un bout de papier vous accorde un droit sur une terre. C’est totalement arbitraire. Puis un État avec ses lois donne poids à ce bout de papier, lui maintient une autorité dans la durée. Peu à peu l’abstraction s’installe comme une évidence. Il y a ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas. Le hack consiste alors à subvertir le bout de papier.

Dans cette civilisation pastorale, l’art des puissants est associé au sol. C’est le règne du land art. Pyramides. Temples. Cathédrales. Sculptures. Fresques. Les arts ancrés prédominent par rapport à ceux plus mobiles comme la peinture sur toile qui ne se popularise qu’avec la Renaissance.

À cette occasion, deux nouvelles classes apparaissent. D’un côté, les capitalistes, qui détiennent l’outil de production, de l’autre, les ouvriers qui utilisent cet outil et sont rémunérés en échange.

L’outil de production n’est plus attaché à la terre. Il peut être dans une certaine mesure déplacé et reconstruit ailleurs. L’art des puissants suit alors le même mouvement. Il devient un produit échangeable.

Pour construire les machines des capitalistes, il faut des idées, des informations structurées. Des hackers déposent alors des brevets, mettant leur création entre les mains des capitalistes qui les exploitent.

Peu à peu les hackers deviennent de plus en plus nombreux, ils forment une nouvelle classe. Les capitalistes se découvrent un nouveau métier : ils deviennent diffuseur d’information. Ils forment à leur tour une nouvelle classe dominante : les vectorialistes comme les appelle Wark. Ils rétribuent les hackers comme les capitalistes rétribuent les ouvriers.

Mais tout explose. Grâce à internet chacun des hackers peut aussi devenir un diffuseur. Les classes antagonistes s’effacent. L’outil de diffusion est potentiellement à la portée de tous. Dans cette société où tout le monde devient vecteur, l’information ne peut plus devenir propriété.

Techniquement, elle est copiable à l’infini, piratable qu’on le veuille ou non, justement parce que le hacker peut toujours créer de nouveaux hacks. Il faudra donc renoncer à monnayer l’information.

Nous en sommes déjà à ce stade sur internet. Nous diffusons gratuitement, ajoutant éventuellement à nos diffusions des publicités pour financer notre travail d’auteur. Ce système de publicité survivra tant que nous aurons besoin d’acheter des biens non-piratables. La nourriture par exemple.

L’information étant de nature qualitative et non quantifiable, il est d’ailleurs impossible de lui attribuer une valeur d’échange. Aujourd’hui c’est encore possible parce que la classe vectorialiste maintient une certaine rareté de l’offre et crée artificiellement de la valeur autour de certaines informations. Dans un monde de hackers/vecteurs, l’information ne pourra être que gratuite.

Ce monde sera dominé par les qualités et non les quantités. Dans ce monde, l’échange et le don seront favorisés. Les vieilles abstractions du droit du sol, puis du droit à l’outil, puis du droit de diffuser voleront en éclat. Nous vivrons dans un monde libre.

Quelle place y aura l’artiste ? Il pourra s’attacher aux formes anciennes, celles propres aux classes pastorales ou capitalistes, ou s’attacher à de nouvelles formes propres à la classe des hackers/vecteurs, autant dire des connecteurs.

S’il refuse de servir les vieilles classes, il agira dans le domaine du reproductible et le fruit de ses œuvres ne sera pas monnayable. Il proposera des formes anciennes qui ont réussi à être vectorisée, la musique par exemple, et des formes nouvelles qui n’ont même pas encore le statut d’œuvre.

Je suis avant tout curieux de ces formes encore incertaines. J’imagine qu’elles ne contiendront pas uniquement des données brutes, des échantillons comme dans le cas de la musique.

Internet n’est pas seulement un média : un diffuseur d’information. Il permet aussi de diffuser des applications (comme nous le montre Facebook).

En diffusant les données et des codes pour les manipuler, de nouvelles possibilités créatives apparaissent. Nous avons face à nous un immense champ vierge. Voilà pourquoi je pense qu’il faut être hacker au sens bidouilleur pour être un artiste réellement contemporain.

Information égale désinformation

31 Friday August 2007

« Trop d’information tue l’information. » On entend souvent cette critique au sujet d’internet, notamment dans les médias traditionnels. Les blogs et autres cites citoyens engendreraient de la confusion plus qu’autre chose.

