Archive : Coup de gueule

À chacun son 9/11

7 Monday April 2008

Après mon papier sur le scénario catastrophe de Robb, j’ai vu sur Agoravox, et même sur mon blog, les adeptes des théories du complot se rebiffer. J’avoue que je les supporte mal et que j’adore les agacer. Outre le fait que leur psychologie déviante est de mieux en mieux comprise, je viens de noter certains traits de leurs caractères.

leny.jpgPour eux que « dix-neuf pirates armés de cutters aient déjoué la première armée du monde » est une absurdité. Ils ne croient pas à cet exploit macabre. Non ils ne veulent pas y croire car ils ne veulent pas croire d’une manière générale qu’il existe des hommes exceptionnels (je ne porte aucun jugement de valeur). Que des héros s’exhibent sur les stades de foot, ça passe, c’est le spectacle. Mais qu’un homme ordinaire puisse sacrifier sa vie pour un idéal ça les dépasse. Ils n’y croient pas car s’ils y croyaient ils devraient se demander pourquoi eux-mêmes se contentent de critiquer sans cesse le monde.

S’ils croyaient que dix-neuf pirates armés de cutters ont déjoué l’armée américaine, ils seraient obligés de croire que dix-neuf mecs peuvent faire des choses extraordinaires. Ils ne veulent pas y penser, ils ne veulent surtout pas penser qu’ils pourraient être ces hommes (et notamment leur pendant positif). Ils ne veulent pas penser que plutôt que de cautionner des théories du complot, ils pourraient passer de l’autre côté (celui de l’action… positive s’entend).

Suivant un point de vue semblable, beaucoup de gens ne croient pas qu’on puisse devenir riche par son travail. Tout ce qui sort de l’ordinaire est suspect à leurs yeux. Les riches chercheraient toujours des magouilles, des appuis, des pistons, des malversations. Je connais bien cette façon de penser. Ma grand-mère maternelle, communiste indécrottable, pratiquait à merveille ce raisonnement. C’est plus confortable de dire que les riches sont des vauriens que de reconnaître qu’on n’a pas la force de devenir riche soi-même.

Dans un autre domaine, je retrouve la même attitude. Il y a des artistes d’un génie si éclatant qu’ils attirent la suspicion. Shakespeare par exemple. Les artistes ordinaires leur cherchent des noises pour justifier leur impuissance relative. J’ai connu des photographes qui ne croyaient pas que Cartier-Bresson ait pu prendre toutes ses photos sur le vif. Une chance pareille était impossible. J’ai toujours préféré rester en admiration devant le coup d’œil extraordinaire de Cartier-Bresson.

Qu’il y ait des hommes extraordinaires ne me dérange pas. Au contraire, ils me servent de guide. Je crois au génie négatif des pirates de 9/11. Je ne les admire pas mais je reconnais qu’ils ont réussi leur coup. Des coups improbables sont possibles dans notre monde comme l’explique Nicolas Taleb.

Vous ne voulez toujours pas le croire. Si vous commencez à croire ces pirates géniaux, vous allez vous sentir moins que rien. Rester dans votre fauteuil, affalé devant la télé, vous deviendra insupportable. Alors vous préférez croire que des forces quasi-surnaturelles sont à l’œuvre. Sauvé. Vous avez trouvé une bonne raison de renoncer à votre responsabilité. Si le monde va mal, vous n’y pouvez rien.

Je préfère tirer mon chapeau à ceux qui agissent au nom de leurs idées même si ces idées me dérangent. Je préfère ceux qui agissent à ceux qui justifient leur inaction politique. Si tous les hommes se disaient qu’agir seul est impossible, il ne se passerait rien dans le monde.

La vérité est plus prosaïque : l’avenir est ouvert. Quelques hommes courageux peuvent créer un carnage. C’est peut-être triste mais c’est comme ça. Des experts comme John Robb expliquent qu’il est possible de causer bien plus de victimes que lors de 9/11 en prenant moins de risques.

Contrepartie de cette vérité difficile à accepter : nous pouvons par notre courage changer le monde. Rassurez-vous, je n’encourage pas le terrorisme. Il nous démontre simplement que de petites actions peuvent avoir de grands effets dans nos sociétés interdépendantes. Nous pouvons reprendre ses méthodes, déjà commencer par les retourner contre lui, puis les utiliser pour construire.

Les adeptes des conspirations ne veulent surtout pas l’entendre de peur de renoncer sur le champ à leur confort. Pour ma part, je me contente de pleurer face à l’horreur. L’homme est un monstre. Chacun de nous peut devenir un monstre pour des milliers d’autres. C’est une terrible révélation. Dans notre monde technologique, nous pouvons devenir des monstres encore plus facilement que par le passé. Heureusement, la contrepartie est toujours possible. Nous pouvons aussi faire des choses merveilleuses. Alors je retrouve le sourire.

