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	<title>Le peuple des connecteurs &#187; Coup de gueule</title>
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	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
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		<title>Civisme 2.0 : ne pas voter</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 13:36:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>

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Je n’ai pas voté une nouvelle fois et je ne voterai pas tant que la démocratie ne sera qu’un simulacre. J’ai dans Le peuple des connecteurs, et plus tard, exprimé des raisons théoriques pour ne plus voter (impossibilité de prévoir, impossibilité de contrôler la complexité, impossibilité de gouverner…), s’y ajoutent des raisons contestataires. Plus nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/15/civisme-2-0-ne-pas-voter/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/4164406096_36d558ed8a1-450x299.jpg" alt="" title="Cracked Earth, Badwater, Death Valley National Park, CA (flickr.com/photos/mrbarbosa2000/4164406096/)" width="450" height="299" class="alignnone size-large wp-image-15370" /></a></p>
<p>Je n’ai pas voté une nouvelle fois et je ne voterai pas tant que la démocratie ne sera qu’un simulacre. J’ai dans <em>Le peuple des connecteurs</em>, et plus tard, exprimé des raisons théoriques pour ne plus voter (impossibilité de prévoir, impossibilité de contrôler la complexité, impossibilité de gouverner…), s’y ajoutent des raisons contestataires. Plus nous serons nombreux à ne pas voter, à refuser de choisir entre imbéciles et andouilles, mieux nous titillerons ceux qui effectuent encore ces choix stupides et qui nient notre liberté de choix. Un jour, un seuil d’abstention sera franchi qui fera s’écrouler un système représentatif exsangue.<span id="more-15369"></span></p>
<p>Hier, dans le Languedoc, j’ai accompagné ma femme au bureau de vote. Elle a donné sa voix à Europe Écologie, c’est le choix que j’aurais fait si j’y avais été contraint. Non pas pour les plébisciter, mais pour me soustraire à leurs adversaires.</p>
<p>Dimanche prochain, ma femme aussi n’ira pas voter. Comment pourrait-elle choisir entre Frêche (extrême droite de type mitterrandien), UMP (extrême droite déguisée) et FN (extrême droite assumée) ? Elle ne votera pas et je suppose avec elle tous ceux qui ont choisi les Verts, le PS officiel ou la gauche dure. L’abstention devrait être en toute probabilité plus forte dans ma région.</p>
<p>Si les gens avaient du plomb dans la tête, il devrait en aller partout de même. Regardez les chiffres. Vous sommez les voix écologistes et Modem et vous arrivez au score de Bayrou en 2007, autour de 18%. Un hasard ? Je n’y crois pas. Parmi, ceux qui s’expriment, il y a 18 % de gens qui souhaitent une autre forme de politique. Et quand j’entends Cohn-Bendit se situer à gauche, je rigole.</p>
<p>Tu n’as rien compris. Si j’avais voté pour toi, et ma femme a voté pour toi, j’aurais voulu signifier mon rejet de la droite et de la gauche, mon rejet de l’ancien axe d’opposition. Alors quand tu t’allies avec ceux que je rejette, je ne peux pas te suivre.</p>
<p>Je me souviens d’une conversation en juin dernier, sur une terrasse parisienne, avec Sandrine Bélier, toute nouvelle eurodéputée écologiste. Je lui disais alliez-vous avec la gauche et c’est la mort. Elle me jura « jamais ». L’alliance, un an plus tard, vous l’avez déjà faite. Croyez-vous que les gens qui ont pu voter pour vous veulent de cette régression vers un programme commun ? Vous êtes bien comme les autres, seul le pouvoir vous intéresse… et ces petits avantages.</p>
<p>Alors on me dit que ne pas voter favorise le Front national. C’est quoi cette théorie ou plutôt cette rhétorique ? En 2002, au premier tour de la présidentielle : 28 % d’abstention. C’est peut-être beaucoup pour une présidentielle, mais on est loin des 53,5% des régionales 2010. Le Front national ne progresse pas avec l’abstention mais, comme l’abstention, avec l’inanité de nos politiciens. Ne confondons pas les causes et les effets.</p>
<p>Ne pas voter me paraît aujourd’hui la seule manière de militer pour une autre forme de politique. Ne pas voter n’est pas un désengagement, mais un refus des choix restreints qui nous sont offerts. Il faut ajouter au 18 % de ceux qui choisissent la troisième voix peut-être 30 ou 40 % de Français supplémentaires, ceux qui ne votent pas par dégout. La troisième voie est majoritaire en France et elle n’a aucun moyen de s’exprimer, sinon un jour, peut-être, par une insurrection généralisée.</p>
<p>Mais alors pourquoi personne n’arrive à incarner cette troisième voie ? C’est la seule question qui me paraît aujourd’hui intéressante. Bayrou tente et il sombre dans le narcissisme napoléonien. Europe écologie tente et s’acoquine avec la gauche. Rien de surprenant.</p>
<p>Cette troisième voie peut-elle être incarnée par un parti, par des candidats, par un présidentiable ? J’en doute. Si tous ces gens qui ne se reconnaissent plus dans la politique traditionnelle ont développé leur individuation, comme je le suppose, ils ne peuvent plus s’identifier à des totems tutélaires, ces doudous pour adulte, espèces d’individus transactionnels de pacotille.</p>