Par PaccoC’est oublier que nous disposons d’outils de plus en plus performants pour sélectionner et recouper les informations qui nous intéressent. Oui, il y a pléthore d’informations mais nous les trions en aval alors que les médias les trient en amont, au nom d’une charte éditoriale, d’une éthique ou, plus prosaïquement, d’un intérêt financier.

L’absence de tri a priori n’est pas un handicap pour le citoyen mais au contraire, en théorie tout au moins, une garantie qu’il peut se forger lui-même ses propres opinions.

Si donc trop d’information ne tue plus l’information, on peut se demander, en revanche, si s’informer présente un quelconque intérêt. Par s’informer, j’entends lire la presse, écouter la radio ou suivre les journaux télévisés. En d’autres mots, la consommation de nouvelles, outre nous divertir, nous sert-elle à quelque chose ? Ne risque-t-elle-même pas de nous desservir ?

Telle est en tous cas mon opinion et celle de Nassim Nicholas Taleb qui argumente cette idée au fil de The Back Swan. Je voudrais reprendre certains de ses arguments tout en les mixant avec les miens.

  1. Taleb commence par expliquer que depuis qu’il ne s’informe plus, il a trouvé le temps lire des dizaines de livres supplémentaires chaque année. Renoncer à s’informer permet de mieux se cultiver. Mais l’information, en plus de nous divertir, ne nous donne-t-elle pas la culture du présent ? Taleb démontre le contraire. Il affirme même que « reading the newspaper actually decrease your knowledge of the world. »
  2. Je n’ai jamais lu les journaux et j’ai eu la télé jusqu’à ce que je déménage à Londres en 2000. Je ne me suis pas alors senti pour autant coupé du monde, je me suis simplement détaché d’un certain bruit de fond. J’ai constaté que les nouvelles saillantes, celles qui façonnent notre conscience collective, m’arrivaient tout de même. Je n’ai pas manqué 9/11 ni le tsunami asiatique, même si j’ai peut-être reçu l’information en léger différé.
  3. Se couper totalement de l’information est impossible car nous baignons dans l’information. Comme nous pouvons nous informer par osmose, je ne vois pas pourquoi j’y consacrerais une partie de mon temps de conscience.
  4. En temps que connecteur, je suis informé avant tout par les membres de mon réseau. J’en reviens à la forme d’information traditionnelle. Je croise un ami et il me dit « tiens, tu sais… » Ça marche très bien et d’autant mieux à l’âge d’internet.
  5. J’en reviens aux arguments de fond de Taleb. En se référant à de nombreuses études neurologiques, il montre que nous cherchons toujours une explication aux évènements. Par exemple, il paraît que l’assassinat de l’archiduc Ferdinand provoqua la première guerre mondiale. Les journalistes tombent toujours dans ce piège. Ils racontent donc des histoires qui n’ont souvent aucun rapport avec la complexité des faits. Si leurs histoires peuvent nous divertir, elles ne nous apprennent rien sur le monde.
  6. Ainsi les journalistes, dès qu’ils découvrent un fait, tentent de l’interpréter quitte à, une heure plus tard, proposer une nouvelle interprétation. Les news ne sont qu’une succession continuelle de supputations.
  7. Les journalistes donnent la parole à des experts, presque toujours les mêmes, qui, en fait, ne défendent que leur point de vue et qui, à leur tour, livrent des interprétations. Le recours aux experts est un moyen d’imposer au public une vision de la réalité comme s’il n’existait qu’une réalité. Taleb dénonce l’essentialisme platonicien duquel nous sommes incapables de nous extraire. Les informations tentent de décrire une réalité en soi qui n’existe pas.
  8. Par-dessus tout, en réduisant la complexité, en catégorisant, les journalistes refusent d’admettre le hasard. Ils le nient systématiquement en inventant des causalités. Il suffit de les voir commenter les fluctuations boursières. Tous les médias ne cherchent qu’à dissimuler l’aspect profondément aléatoire de notre monde. Ils nous désinforment. Pire, ils ne nous préparent pas aux black swans, ces surgissements de l’imprévisible.
  9. Taleb, qui travailla longtemps dans la finance, explique que les chauffeurs de taxi sont aussi capables de prévoir l’avenir que n’importe quel analyste. Les journalistes se complaisent pourtant à nous parler d’un demain dont ils n’ont pas idée. Pour ma part, je préfère lire de bons auteurs de science fiction.
  10. Par goût pour les anecdotes et les drames, les journalistes s’intéressent toujours à ce qui se voit. Taleb donne un exemple qui m’a frappé. Les attentats de 9/11 ont causé 2 500 victimes aux États-Unis. Tout a été dit à leur sujet et au sujet de la détresse de leurs familles. Pendant ce temps, beaucoup d’autres Américains, effrayés de prendre l’avion, se déplacèrent en voiture. Dans les trois mois qui suivirent, les services de sécurité routière enregistrèrent 1 000 morts supplémentaires. On peut ainsi projeter que, dans le monde, les attentats provoquèrent plus de victimes indirectes que directes mais les médias n’en parlèrent pas.
  11. Ce qui brille attire l’attention mais l’essentiel, ce dont ne parlent pas les médias, se passe ailleurs. Problème : quand on consacre son temps à se préoccuper de ce qui brille, on n’a pas le temps de s’intéresser au reste. Taleb parle longuement des « évidences silencieuses ».
  12. Les recoupements entre les informations diffusées par les médias sont si importants que plus nous les consultons moins nous apprenons de choses, dit Taleb. J’ai été pris dans ce piège lors de la présidentielle 2007. Taleb explique que, pour un investisseur, il n’y a rien de pire que de lire comme les autres car on agit alors comme eux… mais trop tard.
  13. Comme tous le monde consulte les mêmes informations, ou plutôt désinformations, tous le monde dispose du même arsenal pour évaluer la réalité et y agir. Outre de se faire une mauvaise idée du monde, par exemple exagérer les problèmes sécuritaires, les gens ainsi à égalité n’ont aucun avantage concurrentiel sur leurs semblables.
  14. Celui qui ne s’informe pas mais, au contraire, se cultive valorise ses différences plutôt que ses similitudes. Je préfère discuter avec quelqu’un qui ne sait pas les mêmes choses que moi. Au minimum, nous nous apprenons de petites choses. Combien de soirées entre amis sont d’une tristesse épouvantable parce que tous lisent les mêmes journaux et regardent les mêmes séries TV ?