Notes

  1. Tout ce que je dis sur 9/11, je pourrais le dire sur toutes les théories conspirationnistes qui ne sont imaginables qu’a posteriori et jamais a priori par ceux qui les auraient fomentées. Prendre 9/11 comme exemple est juste une façon de frapper les esprits.
  2. 9/11 est une merveilleuse théorie conspirationniste car elle a fédéré a posteriori une armée de conspirationnistes (j’aime ce mot dont on ne sait jamais s’il désigne ceux qui complotent ou ceux qui fabulent le complot ou ceux qui discutent du complot effectif). Ils ont abattu un travail formidable, découvrant des coïncidences troublantes. Ça avait commencé dès le 9/11 avec les dingsbats trafiqués dans tous les sens qui voulaient nous faire croire que Microsoft était dans le coup.
  3. Que le gouvernement Bush ait tenté d’utiliser après coup 9/11, j’en conviens. Qu’il ait lui-même perpétré l’attentat, je n’y crois pas une seconde. Depuis quand ce gouvernement serait intelligent ? Depuis quand la CIA maîtriserait le sens de l’histoire ? Vous y croyez vous ? Moi je crois qu’ils sont incompétents comme peut l’être toute organisation kafkaïenne.
  4. Qui dit gouvernement, dit institution centralisée avec une multiplicité hiérarchique. 9/11 n’aurait pu être organisé par une instance centralisée sans que des centaines de personnes ne soient plus ou moins informées. Aujourd’hui, elles pourraient témoigner. Si elles ont été achetées, elles pourraient l’être une seconde fois.
  5. Que les conspirationnistes imaginent donc un complot aussi complexe que 9/11. Je voudrais les voir à l’œuvre. Je crois qu’aucune personne créative ne peut croire cela possible. En revanche, que quelques hommes décident de faire un coup d’éclat est plus crédible. Ils agissent par conviction, sans penser qu’ils jouent au billard à dix bandes.
  6. L’absence de preuve ne prouve rien (les fameuses boîtes noires introuvables). Nous n’avons pas de preuve de l’existence ou de la non existence de dieu. Même si le gouvernement US a fait disparaître les fameuses boîtes a posteriori, ça ne change rien à ce que je dis (la conspiration a posteriori, ça c’est facile… ils peuvent faire comme vous).
  7. 9/11 est un black swan, un évènement totalement inattendu, aux conséquences totalement inattendues, la chute de tours par exemple. C’est un accident. Personne n’avait imaginé qu’elles tomberaient comme ça, surtout pas les terroristes. 
  8. J’ai vu 9/11 comme la démonstration d’un système complexe. On a tapé à un endroit et nous avons obtenu des réactions cataclysmiques que personne n’aurait pu anticiper. Pour moi, il n’y a rien d’extraordinaire. Les réactions extraordinaires sont le propre des systèmes complexes.
  9. Si 9/11 est un complot, pourquoi ne pas dire que la vie sur terre est aussi un complot ? Il peut se passer des choses extraordinaires sans que quelqu’un soit aux commandes et contrôle la chaîne de bout en bout.
  10. Si je crois à la thèse de l’attentat, c’est parce que le complot me paraît au-delà de notre capacité cognitive. Aucun homme ou institution n’est capable de planifier un 9/11 avec les conséquences que nous connaissons. En revanche, que des fanatiques se crashent sur des tours est bien plus humain (malheureusement).
  11. Lors du tsunami de 2004, des conspirationnistes ont aussi crié au complot. Ils ne sont pas allés jusqu’à dire qu’une puissance avait provoqué le cataclysme mais que les gouvernements avaient volontairement négligé la sécurité côtière. Il s’agit alors du complot en négatif, le complot par manque d’action. Tout ce qui advient ou n’advient pas est donc manipulable. Mais qui a un cerveau suffisamment gros pour exercer cette manipulation. Dieu ? Je ne vois pas d’autre possibilité technique.
  12. Tout manager sait qu’en ajoutant du personnel, on ajoute peu d’intelligence au système. L’intelligence ne s’accroît vraiment qu’avec les systèmes ouverts et collaboratifs. Alors 9/11 ne pourrait être que le fruit d’un complot open source. En 2001, je crois qu’il était trop tôt. En revanche, depuis, l’open source fonctionne à fond chez les conspirationnistes et ils nous démontrent que cette méthode de travail fournit des résultats extraordinaires. Dommage, vous auriez dû consacrer toutes cette énergie à nous créer une application révolutionnaire (et pourquoi pas qui aurait révolutionné la lutte anti-terroriste).
  13. Il est plus facile d’agir du côté obscur de la force que du côté lumineux. Aller vers la lumière nécessite souvent d’inventer alors que la recette pour nuire est connue depuis l’éternité : empêcher d’avancer. Même les scénaristes de série TV tombent dans le piège. Hier soir, je regardais un épisode de Heores. Les auteurs n’ont pas le génie de montrer des hommes qui avancent vraiment. Même avec des superpouvoirs, leurs héros font du surplace.

Le ridicule à la française

12 Wednesday March 2008

Tout le monde parle de Mediapart dans le landernau internet francophone. Je me suis abstenu de tout commentaire jusqu’ici mais je ne tiens plus.

Un jour, certains Messieurs conspuent internet et le journalisme citoyen, le lendemain ils se lancent dans le business. Je passe. Mais vouloir faire payer ce qui partout ailleurs est gratuit, c’est une idée à la con bien de chez nous. Idée assez logique pour des gens qui ne pipent rien au web d’ailleurs – heureusement pour eux il existe encore des investisseurs qui y pipent encore moins.

L’histoire ne va pas repartir en arrière, en France ou ailleurs. Je crois ainsi que Chris Anderson, lui, est un visionnaire. Avec son Why $0.00 is the future of business, il nous montre une direction qui semble maintenant irréversible sur internet.

A decade and a half into the great online experiment, the last debates over free versus pay online are ending. […] The Web has become the land of the free.

Peut-être que Google va décider de faire payer ses services. Ce serait une bonne idée non ? Oui, la meilleure façon de faire banqueroute comme le montre Anderson. Alors bonne chance Mediapart. Lecteurs. Surtout ne payez rien. Ce sera bientôt gratuit.

PS1 : « L’erreur serait de croire qu’il existe un seul modèle d’affaire viable » me dit Paul. Justement, le modèle payant est longtemps apparu comme le seul modèle. Aujourd’hui, il est de plus en plus dépassé sur le web, en tout cas pour la diffusion de contenus (musique, vidéo, logiciel, information…) et de services (recherche, mail, blog…). Nous devons inventer de nouveaux modèles et ne pas nous accrocher au seul modèle que nous avons longtemps connu. Google, en rendant gratuit les services premiums proposés par ses concurrents, a tout de suite gagné beaucoup plus qu’eux.

PS2 : Avec les tarifs proposés pour son abonnement, Mediapart devra faire de l’audience de masse pour atteindre la rentabilité (quoi que ses initiateurs disent). Le journal vivra sur le même marché que les autres medias et devra jouer le même jeu qu’eux. Par ailleurs, les mêmes journalistes travailleront pour lui et écriront les mêmes papiers que pour les autres médias. Depuis des décennies, la presse ne vit que grâce à la pub. L’information est entrée dans le domaine du gratuit depuis longtemps. On ne paie plus pour une information. On paie d’ailleurs de moins en moins pour se divertir (jeu en ligne par exemple).