<p>La représentation absolutiste de nos démocraties n’est plus une forme qui convient à l’homme émancipé du XXIe siècle. Nous devons basculer vers une démocratie distribuée, une démocratie P2P, une démocratie de la responsabilité individuelle.</p>
<p>Utopie ? Préférez-vous le chaos qui se prépare quand les insatisfaits franchiront par leur nombre un seuil critique ? Nous changeons, le monde change autour de nous, la politique ne peut pas rester immuable, sinon de la fracture le sang coulera.</p>
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		<title>Le blog : forme majeure</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Mar 2010 10:07:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[
Un blog n’est pas nécessairement un ramassis de textes insignifiants et qui ne se suivent pas. Laissons le temps passer et je suis persuadé que les textes les plus importants du début du XXIe siècle auront tous été publiés dans des blogs, tout au moins en ligne en échappant au circuit de validation de l’édition [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/07/le-blog-forme-majeure/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/3417788265_5e64acbd4c1-450x297.jpg" alt="" title="Littérature (flickr.com/photos/aurelienv/3417788265/)" width="450" height="297" class="alignnone size-large wp-image-15178" /></a></p>
<p>Un blog n’est pas nécessairement un ramassis de textes insignifiants et qui ne se suivent pas. Laissons le temps passer et je suis persuadé que les textes les plus importants du début du XXIe siècle auront tous été publiés dans des blogs, tout au moins en ligne en échappant au circuit de validation de l’édition traditionnelle. Et non pas comme des billets uniques mais comme de longs chapelets de perles qui se reflètent les unes les autres.<span id="more-15176"></span></p>
<p>Tout d’abord, cette idée qu’une œuvre doit être achevée pour atteindre le summum de la création. Et <em>La recherche du temps perdu</em>, encore en chantier à la mort de Proust ? Et la correspondance de Flaubert écrite pour ne pas être publiée en tant que livre et qui forme le plus grand livre de Flaubert ? Et Pessoa qui entassé ses manuscrits dans une caisse ? Et les journaux intimes des écrivains, souvent écrits avec l’idée qu’ils seront publiés, mais presque jamais retravaillés. Achever un travail ne l’auréole pas de prestige. L’effort supplémentaire peut même tuer l’œuvre.</p>
<p>Et puis tous ces écrivains du passé qui ont travaillé comme les blogueurs aujourd’hui. Je pense à Witold Gombrowicz avec son journal, dont il publia semaine après semaine les pages. Jamais il n’avait une vue d’ensemble de l’œuvre. Il s’éparpillait souvent. Se répétait. N’empêche son journal est un des livres qui m’a le plus marqué. Je ne vois pas pourquoi un blogueur n’aurait pas la même ambition, quitte à retravailler ses billets a posteriori.</p>
<p>Vrai que Gombrowicz aussi n’a jamais vécu de sa prose, pas plus que Proust et Flaubert. Mais on s’en moque et nous n’allons pas en faire une fatalité.</p>
<p>Je prends l’exemple de mon ami <a href="http://www.fuckingkarma.com/">Pacco</a>. Il blogue et maintenant il publie des livres. Pour moi, dans ton blog, tu innoves biens plus que sur le papier. Tes planches en hauteur, tes meilleures, impossible sur le papier. Là, tout est reformaté, non pour être sublimé, mais pour revenir dans une norme ancienne. L’innovation en BD elle est en ligne. Je préfère lire ton blog, que tu juges un genre inférieur à tes livres. Le temps que tu passes à les packager, tu ne le passes pas à bloguer et donc à nous réjouir.</p>
<p>Tu me diras, si tu n’avais pas tes livres, tu passerais ton temps à faire autre chose (ce maudit marketing) et peut-être que tu bloguerais moins. C’est le bug : nous nous contentons du moins pire. Je ne suis pas d’accord. Pendant ce temps, Google et d’autres se gavent sur ce que nous donnons gratuitement à nos lecteurs. Notre travail n’est pas perdu pour tout le monde.</p>
<p>Fabriquons des produits si nous en avons le désir mais pourquoi faudrait-il s’imposer cet exercice alors que nous avons un public en ligne ? Je vais d’ailleurs me flageller. Hier, un commentateur a posté un commentaire pour tout de suite l’effacer. Voici ce qu’il disait.</p>
<blockquote><p>Selon moi, vous feriez mieux de passer votre chemin devant la carrière d&#8217;écrivain. Vous ne le serez jamais à moins de monter votre propre maison d&#8217;édition et de publier d&#8217;autres auteurs que vous pour finir les fins de mois. Et là je parle en connaissance de cause car j&#8217;ai eu l&#8217;occasion (malheureuse) de lire il y a très longtemps un de vos manuscrits &#8220;Moi Je&#8221;. Pathétique ! Je constate que votre style n&#8217;a vraiment pas changé même si vous ne faîtes plus de d&#8217;abus du &#8220;toutefois&#8221; et &#8220;cependant&#8221;. Le blog vous a sans doute sauvé de la frustration. Cessez de pester contre les éditeurs littéraires. Ressortez la barque de votre père et allez pêcher des anguilles devant chez vous.</p></blockquote>
<p>Que de paradoxes dans ces quelques lignes. Vous mes lecteurs n’avez donc aucun goût, aucun sens de la mesure, vous vous abaissez dans les égouts de la littérature. En résumé, vous êtes des lecteurs sans qualité, méprisables. Comme je reste punk, ça me convient plutôt j’avoue… mais vous imaginez combien je suis énervé par cette intervention.</p>
