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	<title>Thierry Crouzet &#187; Coup de gueule</title>
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	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2012 21:53:27 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Blogueurs en colère</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 09:48:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous autres agrégateurs de toute espèce partez d’un postulat erroné&#160;: vous nous donnez à nous blogueurs la visibilité, vous encaissez les bénéfices. Mauvaise analyse. Le blogueur se moque de la visibilité. Qu’il soit beaucoup lu ou peu lu ne lui rapporte rien. Je parle bien sûr du blogueur qui m’intéresse, pas de celui qui fait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous autres agrégateurs de toute espèce partez d’un postulat erroné&nbsp;: vous nous donnez à nous blogueurs la visibilité, vous encaissez les bénéfices.</p>
<p>Mauvaise analyse.<span id="more-23027"></span></p>
<p>Le blogueur se moque de la visibilité. Qu’il soit beaucoup lu ou peu lu ne lui rapporte rien.</p>
<p>Je parle bien sûr du blogueur qui m’intéresse, pas de celui qui fait la promotion indirecte de sa boîte ou de lui-même. Ces blogueurs existent, ils sont minoritaires et en général peu intéressants. On les repère à leur goût pour le politiquement correct (je vous laisse les nommer). Ils ne veulent froisser personne. C’est leur signature.</p>
<p>Ne croyez pas que je sois dans leurs camps sous prétexte que je publie des livres. Je n’ai jamais noté la moindre corrélation entre les ventes de mes livres et la fréquentation de mon blog. Je crois même que mes deux lectorats se recouvrent peu.</p>
<p>En tant que blogueur, j’aime les rencontres et les échanges féconds. Mieux vaut un bon commentaire que dix mille like. En conséquence, non aux agrégateurs qui en nous promettant une visibilité insignifiante s’enrichissent sur notre dos.</p>
<p>Le Web d’aujourd’hui célèbre un recul du droit du travail.</p>
<p>Agrégateurs, vous parlez de partage, alors partagez vos revenus. Toute autre attitude révèlera une posture malhonnête.</p>
<p>Je ne suis pas contre le droit de citation, mais à partir d’aujourd’hui, j’interdis aux entreprises à but lucratif de reproduire mes billets ou même des extraits qui excéderaient quelques lignes.</p>
<p>Dans le même temps, il me paraît légitime de piller les entreprises qui vivent du pillage. C’est un acte de résistance contre le nouvel esclavagisme.</p>
<p>Quand une entreprise utilise de la main-d&#8217;œuvre gratuite, je me donne le droit de m’emparer des contenus qu’elle produit de manière rémunérée et de les afficher sur un site de mon choix. Je peux à mon tour devenir agrégateur des agrégateurs et me battre avec leurs armes sur le terrain du référencement naturel. Qu’ils m’envoient leur cohorte d’avocats et qu’ils m’expliquent pourquoi eux se donnent un droit qu’ils me refusent.</p>
<p>Je n’entendrai pas la justification selon laquelle les blogueurs ont donné leur accord. Un accord arraché sur des bases mensongères, qui frisent l’escroquerie, m’apparaît caduc.</p>
<p>Pendant que les agrégateurs deviennent les phares du Web éditorial, les blogs se tarissent. <a href="http://sebmusset.blogspot.com/">Seb Musset</a> avec qui je parlais la semaine dernière me disait qu’il avait plus de lecteurs il y a quelques années quand il était dans le fin fond du classement des blogueurs qu’aujourd’hui qu’il est au sommet.</p>
<p>Si nous ne nous défendons pas, les lecteurs perdront bientôt l’habitude d’explorer le Web à la recherche des perles rares. Il nous deviendra difficile de construire les petites communautés qui nourrissent notre imaginaire. Nous n’aurons plus de choix que d’implorer les agrégateurs pour qu’ils acceptent nos créations.</p>
<p>Restons libres. Notre blog, c’est notre enveloppe physique dans l’univers numérique. Si nous nous en dépouillons, nous renonçons à notre identité. Nous nous fondons dans une multitude indifférenciée. Nous devenons pâture pour les soiffards de la finance.</p>
<p>Au contraire, anéantissons-les. Refusons de nous soumettre à leur volonté. Poussons-les à payer pour publier. Faisons exploser leur business plan qui suppose l’esclavage consenti. Quand ils auront disparu du paysage, il restera des blogueurs fiers et divers. Le Web redeviendra un espace amusant à explorer, plutôt qu’un désert où germent par endroits des fleurs carnivores.</p>
<h3>Note technique</h3>
<p>Le Web lui-même est un agrégateur. Il lie entre elles des pages pour que nous puissions passer des unes aux autres. Cet agrégateur ne nécessite aucune base de données centrale des liens. Personne n’a le pouvoir dessus. C’est le coup de génie de Tim Berners-Lee.</p>
<p>Construire des agrégateurs dans le Web, c’est tenter de le centraliser. Quel intérêt&nbsp;? Qui dit centre, dit point de passage obligatoire, donc possibilité d’instaurer des péages. Ouvrir un agrégateur, c’est commettre un coup d’État dans l’espace numérique, c’est tenter d’en casser la structure horizontale pour réintroduire des hiérarchies.</p>
<p>Les moteurs de recherche ont les premiers perpétré un tel crime. Nous avons accepté qu’ils reconstruisent dynamiquement la base des liens pour que nous puissions l’interroger plus facilement. Mais dès qu’ils ont commencé à choisir l’ordre d’affichage des résultats, ils ont recréé des hiérarchies, donc cassé la topologie ouverte du Web.</p>
<p>Au moins n’ont-ils jamais fait disparaître les pages elles-mêmes. Ils ont continué à pointer vers elles. C’était un compromis acceptable. Il en va tout autrement avec les agrégateurs éditoriaux. Ils détruisent en quelque sorte les sources. Ils les avalent tels des trous noirs informationnels. Ils nous vampirisent.</p>
<p>Il est peut-être déjà trop tard.</p>
<h3><a name="addendum"></a>Addendum MegaUpload</h3>
<p>Je suis pour la libre copie. J&#8217;estime que si un lecteur ne peut pas se payer un de mes livres, il doit pouvoir le lire. En revanche, il me paraît dangereux de laisser des sites s&#8217;engraisser en diffusant des copies pirates. Les copies doivent circuler librement en P2P, de manière décentralisée, sans point de péage. La fermeture de MegaUpload (et moins sa prochaine réouverture) est une bonne chose (même si je condamne la méthode qui, elle, révèle la peur panique d&#8217;un système qui s&#8217;effondre).</p>
<p>Les agrégateurs utilisent le même modèle financier que MegaUpload. Différence&nbsp;: ils pillent des œuvres qui ont été diffusées gratuitement. Elles n&#8217;en possèdent pas moins des auteurs. <a href="http://sebmusset.blogspot.com/2012/01/lelysee-se-felicite-de-la-fermeture-du.html">À quand une descente du FBI dans leurs locaux&nbsp;?</a> Vous pouvez attendre. L&#8217;esclavage n&#8217;est pas prohibé dans notre société.</p>
<h3>Addendum Tout travail mérite salaire</h3>
<p>Je ne suis pas d’accord. Il m’est arrivé de travailler dur pour planter des melons qui n’ont pas poussé. J’ai écrit de mauvais livres que je n’ai même pas réussi à publier. J’ai chaque fois beaucoup travaillé, mais je ne me suis jamais plaint de ne pas avoir été rétribué (même si j’aurais apprécié de bénéficier d’un <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/dividende-universel/">dividende universel</a> à ce moment).</p>
<p>En revanche, quand une entreprise exploite le travail d’individus sans contrepartie sérieuse, je ne peux pas l’accepter. Ces individus, par légèreté, par négligence, sont en train de nous ramener à l’esclavage. Ils sont les seuls responsables de ce glissement. Les entreprises qui les publient ne font qu’exploiter leur naïveté politique.</p>
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		<title>Sarkozysme ou comment favoriser les multinationales</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Dec 2011 09:54:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Politique 1.0]]></category>

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		<description><![CDATA[Danger. Je me remets à bloguer malgré moi. C’est sans doute pour donner tort à Éric Mettout et raison à Seb Musset et Vogelsong (où parce que je suis en vacances à Nancy chez mes beaux-parents). Je me hasarde même à une brève pensée politique. Alors que notre gouvernement s’apprête à imposer une TVA à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Danger. Je me remets à bloguer malgré moi. C’est sans doute pour donner tort à <a href="http://blogs.lexpress.fr/nouvelleformule/2011/12/21/ah-bon-blogueur-cest-un-metier/">Éric Mettout</a> et raison à <a href="http://sebmusset.blogspot.com/2011/12/les-blogueurs-sont-ils-des-cons.html">Seb Musset</a> et <a href="http://piratages.wordpress.com/2011/12/30/mais-tout-est-politique-meme-leventuelle-remuneration-du-blogueur/?utm_source=twitterfeed&#038;utm_medium=twitter">Vogelsong</a> (où parce que je suis en vacances à Nancy chez mes beaux-parents). Je me hasarde même à une brève pensée politique.<span id="more-22785"></span></p>
<p>Alors que notre gouvernement s’apprête à imposer une TVA à 7&nbsp;% à nos libraires, le Luxembourg abaisse la sienne à 3&nbsp;%, <a href="http://www.ebouquin.fr/2011/12/29/amazon-adopte-la-nouvelle-tva-du-luxembourg-a-3/">ce qui bénéficie directement à Amazon</a>. À cause d’une disparité des taxes en Europe, nous faisons le jeu des multinationales contre nos propres entreprises, surtout les plus minuscules et les plus attachantes, les librairies.</p>
<p>C’est un calcul intelligent. Comme le prix public du livre est fixe, les éditeurs gagneront plus en vendant sur Amazon. Donc ils favoriseront cette plate-forme au détriment des libraires, maintenant doublement condamnées par <a href="http://www.liberation.fr/c/01012378580-c">l&#8217;effritement de leurs marges</a> et l’arrivée du livre électronique.</p>
<p>Je ne suis pas en train de pleurer sur le sort des librairies. Je les crois malheureusement condamnées sous leur forme actuelle. Elles doivent vite se réinventer en revenant à leur véritable cœur de métier&nbsp;: la prescription (sommes-nous prêts à payer quelque chose de gratuit en ligne ?). Je m’amuse plutôt de la bêtise de nos gouvernants. Demain, ils tenteront de corriger leur gaffe en imaginant une taxe Amazon. Et de taxe en taxe, de loi en loi, ils nous construisent une tour de Babel dont ils sont incapables de voir qu’elle croule de toute part.</p>
<p>Surtout n’oublions pas de voter en 2012 pour plébisciter l&#8217;un ou l’autre de ces canulars intellectuels. Comme chacune de leurs mesures nous rapproche du chaos, ils œuvrent pour la révolution.</p>
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		<title>Les pirates de la twittosphère</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Dec 2011 15:55:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[centralisation]]></category>
		<category><![CDATA[Twitter]]></category>