Pauvre con

24 Sunday February 2008

Tout le monde en parle de cette vidéo…

J’y vois la surpuissance que les nouvelles technologies accordent aux individus. Un homme refuse de serrer la main du chef de l’État, celui-ci l’air de rien n’est pas à la hauteur de sa fonction et s’est l’embrasement médiatique. Un individu sans même le vouloir a une puissance de frappe faramineuse. Les terroristes sont partout. Nous devenons tous des terroristes. La guérilla globale a commencé.

Information irréductible

16 Saturday February 2008

Un article de presse doit être intelligible en lui-même. Il doit s’auto-suffire. Les choses qu’il ne définit pas doivent être connues de l’ensemble des lecteurs. Tous les journalistes s’appliquent cette règle, même ceux qui rédigent les communiqués de l’AFP ou de Reuters. Pour ma part, je me refuse à proposer une information digeste car à mon sens elle pose beaucoup de problèmes.

  1. Pour être compris universellement, un journaliste doit repréciser le cadre, placer des limites, définir… il doit se répéter d’article en article. Je trouve ça fastidieux, vous me direz que le job veut ça, mais je trouve ça encore plus fastidieux pour le lecteur qui perd beaucoup de temps à lire ce qu’il sait déjà. Pour cette seule raison, j’ai renoncé à lire la presse. L’idée que le lecteur ne sait rien a priori, très répandue depuis de longues années, me paraît néfaste à la qualité de la presse.
  2. Mais le lecteur sait des choses. Le journaliste suppose que nous savons ce dont tout le monde parle. Plus il traite de sujets à la mode, moins il a besoin de préciser le cadre, plus son travail est simplifié. Tenté par la facilité, il parle de plus en plus des sujets à la mode, sujets qui se renforcent les uns les autres… et les journalistes finissent par dire tous la même chose… tout ça parce qu’ils veulent diffuser une information digeste. Au final, elle devient si digeste qu’elle n’est plus une information mais seulement un rabâchage.
  3. Je voudrais maintenant opposer l’auteur au journaliste. L’auteur n’a pas le souci de l’intelligibilité immédiate. Il construit peu à peu un univers où il intègre lecteur après lecteur. Un auteur se pratique dans la durée, il ne se consomme pas. Accéder à son œuvre demande parfois un peu d’effort mais après nous pensons avec lui. Il m’arrive ainsi de dire par inadvertance « Flaubert m’a dit … ». Puis je dois me reprendre pour préciser « J’ai lu dans la correspondance que … ». En quelque sorte, Flaubert est devenu mon ami intime à force de le lire, ce qu’aucun journaliste ne sera jamais pour moi.
  4. J’aborde mon blog comme un auteur. Je ne cherche pas à écrire des billets autosuffisants parce que je suppose que mes lecteurs ont lu d’autres billets avant et qu’ils participent à l’histoire de ma pensée. Alors chaque fois qu’on me dit que je n’ai pas défini tel ou tel mot je m’irrite car j’ai déjà employé chacun des mots que j’emploie, je leur ai peu à peu donné un sens… un sens qui est peut-être le mien mais qui est en cohérence avec ma pensée. Si vous lisez une lettre et que vous découvrez que l’auteur a « pioché » le matin, vous penserez peut-être qu’il a travaillé dans son jardin. Si vous savez que cet auteur est Flaubert, vous commencerez à douter du sens de « pioché ». Si vous êtes familier de Flaubert, vous saurez exactement ce qu’il entend par « pioché ».
  5. Je ne dis pas qu’il faut que tous les journalistes deviennent des auteurs mais je crois que nous ne devons pas perdre l’habitude de lire les auteurs. Je n’ai jamais rien appris d’important en lisant les journalistes mais des auteurs ont changé ma vie. On ne change pas la vie de quelqu’un avec du digeste, du parfaitement défini, de l’objectivité, du sans ambiguïté.
  6. Les blogueurs peuvent chercher à imiter les journalistes, ils peuvent les commenter ou les critiquer mais, il peuvent aussi devenir des auteurs, construire au fil de leurs billets, courts ou longs, une histoire. Nous ne sommes pas condamnés à nous glisser dans des costumes taillés pour d’autres en un temps déjà éloigné.
  7. En Alexandrie, au IIIe siècle avant Jésus-Christ à l’époque d’Ératosthène, les écrivains se passionnèrent pour les textes brefs. Callimaque, le plus grand poète de son temps, affirmait « Grand livre, grand mal ». En sommes-nous au même point ? Je vois une analogie troublante. En Alexandrie, la science grecque connaissait son apogée en même temps que son art et sa philosophie périclitaient. Or une époque pour être pleine et entière ne doit négliger aucune de ses dimensions.

C’est quoi un bon journaliste

13 Wednesday February 2008

Le plus simple est de définir le mauvais journaliste, espèce bien plus répandue. Cet animal vous pose des questions et connait les réponses à l’avance. Si vous lui dite ce que vous pensez, quelque chose qu’il n’a jamais lui-même pensé ou entendu, il ne vous écoute plus, il abrège l’interview car il veut produire un contenu, qui croit-il, intéressera ses lecteurs ou auditeurs.

J’ai souvent constaté ce genre de réactions en parlant du Peuple des connecteurs et du Cinquième pouvoir. Dès que j’avance l’idée que, grâce à la décentralisation des communications, une force transversale apparaît, les journalistes m’avouent qu’ils sont rassurés à titre personnel mais, à titre professionnel, ils n’en ont rien à foutre.

Eux, ils aiment bien le cinquième pouvoir comme empêcheur de tourner en rond, contre-pouvoir du contre-pouvoir qu’ils sont déjà sensés être. Quand je leur dis que cet aspect des choses n’est même pas réducteur mais tout simplement erroné, ils s’en vont car ils ne veulent surtout pas entendre un discours politique ni de gauche ni de droite. Dans quelle case le rangeraient-ils ?

Je reçois souvent les appels de jeunes journalistes stagiaires ou en fin d’étude. Ils réfléchissent tous à l’influence d’internet sur la presse. Ils sont pires que les mauvais journalistes expérimentés. Ils se sont construit un modèle et ne veulent pas en sortir. Ça se passe presque toujours mal entre eux et moi.

– Croyez-vous qu’internet change le métier de journaliste ?