<p>Tout d’abord l’idée, jamais loin, que pour être écrivain il faut boucler ses fins de mois avec ses droits. Il se trouve que j’ai eut cette chance pendant plus de dix ans. Ça prouve quoi ? Rien. Aussi bien pour ceux qui gagnent que pour ceux qui ne gagnent pas.</p>
<p>Que penser de quelqu’un qui vous juge insignifiant et qui, plus de vingt ans après, se souvient de vous et vient vous envoyer une méchante pique ? Puis qui se ravise, peut-être par mauvaise conscience, je n’y crois même pas. N’est-ce pas plutôt une démonstration de ce qu’est le vieux monde de l’édition ? Une démonstration de ce mépris du blog ? Alors que nombre de blogueurs sont bien plus lus que n’importe quel écrivain intronisé par l’édition nombriliste.</p>
<p>Je continue à me prendre en exemple. Quand je ne donne pas dans le populisme, mon blog reçoit mensuellement 20 000 visiteurs uniques qui consultent en moyenne cinq billets (je ne compte pas les 5 000 abonnés au flux qui lisent par intermittences). Pas de quoi crier victoire.</p>
<p>Je peux néanmoins me livrer à un calcul amusant (et débile). Supposons que mes billets équivalent à quatre pages d’un livre (certains comptent pour dix ou quinze). Mes lecteurs lisent chaque année 20 000*12*4*5 soit 4,8 millions d’équivalent pages papier de Crouzet, soit près de 20 000 livres de 250 pages (OK je ne sais pas s’ils lisent jusqu’au bout… mais je ne compte pas tous les lecteurs, ceux qui me lisent ailleurs que sur mon blog).</p>
<p>Ce calcul ne veut rien dire mais il montre qu’un blogueur n’a rien à envier à la plupart des auteurs publiés sur le papier. Les gens qui nous lisent en ligne ne sont pas plus cons que ceux qui lisent des livres. Ils ont parfois de la culture, souvent des exigences esthétiques. Nous leur devons le respect. Nous leur devons de pousser plus loin notre art. Nous leur devons de la franchise qu’ils nous rendent en retour.</p>
<p>Merde. Le blog permet de dire des choses importantes d’une manière qui ne convient pas au livre. Comment croyez-vous que Nietzsche aurait publié aujourd’hui <em>Le gai savoir</em> ? Parmi tous ces équivalents livres qui se diffusent chaque année, parions que se cachent les gais savoirs de demain.</p>
<p><em>PS : Si vous avez lu ce billet jusqu’au bout, vous avez lu l’équivalent de quatre pages livre de Crouzet. Allez savoir combien réellement les gens lisent de pages de BHL.</em></p>
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		<title>L’intelligence des foules conditionnelle</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/03/05/le-president-russe-bourre/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 20:32:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>

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		<description><![CDATA[
Quand de telles photos circulent sur le Web, les foules s’excitent et crient au scandale, sans même chercher leur origine, à savoir s’il y a manipulation ou non. Nous sommes bien loin s’assister à une manifestation de l’intelligence collective.
Dans un intéressant billet, François Lessard nous met en garde contre l&#8217;ochlocratie numérique, c&#8217;est-à-dire le moment où [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/05/le-president-russe-bourre/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/g81-449x351.jpg" alt="" title="g81" width="449" height="351" class="alignnone size-large wp-image-15120" /></a></p>
<p>Quand de <a href="http://images.google.fr/images?um=1&#038;hl=fr&#038;client=firefox-a&#038;hs=z3e&#038;rlz=1R1GGGL_fr&#038;tbs=isch%3A1&#038;sa=1&#038;q=Medvedev+drunk+G8&#038;btnG=Rechercher&#038;aq=f&#038;oq=&#038;start=0">telles photos circulent</a> sur le Web, les foules s’excitent et crient au scandale, sans même chercher leur origine, à savoir s’il y a manipulation ou non. Nous sommes bien loin s’assister à une manifestation de l’intelligence collective.<span id="more-15119"></span></p>
<p>Dans <a href="http://deuxsecondes.blogspot.com/2010/03/de-lochlocratie-numerique.html">un intéressant billet</a>, François Lessard nous met en garde contre l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ochlocratie">ochlocratie</a> numérique, c&#8217;est-à-dire le moment où les foules lyncheuses prennent le pouvoir et où leur folie oublie l’intérêt collectif.</p>
<p>Ce phénomène n’est pas nouveau, il est propre à la démocratie extrême, quand chacun des citoyens a le droit de s’exprimer. Athènes a connu le phénomène. En 415, la foule provoqua  une <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9dition_de_Sicile">guerre suicidaire et désastreuse en Sicile</a> raconte Jacqueline de Romilly dans <em>Problèmes de la démocratie grecque</em>.</p>
<blockquote><p>[…] le peuple est ignorant, et s’aggrave avec l’expérience qui révèle en lui des passions violentes […] écrit-elle dans le chapitre <em>L’aveuglement populaire</em>. […] mû par des sentiments, qui sont toujours incontrôlés et souvent impétueux. […] l’exaltation du plus grand nombre paralyse ou entraîne les plus raisonnables. […] quand des milliers de personnes criaient, riaient, et s’entraînaient les unes les autres. […] La foule cède à l’entraînement du moment, puis le regrette.</p></blockquote>
<p>Dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a> (seconde partie), je montre que nous ne pouvons éviter ce piège qu’à condition que chacun des membres qui compose la foule soit individué, de façon à lutter contre le désir mimétique. Cela ne passe que par une initiation individuelle.</p>