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		<description><![CDATA[J’essaie sur mon blog de ne pas parler de ma déconnexion pour que vous commandiez J’ai débranché, en revanche je m’autorise à témoigner d’un phénomène qui, depuis mon retour, me surprend&#160;: Twitter a été piraté. Sans trop me montrer, je suis vos conversations. Je clique, j’observe, notamment à travers la fenêtre que m’offre sur votre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’essaie sur mon blog de ne pas parler de ma déconnexion pour que vous commandiez <a href="http://blog.tcrouzet.com/jai-debranche/"><em>J’ai débranché</em></a>, en revanche je m’autorise à témoigner d’un phénomène qui, depuis mon retour, me surprend&nbsp;: Twitter a été piraté.<span id="more-22759"></span></p>
<p>Sans trop me montrer, je suis vos conversations. Je clique, j’observe, notamment à travers la fenêtre que m’offre sur votre monde <a href="http://seesmic.com">seesmic desktop</a>. J’ai très vite noté une nouvelle icône rouge qui indique notre score <a href="http://klout.com/crouzet">Klout</a>, soit la popularité sur le réseau, <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/12/17/bloguer-ou-mourir/">évaluée selon des critères quantitatifs plutôt que qualitatifs</a>. Sans surprise, mon score était relativement bas et il remonte peu à peu depuis que je publie à nouveau des billets épisodiques.</p>
<p><a href="http://klout.com/crouzet"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2011/12/kloot-450x178.png" alt="" title="Klout" width="450" height="178" class="alignnone size-large wp-image-22761" /></a></p>
<p>Je me suis mis à regarder vos scores. Ils culminent en France à 60 pendant que les blogueurs internationaux comme <a href="http://www.loiclemeur.com/">Loïc Le Meur</a> dépassent les 80. Donnée amusante, sans plus. Mais cette lecture a attiré mon attention vers un autre phénomène. J’ai eu l’impression que beaucoup d’utilisateurs Twitter avaient vu leur nombre de followers gonfler durant les derniers mois.</p>
<p>Pour en avoir le cœur net, j’ai effectué quelques comparaisons grâce à <a href="http://monitor.wildfireapp.com">un outil</a> suggéré par <a href="https://twitter.com/#!/RomainNicault/status/152386104962715648">Romain Nicault</a>. Mon intuition ne m’a pas trompé. Durant mon absence, il s’est produit quelque chose.</p>
<p><a href="http://monitor.wildfireapp.com/comparisons/272221/fans_followers/crouzet-vs-rosselin-vs-guybirenbaum-vs-davidabiker-vs-loic-on-twitter#&amp;data=cumulative&amp;range=all"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2011/12/tweetspher1-450x408.png" alt="" title="Comparaison du nombre de followers" width="450" height="408" class="alignnone size-large wp-image-22765" /></a></p>
<p>Les journalistes des grands médias ont vu leurs scores gonfler, donc incidemment leur influence. Cela traduit un recentrage du Net. Nous serions en train de nous rapprocher de labels qualifiés, de valeurs sûres… comme si nous avions peur, comme si le manque de repère nous effrayait et nous dispensait d’aborder les inconnus. Plutôt que de favoriser les francs-tireurs indépendants, nous nous rapprocherions des «&nbsp;fonctionnaires médiatiques&nbsp;». Dont je suis, d’une certaine façon, puisque je publie des livres.</p>
<p>Cette centralisation du Web ne cesse de s’intensifier depuis l’avènement de facebook. On nous enferme dans des architectures propriétaires. On cocoune les utilisateurs dans des prisons dorées. On unifie les blogueurs dans des médias pures players qui, au nom de l’innovation, nous font régresser vers des modèles industriels antédiluviens. Tout cela parce que nous préférons faire comme tout le monde. C&#8217;est-à-dire admirer ce qui brille.</p>
<p>Je reviens sur mon graphique. Pendant que Loïc Le Meur progressait régulièrement, les journalistes choisis croissaient jusqu’à deux fois plus vite que lui. J’ai pris pour étalon <a href="https://twitter.com/#!/rosselin">Rosselin</a> parce que c’est mon ami et qu’il bosse en ce moment à <a href="http://www.latribune.fr"><em>La&nbsp;Tribune</em></a>, <a href="http://twitter.com/guybirenbaum">Guy Birenbaum</a> et <a href="http://twitter.com/DavidAbiker">Dadiv Abiker</a> parce qu’ils m’ont invité en janvier à <a href="http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Des-clics-et-des-claques/">leur émission sur Europe&nbsp;1</a>. Je sais que j’aurais dû être exhaustif. Mais je me suis concentré sur des acteurs de longue date de la twittosphère. Il serait intéressant que chacun d&#8217;entre vous se glisse dans ce graphique pour que nous puissions confirmer ou infirmer la tendance selon laquelle les médias centralisés ont une influence grandissante sur le Web.</p>
<p>Si cette sur-focalisation de l’audience sur les vedettes du monde médiatique traditionnel est réelle, elle a tout de même un côté positif. Nous ne valorisons pas des entreprises mais des hommes et des femmes qui, à un moment donné, travaillent dans des entreprises. Quand ils en partiront, ils emporteront avec eux leur communauté. Ça, c’est un progrès. Nous ne sommes plus les esclaves des boîtes qui nous emploient. En piratant la twittosphère, et les réseaux sociaux en général, les entreprises construisent la réputation de leurs employés. En fin de compte, la décentralisation sera peut-être gagnante. En ligne, battez-vous pour exister en votre nom.</p>
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		<title>Bloguer, un art de vivre qui paye</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Dec 2011 17:09:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[blog]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Moins je blogue, plus j’ai envie de parler des blogs. Comme quoi il y a dans la forme quelque chose qui vous tient et ne vous lâche pas. C’est le tweet de Narvic, Narvic qui ne me donne plus de nouvelles depuis 9 mois, qui me pousse à entrer dans le débat évoqué par Éric [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Moins je blogue, plus j’ai envie de parler des blogs. Comme quoi il y a dans la forme quelque chose qui vous tient et ne vous lâche pas. C’est <a href="https://twitter.com/#!/narvic/status/151317009546739712">le tweet de Narvic</a>, Narvic qui ne me donne plus de nouvelles depuis 9 mois, qui me pousse à entrer dans le débat évoqué par Éric Mettout dans <em>L’Express</em>&nbsp;: <a href="http://blogs.lexpress.fr/nouvelleformule/2011/12/21/ah-bon-blogueur-cest-un-metier">Ah bon, blogueur, c’est un métier&nbsp;?</a><span id="more-22706"></span></p>
<p>Bien sûr. Tout dépend ce qu’on entend par métier. Se demander si blogueur, c’est un métier, c’est exactement comme se demander si écrivain, peintre, sculpteur, musicien, parent… en est un. Il est possible dans chacun de ces cas, dans certaines circonstances exceptionnelles, de gagner de l’argent.</p>
<p>Toutes les activités devraient avoir un statut comparable, à savoir rapporter hypothétiquement. On devrait se lancer dans les carrières par passion et non par appât du gain. Dans une humanité radieuse, les métiers nécessaires à la survie devraient disparaître. Il faut croire que nous n’avons pas encore atteint ce stade heureux de notre histoire… où bloguer sera entendu comme un art canonique où nous plongerons par mégarde, où nous nous abîmerons souvent et où par chance nous rencontrerons la renommée et pourquoi pas la richesse.</p>
<p>Bloguer, c’est un métier noble. Un métier auquel tous les autres devraient ressembler. C’est un métier d’après l’esclavage. Un métier d’hommes et de femmes libres de dire ce qu’ils pensent et de réagir aux bêtises professées par les autres êtres humains morts ou vivants, et même de se prémunir contre les absurdités à venir.</p>
<p>Cette liberté passe par une maison à soi, un endroit dans l’espace numérique qui nous appartient en propre. Elle n’empêche pas d’aller se promener dans d’autres lieux en versant <a href="http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants">de vases communicants en vases communicants</a> ou même en nous glissant dans des immeubles de bureaux richement éclairés. Nous devons préserver cette liberté, entrer sortir sans avoir à signer aucun contrat. Ne jamais nous abaisser à réclamer un statut juridique ou faire corporation. Nous ne nous ressemblons pas. C’est notre force.</p>
<p>Mais comme les insectes débiles, nous ne devons pas foncer aveuglément vers les feux trop brûlants. J’ai connu des blogueurs qui ont fermé leur maison, qui l’ont même détruite, pour travailler dans des immeubles en échange de salaires dérisoires. Refusons ce pas de côté. Regardons ailleurs, tout en restant nous-mêmes. Et quand cet ailleurs nous déplait n’hésitons pas à le dynamiter comme <a href="http://sebmusset.blogspot.com/2011/12/chere-anne-sinclair.html">l’a fait merveilleusement Seb Musset</a>.</p>
<p>La différence entre un blogueur et un journaliste est aussi grande qu’entre un auteur et un journaliste. Le blogueur et l’auteur ne savent pas s’ils gagneront un jour de l’argent, mais ils sont libres. Bloguer, ça paye à tous les coups parce que ça nous procure une puissante sensation de vie. C’est pourquoi nous persistons, et pourquoi cette forme perdurera même si des entreprises tentent d’avaler les blogueurs en leur sein.</p>
<p><a href="http://photosynth.net/view.aspx?cid=de7f2e6b-6bc8-43fc-bcbe-2eceaf1c3104"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2011/12/monbureau-450x190.jpg" alt="" title="Mon bureau de blogueur bénévole" width="450" height="190" class="alignnone size-large wp-image-22708" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Y&#8217;en a marre des aveugles à l&#8217;indignation</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2011/11/18/yen-a-marre/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=yen-a-marre</link>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 13:49:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>
		<category><![CDATA[Ya Basta]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand au printemps, du fond de ma déconnexion, j&#8217;ai vu les indignés se rassembler en Espagne, en Grèce, en France&#8230;, je n&#8217;ai pu m&#8217;empêcher d&#8217;avoir envie d&#8217;accompagner le mouvement. Comme je ne pouvais pas bloguer, j&#8217;ai écrit Ya Basta, un texte d&#8217;une trentaine de pages, que François Bon a diffusé sur publie.net. Maintenant que la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand au printemps, <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/jai-debranche/">du fond de ma déconnexion</a>, j&#8217;ai vu les indignés se rassembler en Espagne, en Grèce, en France&#8230;, je n&#8217;ai pu m&#8217;empêcher d&#8217;avoir envie d&#8217;accompagner le mouvement. Comme je ne pouvais pas bloguer, j&#8217;ai écrit <a href="http://blog.tcrouzet.com/ya-basta/"><em>Ya Basta</em></a>, un texte d&#8217;une trentaine de pages, que François Bon a diffusé sur <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504769/ya-basta">publie.net</a>.<span id="more-22488"></span> Maintenant que la contestation gagne le monde, il me semble qu&#8217;il est temps de libérer ce texte (<a href="http://blog.tcrouzet.com/ya-basta/">disponible en PDF et EPUB</a>). Pour soutenir notre travail, vous pouvez bien sûr toujours l&#8217;acheter pour 0.99 € dans toutes les librairies numériques (<a href="http://itunes.apple.com/fr/book/ya-basta/id445774859">Apple</a>, <a href="http://www.amazon.fr/Ya-Basta-v%C3%A9n%C3%A9rer-tout-puissants-ebook/dp/B0057X9JVQ">Amazon</a>, <a href="http://www4.fnac.com/livre-numerique/a3718275/Thierry-Crouzet-Ya-Basta">Fnac</a>&#8230;).</p>