– Non. Pour preuve, la presse, notamment généraliste, perd partout dans le monde de l’audience. Ça va mal et les journalistes écrivent toujours la même chose (ce qu’ils veulent entendre). Écrivez ce que les gens ont à dire, ayez des choses à dire vous-même, et vous trouverez un public. Les gens qui lisent ne sont pas très nombreux. Adressez-vous à eux et non pas à ceux qui regardent la télé. Parce que pour imiter la télé rien ne vaut la télé. Même internet est meilleur pour ça que la presse.

– Que pensez-vous de la nouvelle formule de Libé.

– Il y a une nouvelle formule ? Je ne savais pas. Après tout ce que je viens de dire, vous comprenez que je lis peu souvent la presse. Parfois dans le train ou le métro (mais comme je n’habite pas à Paris).

Libé introduit le participatif.

– Super original. Ils font comme USA Today avec plus d’un an de retard qui lui-même imite HoMyNews avec cinq ans de retard. Ils font parler les internautes merveilleux. Mais comme ils leur font dire encore une fois ce qu’ils veulent entendre, ça ne change rien. La presse agonise à force de tourner en vase clos. Elle refuse de s’adresser à son véritable public, les gens qui lisent, qui ont envie de s’agiter les neurones. La seule presse qui ne s’en sort pas trop mal, je crois, est d’ailleurs celle qui veut détendre nos neurones, au moins elle ne perd pas de vue son objectif contrairement à l’autre dite sérieuse.

– C’est quand même innovant cette approche de Libé.

– Vous voulez que je vous réponde oui. Non, ce n’est pas innovant. Libé frise la banqueroute, le marché publicitaire migre vers le online, c’est un processus irréversible. Dans quelques années, le papier n’aura plus aucun sens pour la presse (il n’en a plus aucun depuis longtemps à mes yeux). Les éditeurs doivent accepter cette réalité. Ils doivent travailler en fonction des spécificités des médias et des lecteurs. C’est fatigant d’entendre tout le monde parler de la même façon.

Mon fils de neuf mois s’est mis à pleurer. J’ai demandé à la jeune journaliste, avec une superbe voix, elle fera de la radio, de me rappeler un autre jour. Elle s’en est bien gardée. Elle ne voulait surtout pas que je détruise le monde que ses profs lui avaient soigneusement concocté au cours de ses études.

Un bon journaliste est donc quelqu’un qui écoute les gens et leur fait dire ce qu’eux seuls peuvent dire. Il existe encore des bons journalistes. Mais j’imagine que leur vie doit être difficile dans un univers médiatique qui semble peuplé d’une armée de clones.

Les libéraux ont un meilleur cerveau !

9 Saturday February 2008

Je vois déjà les sociologues et les politologues français s’esclaffer. Dès que les sciences dures font une incursion dans leur univers, ils montent sur leur perchoir d’intellectuels. Les anglo-saxons, souvent adeptes de la sociobiologie de Wilson, sont moins sectaires. Pour preuve, NewsScientist vient de publier un article intitulé : Les penchants politiques sont-ils définis par les gênes ? (PDF). Point de départ de réflexion : les vrais jumeaux tendent à être plutôt du même bord politique que les faux jumeaux (donc impossible d’invoquer des causes sociologiques).

Pourquoi pas après tout ? Nous savons que la génétique ne définit qu’une partie de ce que nous sommes, mais une partie tout de même. Elle doit avoir tout autant que notre éducation ou notre milieu social une influence sur nos goûts politiques.

L’existentialiste qui sommeille en chacun de nous ne peut pas être d’accord mais nous devons parfois, même souvent, reconnaître que notre libre arbitre n’est pas tout puissant. Comme je le dis souvent, les gâteaux dans les vitrines des pâtisseries brisent ma volonté avec une facilité déconcertante et me démontrent sans cesse que je n’ai pas l’âme d’un Gandhi.

Nous sommes tous en partie conservateur, en partie progressiste. Ceux chez qui le côté progressiste serait le plus fort seraient plus à même de réagir dans des situations nouvelles. D’une certaine façon, leur cerveau serait plus apte à gérer le changement. Dans l’article de NewsScientist, les progressistes sont appelés libéraux, appellation mal comprise en France même si je la revendique.

Un libéral est quelqu’un qui avant tout se libère des habitudes et préfère le changement à la stagnation. Un libéral est anticonformiste. Un libéral veut que les gens qui l’entourent le surprennent et diffèrent de lui. Un libéral est pour le progrès, entendu au sens biologique d’évolution. Pour obtenir mieux que ce qu’il a déjà, Il accepte le risque d’avoir moins bien. Pour autant il n’est pas inconséquent, il peut très bien pratiquer un super principe de précaution, un tel principe étant libéral puisqu’il suppose que la prudence ultime revient à nous responsabiliser individuellement.

Si l’hypothèse génétique se confirme, il y aurait donc toujours deux grandes factions politiques. L’une à tendance conservatrice, l’autre à tendance libérale. Bug ! Qui sont les libéraux en France ? Qui représente les forces de progrès ? L’UMP qui nous voit tous en industriels plan-plan à la mode au XXe siècle ? Les socialistes qui eux agitent encore les idéologies du XIXe siècle ?

Je suis perdu. Plutôt, je crois que nos politiciens sont perdus. Ils continuent à nous faire des promesses intenables, les gens continuent à voter pour eux puis à les honnir. Et si après tout le camp de libéraux était celui de ceux qui ne votent pas. N’ont-ils pas compris que voter revenait systématiquement à choisir entre des conservateurs à tout crin ?

Je ne suis pas un révisionniste

25 Friday January 2008

Mais je suis un provocateur. Quand tout le monde dit blanc, je dis noir même si je pense blanc. Pour moi, c’est une façon de survivre, de maintenir l’existence de mon identité, de me prouver la possibilité de la liberté (toute relative car mon opposition est presque automatique).

Quand j’étais adolescent, le disco était la musique à la mode et j’écoutais d’obscurs groupes punks comme Magazine. Il y a en nous certains traits qui ne changent pas avec les années. Même si je les identifie, je suis incapable de les contrôler, je n’en ai même pas envie.

Dire le contraire de ce que pense la majorité, plus que la majorité la quasi-totalité des autres, c’est une façon pour moi de laisser le débat en vie, de donner une chance à la conversation qui nous emporte loin dans la nuit.