<p>Pour éviter l’aveuglement populaire, il faut éclairer le peuple, c’est-à-dire instruire chacun des citoyens. Imaginons une équipe de foot composée uniquement de gardiens ou d’attaquants. Quelle chance a-t-elle contre une équipe composée de joueurs plus individués ? Aucune. La diversité accroît l&#8217;intelligence collective.</p>
<p>Nous avons deux choix. Soit nous bridons le pouvoir des individus pour empêcher qu’ils se groupent en foules lyncheuses (ce qui revient à brider le Net), soit nous favorisons l’initiation des individus (ce qui revient à favoriser l’éducation). Je ne vois pas d’autres possibilités. Les foules ne peuvent être intelligentes que si en mêmes temps les hommes et les femmes s’individualisent.</p>
<p>Mettez une arme de destruction massive (le Net) entre les mains d&#8217;une foule stupide et le chaos n&#8217;est pas loin.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=15119&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Vivre pour écrire ou écrire pour vivre</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/03/05/vivre-pour-ecrire/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:04:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>

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Je suis fatigué d’entendre dire qu’il faut offrir ses textes sous prétexte qu’ils sont publiés sur un blog et qu’il faut gagner sa vie autrement. Vous voulez donc que je ressorte la barque de mon père et que j’aille pêcher des anguilles devant chez moi ? Ou que je redevienne journaliste ? Ou que je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/05/vivre-pour-ecrire/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/2671045923_b5c35c9ae71-450x299.jpg" alt="" title="To write (flickr.com/photos/ouileonie/2671045923/)" width="450" height="299" class="alignnone size-large wp-image-15096" /></a></p>
<p>Je suis fatigué d’entendre dire qu’il faut offrir ses textes sous prétexte qu’ils sont publiés sur un blog et qu’il faut gagner sa vie autrement. Vous voulez donc que je ressorte la barque de mon père et que j’aille pêcher des anguilles devant chez moi ? Ou que je redevienne journaliste ? Ou que je redevienne salarié et m’agenouille devant un potentat ?<span id="more-15094"></span></p>
<p>Alors on me conseille d’écrire des livres, de les vendre en librairie, de vivre ainsi (ce que j’ai longtemps fait). Cette proposition sous-entend que le blog est un genre inférieur. Je pense le contraire. Je pense qu’il est aujourd’hui le seul genre littéraire novateur et que le livre vivote sur une ancienne économie qui n’a plus aucun rapport avec la création.</p>
<p>Certains bloguent pour partager des idées (ils sont minoritaires – relayer les conneries de la presse n’est pas partager des idées). La plupart bloguent pour se promouvoir. Dans cette catégorie, les rares auteurs blogueurs tentent de vendre leurs livres et de se rappeler à la mémoire de leurs lecteurs. Comme le suggère François Bon, nous pouvons renverser le paradigme. Si je publie à l’avenir des livres, ce sera pour légitimer le blog.</p>
<p>Certes mon blog est mon atelier, mais il se trouve que je préfère les œuvres d’atelier à celles qui arrivent jusqu’au musée. De Flaubert, je préfère la correspondance. De nombreux peintres, je préfère les esquisses. Tout cela tient sans doute à mon rejet de l’idéalisme platonicien. Dans l’œuvre inachevée et en perpétuel devenir, il y a pour moi plus de vie que dans l’œuvre définitive. Le blog est une forme dynamique qui n’a aucune raison de rester accessoire.</p>
<p>Ce qui me paraît extraordinaire c’est que des lecteurs viennent me dire qu’ils ne sont pas prêts à payer ce qu’ils viennent de lire. Alors, ne lisez plus. À ce jour, je ne vous ai jamais demandé de l’argent, je ne le fais toujours pas, j’ai encore la chance de subvenir à mes besoins. Je mène cette réflexion pour tous les auteurs qui ont moins de chance que moi. Je pense à <a href="http://theoriedestendances.com">Pierre Fraser</a> par exemple qui cherche en ce moment un travail et cesse de consacrer tout son temps à ses recherches. Je pourrais citer des auteurs plus connus, plus lus, qui sont dans la même situation.</p>
<p>Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la logique du gagnant gagnant. Le lecteur gagne, l’auteur ne gagne pas. Qu’on ne me sorte pas cette histoire de notoriété. Ça marche pour celui qui a quelque chose à vendre à côté, pas pour celui qui se considère comme un auteur et qui considère le blog comme une forme noble.</p>
<p>Bien sûr nous gagnons tout de même sinon nous aurions arrêté depuis longtemps de bloguer. Nous nous nourrissons des interactions qui nous poussent en avant. C’est précieux. Mais, à force d’aller de l’avant, l’auteur risque de se retrouver dans le vide avec plus rien le soir dans son assiette.</p>
<p>Pourquoi ne serait-il pas possible de mener au XXIe siècle une vie d’auteur ? Je ne dis pas que tous les textes doivent être payants, ce serait une mauvaise idée, je pense juste que nous devons inventer une économie qui soutienne la création (<a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/01/billets-rares-et-payants/#comment-75420">pourquoi pas sur le modèle des AMAP comme le suggère julien</a>). Il est vrai que les auteurs ont rarement gagné leur vie, ce n’est pas une raison pour se satisfaire de cette situation.</p>