<hr />
<p><em>J’écris «&nbsp;nous&nbsp;» en songeant à quelques amis.<br />
Ce «&nbsp;nous&nbsp;» n’engage que moi.<br />
C’est un appel à d’autres «&nbsp;moi&nbsp;».<br />
Seul, je ne peux rien.</p>
<p></em> </p>
<p>Y’en a marre de vénérer les tout-puissants</p>
<p>Y’en a marre de voter pour des impuissants</p>
<p>Y’en a marre des indignés babas cool</p>
<p>Y’en a marre des idéologies old school</p>
<p>Y’en a marre de nommer des porte-paroles</p>
<p>Y’en a marre des assemblées générales</p>
<p>Y’en a marre qu’ils décident pour nous</p>
<p>Y’en a marre qu’ils nous traitent de fous</p>
<p>Y’en a marre de passer pour des arriérés</p>
<p>Y’en a marre de travailler pour les banquiers</p>
<p>Y’en a marre de se contenter de crier</p>
<p>Y’en a marre d’étudier sans travailler</p>
<p>…</p>
<p> </p>
<h3>Y’en a marre de vénérer les tout-puissants</h3>
<p>Pauvreté. Injustice. Inégalité. Le jeune marchand ambulant Mohamed Bouazizi n’a plus la force de vivre dans un monde qui n’offre aucune perspective heureuse. Le 17 décembre 2010, il s’arrose d’essence et s’immole. Les jours suivants, les Tunisiens se soulèvent contre la dictature.</p>
<p>Leur mot d’ordre&nbsp;: «&nbsp;Ben Ali, dégage&nbsp;!&nbsp;»</p>
<p>Ils n’ont pas de leader, d’organisation, de parti. Par eux-mêmes, en eux-mêmes, depuis les tréfonds de leur société, ils se battent pour reconquérir leur dignité.</p>
<p>Le mouvement jaillit de millions de graines éparpillées dans le sol. Elles germent ensemble, parce que le moment est venu.</p>
<p>Jusque-là, des chefs souvent autodésignés pensaient et préparaient la révolution. Ils s’appuyaient sur des idéologies comprises de tous. Même les anarchistes espagnols en 1936 savaient ce qu’ils feraient une fois à la tête de la Catalogne&nbsp;: exproprier les riches.</p>
<p>Rien de comparable ne s’est produit en Tunisie. Le peuple a manifesté son ras-le-bol. Spinoza évoque cette force interne à la foule, capable de renverser spontanément tous les pouvoirs &nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>Ce droit que définit la puissance de la multitude, on l’appelle généralement souveraineté. […] S’il existe une souveraineté absolue, c’est bien celle que détient la multitude entière.</p></blockquote>
<p></em>Selon Spinoza, le désir serait l’essence de l’homme, notamment le désir de «&nbsp;persévérer dans son être&nbsp;». Un dictateur peut tout nous retirer, sauf ce désir de vivre encore et encore. Alors chacun de nous devient semblable aux autres et ensemble, unis par notre désir, nous formons une multitude. Nous agissons comme un seul être. Aucune idéologie ou revendication ne nous anime, sinon la volonté de persévérer dans l’être.</p>
<p>Électrisés par ce désir, les Tunisiens ont inventé un nouveau modèle révolutionnaire, un modèle non pyramidal, un modèle en réseau où chacun des individus joue d’égal à égal. Ils ont dit non à une société qui n’avait plus d’avenir.</p>
<p>«&nbsp;Dégage&nbsp;!&nbsp;»</p>
<p>Alors que depuis plusieurs décennies le monde arabe était sensé nous ramener à la barbarie, il entre en éclaireur dans le troisième millénaire, armé d’une possibilité politique inédite&nbsp;: l’<em>auto-organisation</em>, une forme effectivement de barbarie pour les tenants de l’ancienne logique pyramidale.</p>
<p>Si la légende fait débuter la Première Guerre mondiale avec l’assassinat de l’archiduc Ferdinand, l’avènement de l’auto-organisation résonnera avec le sacrifice de Mohamed Bouazizi, un marchand ambulant dont les légumes ont été confisqués par des fonctionnaires corrompus. Un symbole&nbsp;! Dans le monde dominé par les structures de pouvoir, la mort d’un puissant chamboule l’histoire . Dans le monde auto-organisé, la mort d’un anonyme grain de sable provoque l’écroulement des dernières pyramides. Le centre de gravité de l’humanité s’est déplacé.</p>
<h3>Y’en a marre de voter pour des impuissants</h3>
<p>Harrison C. White, le sociologue des réseaux, écrit dans <em>Identité et contrôle</em>&nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>Chacun d’entre nous a expérimenté à quel point il est difficile d’orienter jusqu’à la plus petite organisation sociale dans une direction donnée.</p></blockquote>
<p></em>Tout parent s’en rend vite compte. Tout chef d’entreprise. Tout manager. Plus la société se complexifie, plus son pilotage pose problème. Depuis que nous sommes des milliards armés avec les technologies de pointe, nous avons franchi le point critique à partir duquel le pilotage est impossible .</p>
<p>Incapacité endémique à réduire le chômage, à s’attaquer réellement aux dérèglements climatiques, à basculer vers les énergies renouvelables, à stabiliser l’économie, à réduire l’écart entre les riches et les pauvres, à offrir une vie descente à des milliards d’entre nous, à mettre de la nourriture non polluée dans nos assiettes, à préserver les biens communs, à favoriser la création, à réveiller notre enthousiasme pour des lendemains meilleurs… Nous devinons la <em>sphère d’incompétence des gouvernements</em>. Les élus et les divers dirigeants ne tiennent presque jamais leurs promesses non par mauvaise foi, mais parce qu’ils contrôlent avec de plus en plus de difficulté une société qui se complexifie.</p>
<p>Comment d’ailleurs le pourraient-ils puisqu’ils perdent souvent le contrôle d’eux-mêmes, l’être humain étant un système complexe parmi les plus complexes&nbsp;? Agression sexuelle, corruption, népotisme, favoritisme, narcissisme… aucun des travers humains n’épargne les puissants . Ils ne nous surpassent pas. Ils nous ressemblent et le stress finit par les terrasser. Nous oublions cette évidence avant de postuler la nécessité des dirigeants.</p>
<p>Espérer qu’un autre homme ou qu’une autre femme réussisse là où leurs prédécesseurs ont échoué est illusoire. Nous sommes les seuls faiseurs de miracles. Personne ne peut nous rendre heureux à notre place. Si nous voulons que le monde change, nous devons le changer nous-mêmes. En nous auto-organisant, c’est-à-dire en le pilotant de l’intérieur, en chacun de ses points, et non plus depuis un centre de contrôle dépassé.</p>
<p>Ainsi, deux situations appellent l’auto-organisation.</p>
<p>1/&nbsp;Quand, comme en Tunisie, la multitude n’a plus que la force de persévérer dans son être.</p>
<p>2/&nbsp;Quand la complexité interdit le pilotage coercitif.</p>
<p>La première situation, née d’un ras-le-bol absolu, risque à tout moment de dégénérer. Très vite, après les premières victoires, quelques privilégiés se détachent de la multitude qui peu à peu se fractionne. La révolution s’étiole. Les vieux travers reprennent le dessus.</p>
<p>Dans la seconde situation, au contraire, la complexité s’installe pour durer. Personne ne peut du jour au lendemain réduire la population ou la priver des dernières technologies (ce qui provoquerait une catastrophe&nbsp;: plus de transports, d’échanges économiques, de soins dans les hôpitaux…).</p>
<p>Dans une phase initiale, avant d’imposer l’auto-organisation, la complexité joue un rôle déstabilisant. Elle complique l’exercice du pouvoir, brouille l’avenir, détruit les perspectives de carrières, casse les cadres conformistes, efface les frontières, perturbe les habitudes, bouleverse les valeurs traditionnelles, favorise l’égoïsme des uns et amplifie les inégalités. Des plus nantis aux plus miséreux, tout le monde se retrouve perdu, désillusionné, avec pour seul bien le désir de persévérer dans l’être. Alors la multitude puise à cette source l’énergie nécessaire à une transition de régime.</p>
<p>Quand l’exaspération rencontre la complexité, nous obtenons un cocktail détonant&nbsp;!</p>
<h3>Y’en a marre des indignés baba cool</h3>
<p>Nous nous indignons d’un état de fait, le manque de perspective de la société, mais aussi, presque aussitôt, nous nous indignons contre ceux qui nous semblent encore capables d’influer sur cette société. En nous indignant, nous leur lançons un appel. Nous leur laissons croire que nous avons besoin d’eux et nous les renforçons dans leur position.</p>
<p>L’indignation, au-delà d’un bref cri de révolte et de rassemblement, ne nourrit pas un mouvement de rénovation. Simple constat, elle ne nous montre pour seul chemin que le stupide «&nbsp;Dégage que je prenne ta place.&nbsp;»</p>
<p>L’indignation ne conteste pas la structure sociale, elle exige de l’attention, une preuve d’amour. Cette ferveur revendicative recèle un vestige des vieilles croyances magiques&nbsp;: comme si la divinité pouvait nous venir en aide. Nos gouvernants et nos représentants ne vivent pas avec les Dieux de l’Olympe. Ne les implorons plus, ne les nourrissons plus de nos prières. Ils ne nous porteront pas secours. Agissons par nous-mêmes, rassemblons-nous, interconnectons-nous, parlons-nous. Place à l’action plutôt qu’aux récriminations.</p>
<p>En nous affalant au centre des villes, en buvant des coups, en fumant de l’herbe, en confondant Marx et Bakounine, en réinventant un <em>peace and love</em> désabusé, en constatant sans fin l’état de malheur de notre monde nous ne lui inventerons pas un avenir vivable.</p>
<p>L’indigné ne veut au fond rien changer. Il regrette le passé. Il a peur de l’avenir. C’est un conservateur. Il s’oppose à la révolution. Il s’en revendique pour la salir. Il s’entoure de tous les paumés, de tous les soiffards, de tous les crados pour éloigner les hommes et les femmes qui, encore dans la société, et qui ne la supportant plus, ont réellement envie de la transformer.</p>
<p>Les zonards ont renoncé à se battre. Ils ont déjà jeté les armes. Ne les exposons pas avec leurs chiens galeux pour prouver le pourrissement ambiant. Nous ne leur redonnerons espoir que si les optimistes se rassemblent.</p>
<h3>Y’en a marre des idéologies old school</h3>
<p>Nous sommes comme des points mathématiques qui voudraient s’évader de leur dimension d’origine. S’ils sortent de la droite, ils tombent dans un plan. S’ils sortent du plan, il tombe dans un espace 3D. Quelles que soient les idéologies dont nous nous arrachons, nous en adoptons d’autres. Nous ne pouvons vivre sans idéologie.</p>
<p>Quand nous disons que nous n’avons pas d’idéologie, nous rejetons de fait les idéologies existantes. Nous refusons les règles figées au profit d’une pensée plus dynamique, plus réactive, plus à l’écoute des circonstances. C’est une idéologie de la souplesse.</p>
<p>Depuis la transition néolithique, passage du nomadisme au sédentarisme, nous dépendons de régimes pyramidaux. Des chefs, placés au-dessus de la masse indistincte, nous commandent et nous contrôlent. Tant que le monde était simple, cette organisation fonctionnait pour le meilleur et, surtout, pour le pire.</p>
<p>Le socialisme, le libéralisme, le marxisme, le communisme… toutes ces doctrines ont accepté <em>le commander et contrôler</em>  qui leur servait d’idéologie tutélaire. </p>
<p>Regardons l’autogestion. Elle promettait l’égalité aux ouvriers. Copropriétaires de l’outil de production, ils se partagèrent les actions, mais bien souvent ils ne changèrent pas l’organisation. Certains parmi eux devinrent chefs, d’autres sous-chefs. Ils restèrent accrochés au modèle pyramidal.</p>
<p>Changer les hommes sans changer le mode d’organisation ne change rien.</p>