Quand je me trouve avec des gens qui doutent du réchauffement climatique, de ses dangers, je suis un écologiste intégriste, je prône la décroissance. Quand je suis avec des gens qui s’agenouillent devant les prévisions du GIEC, je ne change pas totalement de camps, mais je crie au loup. Le GIEC est un rapport écrit par des hommes et nous n’avons à nous prosterner devant aucun texte tel qu’il soit.

Je me suis longtemps battu au cours de conversations pour défendre la position d’un réchauffement climatique dangereux pour l’homme. Ce n’était pas facile. Des hommes libres ont peu à peu agité cette idée jusqu’à ce qu’elle s’impose. Maintenant qu’elle est là, nous devons préserver notre droit de penser différemment. Si plus personne ne pense différemment, nous risquons de nous enfermer dans une dictature du politiquement correct. Toute évolution sociale s’effectue parce que peu à peu des gens pensent autrement que la majorité. C’est comme ça que l’esclavage a été aboli et que le réchauffement climatique sera pris à bras le corps.

J’aime la différence, cette différence de potentiel qui fait que les choses restent en mouvement, du chaud au froid, du noir au blanc, du salé au sucré… Je déteste les accords parfaits. Dès que je sens un groupe en accord parfait, je suis mal à l’aise, je suppose qu’il y a un truc louche de nature sectaire. Fréquenter l’année dernière des militants politiques a souvent provoqué chez moi des nausées. Pour me guérir, je réagis donc en m’opposant, souvent violement.

Je dis tout ça pour expliquer le malentendu que j’ai pu laisser planer au sujet du réchauffement climatique. Voici ce que je pense vraiment, si tant est que vraiment puisse avoir un sens.

  1. Je n’ai aucun doute qu’il se produit en ce moment un réchauffement climatique préoccupant. Il suffit de regarder les courbes d’évolution des températures ou de constater le recul des glaciers.
  2. J’accepte que l’homme est en large part responsable de ce réchauffement comme l’explique le GIEC. On ne peut pas extraire des énergies fossiles et les cracher dans l’atmosphère indéfiniment sans l’affecter.
  3. Je crois même comme l’imagine Lovelock que nous risquons de franchir des seuils, sorte de transition de phase, qui précipiteront la biosphère vers des états déplorables pour l’humanité.
  4. Je suis donc persuadé que si nous ne changeons pas de mode de vie, nous allons devoir affronter des temps difficiles.
  5. En conséquence, je suis pour que nous agissions et, comme je ne crois pas à la capacité de nos gouvernements à agir, je t’ente d’agir à mon échelle (par exemple en installant chez moi le solaire et une pompe à chaleur) et j’espère que nous ferons tous de même.

Je m’inquiète en revanche quand le GIEC joue à l’oracle, invoque la convergence des modèles, propose des scénarios du futur plus ou moins catastrophiques, mais jamais trop catastrophiques pour ne pas paniquer les foules (le GIEC reste une institution politique).

Le rapport du GIEC que je n’ai jamais lu dans sa totalité est d’ailleurs très modéré. Il y a sans cesse des guillemets, le ton n’est ni affirmatif ni péremptoire. C’est toujours dans le style « dans l’état actuel de nos connaissances, nous pensons que probablement il se passera ça. » Je ne peux pas dire que les scientifiques du GIEC jouent les Nostradamus. Ils sont prudents mais leur prudence ne les empêche pas de tendre vers un avenir plus qu’hypothétique.

Je m’inquiète quand des milliers de scientifiques s’accordent sur ce qui sera alors que jusqu’à ce jour nous n’avons jamais réussi à prévoir ce qui sera, en tout cas pour nous être-humains d’un point de vue global. Quelles avancées de ces dernières années nous permettent d’être soudain aussi sûrs de nous ?

Il existe des millions d’hommes convaincus que les femmes doivent porter le voile, mais leur nombre pas plus que leurs convictions ne leur donnent raison. Le nombre de scientifiques du GIEC en accord, leur rigueur, leur intelligence ou leur notoriété ne donnent aucun poids à leurs prévisions. Je crois que nous vivons l’émergence d’un dogme au nom de la science.

Les scientifiques restent des hommes. Si l’un d’eux n’est pas d’accord avec la majorité de ses collègues, il se retrouve ostracisé. Mal vu, pas promu, moins bien payé, il a peu d’avantage à ne pas penser comme tous les autres. La synchronisation autour des positions dominantes est naturelle. Il faut souvent une nouvelle génération pour casser un dogme avant d’en construire de nouveaux.

J’oppose donc une méfiance de principe par rapport aux prévisions du GIEC, même si je ne mets pas en doute les observations, les constations et les explications de ce qui se passe aujourd’hui. Je me méfie parce que l’avenir n’est pas là et que personne ne sais ce qu’il sera.

Le GIEC a effectué un travail faramineux. Mais il n’est pas la seule association humaine à déployer autant d’efforts pour prévoir l’avenir. Les acteurs des marchés financiers, avec plus de moyens, plus d’hommes et sans doute pas moins d’intelligence, restent incapables de prévoir les cours, sinon à les anticiper sur de minuscules périodes, tout comme le font les météorologues pour le temps des jours à venir.

Pourquoi les membres du GIEC seraient-ils plus doués ? Il s’agit bien pourtant de prévoir l’avenir d’un système tout aussi complexe, même plus complexe, car la biosphère inclue entre autres les places boursières et les activités économiques qui en découlent.

Le climat est-il plus stable, plus serein ? Je n’en ai pas l’impression. L’évolution des températures ressemble étrangement aux fluctuations boursières, à l’échelle près. Si nous savons prévoir le climat à long terme, nous devrions être capables de prévoir l’avenir à long terme d’autres systèmes complexes, la Bourse par exemple. Je ne crois pas que ce soit le cas.

Les membres du GIEC construisent des modèles qui expliquent le présent à partir du passé puis, naturellement, ils les projettent vers l’avenir. Systématiquement, ils découvrent un avenir inquiétant alors ils s’inquiètent, nous nous inquiétons, à juste raison. Mais l’avenir n’est inquiétant que parce que le présent est inquiétant. Les modèles ne prévoient rien. Ils ne font qu’amplifier les observations présentes, que tirer plus fort la sonnette d’alarme. Bravo, c’est nécessaire, c’est une raison de plus pour agir.