<p>Quand on me dit de publier des livres et de les vendre à la Fnac, est-ce sérieux ? Regardez ce qui se vend ! Si l’on veut gagner avec une création, il faut produire ce que les gens attendent non ce qui les dérange. Il faut écrire pour les trentenaires dans la crise de la trentaine, pour les quadragénaires dans la crise de la quarantaine… ou il faut faire semblant d’être philosophe. Cela exige un talent marketing qui a peu de rapport avec la création et qu’un créateur possède rarement.</p>
<p>Après avoir analysé les déplacements des gens grâce à leur mobile, Albert-László Barabási vient de publier une <a href="http://www.newscientist.com/article/mg20527495.600-cellphone-traces-reveal-youre-so-predictable.html">étude</a> qui montre que nous nous déplaçons presque tous de la même façon. Il y a bien deux groupes, les sédentaires et les nomades, mais tous se comportent de la même façon. Rares sont ceux qui échappent au mimétisme. Nous sommes en général prévisibles. Il ne s’agit pas là du mimétisme psychologisant de Girard. Simplement, nous nous ressemblons et agissons presque tous de la même manière, malgré notre cortex supérieur et notre conscience réflexive.</p>
<p>Quand je donne des exemples d’auto-organisation chez les animaux, on me renvoie notre humanité. Ben voilà, notre humanité est aussi en grande partie animale. Vous sentez-vous d’ailleurs si supérieurs aux animaux ? Moi, souvent, pas.</p>
<p>Si donc un auteur veut gagner sa vie en tant qu’auteur, il doit viser une des cibles naturelles qui se dessinent dans la société. La plupart des auteurs ne se posent pas de question. Certains visent juste par chance ou grâce à leur flair, d’autres visent à côté. Et j’aime ces bigleux, ceux qui dérangent, ceux qui nous poussent nous-mêmes à ne pas nous comporter comme les autres.</p>
<p>Ces auteurs n’ont souvent pas de succès. Nous avons cru que les choses changeraient avec le Web. Elles ont changé. Ces auteurs sont lus alors qu’ils ne l’étaient pas et qu’ils ne se faisaient pas entendre. Mais ils ne gagnent pas mieux leur vie qu’avant.</p>
<p>Les libres penseurs doivent-ils comme moi avoir la chance d’arriver à survivre des revenus annexes ? En sommes-nous toujours au XIXe avec Flaubert le rentier, au début du XXe avec Proust le rentier ? J’ai le regret de répondre par l’affirmative. Le Web n’a rien changé, il a même fait empirer la situation (et ne me sortez pas un cas particulier).</p>
<p>Les gens qui lisent quelqu’un ne voient même plus pourquoi ils le rémunèreraient. Ils lui demandent de fabriquer de la merde payante et de la mettre en boîte dans les rayons de la Fnac. Mais si ces auteurs que vous lisez descendent dans les égouts, ils cesseront d’écrire ce que vous lisez.</p>
<p>Je ne me poserais pas cette question pour nous tous si nous n’étions pas lus. Mais nous sommes lus, nous donnons donc quelque chose à moudre à ceux qui nous lisent, pourquoi ne nous récompenseraient-ils pas d’une manière qui nous aide à poursuivre notre travail ?</p>
<p>Encore une fois, votre existence, vos interférences constructives ou destructives, me suffisent aujourd’hui parce que je ne suis pas dans le besoin. Pensez à tous les autres blogueurs. Demain, voulez-vous n’avoir à lire que des rentiers ou que des spécialistes du marketing ?</p>
<p>Si je vis pour écrire, il me paraît normal que d’autres puissent aussi écrire pour vivre, et écrire un blog en particulier, car le blog est une <em>terra incognita</em>.</p>
<p>Je reste convaincu que nous devons combattre la rareté culturelle pour entrer dans l’économie de l’abondance. Je ne crois pas aux sites payants, surtout pour les sites d’actualité qui publient les mêmes actualités que les autres. Je pense en revanche que nous ne nous éloignerons du consumérisme destructeur que si nous adoptons un consumérisme culturel, un consumérisme alimenté par les œuvres des créateurs.</p>
<p>Le créateur est notre richesse, nous ne pouvons pas en faire un paria qui crève la faim. Il est inacceptable qu’un banquier gagne plus qu’un écrivain. Qu’un marketeux andouille réussisse à tirer profit de son blog alors qu’un penseur n’y arrive pas. Vous trouvez cette situation normale ? Les destructeurs de notre monde gagnent et pas ceux qui pensent son avenir et cherchent à y écrire ce qui se lira demain.</p>
<p>Je le redis. Nous en sommes dans la même situation qu’au XIXe siècle. J’ai encore l’espoir que le Web nous aide à sortir de cette impasse culturelle. Pour le moment, nous prenons un mauvais chemin.</p>
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		<title>Internet stimule l’imbécilité</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/</link>
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		<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 17:56:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Politique 2.0]]></category>

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		<description><![CDATA[
De nos jours, aux États-Unis. Pour avoir participé à un viol collectif, 7 mois de prison1. Pour un braquage à main armée, 18 mois. Pour l’enregistrement vidéo d’un film dans une salle, 24 mois2. Pendant que de plus en plus de gens dénigrent Internet, prétendent qu’il n’a aucune influence politique et sociale, les tribunaux dispensent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/3648178346_7703e25f821-450x262.jpg" alt="Iran Riot Freedom Isfahan Darafsh in Twitter (flickr.com/photos/34018668@N04/3648178346/)" title="3648178346_7703e25f82[1]" width="450" height="262" class="alignnone size-large wp-image-15022" /></a></p>