<p>L’auto-organisation s’oppose directement au commander et contrôler. Elle en conteste l’universalité, <em>sans pour autant en nier l’utilité dans les situations où la complexité reste faible ou modérée</em> . Pour longtemps encore, les enfants auront besoin de fermeté. Le 100&nbsp;% auto-organisation n’est pas un objectif. Il existera toujours des îlots de relative simplicité où le mode pyramidal s’imposera (et où certaines personnes assumeront les responsabilités au nom des autres).</p>
<p>Comme attirées par la gravité, les structures sociales versent vers l’organisation optimale au regard de la population et de la complexité du réseau social.</p>
<p>Faible démographie, autarcie, simplicité… mènent presque inexorablement à la dictature (dans ces conditions, les autres modèles ne survivent pas longtemps). Régime politique de la plupart des entreprises (dictatures au mieux éclairées).</p>
<p>Démographie moyenne, commerce international, complexité intermédiaire… nous approchent de la démocratie représentative (niveau atteint par l’Occident au cours de la révolution industrielle).</p>
<p>Démographie forte, interdépendance massive (notamment grâce à un réseau de communication lui-même auto-organisé), complexité exponentielle… constituent le bon cocktail pour l’auto-organisation et le développement de la conscience collective.</p>
<p>Au xixe siècle, les premiers anarchistes militèrent pour l’auto-organisation. Le moment n’étant pas venu pour les modalités politiques auxquelles ils aspiraient, on les traita de terroristes. Aujourd’hui, si nous souhaitons développer l’auto-organisation, nous sommes pragmatiques.</p>
<p>L’auto-organisation peut servir d’idéologie tutélaire à un ensemble de nouvelles doctrines où les notions de gauche et de droite s’estompent, mais ne disparaissent pas. L’auto-organisation de gauche favoriserait le développement de structures d’entraide, chacun de nous participant tour à tour à la marche de l’État (exemple&nbsp;: militance pour la neutralité du Net ), l’auto-organisation de droite favoriserait le développement technologique et l’accomplissement des utopies individuelles (exemple&nbsp;: militance pour la gestion discriminatoire du trafic internet ).</p>
<p>Dans tous les cas, les idéologies sous-tendant l’auto-organisation seront elles-mêmes auto-organisées, changeantes, évolutives, nulle part gravées dans le marbre.</p>
<h3>Y’en a marre de nommer des porte-paroles</h3>
<p>Dans un groupe auto-organisé, les liens hiérarchiques disparaissent au profit des liens transversaux. Le réseau décentralisé se substitue à la pyramide. Si un membre du groupe parle au nom des autres, il se place implicitement au-dessus d’eux. C’est le début de la fin.</p>
<p>Nous ne pouvons parler qu’en notre nom. Nous devons dire «&nbsp;je&nbsp;», ou «&nbsp;nous&nbsp;» de manière métaphorique (un «&nbsp;nous&nbsp;» qui n’engage que le locuteur). Ne recherchons plus l’assentiment des autres. Vouloir être tous d’accord, c’est se diriger droit vers la dictature. Se satisfaire de la majorité, c’est laisser mourir les meilleures idées.</p>
<p>Les paroles se rencontrent, s’enlacent, s’aiment et produisent éventuellement une musique commune. Tant que l’harmonie n’est pas atteinte, poursuivons le dialogue. Attention&nbsp;: l’harmonie nécessite plusieurs notes&nbsp;!</p>
<p>Si un journaliste veut interviewer un porte-parole, expliquons-lui qu’il n’existe que des paroles libres et irréductibles. Les journalistes apprendront à entremêler des histoires et ne se contenteront plus d’une Histoire.</p>
<p>Et n’oublions pas que nos porte-paroles causeraient notre perte. Quand on n’a pas de chef, on est puissant, car les chefs des autres ne savent plus à qui s’attaquer parmi-nous (ou qui séduire ou faire chanter). Ils n’ont plus d’autres choix que de nous affronter tous ensemble. Crions «&nbsp;Tous pour tous&nbsp;» et jetons aux oubliettes le «&nbsp;Tous pour un&nbsp;».</p>
<h3>Y’en a marre des assemblées générales</h3>
<p>Les manifestants se regroupent et font cercle. Ils parlent tour à tour comme dans les assemblées législatives. Ils cassent alors un des mécanismes de l’auto-organisation&nbsp;: la polyphonie.</p>
<p>Dans une pyramide, le chef ordonne et tout le monde reçoit en même temps sa parole comme si un orage venait d’éclater. Dans un réseau, des informations diverses circulent continument, à la façon du sang dans nos artères ou des voitures dans une ville. Sans flux point d’auto-organisation.</p>
<p>Le flux unifie la société. Il lui donne vie. Il l’irrigue. Il la nourrit. Inutile d’attendre le grand soir, la messe du dimanche, la voix rassurante du présentateur. L’évènement se déroule maintenant, partout.</p>
<p>Plutôt que des assemblées, organisons des barcamps. Des grappes d’une dizaine de personnes se forment. De multiples débats coexistent, puis chacun des participants essaime vers d’autres grappes. Redisons ce que nous avons entendu, répétons une idée émise par un autre, argumentons-la autrement. Les messages se croisent, certains particulièrement puissants se renforcent, d’autres sans impact s’évanouissent.</p>
<p>Dans les assemblées, après les prises de paroles, le moment du vote arrive. «&nbsp;Êtes-vous d’accord sur ce qui a été dit&nbsp;?&nbsp;»</p>
<p>Non&nbsp;!</p>
<p>Après un barcamp, il n’existe pas un point de vue univoque. Une musique commune berce peut-être chacun des participants, rien de plus.</p>
<p>Dans assemblée générale, il y a général, il y a chef, il y a l’idée de représentation, de hiérarchie… L’auto-organisation n’a plus besoin de ces oripeaux.</p>
<h3>Y’en a marre qu’ils décident pour nous</h3>
<p>Les élus et les dirigeants de toute espèce justifient souvent leurs prérogatives par «&nbsp;Il faut bien que quelqu’un décide&nbsp;!&nbsp;» Comme si quelqu’un, il y a quelques millions d’années, avait décidé de raser les singes pour les transformer en hominidés.</p>
<p>Une décision n’est pas nécessairement le fait d’un homme ou d’une femme en particulier. Lors d’un barcamp, une grappe peut avoir envie de faire une chose, d’autres grappes de faire d’autres choses. Aucune décision globale n’est prise.</p>
<p>Chacun, pénétré par la musique sociale, œuvre avec quelques autres. Ils ont pris une décision qui ne vaut que pour eux. Si leurs actes portent leurs fruits, leurs amis en prendront connaissance, ils les imiteront peut-être. Une décision locale, car née dans une grappe, se propagera et gagnera des adhérents, au point de devenir quasi globale. Aucun vote ni approbation générale n’aura été nécessaire. Pourtant, vue de l’extérieur, une décision aura été prise.</p>
<p>Les actions comme les paroles s’apprécient sur pièce, au fur et à mesure de leur propagation. Dans une organisation pyramidale, un responsable avançait une idée. Quand il ne l’imposait pas, il la soumettait au vote oui-non. Dans une organisation en réseau, n’importe qui peut mettre en œuvres ses propres idées. Si elles fonctionnent, elles gagnent du soutien.</p>
<p>Nous quittons la logique binaire du pour ou contre. Nous ne rêvons plus de l’accord général. Le consensus ne nous intéresse plus. Nous ne fermons aucune porte. La solution surgit souvent d’un endroit inattendu. Nécessairement imparfaite, elle ne révèle sa puissance qu’<em>a posteriori</em>. Personne ne peut prétendre la détenir <em>a priori</em> (surtout pas un expert).</p>
<p>La transparence apparait comme nécessaire à la généralisation des initiatives locales. Si nous ne communiquons pas, nous n’avons aucune chance de provoquer une réaction en chaîne. L’auto-organisation doit s’appuyer sur un capital expérimental, une base de données de politique pratique ouverte à tous, un système de partage battis grâce à des technologies open source et libres.</p>
<p>La clandestinité ne profite pas à l’auto-organisation &nbsp;: elle implique une forme de hiérarchisation. Œuvrer en secret pour le bien des autres, c’est décider pour eux, comme n’importe quel potentat, c’est prétentieux, irrespectueux, voire égoïste. De la même manière que nous parlons en notre nom, nous agissons pour nous. Si nos actions bénéficient à nos compagnons de lutte, elles s’amplifieront. «&nbsp;Je cherche une solution locale, je ne cherche pas à régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique.&nbsp;»</p>
<p>La transparence implique la visibilité, même aux yeux des adversaires politiques. Sortir du cadre légal ou user de la violence entraîne une réaction immédiate, parfois tout aussi immodérée. L’auto-organisation ne se déploie qu’avec la non-violence. Elle passe par la subversion, non par l’affrontement direct.</p>
<h3>Y’en a marre qu’ils nous traitent de fous</h3>
<p>Utopiques seraient ceux qui prétendent se détourner du commander et contrôler. L’humanité aurait toujours fonctionné ainsi et il ne pourrait en aller autrement. «&nbsp;L’auto-organisation n’a jamais marché,&nbsp;» affirment les sceptiques. Ils ont raison pour trois raisons.</p>
<p>1/&nbsp;Le niveau de complexité de nos sociétés bien que déjà grand se satisfaisait encore du modèle pyramidal. Il permettait à une poignée de privilégiés de tirer les ficelles aux dépens de la dignité de la majorité.</p>
<p>2/&nbsp;L’auto-organisation est une idée neuve. Les scientifiques ne l’ont comprise qu’à la fin du xxe siècle quand les informaticiens réussirent à la simuler pour la première fois.</p>
<p>3/&nbsp;Ils ont alors découvert qu’elle ne devient spectaculaire que quand un grand nombre d’acteurs interagissent. Cette interaction implique la communication. L’auto-organisation à vaste échelle d’une société humaine n’est possible qu’avec internet.</p>
<p>Complexité relativement faible, incompréhension et manque de moyens de communication expliquent pourquoi l’heure de l’auto-organisation n’était pas venue.</p>
<p>Pour soutenir qu’elle ne surviendra jamais, les mauvais augures affirment que nous serions faits pour fonctionner sous l’autorité directe des chefs, trait que nous aurions hérité de la horde primitive. Si tel était le cas, nous serions incapables d’affronter la complexité. Nous serions condamnés à la décadence, c’est-à-dire à revenir à un état antérieur de notre histoire sociale. Or, comme l’avait déjà pressenti Teilhard de Chardin, la complexité ne cesse de s’accroître depuis le big bang. Nous apprenons à vivre avec elle. Nous évoluons, et nous pouvons influer sur cette évolution .</p>
<h3>Y’en a marre de passer pour des arriérés</h3>
<p>Si les Tunisiens ont été les premiers à mettre en œuvre l’auto-organisation politique, les universitaires et les industriels l’ont discrètement déployée pour construire internet, puis le Web.</p>
<p>Le réseau découle de l’interconnexion d’une multitude d’initiatives, souvent redondantes ou concurrentes, militaires ou civiles, publiques ou privées. Personne n’a écrit un cahier des charges, un plan directeur, personne n’a supervisé de manière centralisée le développement du Net. Quand plusieurs réseaux ont coexisté, il a fallu les interconnecter, donc trouver un protocole commun. La nécessité a créé le Net.</p>
<p>Les concepteurs ont essayé des nombreuses technologies, pour la plupart écartées, mais certaines comme le Web se sont propagées. Les organismes de normalisation sont apparus après pour entériner les innovations et suggérer des pistes d’exploration, sans jamais imposer quoi que ce soit.</p>