Mais restons-en là. Les prévisions m’apparaissent alors comme des outils de management des foules. Elles nous indiquent une direction à suivre, des pièges à éviter, des choses à inventer. Le cyberspace a, par exemple, été imaginé avant que Tim Berner Lee ne le rende possible.

Imaginer le futur, c’est se donner une chance de le construire. C’est un exercice magnifique et jouissif. Sans lui nous ne serions même pas homme. Mais nous ne devons pas imposer nos imaginations comme des réalités déjà advenues, inscrites en quelque sorte dans le marbre…

L’avenir est ouvert, personne ne peut nous prédire ce qu’il sera.

Pour moi, il n’y a rien de sacré. Plus les gens diront que le GIEC fait un travail formidable, plus je serais sceptique. Comme je l’ai dit, je ne mets en cause les conclusions du GIEC, je suis juste un peu effrayé quand l’immense majorité d’une communauté se met d’accord sur une vision de l’avenir.

Merde il ne s’agit pas d’un avenir simple comme de dire que demain nous épuiserons le pétrole. Il s’agit de prévoir l’avenir de la biosphère dans laquelle s’agiteront bientôt neuf milliards d’humains. Nous ne faisons pas face à des problèmes statistiques normaux, nous sommes dans un domaine dominé par les lois de puissance et non par des courbes de Gauss.

Le consensus sur quelque chose de non-advenu me fait frémir, que ces gens soient des scientifiques ou pas n’y change rien. Quand nous nous projetons dans l’avenir d’un système aussi complexe que le climat, quand nous affirmons ce qui sera, même avec une marge d’erreur, je deviens sceptique même si ce n’est pas mon habitude.

Notes 1

Un modèle n’a pas besoin de prendre en compte tous les paramètres pour être réaliste. Lors des simulations, une fois qu’on a découvert les interactions fondatrices et qu’on obtient des résultats en accord avec les observations, on gagne souvent peu à complexifier le modèle.

Je n’accuserai donc pas les modèles invoqués par le GIEC d’être incomplets.

Mais une fois que nous avons découvert un modèle qui décrit le passé et le présent, rien ne nous autorise à croire qu’il va décrite l’avenir. Pourquoi ? Il existe souvent des dizaines de modèles concurrents qui expliquent le passé et le présent et qui, prolongés, donnent des avenirs divergents.

Tant que nous ne disposons pas de tous les modèles possibles du passé (et de tous les réglages de ces modèles), chose impossible il me semble, nous ne pouvons pas connaître l’avenir. Que tous les modèles du GIEC convergent ne prouvent rien quant à l’avenir.

Par ailleurs, les modèles ne peuvent pas intégrer les imprévus, la survenue des black swans de Taleb. J’admets que les modèles retenus par le GIEC sont bons en l’absence de black swans mais les black swans surviennent presque toujours.

Pour moi, le GIEC nous dit, si rien de spécial ne se produit, il se produira ça. Mince ce n’est pas du tout bon. Nous avons donc de bonnes raisons de nous faire du souci. Se faire du souci ne fait pas forcément de mal et, dans le cas présent, peut même faire du bien.

Tirer la sonnette d’alarme est une bonne chose… en déduire que nous pouvons connaître l’avenir est très pernicieux.

Je me bats juste contre l’amalgame qu’il y a entre imaginer des avenirs possibles, ce que fait le GIEC, et croire que nous pouvons prévoir l’avenir, ce que pensent trop de gens.

Notes 2

Notre science repose sur l’idée que les phénomènes sont reproductibles et que nous pouvons expérimenter. Elle cherche à expliquer ce qui existe et à trouver les lois qui le régissent.

Pour tester les lois de la gravitation, nous pouvons effectuer les mesures de Galilée quand nous le voulons. On peut construire un laboratoire n’importe où. Mais comment tester les modèles climatiques ? Nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre l’avenir qu’ils prédisent car nos simulations, nos meilleurs laboratoires dans ce cas, n’intègrent pas les imprévus qui surviennent dans la réalité.

Nous pouvons donc dire dans telle condition il se passera ça mais nous n’avons aucune idée si ces conditions se produiront un jour.

Ce n’est bien sûr pas une raison pour ne pas agir. Je dis justement que nous devons agir parce que la situation est déjà inquiétante.

Notes 3

Je ne suis donc pas contre les conclusions du GIEC mais contre l’idée que nous pouvons prévoir l’avenir et, en conséquence, l’influer en réaction à la prévision. Cette idée n’est pas dans le rapport du GIEC qui néanmoins, par son existence, la renforce chez beaucoup de gens… et nous entrons sur le terrain politique, terrain sur lequel le rapport du GIEC s’inscrit, que les scientifiques le veuillent ou non.

Note 4

Le rapport du GIEC, en créant le consensus, a le mérite d’harmoniser les hommes, de les faire se serrer des coudes dans un but… c’est merveilleux car il peut en découler de véritables avancées. En même temps, je ne peux m’empêcher de penser que les religions ont toujours eu cette force d’orienter le cours de l’histoire. Au fond de moi, j’aimerais que nous choisissions, chacun par nous même, en homme libre, la direction que nous indique le GIEC.

Nous nous y engagerions avec bonheur, avec joie… et non tête baissé comme sous le joug d’une énième dictature. Les rapporteurs du GIEC sont peut-être réalistes, je suis à coup sur utopiste. Les gouvernements se serviront des prévisions climatiques pour nous manager par la peur. Entre les mains des hommes de pouvoir, les prévisions sont des armes de répression.

J’espère encore que nous pouvons atteindre à l’harmonie sans en passer par là, une harmonie qui naîtrait de la différence et qui prendrait en compte la réalité contemporaine sans avoir besoin d’agiter des catastrophes à répétition, qui d’ailleurs, comme elles ne sont pas là, ne réussissent pas à faire peur à la plupart des gens. Depuis longtemps, il n’y aurait plus de fumeurs si les menaces de problèmes à venir suffisait à nous faire changer d’attitude. Au final, je crois que les prévisions servent avant tout à donner des armes à ceux qui veulent nous assujettir.

Warming or not ?