<p>De nos jours, aux États-Unis. Pour avoir participé à un viol collectif, 7 mois de prison<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" class="ftn">1</a>. Pour un braquage à main armée, 18 mois. Pour l’enregistrement vidéo d’un film dans une salle, 24 mois<a href="#_ftn2" name="_ftnref2" class="ftn">2</a>. Pendant que de plus en plus de gens dénigrent Internet, prétendent qu’il n’a aucune influence politique et sociale, les tribunaux dispensent des peines disproportionnées pour des délits survenus sur Internet. Dans le même temps, les gouvernements votent des lois pour réduire la liberté des internautes. N’est-ce pas paradoxal ?<span id="more-15013"></span></p>
<p>Si Internet n’avait aucune importance, pourquoi faudrait-il légiférer à son sujet ? Pourquoi faudrait-il pénaliser des activités qui ne mettent en danger la vie de personne ? Pourquoi même faudrait-il en parler ? Mais si on en parle autant, n’est-ce pas que quelque chose couve ? Peut-être pas quelque chose qui a été prévu, mais quelque chose d&#8217;encore innommable.</p>
<p>Le viol, le braquage à main armé, le crime… n’effraient pas les structures de pouvoir. Elles les ont intégrés et même abondamment pratiqués au cours de l’histoire. Le piratage d’un film constitue, en revanche, une menace plus subversive. Il s’agit de manipuler l’information, de la transférer par des canaux alternatifs, des canaux qui échappent aux structures de pouvoir. Elles n’ont pas l’intention de se laisser contourner.</p>
<p>Alors Internet n’a aucun impact sociétal ? Par leurs réactions musclées, les gens de pouvoir me paraissent plus lucides que l’intelligentsia techno-sceptique.</p>
<h3>Books</h3>
<p>Dans son numéro de mars-avril, la revue <em>Books</em> titre en cover <a href="http://www.booksmag.fr/magazine/d/internet-contre-la-democratie.html">Internet contre la démocratie ?</a> Bien sûr pour égratigner Internet. Je vais y revenir. Mais ne trouvez-vous pas étrange que ces revues papier qui peinent à cause d’Internet ne cessent de dénigrer Internet ?</p>
<p>Comment les prendre au sérieux ? Si Internet change un tant soit peu la société, leur modèle ne tient pas. Comment voulez-vous que ces journalistes soient objectifs ? Le rédacteur-en-chef de <em>Books</em> avoue d’ailleurs dans son édito que sa revue est loin de l’équilibre.</p>
<p>J’imagine ce qu’il pense : « Que ce serait bien si Internet pouvait se dégonfler, si on pouvait en revenir à l’ancienne économie du papier. Alors essayons d’entretenir cette idée d’un Internet malsain pour entretenir cette autre idée que les informations de qualité ne se trouvent que sur le papier. » Ce point de vue traverse le dossier de <em>Books</em>.</p>
<p>Vous allez peut-être vous demander si les défenseurs d&#8217;Internet sont eux-mêmes objectifs ? Si Internet se développe, nous gagnons par ricochet du prestige. D’un autre côté, nous aussi, surtout ceux qui comme moi vivent de l’écriture, nous ne gagnons rien à ce développement, il ne nous paie pas plus que les journalistes des magazines qui agonisent (et même moins). Si nous nous engageons pour Internet, c’est parce que nous croyons qu’il ouvre de nouvelles possibilités historiques. Nous le faisons, en tout cas je le fais, par militantisme.</p>
<p>Oui, nous sommes des militants, nous ne sommes donc pas objectifs, mais nous ne nous contentons pas du monde que nous observons. Nous voulons le transformer, l’orienter dans la mesure de nos moyens dans une direction qui nous paraît plus agréable (je reste vague au sujet de cet agréable pour laisser la place à une pluralité d’agréables).</p>
<h3>La technique du Lone Wolf</h3>
<p>Lors de cette <a href="http://videos.senat.fr/video/videos/2010/video3893.html">brillante conférence</a>, Alain Chouet nous explique qu’Al Qaïda est morte entre 2002 et 2004 :</p>
<blockquote><p>Ce n’est pas avec un tel dispositif [une cinquantaine de terroristes vivant en conditions précaires dans des lieux reculés et avec peu de moyens de communication] qu’on peut animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique.</p></blockquote>
<p>Preuve : aucun des terroristes de Londres, Madrid, Casablanca, Bali, Bombay… n’ont eu de contact avec l’organisation. Chouet nous présente tout d’abord la vision traditionnelle de ce qu’est une structure politique hiérarchisée. Pour agir à l’échelle globale, elle a besoin de liens fonctionnels. Il faut que des gens se parlent et se rencontrent et se commandent les uns les autres. Si ces critères ne sont pas remplis, la structure n’existe pas, Al Qaïda n’existe pas.</p>
<p>Chouet montre toutefois qu’une autre forme d’organisation existe, un réseau de gens isolés, les loups solitaires qui se revendiquent d’Al Qaïda. Maintenant que l’information circule, n’importe quel terroriste peut se dire d’Al Qaïda s’il se sent proche des valeurs d’Al Qaïda. Il n’a pas besoin adhérer au parti pour être membre du parti.</p>
<p>Pour Chouet, on ne combat pas une structure en réseau avec des armées hiérarchisées. On ne fait ainsi que créer des dommages collatéraux qui ont pour effet d’engendrer de nouveaux terroristes. Pour s’attaquer au réseau, il faut une approche en réseau. Exemple : proposer en tout point du territoire une éducation et une vie digne aux hommes et aux femmes qui pourraient devenir membres du réseau.</p>