<p>Des acteurs de tout horizon et de toute nationalité s’auto-organisèrent, créant en quelques années le plus grand système jamais bâti par l’humanité. Dans le même temps, en France, l’approche pyramidale accoucha du Minitel, une impasse technologique.</p>
<p>L’auto-organisation n’est plus une utopie.</p>
<p>Les prophètes antitechnos l’ont d’ailleurs compris. Ils critiquent internet, les réseaux sociaux, les blogs, la mobilité… avec un projet délibéré&nbsp;: nous devrions rendre nos armes, nous soumettre sans broncher.</p>
<p>Privés des technologies numériques, nous serions incapables de complexifier la société et d’en perturber le pilotage. Nous ferions les beaux jours des chefs en tout genre. Incapables de nous auto-organiser, nous leur offririons les moyens de resserrer leur emprise sur nous.</p>
<p>Le retour à la nature, c’est le retour à la dictature.</p>
<p>Mais prenons garde de ne pas communiquer à travers un seul canal à son heure facile à contrôler. Cultivons la diversité. Évitons les passages obligés. Sachons les contourner si nécessaire.</p>
<p>Nous ne reconstruirons la société qu’avec les hackers.</p>
<p>Le hacker excelle dans les technologies qui peuvent être mises en œuvre dans un garage ou un appartement, sans infrastructure couteuse, sans machines monumentales. Le hacker détient la puissance dont jadis seuls les industriels disposaient. Artisan technologique, il exerce ses talents en informatique, en mécanique, en génétique. Peu à peu, il conquiert tous les champs d’expertise.</p>
<p>Le monde devient réellement complexe quand les individus disposent d’autant de puissance que les armés. Alors plus rien ne nous empêche de travailler à nos rêves.</p>
<h3>Y’en a marre de travailler pour les banquiers</h3>
<p>Certains parmi nous héritent de privilèges. Jadis c’était celui d’être noble, maître, esclavagiste, aujourd’hui, c’est le privilège de fabriquer de l’argent pendant que les autres travaillent pour le gagner.</p>
<p>Quand nous confions 1 euro à notre banque, elle en prête 10, parfois 20. Grâce à cet effet de levier, elle fabrique donc jusqu’à 19 euros <em>ex nihilo</em>&nbsp;! Les banques centrales se contentent de faire les comptes. Et nous travaillons.</p>
<p>En 1988, le prix Nobel d’économie Maurice Allais écrit&nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.</p></blockquote>
<p></em>Ne persécutons pas pour autant les banquiers. La création monétaire est nécessaire au bon fonctionnement de la société. Quand nous lançons des services, produisons des films, publions des textes, nous ne dévalorisons pas les plus anciens. Nous enrichissons la société. Cet accroissement de valeur doit s’accompagner d’un surplus de masse monétaire.</p>
<p>Dans un monde pyramidal, cette création ne pouvait qu’être centralisée. Dans un monde en réseau, elle doit se distribuer entre chacun de nous (on parle de dividende universel). Les banques continuent à prêter de l’argent, mais elles n’ont plus le privilège d’en créer.</p>
<p>Comment réussir ce tour de force&nbsp;? Comment faire disparaître la noblesse banquière&nbsp;? Par la violence. Et après&nbsp;? La revendication . Et après&nbsp;? Il n’existe qu’une solution&nbsp;: la reconstruction d’un autre système.</p>
<p>1/&nbsp;Ne confier son argent qu’aux banques qui refusent la création monétaire .</p>
<p>2/&nbsp;Limiter l’usage du crédit. Dans une société pyramidale, on grimpe, brille, domine, les possessions matérielles symbolisent la réussite. Dans une société en réseau, on communique, interagit, échange. L’argent est tout au plus un facilitateur.</p>
<p>3/&nbsp;Utiliser autant que possible des monnaies alternatives qui proposent la création monétaire décentralisée.</p>
<p>Si nous appliquons cette stratégie, le système bancaire transitera vers l’auto-organisation. Nous n’avons pas à réclamer des têtes, juste à propager une prise de conscience. Mais ne soyons pas naïfs, les privilégiés se défendront jusqu’à la mort.</p>
<p>Nous aurons des alliés. Ne nous trompons pas d’objectif. Ne nous laissons pas enfermer par les idées reçues. Ne nous jetons pas sur les riches. Ne croyons pas que la taxation résoudra tous nos problèmes.</p>
<p>Un fait a longtemps été mal compris&nbsp;: posséder plus n’implique pas prendre aux pauvres, mais capter une part plus grande de la création monétaire. Plus on fabrique d’argent, plus on creuse l’écart entre les pauvres qui au mieux travaillent et les privilégiés qui bénéficient directement ou indirectement de la création monétaire.</p>
<p>Sans casser ce mécanisme, on n’a aucune chance de rééquilibrer la société. Plutôt que de plafonner les salaires (la fin des gros revenus n’entraînant pas la fin de la pauvreté), instaurons le dividende universel inconditionnel. En partie financé par la décentralisation de la création monétaire, il conduit à la fin de la spéculation (une fois privé de l’effet de levier, les banques n’offriront plus des intérêts faramineux).</p>
<h3>Y’en a marre de se contenter de crier</h3>
<p>Si nous nous disons contre le capitalisme, nous renforçons le capitalisme, ne serait-ce qu’en fédérant contre nous ceux qui le défendent encore. Être contre une chose moribonde, c’est en faire le jeu. Ne vaut-il pas mieux l’ignorer et passer outre&nbsp;?</p>
<p>L’auto-organisation ne va pas contre. C’est une force de travail et d’action. Nous ne pouvons être contre quelque chose qui existe sur un plan idéologique étranger au nôtre. Un point d’une droite ne combat pas le point d’une autre droite. Il ne nous reste qu’à construire. Si nous jugeons le capitalisme inapproprié, vivons peu à peu selon d’autres principes, dans un autre espace-temps.</p>
<p>Au début d’internet, les développeurs n’abandonnèrent pas immédiatement le courrier postal et ne débranchèrent pas tout de suite leurs téléphones. Les nouvelles habitudes s’installèrent à leur rythme. Les actions auto-organisées commencent lentement, piétinent, puis, une fois un seuil franchi, elles épousent une progression exponentielle que plus personne ne peut interrompre.</p>
<p>L’auto-organisation exige patience et confiance.</p>
<p>Apparemment, au moins trois raccourcis existent.</p>
<p>1/&nbsp;On demande au pouvoir de répondre à nos exigences. En théorie, il pourrait agir vite, par ordonnance. En pratique, il ne règlera aucun des problèmes induits par la structure pyramidale de la société dont il est lui-même un des garants.</p>
<p>2/&nbsp;Comme les anarchistes espagnols en 1936, on détruit ce qui ne nous plait pas. Après, il ne reste qu’un champ de ruines où les structures de pouvoir les plus promptes à ressurgir seront celles qui conservent d’anciennes racines (d’autant que la destruction a simplifié la société au point où la dictature apparaît comme le régime le plus efficace).</p>
<p>3/&nbsp;On prend le pouvoir, on se coule dans les structures préexistantes pour les réformer de l’intérieur. Malheureusement, ces structures écrasent les hommes et les femmes les plus volontaires et elles les pervertissent.</p>
<p>Ces raccourcis conduisent à ce que rien ne change malgré quelques illusoires promesses. En politique, la ligne droite n’est pas le plus court chemin.</p>
<p>Prenons plutôt conscience de notre progression&nbsp;: nous sommes déjà pour une grande part auto-organisés&nbsp;! Le trafic routier, la forme des villes, les flots de piétons dans les métros… Un Président directeur général ne chapeaute pas chacun des secteurs de notre vie. Sur cette base, lançons-nous, levons les derniers verrous, accélérons le processus de transition.</p>
<p>L’auto-organisation ne peut naître que dans l’ancienne société pyramidale (elle boote à l’intérieur&nbsp;: elle utilise le code existant pour en installer un nouveau ). Elle la subvertit peu à peu en même temps que la complexité s’accroit.</p>
<p>Respectons le droit, tout en inventant des droits nouveaux et dépendants des communautés. Quand ces droits se heurtent, comme c’est déjà le cas entre pays, cherchons des compromis, imaginons un droit unifié (du type des droits de l’homme). Ainsi un nouveau droit général émergera et se substituera à l’ancien, sans que ne se produise de béance juridique ou législative .</p>
<p>Prenons garde toutefois de ne pas désigner une assemblée constituante pour écrire les règles canoniques de notre société. Si l’assemblée est peu nombreuse, sa simplicité structurelle favorisera en son sein l’autoritarisme, donc des décisions contraires à l’auto-organisation. Les membres de l’assemblée légifèreront pour leur profit ou celui de leurs amis. S’ils ont été élus, ils sont déjà les représentants de structures partisanes, donc empêtrés définitivement dans le modèle pyramidal. Le tirage au sort permet d’échapper à ce piège, mais il doit être associé à une assemblée de plusieurs milliers de personnes. En vérité, il semble préférable d’ouvrir l’assemblée à toutes les bonnes volontés. Écrire une constitution exige beaucoup de travail, seuls les plus valeureux auront un impact sur elle. L’assemblée constituante n’est pas désignée, elle se constitue elle-même du moment que son idée a été acceptée.</p>
<p>Elle reste nécessaire. L’auto-organisation ne rime pas avec anomie&nbsp;: absence de lois. Une multitude ne peut s’auto-organiser que si les acteurs respectent des règles&nbsp;: interconnexion, transparence, polyphonie, refus de la représentation, barcamp… autant de principes de travail mis en œuvre tout au long de l’histoire d’internet puis du Web. À ces règles pratiques, s’ajoutent des règles particulières qui dépendent des objectifs de la communauté. Elles s’inventent en même temps que les essais et les erreurs se multiplient et que la constituante les entérine.</p>
<h3>Y’en a marre d’étudier sans travailler</h3>
<p>Le déploiement d’internet nous a révélé la puissance de l’auto-organisation, cette forme d’organisation sociale tournée vers l’action pratique. Dès qu’une foule de plus d’un millier d’hommes et de femmes se rassemble, il est temps de s’entraîner . Pour montrer notre bonne volonté, commençons par des gestes concrets au quotidien&nbsp;: servir des repas gratuits, nettoyer des rivières ou des plages, cultiver des jardins partagés, monter des spectacles, tenir des universités au centre des villes, rénover des bâtiments publics délaissés , accepter le paiement en monnaies alternatives…</p>
<p>L’argent n’étant alors plus rare puisque les banques n’ont plus le privilège de le créer, le travail devient lui-même abondant. Le chômage n’avait pour but que d’entretenir la peur. À cause de cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, nous nous sommes persuadés que seuls quelques nantis, les salariés, changeaient le monde, et encore dans les conditions particulières d’un système monétaire unifié. Quelle étrange idée&nbsp;? Comment avons-nous fait pour y croire aussi longtemps&nbsp;?</p>
<p>Nicolas Auray, le sociologue des hackers, écrit &nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>Les nouvelles technologies internet se sont constituées en donnant la prééminence à l’expérimentation sur l’intériorisation, aux tâtonnements incertains sur les apprentissages formels, au jeu et au défi sur l’examen scolaire. Elles ont ainsi structuré des communautés sceptiques, ouvertes et curieuses.</p></blockquote>