Cette liste pourrait s’étendre presque infiniment. Taleb ne cesse de donner des raisons, souvent mathématiques, pour ne plus s’informer mais préférer se cultiver.

Pour lui, aligner des faits et les lier par des histoires ne nous aide en rien. Il n’y a pas de « pourquoi » mais juste des « comment » et pour les découvrir il faut, comme les scientifiques, se livrer à des expérimentations. Se cultiver serait l’art de partager des expériences.

PS : The Back Swan est dans la liste des bestsellers du New York Time. Vous imaginez en France un tel succès pour un livre de mathématicien ? Je crois que nous sommes en train de perdre tout goût pour la science.

Tags : métalangage du web

24 Sunday June 2007

Henri Alberti, l’amoureux de la rigueur nécessairement intéressé par le formalisme, vient d’attirer mon attention vers une interview de Pierre Levy publiée dans Le Monde (PDF).

Ce texte est loin de m’avoir enthousiasmé, au contraire, je le trouve profondément rétrograde. Non pas à cause de l’éloge de l’intelligence collective, qu’il faut encourager à tout prix, mais à cause du chemin pour y parvenir que propose Pierre Levy, le langage IEML (Information Economy Meta Language).

Je commence à tiquer lorsque Michel Alberganti demande à Lévy « Internet n’est-il pas aujourd’hui une immense bibliothèque aux livres entassés en désordre ? » et que Lévy approuve. Je ne suis pas d’accord, mais pas du tout d’accord.

Internet est désordonné seulement si on le regarde avec les yeux d’un bibliothécaire du dix-neuvième siècle, voire du vingtième. Il est désordonné parce que l’information n’est pas hiérarchisée, n’est pas rangée dans des cases elles-mêmes rangées dans d’autres cases.

Sur internet, ce désordre apparent cache une structure bien plus subtile, proche de celle de nos cerveaux, un réseau d’interconnexion entre les informations. La structure n’y est plus hiérarchique mais topographique : il existe un chemin de telle information à telle autre. La largeur du chemin et sa distance suffisent à déterminer leur proximité. Cette organisation autorise des relations de n à n sans aucune limite. On est passé du 2D des bibliothèques au multidimensionnel.