<p>Tous ceux qui critiquent Internet et même tous ceux qui théorisent à tort et à travers à son sujet devraient écouter et réécouter cette conférence d’Alain Chouet. Trop souvent, ils pensent hiérarchies et oublient que le Web a été construit par des loups solitaires (à commencer par Tim Berners-Lee qui a travaillé en perruque au CERN). Pour créer un site Web, nous n’avons rien à demander à personne.</p>
<p>Inversement, si des gens veulent utiliser internet pour s&#8217;attaquer à des structures centralisées, ils ont tout intérêt à adopter une stratégie en réseau (à moins d&#8217;être de force égale ou supérieure à leurs ennemis centralisés).</p>
<h3>Le cyberoptimisme</h3>
<p>En introduction du dossier de <em>Books</em>, Olivier Postel-Vinay veut en finir avec le cyberoptimisme. C’est un peut comme s’il écrivait qu’il fallait en finir avec l’église catholique, l’anarchisme ou le capitalisme. Le cyberoptimisme, c’est l’engagement militant que j’évoquais.</p>
<p>Il ne s’agit pas d’en finir mais de faire que cet optimisme se concrétise et transforme la société, cette société pas toujours belle à voir. Sans optimisme, elle risque de se gâter davantage. Et puis optimisme rime-t-il avec irréalisme ? Je ne vois pas de lien de cause à effet.</p>
<p>Et puis quand on écrit dans un canard qui se prétend sérieux et qu’on fait parler des gens comme Berners-Lee, on les cite. Où le père du Web a-t-il dit qu’Internet pouvait jouer un rôle sur le plan démocratique ?</p>
<blockquote><p>[Berners-Lee] se persuada très tôt du rôle positif, voire révolutionnaire, que ce nouvel instrument pourrait jouer sur le plan de la démocratie, écrit Postel-Vinay. Avec le Web, Internet offrait désormais à tout un chacun la possibilité de s’exprimer immédiatement dans la sphère publique et d’y laisser une trace visible par tous, dans le monde entier. Bien avant l’apparition de Google et autres Twitter, l’outil affichait un énorme potentiel de rénovation civique.</p></blockquote>
<p>Que de confusions. Internet tantôt un instrument, tantôt un outil, pourquoi pas un media. Internet est bien plus que tout cela : un écosystème où l’ont peut entre autre, créer des outils. Il ne faut pas confondre le Web et les services Web comme Google ou Twitter. Cette confusion peut avoir des conséquences aussi dramatiques que de prendre Al Qaïda pour une structure hiérarchique et l’affronter comme telle.</p>
<p>Le Web est une structure décentralisée, en grande partie auto-organisée. Google, Twitter, Facebook… sont des entreprises centralisées, structurées sur le même modèle que les gouvernements les plus autocratiques de la planète. Comment imaginer que des citoyens pourraient faire la révolution en recourant à ces services ? Il faut être un cyberdumb comme Clay Shirky pour le croire. Alors doit-on dénigrer Internet à cause d’un seul imbécile avec pignon sur rue outre atlantique ?</p>
<p>La partie politique du dossier de <em>Books</em> ne s’appuie que sur les théories de Shirky critiquées par Evgueni Morozov. C’est surréaliste. Shirky vit dans le monde des capital-risqueurs américains. Vous vous attendez à une quelconque vision politique novatrice venant d’un tel bonhomme ? </p>
<p>Comment quelqu’un nourri à la dictature de l’argent pourrait penser la révolution politique ? Il ne le peut pas. Pour lui la révolution ne peut passer que par les services cotés en bourse. On n’abat pas la dictature avec des outils dictatoriaux sinon pour établir une nouvelle dictature.</p>
<p>Il faut arrêter de prendre Shirky en exemple et de généraliser ses idées à tous les penseurs du Web. Surtout à Berners-Lee qui n’a jamais fait fortune. Qui s’est toujours tenu à l’écart du monde financier.</p>
<p>Dans <em>Weaving the Web</em>, il évoque le rôle de la transparence des données et de leur interfaçage (ce qu’il appelle le Web sémantique). Il a souvent depuis répété que les démocraties se devaient d’être transparentes, ce que permet le Web. Ce n’est pas quelque chose d’acquis et c’est pourquoi il faut des militants. Le Web en lui-même ne suffit pas. Sa simple existence ne change pas le monde. C’est à nous, avec lui, de changer le monde.</p>
<h3>La volonté de puissance</h3>
<p>En 2006, quand j’écrivais <em>Le cinquième pouvoir</em>, nous en étions encore à une situation ouverte. Les militants comme les activistes politiques utilisaient divers outils sociaux de petite envergure qu’ils détournaient parfois de leur cible initiale. Personne ne savait a priori d’où le vent soufflerait.</p>
<p>Aujourd’hui, tout le monde partout dans le monde utilise les mêmes outils, des monstres centralisés faciles à contrôler (espionner, bloquer, contraindre… il suffit de suivre les péripéties de Google en Chine). De leur côté, les partis politiques, à l’image des démocrates d’Obama durant sa campagne 2008, créent leurs propres outils pour mieux contrôler leurs militants. D’ouverte, nous sommes passés à une situation fermée. La faute en incombe à trois composantes sociales.</p>
<ol>
<li>Les engagés qui se mettent en situation de faiblesse en utilisant des outils centralisés.
<li>Les forces politiques traditionnelles, au pouvoir ou à sa poursuite, qui elles aussi mettent en place des outils centralisés pour mieux contrôler (et on peut accuser tous ceux qui les conseillent afin de s’enrichir).