<p></em>Nous devons devenir hacker. Transformer la société par jeu, guidés par le plaisir, l’envie d’explorer et d’éprouver les possibilités qu’offre le monde. Nous ne sommes plus limités, rangés dans des cases, accrochés à des rails qui nous mènent sans escale à la mort. Nous empruntons des voies de traverse. Zigzaguons. Serpentons. Allongeons le trajet pour que notre vie nous paraisse plus intense.</p>
<p>Auray ajoute&nbsp;:</p>
<blockquote><p><em>L’excitation pour l’incertain, pour l’incertitude, pour le défi, pour le hasard, fournit des motifs puissants dans des situations d’affaiblissement de l’intérêt pour la chose publique.</p></blockquote>
<p></em>Il ne s’agit pas tant d’un désintérêt pour la chose publique que d’un désintérêt pour <em>leur chose publique</em>. Une autre société s’invente pendant que l’ancienne se délite. Elle n’a plus qu’un attrait archéologique. Comme toute nouvelle civilisation, usons des vestiges pour construire nos villes.</p>
<h3>…</h3>
<p><em>C’est une certitude&nbsp;: dans trois heures le soleil explosera. Les uns se tiennent immobiles au bord de la mer, les yeux perdus dans l’infini&nbsp;; les autres n’ont pas cessé de se quereller et de s’accuser de leurs maux. Les uns approchent du sommet de la montagne, dans la neige éblouissante&nbsp;; les autres s’enivrent et dansent. Les uns pleurent ou tremblent de panique&nbsp;; les autres rêvent encore de tomber amoureux. Les uns acceptent leur destin, les autres ne veulent pas le regarder en face. Ils attendent sans y croire que le soleil explose. Pour eux, le lendemain ressemble nécessairement aux jours d’avant.</em></p>
<p> </p>
<p><strong>Remerciements</strong></p>
<p>J’écris ce texte sans accès Internet (dont je me suis déconnecté volontairement pour mener une expérience). Didier Millotte m’a parlé du mouvement Ya Basta en Espagne, il m’a entrainé à Montpellier sur la place de la Comédie, il m’a donné envie de résumer mes idées au sujet de l’auto-organisation. Michel Négrel m’a révélé le lien possible entre la révolte tunisienne et Spinoza. François Bon a accepté de publier ce texte sans que je sois capable le propulser moi-même sur le réseau.</p>
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		<title>Ces écrivains qui ne sont pas écrivains</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Mar 2011 09:19:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>
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		<description><![CDATA[Je reprends la bobine déroulée par Éric Chevillard et je vais tenter d’en tirer quelques fils plus abrasifs sur la réalité de notre littérature contemporaine. Tous ces romanciers qui ne bloguent pas, qui ne s’adonnent pas aux timelines, aux feedbacks incessants de leurs lecteurs, ne vivent pas dans notre temps, ils ne peuvent même pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reprends <a href="http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article880">la bobine déroulée par Éric Chevillard</a> et je vais tenter d’en tirer quelques fils plus abrasifs sur la réalité de notre littérature contemporaine.<span id="more-21463"></span></p>
<p>Tous ces romanciers qui ne bloguent pas, qui ne s’adonnent pas aux timelines, aux feedbacks incessants de leurs lecteurs, ne vivent pas dans notre temps, ils ne peuvent même pas le percevoir, comment pourraient-ils en parler dans leurs œuvres&nbsp;? En parlant d’œuvres, il n’en est point. Juste des paquets de texte au mieux commercialement attractifs pour ceux qui se sont attardés dans le xxe siècle.</p>
<p>Je ne nie pas <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/03/18/je-ferme-mon-blog/">la nécessité pour un auteur de s’abstraire du flux</a>, de produire des textes en vase clos, mais je pense que, sans la pratique du flux, ces textes ne peuvent tout au plus que poursuivre une vague nostalgie désuète qui indiffèrera nos descendants et qui, en attendant, m’agace.</p>
<p>À force de vivre avec pour fenêtre sur le monde TF1 et les vieux médias top-down, on ne vit plus dans le monde, mais dans un parc d’attractions. Et toute lecture qui en découle n’en est que plus factice. On célèbre en usant de critères esthétiques dépassés et on invente un panthéon déconnecté de la contemporanéité. Les auteurs innombrables qu’évoque Chevillard ne sont tout simplement pas des auteurs.</p>
<p>J’ai écrit qu’<a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/">un auteur qui ne serait pas cyborg ne serait pas auteur</a>. J’ai écrit qu’<a href="http://blog.tcrouzet.com/edition-interdite/">un auteur qui ne pratiquerait pas l’autopublication, ce que je fais en cet instant même, ne serait qu’un réactionnaire</a>. Je peux tirer un constat de ces deux assertions&nbsp;: les auteurs qui ne pratiquent pas le flux manquent d’intelligence et ne veulent surtout pas que la société se transforme. Que peut-on attendre de tels artistes&nbsp;? Ne cherchez pas. Lisez les auteurs des siècles passés, ils ont déjà tout dit à leur place.</p>
<p>Ces auteurs qui refusent le flux se positionnent encore dans la chaîne du livre. Il y avait un premier maillon, un second, un dernier maillon, faible, le lecteur. Nous, homofluxux, nous plaçons dans un écosystème&nbsp;: décentré, sans haut, sans bas, où tout le monde interagit constamment. Nous pratiquons cette littérature vivante en même temps que nous vivons.</p>
<p>Et si je projette <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/03/18/je-ferme-mon-blog/">de me déconnecter de ce flux</a>, ce n’est pas pour le nier, c’est pour en analyser à distance les merveilles, pour questionner le vieux monde dominé par les chaînes.</p>
<p>Nous pouvons sans nous renier écrire des textes homothétiques, ces textes imprimables éventuellement sur le papier, mais nous ne pouvons leur donner de la force, de la nécessité, du sens, que si nous sommes par ailleurs des habitants de l’écosystème fluxiste (je m’amuse avec ces dérivés de flux, mais il faudra bien de nouveaux mots pour parler de ce que nous expérimentons).</p>
<p>Des chaînes à l’écosystème, c’est la révolution de notre temps. Elle se joue sur le terrain politique comme artistique. Ceux qui forgent les maillons sont nos adversaires. Alors, contrairement à Chevillard, je ne suis pas surpris qu’ils ne nous rejoignent pas en plus grand nombre.</p>
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		<title>Tunisie, Égypte, Lybie… un tsunami sans frontière</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Feb 2011 10:37:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Alternative nomade]]></category>
		<category><![CDATA[Politique 2.0]]></category>
		<category><![CDATA[technosphère]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans Le Point, le politologue Antoine Basbous a déclaré, en parlant des révoltes dans le monde arabe, «&#160;C&#8217;est un tsunami qui ne connaît pas de frontières, et qui va toucher tous les pays arabes ou islamiques d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre.&#160;» Quelle étroitesse d’esprit. Pourquoi la révolte s’arrêterait au monde arabe ou même à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans <a href="http://www.lepoint.fr/monde/la-peur-a-change-de-camp-21-02-2011-1298005_24.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20110222"><em>Le Point</em></a>, le politologue Antoine Basbous a déclaré, en parlant des révoltes dans le monde arabe, «&nbsp;C&#8217;est un tsunami qui ne connaît pas de frontières, et qui va toucher tous les pays arabes ou islamiques d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre.&nbsp;» Quelle étroitesse d’esprit.<span id="more-21310"></span></p>
<p>Pourquoi la révolte s’arrêterait au monde arabe ou même à la Chine&nbsp;? La crise contemporaine frappe la globalité du monde même si elle s’exprime de manière différente dans les différentes zones géographiques et sous les différents régimes politiques.</p>
<p>Hier, une amie d’Isabelle, brillante politologue qui enseigne aux États-Unis, lui soumet dans un mail une question qui la travaille en ce moment&nbsp;:</p>
<blockquote><p>Comment est-on passé de la révolution Internet à la révolution par Internet&nbsp;?</p></blockquote>
<p>Pour moi, les deux mouvements n’ont jamais été séparés. Les promoteurs du Net ont toujours défendu l’idée qu’Internet était une arme d’émancipation. J’ai travaillé cette idée dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/le-peuple-des-connecteurs/"><em>Le peuple des connecteurs</em></a>, <a href="http://blog.tcrouzet.com/le-cinquieme-pouvoir/"><em>Le cinquième pouvoir</em></a> et <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>.</p>
<p>Bien sûr, il ne suffit pas de disposer d’une arme pour que les choses changent d’elles-mêmes. Il faut apprendre à l’utiliser et aussi savoir quoi en faire. Il faut veiller à ne pas se tirer une balle dans la tête ou laisser des truands s’en emparer sans savoir leur résister. Mais personne ne doute qu’Internet est une arme. Les dictateurs arabes nous en ont donné la preuve. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/01/29/egypte-deconnectee-du-cerveau-global/">Quand ils ont paniqué, ils ont coupé le Net.</a></p>
<p>Je me souviens qu’il y a quatre ou cinq ans, les journalistes me riaient souvent au nez quand je parlais d’Internet comme une arme et que je disais que nous avions la «&nbsp;possibilité&nbsp;» de construire avec cette arme une nouvelle société. Aujourd’hui, cette idée est devenue une banalité. Dans <em>Le Point</em>, Antoine Basbous, déclare&nbsp;:</p>
<blockquote><p>La nouvelle génération est celle d&#8217;une jeunesse décomplexée, qui n&#8217;a pas subi la répression de ses parents et dispose d&#8217;Internet. Grâce à cet outil, il est devenu impossible de mener comme autrefois une répression illimitée, à huis clos, sans que cela se sache. Le &#8220;seuil&#8221; de la répression s&#8217;est établi à trois cents morts, il est devenu trop bas pour empêcher la chute d&#8217;un régime. Aujourd&#8217;hui, Kadhafi a coupé le téléphone, chassé les rares journalistes étrangers, brouillé toute une série de chaînes autour d&#8217;Al Jazeera qui faisaient des directs en continu. Et, malgré cela, des Libyens partent en Tunisie et en Égypte poster ce qu&#8217;ils ont réussi à enregistrer depuis leur téléphone portable. Ces dictateurs avaient appris à réprimer des mouvements islamistes. Ils sont confrontés aujourd&#8217;hui à leur jeunesse, et une jeunesse connectée au reste du monde. Ils ne savent pas comment réagir.</p></blockquote>
<p>Mais croyez-vous que tous nos intellectuels aient vu la lumières en l’affaire de quelques mois&nbsp;? Ont-ils acquis une compréhension soudaine des phénomènes en jeu&nbsp;? J’en doute. Ils mettent Internet partout parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ils n’ont jamais anticipé ce qui est en train de se produire, jamais cherché à analyser les mécanismes, et ils n’y comprennent rien.</p>
<p>Dans son mail, l’amie d’Isabelle remarque que, quand elle parle de la force émancipatrice d’Internet avec ses étudiants américains, ils évoquent en priorité la liberté d’expression. Nos intellectuels ne poussent guère plus loin leur analyse.</p>