Pour essayer d’organiser cet espace, Lévy veut bâtir un nouveau métalangage. J’ai toujours un léger frisson à l’évocation de projets de cette espèce. Je pense aux positivistes, à leur rêve d’un langage mathématique absolu… rêve détruit par Gödel en 1931. Il n’y aura jamais de métalangage capable de structurer l’ensemble des connaissances et des informations.

D’ailleurs pourquoi inventer un tel langage ? Pour structurer le web au-delà de ce que propose les moteurs de recherche, nous avons découvert il y a trois ou quatre ans une solution : les tags.

Voici un magnifique exemple d’intelligence collective en action. Les utilisateurs créent une taxonomie dynamique. Ils associent telle information à tel mot-clé. Peu à peu, un réseau se dessine, un metaréseau car il résulte de liens au-dessus des liens initiaux existant sur le web.

Nous devons à tout prix éviter d’enfermer le web dans un formalisme qui pourrait l’étouffer. Il serait dangereux de vouloir retrouver un semblant d’ordre classique. Avec l’hypertexte, le lien non hiérarchique entre deux informations, nous avons découvert la classification du millénaire à venir.

Les tags viennent qualifier ces liens. Ils ne sont jamais uniques, ils n’obéissent à aucune autre logique que celle des utilisateurs, mais peu à peu ils se renforcent, privilégient des sens de circulation. Le web est un réseau qui apprend, c’est un immense cerveau d’enfant.

Initialement, les liens étaient à sens unique. Je pointe vers toi. Aujourd’hui, ils deviennent de plus en plus souvent réciproques. Je sais que tu as pointé vers moi et je repointe vers toi. Cette circulation à double-sens sera le véritable moteur de l’intelligence collective.

En tant que blogueur, je l’éprouve à tout moment. Quand un autre blogueur pointe vers mes textes, je vais le lire, je le commente parfois, nous nous rencontrons d’autres fois, nous créons peu à peu des communautés de pensée qui avancent plus ou moins dans la même direction. C’est cela l’intelligence collective.

Il est alors possible de cartographier ces liens, de découvrir des connivences et aussi des pistes qui n’ont pas encore été explorées. Des auteurs qui ne se sont jamais rencontrés peuvent être très proches même en l’absence de lien direct. Les cartes, telles celles que trace RTGI, peuvent révéler ces proximités.

Nous pourrons bientôt créer des liens vers des liens. Plutôt que de pointer vers des informations, nous pourrons pointer vers leurs mises en relation, c’est-à-dire un tag. Il sera ainsi possible d’empiler des cartes au-dessus des cartes. L’avenir de la recherche sur internet passe par-là et non par un quelconque langage plus ou moins formalisé.

Il ne faut pas créer un langage mais créer des outils qui permettront aux réseaux d’apprendre chaque fois que les utilisateurs lieront entre elles des informations.

PS1 : Pierre Lévy dit pouvoir proposer son langage d’ici trois ans. Ce n’est pas une échelle de temps web. C’est comme si un entrepreneur annonçait lancer sa société cent ans plus tard. C’est absurde.

PS2 : J’ai en ce moment la tête plongée dans les tags. Je les ai intégrés depuis quelque temps à bonWeb, de telle façon que la classification des sites s’effectue d’elle-même. Le système apprend tout seul et de mieux en mieux. La base de données initialement hiérarchisée devient peu à peu topographique.

Formation de vol

10 Thursday May 2007

Ce matin, j’ai juste eu le temps de saisir ma caméra vidéo pour attraper au passage une magnifique flotte de flamants roses (la vidéo n’est pas top, j’essaie de recommencer demain car ils passent presque tous les jours au-dessus de la maison).

Dans Le peuple des connecteurs, j’ai décrit les trois règles qui permettent aux oiseaux de voler en flotte, c’est-à-dire de s’auto-organiser en l’absence de leader. En 1987, à partir de ces règles, Craig Reynolds réalisa un film d’animation que voici.

Toutefois, avec les règles de Reynolds, les magnifiques formations de vol en V n’émergent pas. Il manquerait une règle. Deux idées :

  1. Les oiseaux essaient de se placer dans la position aérodynamiquement la plus avantageuse.
  2. Les oiseaux se décalent les uns par rapport aux autres pour mieux voir.

Valmir Barbosa et Andre Nathan viennent de créer une simulation pour tester ces deux règles. Ils ont découvert que les deux étaient nécessaires pour que les V, ou même les W, apparaissent.