16 Wednesday January 2008


Un lecteur m’a suggéré de regarder cette vidéo qui met en cause non pas le réchauffement climatique actuel, avéré si on regarde les courbes de température, mais le fait que les émissions CO2 d’origine humaine le provoquent.

Le début du film m’a fait sursauter à cause du premier argument énoncé : nous n’avons pas la preuve que le CO2 est responsable du réchauffement. Je déteste ce genre d’argument car on peut immédiatement lui opposer la proposition inverse : nous n’avons pas de preuve que le CO2 ne provoque pas le réchauffement.

La science ne se réduit pas aux mathématiques. En science, il n’y a pas de preuves, mais des hypothèses que nous confrontons à la réalité. Soit elles tiennent, soient elles ne tiennent pas.

Ce film comme les films qui défendent les positions contraires me dérangent. Il s’agit chaque fois d’expliquer des courbes et de chercher des corrélations. Comme notre cerveau est fantastiquement doué pour cet exercice, nous sommes capables de faire dire n’importe quoi aux chiffres. Au passage, nous savons être persuasifs, d’où le grand nombre de théories conspirationnistes.

Le réchauffement est-il provoqué par l’homme ou non ? Franchement, je crois que nous n’en savons rien. Ce film est aussi convainquant que ceux qui défendent l’idée contraire. Excepté quelques articles de vulgarisation, je n’ai pas suffisamment étudié la question pour me forger une opinion.

En revanche, il me suffit de débarquer dans une grande ville pour ressentir la pollution. Je n’ai pas envie de vivre dans un tel monde. Je n’ai pas besoin de la menace du réchauffement climatique pour désirer vivre dans un autre monde.

Même si le CO2 et les autres gaz industriels ne provoquent pas le réchauffement climatique, ils nous empoisonnent et c’est pour cette raison que nous devons limiter les émissions. Nous n’avons même pas besoin de rappeler que les énergies fossiles ne sont pas inépuisables et que, dans tous les cas, nous devons trouver d’autres solutions.

Ma position est idéologique. Les écologistes doivent reconnaître que leur position est idéologique. À l’aide d’arguments scientifiques souvent biaisés, ils ne doivent pas faire croire que c’est la seule possible

Je ne sais pas si le réchauffement climatique se poursuivra mais la peur qu’il engendre me paraît bénéfique car elle orientera vers un développement plus en accord avec la nature. Je l’espère du moins.

Je ne crois pas, comme le film le suggère, que le réchauffement climatique soit agité à seule fin d’empêcher les pays en voie de développement de se développer. L’Inde ou la Chine nous prouvent qu’il est possible de se développer malgré cette menace. Par ailleurs, le ticket d’entrée des nouvelles technologies n’est pas nécessairement plus élevé que celui des anciennes. Un pays, si ses habitants le souhaitent, peut prendre en marche le train du développement. L’Afrique a même tout à gagner de la peur du réchauffement climatique car elle est la mieux placée pour produire de l’énergie solaire à grande échelle.

Dans ce film comme dans tous les films sur le sujet que j’ai pu voir, celui de Gore notamment, le camp adverse n’a pas la parole. Les partisans des diverses thèses ne semblent plus débattre. Nous entrons dans une ère d’endoctrinement. Prenons garde : le dogmatisme conduit à la violence.

Pour moi, le réchauffement climatique est aujourd’hui un prétexte pour agir, agissons et ne perdons pas de vue que le prétexte n’est qu’un prétexte.

L’autisme numérique

1 Tuesday January 2008

Une année vient de se terminer, une autre commence, c’est l’occasion des vœux. Les miens passent par un chemin détourné.

Lors de la discussion qui a suivi mon article sur Michel Onfray, nous avons évoqué le changement radical qu’internet introduit dans le monde : l’horizontalité.

J’ai développé cette idée dans Le peuple des connecteurs, essayant de montrer que notre structure sociale était en train de se transformer. Le CV, le milieu, l’âge, l’origine… tout cela n’a plus beaucoup d’importance lorsque nous nous connectons. Nous construisons une société non hiérarchique, une société où tout le monde peut accéder à tout le monde.

Par exemple, quand nous bloguons, nous acceptons de dialoguer avec les lecteurs. Si une célébrité blogue, elle se doit de respecter cette règle. Si elle ne le fait pas, et beaucoup ne le font pas, pour ne pas dire la plupart, elle se décrédibilise aux yeux de la net génération, démontrant qu’elle ne considère le net que comme un simple media one to all.

Je reste persuadé que l’aplatissement hiérarchique est en marche. J’essaie d’y participer autant que possible. Chaque fois que j’écris au sujet de quelqu’un, je lui adresse un mail pour établir une connexion. Suivant que je m’adresse à un Américain ou un Français, je ne vis pas du tout la même expérience.

Les Américains, même célèbres, en tout cas dans l’univers qui m’intéresse, répondent presque systématiquement sous 24h. Ils posent des questions, nous échangeons des mails, nous promettant de nous rencontrer à l’occasion. J’ai par exemple ainsi discuté avec Gregory Chaitin, un des plus grands mathématiciens vivant ou avec Nassim Nicolas Taleb, l’auteur de The black Swans, un des bestsellers américains 2007.

Les Français, bien souvent, ne reçoivent pas mes messages. On dirait que l’adresse e-mail qu’ils indiquent sur leur site ne fonctionne pas. J’ai commencé par expérimenter cette forme d’autisme numérique avec Alain Juppé. Elle s’est répétée avec de nombreuses autres personnalités politiques, philosophiques ou artistiques, dernièrement donc avec Michel Onfray et Joann Sfar. Et peut-être que j’avais apprécié Bayrou juste parce que lui répondait immédiatement, en tous cas en 2006.

Le plus étonnant est que la notoriété n’implique pas l’autisme. Les Français inconnus du grand public ne répondent pas plus que les célébrités. J’ai l’impression que mes compatriotes sont sur la défensive. Toute personne qui les aborde, qui tente de connecter avec elle, est suspecte. « Qu’est-ce qu’il me veut ? Qu’est-ce qu’il cherche ? » On dirait que nous nous jugeons tous comme les dragueurs obséquieux qui hantent les terrasses des cafés.