<p>Je ne nie pas que quand on peut s’informer, quand on peut entretenir un bouche à oreille planétaire, on s’arme idéologiquement et se prépare à la résistance. Mais c’est loin d’être une explication suffisante.</p>
<p>Un exemple. En Occident, depuis 2007, nous entretenons un buzz gigantesque pour dénoncer les magouilles du monde de la finance, pour réclamer la suppression des privilèges des banquiers, mais rien ne se produit. Quand les gens descendent dans la rue, c’est pour protéger leurs retraites et non pour s’attaquer au système qui les saigne et les privera de retraite. La totale liberté d’expression est insuffisante à provoquer le changement.</p>
<p>Quand on parle de liberté en général, la liberté d’expression n’est pas à mon sens la plus importante. Si je suis employé, avant de crier au monde que je suis en désaccord avec mon gouvernement, je voudrais avoir la possibilité de critiquer ouvertement mon patron et mes collègues de travail. Je voudrais avoir la possibilité de leur dire merde sans trembler de peur. J’aimerais vivre dans un monde où on peut se dire les choses importantes droit dans les yeux. La liberté d’agir est bien plus fondamentale que la liberté d’expression dans l’espace public.</p>
<p>Internet a-t-il un impact sur cette liberté d’agir&nbsp;? Je suis persuadé que oui, j’ai même essayé de le démontrer dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>. Si Internet est une arme de libération, c’est parce qu’il participe à la complexification du monde, au même titre que la démographie ou que l’interdépendance grandissante en termes économiques, politiques, alimentaires, écologiques, culturels… Il participe à la complexification et il est l’outil organisationnel idéal pour la gérer, ce qui fait de lui un des pivots de notre époque.</p>
<p>Mais comment Internet pourrait-il avoir un rôle politique alors qu’il n’est pas encore accessible par la majorité de la population&nbsp;? Ce qui importe c’est la complexité qu’ajoutent les usagers, 24&nbsp;% en Égypte. En quelque sorte, par leurs usages ils influencent même ceux qui n’accèdent pas au Net. Ils les influencent <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/11/24/la-carte-et-le-reseau-social/">en modifiant la topologie du graphe social</a>. </p>
<p>En temps de crise, par exemple une pénurie alimentaire, les gens sont obligés de se parler, d’échanger, de trouver ensemble des solutions, ils densifient alors également le réseau social et ajoutent de la complexité dans le cadre de ce que j’ai appelé <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/01/14/la-demerdocratie/">la démerdocratie</a>.</p>
<p>Ainsi, dans un pays donné, quand on combine le nombre de connectés et la densité des réseaux sociaux, économiques et culturels, on peut estimer un niveau de complexité sociale. À un moment donné, cette complexité franchit le seuil de ce qu’une dictature est capable de gérer. Il suffit alors d’un rien pour qu’elle s’écroule. Une étincelle met le feu aux poudres. À mon sens, la crise actuelle n’est donc pas spécifique au monde arabe. Toutes les dictatures sont en danger. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/29/surpopulation-implique-democratie/">La complexité du monde n’est plus dictature-compatible.</a></p>
<p>Mais au-delà des dictatures, nos démocraties représentatives sont également en danger&nbsp;; et dans nos démocraties, certaines institutions comme les banques et certains conglomérats industriels. Chez nous la complexité aussi a progressé. Notre niveau d’interconnexion et d’interdépendance est bien supérieur à celui des dictatures. Par exemple, notre autonomie alimentaire ne dépasse pas quelques semaines. Un mauvais printemps, de mauvaises récoltes, les prix montent et la grogne se propage à la surface du monde. Nous vivons dans une société de flux tendus. Une société qui se maintient dans un état critique. </p>
<p>À un moment donné, chez nous aussi, la complexité franchira le seuil qu’une démocratie représentative est capable de gérer. La moindre étincelle mettra le feu aux poudres. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/02/13/la-revolte-mediterranee/">Et le feu qui a commencé en Tunisie pourrait bien se propager jusqu’à nous.</a> D’où l’urgence d’imaginer un nouveau système d’exploitation pour nos sociétés de plus en plus complexes.</p>
<p>Si nous explosons avant d’avoir préparé le terrain, nous risquons de basculer dans le chaos. Dans la peur de cet évènement, nos pouvoirs pourraient être eux aussi tentés par la répression. Nous avons bien vu le vent de panique soulevé par Wikileaks. Nous vivons à coup sûr une période instable qui doit bien énerver ceux qui avaient annoncé la fin de l’Histoire.</p>
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		<title>La révolte ne doit pas s’arrêter de l’autre côté de la Méditerranée</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Feb 2011 10:06:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Dividende Universel]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis que les Tunisiens ont soulevé par leurs protestations un vent de liberté en Afrique du Nord, je dis souvent que les frontières de l’empire s’effritent et que bientôt son cœur aussi tombera… mais peut-être pas de lui-même comme un fruit trop mûr. Quand j’ai lancé sur Twitter et Facebook cette phrase&#160;: «&#160;La révolte ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis que les Tunisiens ont soulevé par leurs protestations un vent de liberté en Afrique du Nord, je dis souvent que les frontières de l’empire s’effritent et que bientôt son cœur aussi tombera… mais peut-être pas de lui-même comme un fruit trop mûr.<span id="more-21261"></span></p>
<p>Quand j’ai lancé sur Twitter et Facebook cette phrase&nbsp;: «&nbsp;La révolte ne doit pas s’arrêter de l’autre côté de la Méditerranée.&nbsp;», on s’est fichu de moi, me traitant de comique et m’accusant de comparer l’incomparable. On m’a dit que j’étais masochiste, que je me faisais volontairement mal. On m’a dit que je m’étais taillé le doigt et que je me comparais à un leucémique. Alors si je suis un comique, un masochiste ou un hypocondriaque, il y en a qui portent des œillères.</p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2011/02/revolte.jpg"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2011/02/revolte.jpg" alt="" title="Révoltes" width="450" height="260" class="alignnone size-full wp-image-21262" /></a></p>
<p>Imaginons un monde abominable, absolument totalitaire, régi par un dictateur omnipotent. Les esclaves ne connaissent depuis toujours que l’esclavage. Comment pourraient-ils rêver d’autre chose&nbsp;? Comment pourraient-ils concevoir une autre vie&nbsp;? Comment pourraient-ils imaginer de se révolter&nbsp;? C’est pour eux inconcevable&nbsp;!</p>
<p>Un parallèle. Comment pourrions-nous concevoir ne pas mourir&nbsp;? Nous révolter contre la mort même&nbsp;? Car il s’agit pour nous tous d’une maîtresse terrible devant laquelle nous nous inclinons tous. Qui ose défier cette dictature&nbsp;?</p>
<p>On a bien imaginé la vie après la mort. Mais personne n’imagine s’affranchir de la mort elle-même. Quand je dis «&nbsp;personne&nbsp;», je mens. En observant que des arbres qui vivaient des centaines d’années, quelques illuminés songèrent les égaler. Ils recherchèrent la fontaine de jouvence.</p>
<p>Aujourd’hui, parce que nous découvrons des organismes qui vivent des milliers d’années, certains scientifiques rêvent de prolonger nos existences au-delà peut-être du raisonnable. Ce rêve <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/02/07/nicolas-ancion-auteur-a-succes/">avec lequel joue Nicolas Ancion</a> ne s’est formé que parce quelques graines de folie s’immiscèrent dans quelques esprits avant d’y germer.</p>
<p>Revenons à notre dictature absolue. Par un concours de circonstances, imaginons un esclave qui bénéficie d’un soupçon de liberté de plus que les autres. Il devient la petite graine qui en inspirera d’autres. Des îlots de liberté se formeront peu à peu. Peut-être qu’un jour la dictature s’effondrera. Cette révolution ne sera possible qu’à cause de la graine initiale, celle qui a fait entrevoir la possibilité d’une autre vie.</p>
<p>Nous ne nous battons que pour gagner universellement ce que quelques-uns disposent déjà. Il faut quelques précurseurs. Ils peuvent être les privilégiés de l’ancien régime aussi bien que des aventuriers.</p>
<p>Quand les habitants de l’Afrique du nord voient en Europe, c&#8217;est-à-dire non loin d’eux, des hommes et des femmes jouir d’une plus grande liberté qu’eux, et aussi d’un niveau de vie plus convenable, ils désirent tendre vers eux. Les Européens sont de petites graines. Certains en déduisent que, puisque les Européens inspirent les révoltés du Maghreb, leur situation n’est pas comparable&nbsp;!</p>
<p>Mais si nous Européens n’étions pas libres, si nous ne nous étions pas battus pour cette liberté, il ne se passerait rien en Tunisie et ailleurs. Nous avons pour devoir de nous battre pour toujours plus de liberté pour que notre plus grande liberté inspire d’autres révoltes. Ce combat ne peut avoir de fin. Tant que des hommes jouissent d’une plus grande liberté que d’autres, et avec elle de privilèges, nous devons nous battre pour les rejoindre.</p>
<p>Ce n’est pas tant notre niveau absolu de liberté ou de vie qui importe que l’écart entre le nôtre et celui de ceux qui se placent au-dessus de nous. Ce delta provoque le mouvement social. Quand il devient trop important, il engendre des forces qu’aucune armée ne peut arrêter.</p>
<p>En Europe, nous avons aussi nos dictateurs. Ne nous leurrons pas. Je ne pense pas aux guignols qui siègent à nos gouvernements. Je pense plutôt aux banquiers qui ont le privilège de fabriquer de l’argent que nous autres devons gagner par notre travail. Ils ont la particularité d’être aussi fortunés que les Ben Ali ou les Moubarak. Ils ont la même capacité à imposer leurs volontés à des millions de gens qu’ils tiennent par les couilles avec les cordes d’une multitude de crédits.</p>
<p>Certes la situation absolue des Européens n’est pas comparable à celles des Tunisiens, Égyptiens, Algériens… mais, en termes de delta, il n’y a aucune différence. C’est contre les deltas que nous nous battons et que nous nous battrons toujours. Sans cette soif d’une vie toujours meilleure, l’histoire aurait pris fin depuis longtemps, nous en serions toujours dans une situation d’esclavage généralisé.</p>
<p>Ce n’est pas parce qu’il existe des peuples plus miséreux que nous que nous devons abaisser les armes. Notre combat pour la dignité humaine sert tous les hommes et toutes les femmes. Les indignités qui nous crèvent les yeux chez nous ne doivent pas être tolérées. Mais crèvent-elles réellement les yeux&nbsp;? C’est tout le problème.</p>
<p>Si on ne voit pas ce qui déraille chez nous, si on croit que nous ne faisons face qu’à quelques dérèglements mineurs, qui pourraient être réglés par une élection et un nouveau gouvernement, alors on ne peut pas comprendre la nécessité de généraliser la révolte née au sud de la Méditerranée. Je ne suis pour tous les aveugles qu’un comique. Les banquiers et leurs séides peuvent dormir tranquilles.</p>