Une nouvelle fois, nous découvrons comment la complexité émerge de règles simples. J’espère que ce nouvel exemple convaincra ceux qui croient que nous autres humains avons nécessairement besoin de chefs pour avancer. Si les oiseaux, bien moins intelligents que nous y parviennent, pourquoi pas nous ? Je ne veux pas croire que notre intelligence soit un handicap. La preuve : nous réussissons à créer internet sans chef.

Ne cherchez pas de preuve

16 Friday March 2007

Depuis l’antiquité grecque, nous croyons vivre dans un monde déterministe, un monde où A implique B implique C de manière irréfutable. Cette façon de penser s’est accentuée à partir de la renaissance, puis avec Newton et Descartes. Elle n’a cessé d’enfler tout au long de la révolution industrielle. Les managers sont devenus les maîtres de cette méthode, experts pour faire travailler ceux qui ne la maîtrisaient pas.

Au début du vingtième siècle, les scientifiques ont pourtant mis tout cela à plat. Depuis ils n’ont cessé de nous montrer que le monde était indéterministe, imprévisible, chaotique, complexe… Plus les scientifiques démontraient ce fait, plus les sociologues, les historiens et beaucoup de spécialistes des sciences humaines ont semblé vouloir le nier (je pense par exemple aux structuralistes). Ils cherchent encore des explications irréfutables pour les évènements historiques. Aujourd’hui les tenants de cette ligne de pensée cherchent des preuves de l’influence ou de la non influence d’internet en politique.

C’est un peu ridicule. La vérité est sans doute entre les deux. Internet ne fait pas tout mais il fait pas mal. Et la meilleure façon de s’en rendre compte est de mettre un pied dans la politique elle-même et de jouer avec l’information, de la créer et de la faire circuler… essayant de voir comment l’opinion se modifie, non pas à cause de nous de manière certaine mais, avant tout, par elle-même.

C’est en se plaçant au cœur du processus qu’on le ressent et, sans doute, le comprend intuitivement. À l’âge des qualités, les choses se vivent, un peu comme l’expérience mystique ou esthétique qui ne peuvent jamais être circonscrites pas les mots.

Aucun argument de type A implique B implique C ne pourra convaincre un sceptique car ce type d’argument ne peut tout simplement pas exister pour démontrer l’influence d’internet en politique. Chercher à convaincre ne sert donc à rien. Il faut simplement raconter des histoires et inviter les sceptiques à prendre part au jeu politique sur le net.

Rien que pour le plaisir

6 Tuesday February 2007


Grâce à barrablog, je viens de découvrir le réseau social entre les personnages du Nouveau Testament. Cette cartographie animée est proposée par le un superbe service de partage de connaissances et de visualisation créé par IBM.

Les connecteurs formeraient une secte

29 Friday December 2006

Hier dans un commentaire j’ai écrit :

Tu peux rester dans l’ancien monde… nous autres habitons déjà ce nouveau monde… et nous le trouvons plus agréable à vivre. Personne n’est forcé de nous rejoindre, les gens le feront à leur rythme quand ils seront prêts.

Quand je me lance dans ce genre d’envolée lyrique, emporté par l’enthousiasme, on m’accuse parfois d’être le gourou d’une secte – même quand j’essaie d’être très sérieux d’ailleurs… être sérieux je ne sais pas trop ce que ça veut dire car je suis persuadé que nous vivons pour nous amuser.

Cette accusation à l’emporte pièce doit quelque peu énerver Miguel Membrado et Bruno de Beauregard, en leur temps aussi accusés d’être membres  d’une secte, au point d’être ruinés (je raconte dans Le cinquième pouvoir). C’était pour eux beaucoup moins amusant. Heureusement, je n’ai pas pour clients la DST et les RG… peut-être qu’ils me lisent un peu. Alors j’essaie de ne rien leur cacher. Ça existe la secte de la transparence ?

Tout d’abord, je revendique ce que j’ai écrit dans ce commentaire, même si ça peut paraître ampoulé ou ridicule – j’aime Hermann Hesse et son style initiatique. Il est toujours plus difficile de proposer quelque chose de mieux que de casser comme la plupart des gens le font.

Plaçons-nous au temps où l’esclavage était chose admise et même chose banale. Il y avait alors des gens qui refusaient de faire travailler des esclaves, qui essayaient de démontrer qu’un monde sans esclaves était possible… Certains de ces antiesclavagistes dirent sans doute comme moi que ce nouveau monde était plus agréable à vivre.