Au contraire, les Américains partent avec un a priori favorable. Quand quelqu’un s’avance vers eux, ils voient des potentialités positives. C’est sans doute une question d’éducation. Elle explique en partie pourquoi les Américains sont plus entrepreneurs que les Français, aussi pourquoi ils mènent la danse sur internet. Leur société est déjà plus aplatie que la nôtre.

En 2008, j’aimerais donc que l’autisme numérique cesse en France et que nous acceptions de basculer dans la société des réseaux, pas seulement des réseaux numériques mais, surtout, dans celle des réseaux sociaux. En clair, j’aimerais que cette année nous répondions tous aux mails des inconnus pour peu que ces inconnus montrent qu’ils s’intéressent à nous, nous interpellent, nous donnent des idées…

Je reçois parfois des mails de gens qui me proposent une simple connexion. Que voulez-vous que je réponde dans ce cas ? Une connexion commence par un échange. « Tiens j’ai pensé ça. Tu te trompes en disant ça. Tu devrais lire cet auteur. » Une connexion commence comme si elle s’inscrivait déjà dans une amitié de longue date. Elle n’est pas toujours fructueuse mais participe, dès son origine, à la nouvelle société du don que nous construisons.

Le mythe du changement climatique à venir

22 Saturday December 2007

Je pars du fait, pour moi prouvé, que l’avenir des systèmes complexes est imprévisible. En conséquence, la certitude d’un changement climatique catastrophique, le climat étant un système complexe, n’est ni plus ni moins qu’un mythe qui s’est installé ces dernières années, sous l’influence de quelques activistes et avec l’aide de personnalités comme Al Gore. Le mythe est alors devenu un dogme et toute personne qui le met en cause est considérée comme hérétique.

Sachant que les futurologues se fourvoient quasi systématiquement et qu’ils ont presque toujours tort quand leurs prévisions convergent, car elles ne le font que par suite d’un mimétisme affligeant démontrant un aveuglement non moins affligeant, nous nous moquerons sans doute bientôt de cette effervescence qui nous frappe actuellement. Elle me rappelle la panique des années 1970, qui précipita la crise pétrolière, provoquée par la croyance soudain apparue que nous allions manquer d’énergie.

Le climat change comme toute chose dans la biosphère. Les systèmes complexes évoluent personne n’en doute. Quel sera le climat dans 10 ans, 30 ans, 100 ans ? Personne ne le sait. Les prévisions, comme toutes les prévisions depuis toujours, ont toutes les chances d’être fausses. Nous ne savons pas prévoir le climat de la semaine suivante, nous n’avons aucune raison technique de prévoir celui des décennies à venir.

Le climat risque d’être bien pire que celui que nous anticipons aujourd’hui ou au contraire guère différent que celui que nous connaissons. Des feedbacks qui ne peuvent être anticipés peuvent créer des amplifications comme des atténuations inattendues. Des effets potentiellement terribles peuvent en atténuer d’autres pour qu’au final il ne se passe rien. Personne n’est capable de prendre en compte tous les paramètres. Tous ceux qui annoncent qu’il se passera telle ou telle chose nous mentent.

Le climat a déjà changé. Nous en sommes sûrs. Comment changera-t-il ? Nous ne le savons pas. Nous savons juste, avec certitude, que nous l’influençons. Nous pouvons alors décider de moins le changer, de minimiser notre impact sur la biosphère, lui laissant en quelque sorte une change de conserver son régime de fonctionnement actuel. Nous n’avons pas besoin d’invoquer un avenir hypothétique pour effectuer ce choix de société.

Si nous justifions un engagement écologique au nom d’une prévision de l’avenir, d’autres peuvent justifier un autre type d’engagement en invoquant un autre avenir possible. Comme l’avenir est inconnu, aucune des deux options ne pourra être départagée par des arguments logiques, nous pouvons très bien aboutir à une forme de conflit religieux, un combat au nom d’une croyance en un avenir ou en un autre.

Je suis athée, je ne veux pas prendre part à un conflit religieux. Je suis pour la réduction de notre impact écologique, c’est pour moi une question de bon sens maintenant que l’humanité est aussi dispendieuse. Pour faire mon choix, je n’ai pas besoin d’invoquer les futurologues et les dérèglements climatiques à venir. J’ai déjà pris m’a décision au regard de ce qui s’est déjà passé. Si on me jurait que le changement climatique est une illusion, je ne continuerais pas moins à croire que nous devons réduire notre impact écologique.

Je nous imagine dans 50 ans. Si le climat est bouleversé, on dira que les futurologues avaient raison. S’il ne l’est pas, on dira sans doute que nous avons réussi à enrailler ces changements. En fait, nous n’en saurons rien comme nous ne savons jamais pourquoi une guerre commence ou pourquoi des guerres potentielles n’ont jamais éclatées (cf la discussion à ce sujet dans Le peuple des connecteurs et Le cinquième pouvoir).

Nous n’avons pas besoin d’un mythe oraculaire pour agir. Ou plutôt, parce que ce mythe n’est pas solide, il ne provoque pas de réaction à la hauteur des dangers qu’il met en évidence. Pour preuve : nos gouvernements tergiversent et se satisfont de demi-mesures. Tout ça parce que l’avenir prévu n’est pas là.

Nos choix doivent être plus clairement philosophiques. Désirer vivre en harmonie avec la nature est un choix légitime, un choix sur lequel nous devons nous positionner, un choix sur lequel je me positionne. Un autre choix pourrait être de miser sur la croissance tout azimut, confiant au génie humain, à sa capacité de se tirer de tous les pièges.

Ce choix progressiste a été effectué au début de la révolution industrielle. La menace d’un bouleversement climatique catastrophique ne le remet pas en question. Trop peu de gens en prennent conscience il me semble. Pour un progressiste, parler de problèmes à venir n’a aucun sens. Pour lui, tout problème sera résolu le moment voulu. Il suffit d’adopter, par exemple, le point de vue de Kurzweil et le risque de bouleversement climatique fait sourire.

En nous servant de l’avenir inconnu pour convertir les gens du rêve progressiste au rêve écologiste, je crois que nous employons un mauvais stratagème. Il me semble préférable de démontrer aux progressistes que le rêve écologique est le meilleur moyen de relancer le progrès. Nous devons encore une fois jouer gagnant-gagnant.