<p>Si nous Européens attendons que les autres pays rejoignent notre niveau de liberté avant d’exiger plus de liberté, il sera trop tard. Nous aurons tué toutes les graines. L’histoire sera effectivement entrée dans un état stationnaire qui satisfera ceux qui en seront les maîtres. Et il faudra tout recommencer.</p>
<p>Les Tunisiens, les Égyptiens et les Algériens qui se battent contre leur dictature comprennent que nous devons en Europe nous battre contre la nôtre. Ils ont besoin de notre lutte. Ils ne veulent pas seulement nous rejoindre. Ils veulent avec nous aller de l’avant.</p>
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		<title>Tunisie et Égypte, des révoltes inutiles</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2011 09:19:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[technosphère]]></category>
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		<description><![CDATA[Quelle est l’origine de la grogne, puis de l’exaspération, puis de la révolution&#160;? Où est-ce que le peuple puise l’énergie de tout remettre en question&#160;? En lui-même et nulle part ailleurs&#160;! En Tunisie comme en Égypte, c’est une révolte de connecteurs. Une révolte d’hommes et de femmes qui d’égal à égal se motivent pour changer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle est l’origine de la grogne, puis de l’exaspération, puis de la révolution&nbsp;? Où est-ce que le peuple puise l’énergie de tout remettre en question&nbsp;? En lui-même et nulle part ailleurs&nbsp;!<span id="more-21223"></span></p>
<p>En Tunisie comme en Égypte, c’est une révolte de connecteurs. Une révolte d’hommes et de femmes qui d’égal à égal se motivent pour changer le monde. Sans programme politique explicite. Sans leader déclaré. Sans parti aux commandes. Sans organisation pyramidale (ce qui ne signifie pas désorganisation).</p>
<p>Que se passe-t-il après la chute du gouvernement tunisien&nbsp;? On parle immédiatement, sans guère réfléchir, d’instaurer un nouveau gouvernement. Les partis ressurgissent comme des vautours autour d’une charogne. Ils n’ont joué aucun rôle dans la révolution, mais ils entendent la récupérer. Alors cette révolution n’aura servi à rien.</p>
<p>Je suis tout cela de loin. Via quelques messages glanés sur Twitter. J’évite de consulter les médias. N’étant pas en Tunisie, je ne peux que m’insurger contre ce que je perçois. Je vous parle de mon ressenti et de rien d’autre.</p>
<p>En Égypte, j’entends qu’on rassemble les partis autour d’une table de négociation. Mais les partis n’ont pas fait grand-chose pour remettre en question l’ordre établi. Cette révolte surgit de l’interconnexion du peuple. Une interconnexion qui ne cesse de grandir et qui propage de plus en plus vite toutes les exaspérations.</p>
<p>Alors des nouveaux gouvernements seront nommés. Bientôt ils tomberont dans les mêmes travers que les précédents. C’est inévitable. La complexification du monde rend ce monde de moins en moins gouvernable par des structures de pouvoir traditionnelles. Pour essayer de sauver la face, elles glisseront toutes vers l’autoritarisme. Nous voyons cette tentation même en France.</p>
<p>En France d’ailleurs où les manifestants de l’automne 2010 ont aussi agi en connecteurs, d’eux-mêmes, sans que les centrales syndicales ou les partis ne soient à l’avant des revendications, des revendications pour le moins tous azimuts.</p>
<p>Si Sarkozy était tombé à cette occasion, que se serait-il passé&nbsp;? Absolument rien. Nous aurions voté, un nouveau gouvernement aurait répété les mêmes erreurs et nous aurions bien vite connu de nouvelles manifestations. Elles se répèteront de plus en plus souvent, de plus en plus massivement, partout. Pour le moment, le vieux monde s’effrite sur sa frontière méridionale.</p>
<p>Une fois interconnectés, les gens se parlent et plus personne ne peut les faire taire. Mais détruire pour reconstruire à l’identique ce qu’on vient de détruire c’est du temps perdu, du sang qui coule pour rien. Avant de parler de nouveaux gouvernements, il faut passer par une phase constituante. Il faut réécrire le système d’exploitation de la société. Les Islandais se sont attaqués à ce travail. Il n’y a pas d’autres possibilités.</p>
<p>Après chaque révolte, il faut imaginer des gouvernances de plus en plus décentralisées, de mieux en mieux adaptées à la complexité, de plus en plus en phase avec la structure hautement réticulaire de la société. Changer les hommes au pouvoir ne change jamais rien. C’est la nature même du pouvoir qu’il faut changer.</p>
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		<title>Nous serons les premiers</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jan 2011 20:11:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Propulseur]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai fais aujourd&#8217;hui quinze minutes de voiture et j&#8217;ai écouté France Culture ! Je suis alors tombé sur une discussion au sujet du journalisme participatif avec Philippe Couve notamment. J’ai noté des préoccupations communes à celles qui interrogent les littérateurs. À l’antenne, il a été notamment question des trois temps du travail journalistique à l’âge [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai fais aujourd&#8217;hui quinze minutes de voiture et j&#8217;ai écouté France Culture ! Je suis alors tombé sur une <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-journalisme-et-reseaux-sociaux-documentaire-la-rue-est-a-eux-2011-01-23.h">discussion au sujet du journalisme participatif</a> avec <a href="http://twitter.com/#!/couve">Philippe Couve</a> notamment. J’ai noté des préoccupations communes à celles qui interrogent les littérateurs.<span id="more-21047"></span></p>
<p>À l’antenne, il a été notamment question des trois temps du travail journalistique à l’âge 2.0. Je résume.</p>
<ol>
<li>La conférence de rédaction ouverte, avec possibilité de voir des sujets être proposés par les internautes eux-mêmes.
<li>L’investigation coopérative.
<li>La propulsion qui devient une tâche importante des journalistes mais aussi de tous les lecteurs.
</ol>
<p>À ces trois temps du journalisme correspondent <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/12/31/ebooks-gratuit-ca-marche/">trois temps littéraires</a> qui sans être identiques s’y apparentent.</p>
<ol>
<li>Si un journaliste travaille pour une entreprise, doit en assurer la rentabilité, un auteur en général travaille à son compte, et bien souvent ne se préoccupe pas de rentabilité. Il ne recherche donc pas les sujets à traiter. Les sujets s’imposent à lui et il n’a pas besoin de tenir des conférences de rédaction. En revanche, tout auteur qui est aussi blogueur sait que l’activité sur son blog influence sa pensée, sa créativité et, en conséquence, oriente son écriture.
<li>Si les journalistes pratiquent encore peu l’investigation coopérative, il me semble que du côté littéraire on a pris de l’avance. Depuis longtemps des outils comme <a href="http://www.futureofthebook.org/commentpress/">CommentPress</a> nous aident à travailler à plusieurs sur un texte, sans pour autant que la notion d’auteur disparaisse. De son côté, le blog, et les interactions qu’il induit, imprime sa marque dans l’écriture elle-même, au jour le jour. Un auteur suivant ce que j’ai appelé <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du cyborg</em></a> peut ainsi ouvrir la bouche créative. Nous sommes nombreux à nous être engagés sur cette voie depuis quelques années. Il faudra faire l’étude de cette influence, <a href="http://blog.tcrouzet.com/2011/01/22/histoire-d%E2%80%99un-texte-ecrit-grace-au-net/">qui parfois ricoche de site en site</a>.
<li>Après avoir produit une œuvre, il reste à la diffuser. Dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/propulseurs-dans-le-flux/"><em>Propulseurs dans le flux</em></a>, j’ai fait de tous les créateurs de contenus des diffuseurs. Écrivains et journalistes se retrouvent à égalité, même s’ils naviguent dans des environnements sociaux différents.
</ol>
<p>Mais la propulsion ne se résume pas à promouvoir, elle reboucle avec les deux temps précédent qu’elle nourrit sans cesse. La boucle s’est refermée. Il n’existe plus une chaîne qui irait du producteur au consommateur mais un flux continu. Une espèce de cycle de l’eau qui transporte des informations, des histoires et des rêves. Nous sommes tous devenus propulseurs.</p>
<p>Cette imbrication des trois temps, leur fusion en un continuum sans frontières définies, a de profondes conséquences. En particulier, il devient impossible d’assigner les trois moments du processus à des personnes différentes, à des professions différentes. Dans un univers en cours de fluidification et de complexification, la segmentation suivant la vieille logique cartésienne est dépassée.</p>
<p><a href="http://www.tierslivre.net/">François Bon</a> est l&#8217;exemple même de l’homme-orchestre propre au flux, l’homofluxus. Il n’est pas en haut ou en bas, il est partout en même temps. Il écrit, édite, monte sur scène, illustre, met en page… et propulse bien sûr. C’est une position inconfortable, bancale, épuisante, qui pousse parfois au découragement, mais c’est la seule où désormais nous pouvons vivre. Dans un monde complexe, sans frontière, sans limite, dominé par les feedbacks, il n&#8217;existe plus de positions stables, de perchoirs clairement étiquetés. Un homme qui veut n&#8217;en occuper qu&#8217;un, être seulement le directeur d&#8217;une maison d&#8217;édition, s&#8217;accroche à un rocher abandonné dans le passé par le flux.</p>
<p>Nous sommes les premiers homofluxus. François est l’un des premiers. Nous sommes les premiers parce que nous vivons à un embranchement historique, en tout cas pour ce qui concerne l’écrit. Notre position de premiers, gagnée parce que nous sommes nés au bon moment, ne nous garantit pas une place au regard de la postérité mais, tout moins, nous fait sentir les potentialités qui se libèrent autour de nous. Il faudrait être fou pour ne pas s’en gorger.</p>
<p>Je suis stupéfait de voir ceux qui se dressent sur la berge et crient qu’il y a trop de courant pour se baigner. Pourquoi ne plongent-ils pas avec nous&nbsp;? Le train est parti, vous ne l’arrêterez plus. Vous vous condamnez à être les derniers.</p>
<p>Si la plupart des premiers seront oubliés, vous autres le serez plus vite, peut-être du temps même de votre vie. Vous n’aurez contribué qu’à nous faire perdre du temps. Pourquoi cet acharnement, je vous le demande&nbsp;? Au nom de la tradition&nbsp;? Croyez-vous que nous n’en soyons pas nous aussi amoureux&nbsp;? Qu&#8217;est-ce que la tradition ? Sinon un flux qui s&#8217;altère de génération en génération. Si vous voulez préserver les anciens modèles, vous endiguerez le flux, vous briserez la tradition elle-même. Malgré votre attachement, vous la trahirez. Toutes les traditions sont en cause. Celle du journalisme par laquelle j’ai commencé, celle de la littérature par laquelle j’ai enchaîné, toutes les traditions au cœur desquelles l’écrit joue un rôle central.</p>
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