Ces antiesclavagistes appartenaient-ils à une secte ? Je ne le pense pas. En leur temps, ils étaient utopistes, naïfs… tout ce que l’on voudra mais ils ne constituaient pas une secte, pas plus que les gens qui aujourd’hui pensent que la rémunération du capital n’est pas une obligation, que les chefs ne sont pas indispensables et que la croissance matérielle ne peut continuer infiniment dans un monde fini.

Par rapport aux antiesclavagistes, je suis même beaucoup plus tolérant. Vous n’allez pas le croire. Je ne force personne à adopter de nouvelles formes d’organisation sociale. Je parie simplement que sans de nouvelles formes, pour une large part à inventer, nous ne réussirons pas à faire face aux problèmes sociaux et écologiques. J’essaie de proposer des pistes, en m’inspirant de l’organisation d’internet et de la plupart des réseaux naturels. C’est tout. Je ne suis pas très original.

Ces nouvelles formes peuvent germer dans l’ancien monde. Internet en est la preuve. Dee Hock l’a montré avec Visa. Nous ne sommes pas forcés de détruire l’ancien monde. Le nouveau apparaît au-dessus de lui, comme une extension. Chacun peut faire l’upgrade quand il le veut. Je n’ai cessé de parler de révolution douce dans Le peuple des connecteurs.

Certains ont vu les chapitre de ce livre comme les dix commandements de la connexion, oubliant de lire semble-t-il la préface où j’annonçais mon désir d’exagérer afin de mieux montrer en quoi ma position diffère du politiquement correct qui risque de nous conduire à la faillite (l’exagération, c’est mon style… je n’y peux rien mais j’ai essayé de me contenir dans Le cinquième pouvoir).

Est-ce sectaire de prétendre que nous allons dans le mur ? Je ne suis pas le seul à faire ce constat, la plupart des personnalités politiques le font, ce qui justifie leur candidature. Est-ce sectaire de dire qu’il faut innover pour trouver des solutions durables ? Est-ce sectaire de rêver de croissance durable ? Car je pense que c’est possible.

Pour qu’il y ait secte, il faut qu’il y ait des membres. Mais les connecteurs seraient membres de quoi ? Ils ne forment pas un parti, une église, un groupuscule… Il n’y a rien de tout cela, pas plus que de status, de doctrine, d’interdits (Axel regarde la TV), de règles, de lieux de rassemblement… Le connecteur n’existe même pas. C’est une entité sociologique… un ensemble de comportements possibles dont personne ne peut se revendiquer à 100 % pas plus qu’à 0 %. Tout au plus quelques personnes peuvent se sentir des affinités avec une partie des choses que j’ai décrites. Elles peuvent même s’afficher sur une carte, mais ça ne va pas plus loin.

Dans mon Robert, secte viendrait du latin secta qui signifierait suivre. Mais justement les connecteurs ne suivent personne car ils se revendiquent libres. Pour eux, l’interconnexion est plus importante qu’un status quelconque. La personne se définit par les personnes avec qui elle interagit, non pas en elle-même.

Être connecteur, c’est avant tout être ouvert. C’est utiliser les nouveaux outils de communication pour multiplier les possibilités. C’est construire des autoroutes pour les idées par-dessus les autoroutes de l’information.

L’important est que les idées se rencontrent, qu’elles s’entrechoquent, donnent naissance à de nouvelles idées… pour que justement jamais nous ne restions figés sur un dogme ou prisonnier d’une forme de pensée.

Les connecteurs forment une non secte. Je ne les ai pas inventés. J’ai donné un nom à un ensemble hétéroclite de comportements qui me paraissent prégnants chez de nombreux usagers des nouvelles technologies.

Donner un nom à des comportements ne fait pas des gens qui exhibent ces comportements les membres d’une secte. Montrer du doigt les racistes et les xénophobes ne fait pas d’eux les membres de la secte de Le Pen.

Les connecteurs participent à des réseaux qui s’interconnectent à vaste échelle. C’est tout, j’ai envie de dire. Et c’est beaucoup, car c’est révolutionnaire.

Nous commençons par construire les autoroutes. Après nous allons commencer à construire. Faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Trop de politiciens jouent à ce petit jeu. Ils veulent tout changer sans méthode. Ou plutôt avec les vieilles méthodes qui ne marchent plus. Je suis pour l’action mais pas à n’importe quel prix. Ça c’est une petite pique à l’égard de Rachid Nekkaz.

Le monde a changé. Nous devons nous changer aussi. Sinon la dichotomie risque de devenir invivable.

Un connecteur à Genève

24 Friday November 2006

Hier, j’ai donné une conférence privée au CERN. Après mon laïus, nous avons visité le tout nouveau détecteur de particules Atlas : 25 mètres de haut, 40 mètres de long, un poids égal à la Tour Eiffel, le tout situé dans une caverne de béton creusée 100 mètres sous terre.

Imaginez la base de lancement de fusée lunaire dans Objectif Lune d’Hergé. Des ascenseurs dans tous les sens, des passerelles bleues, des tubes colorés comme à Beaubourg, tout ça compacté dans un espace immense mais rempli à craquer de technologie de pointe.

En débouchant sur la passerelle à mi-hauteur de la caverne, j’ai éprouvé le même sentiment que lorsque je suis entré pour la première fois dans la pyramide de Khéops. J’ai été frappé par le génie humain, soulevé d’un enthousiasme invraisemblable pour ma propre espèce. Si nous pouvons construire des structures aussi immenses avec une aussi grande précision, nous ne pouvons qu’être de merveilleuses créatures.

Pendant quelques instants, j’ai oublié nos pires penchants. Je me suis dit que tous les enfants devraient visiter le CERN, juste pour se convaincre que la vie est précieuse parce qu’elle est capable de merveilles qui, peu importe leur utilité, produisent du rêve pour nous donner envie d’aller plus loin.

Je n’ai pu m’empêcher de me projeter dans l’avenir, d’entrer dans la peau du touriste du futur qui visitera le CERN, qui le verra comme moi je vois les pyramides avec quatre mille ans de distance. Je suis sûr qu’il éprouvera encore les mêmes sensations que moi face à la folie de notre génie.

La machinerie d’Atlas lui apparaîtra ridicule par sa taille démesurée, beaucoup de physiciens la juge déjà ridicule d’ailleurs, mais il restera frappé par ce besoin que nous avons d’accomplir les choses les plus impossibles.

Google en Chine

22 Wednesday November 2006

Je suis pour tous les compromis. Suis-je devenu fou ? Je vais essayer de m’expliquer.

Le web chinois existe, il dessine un réseau de plus en plus vaste, réseau connecté au reste du monde. Ce réseau est décentralisé comme le reste du web. Sur ce réseau, le gouvernement chinois fait la police. Il tente d’en parcourir tous les liens à la recherche des contestataires. Plus il y aura de sites, plus son travail sera difficile.

Google et ses concurrents en s’installant sur le marché chinois le dynamiseront, donc inciteront à la création de plus de sites, donc compliqueront le travail du gouvernement chinois. Tant qu’ils ne collaborent pas avec ce gouvernement en dénonçant les contestataires, ce sera bénéfique pour la liberté d’expression. D’après ce que je sais, Google et les autres se contentent de ne pas afficher certains sites dans leurs pages de résultats (je signale au passage qu’ils le font déjà chez nous).

Que Google n’affiche pas un lien vers un site ça ne veut pas dire que le site n’existe pas. Par ailleurs, ces sites censurés à l’intérieur d’un pays ne le sont pas depuis l’extérieur. Donc les Chinois hors de Chine accèdent à toutes les informations, ils peuvent les reprendre, des sites occidentaux peuvent les reprendre, sites eux-mêmes accessibles depuis la Chine.

Censurer le web est en fait impossible.

Google et ses concurrents le savent très bien.

En refusant d’indexer certains sites, ils se contentent de faire copain-copain avec un gouvernement qui en acceptant ce copinage se tire une balle dans le pied.

Plus le réseau se développe, plus il est complexe, plus il est libre.

PS : La construction du réseau est plus importante que l’accès à l’information à un moment donné de l’histoire du réseau. Je sais qu’il y a de la censure mais elle sera de plus en plus dificille. La meilleure façon de compliquer la tâche du gouvernement chinois est de développer le réseau. Si Google et les autres avaient refusé d’aller en Chine, si toutes les boîtes occidentales refusaient d’aller en Chine, je ne suis pas sûr que ce serait bon pour l’avancée de la démocratie en Chine.