<li>Les développeurs de services qui veulent eux aussi contrôler et qui poussent à la centralisation pour maximiser leurs bénéfices.
</ol>
<p>Ce n’est pas en utilisant Twitter, ou tout autre service du même type, que les citoyens renverseront la dictature ou même provoqueront des changements de fond dans une démocratie.</p>
<blockquote><p>[…] les six derniers mois [de la révolution iranienne] peuvent être vus comme attestant l’impuissance des mouvements décentralisés face à un état autoritaire impitoyable – même quand ces mouvements sont armés d’outils de protestation moderne, écrit Morozov.</p></blockquote>
<p>Nouvelle confusion entre bottom-up, ce mouvement qui monte de la base iranienne, et la décentralisation qui elle n’est accessible que par l’usage d’outils eux-mêmes décentralisés. La modernité politique est du côté de ces outils, pas de Twitter ou Facebook qui ne sont que du téléphone <em>many to many</em> à l’âge d’Internet.</p>
<p>Avec ces outils centralisés, on peut au mieux jouer le jeu de la démocratie représentative installée, sans jamais entrer en conflit avec les intérêts de ces forces dominantes. Impossible de les utiliser pour proposer des méthodes réellement alternatives à celles choisies par les gouvernements. Par exemple, si les monnaies libres se développent avec des outils centralisés, elles seront contrées dès qu’elles dérangeront.</p>
<ol>
<li>Un service centralisé est contrôlable car il suffit d’exercer des pressions sur sa hiérarchie.
<li>Un service centralisé est contrôlable car il dépend d’intérêts financiers. Rien de plus confortable que de céder à des tyrans en échange de revenus conséquents.
<li>Un service centralisé n’est presque jamais philanthropique.
<li>Un service centralisé dispose d’une base de données d’utilisateurs. Il ne garantit pas la confidentialité. « Sans le vouloir, les réseaux sociaux ont facilité la collecte de renseignements sur les groupes militants, écrit Morozov. » Sans le vouloir ? Non, leur raison commerciale est de recueillir des renseignements pour vendre des publicités.
<li>Un service centralisé où tout le monde se retrouve c’est comme organiser des réunions secrètes aux yeux de ses ennemis.
<li>Un service centralisé est par principe facile à infiltrer.
</ol>
<p>Cette liste des faiblesses politiques des outils comme Twitter ou Facebook pourrait s’étendre presque indéfiniment. Il faut être naïf pour songer un instant que la révolution passerait par ces outils. Le capitalisme ne peut engendrer qu’une révolution capitaliste. Une révolution pour rien : le passage d’une structure de pouvoir à une autre. Pour les asservis, pas beaucoup d’espoir à l’horizon.</p>
<p>Dans <em>Le cinquième pouvoir</em>, je parle de la nécessité de nouvelles forces de décentralisation. Aujourd’hui, les partis mais aussi les militants n’utilisent le Web que comme un média un peu plus interactif que la télévision. Pas de quoi encore changer la face du monde. C’est ailleurs que se joue la révolution sociale de fond.</p>
<p>Si les dictatures s’adaptent sans difficulté aux outils centralisés comme le montre Morozov, elles sont tout aussi dans l’embarras que les démocraties pour lutter contre le P2P. Cela montre la voie à un activisme politique indépendant et novateur, quels que soient les régimes politiques. Pour envisager la rénovation avec le Web, il faut adopter la logique du Web, c’est-à-dire la stratégie des loups solitaires.</p>
<ol>
<li>Usage d’outils décentralisés, notamment du P2P.
<li>Aucun serveur central de contrôle.
<li>Anonymat garanti.
<li>Force de loi auto-organisée pour éviter les dérives pédophiles, mafieuses…
<li>Économie où Internet est si vital qu’il ne peut pas être coupé ou même affaibli sans appauvrir les structures dominantes. Ce dernier point est fondamental.
</ol>
<p>À ce jour, seul le Web lui-même s’est construit en partie suivant cette approche, ainsi que les réseaux pirates et cyberlibertaires de manière plus systématique.</p>
<h3>La démocratie P2P</h3>
<p>Mais qu’est-ce qu’on appelle démocratie ? Quelle démocratie Internet pourrait-il favoriser ? Utilisé pour sa capacité à engendrer des monstres centralisés, il ne peut que renforcer le modèle représentatif, quitte à le faire verser vers la dictature.</p>
<p>Internet est potentiellement dangereux (mais qu&#8217;est-ce qui n&#8217;est pas dangereux entre nos mains ?). Il peut en revanche nous aider à construire un monde plus décentralisé, un monde où les pouvoirs seraient mieux distribués, où la coercition s’affaiblirait, où nous serions moins dépendants des structures d’autorités les plus contestables.</p>
<p>Exemple. Les blogueurs ont potentiellement le pouvoir de décentraliser la production de l’information et sa critique. Je dis bien potentiellement. À ce jour, le phénomène est encore marginal. Mais ne nous précipitons pas. Le Web a vingt ans. Il y a dix ans la plupart des Internautes ne savaient rien d’Internet. Nous ne pouvons pas attendre du nouvel écosystème qu’il bouleverse la donne du jour au lendemain. Ce serait catastrophique et sans doute dangereux. Que les choses avancent lentement n’est pas un mal.</p>
<p>Alors n’oublions pas de rêver. Mettons en place les outils adaptés à nos rêves et utilisons-les dès que nécessaire pour résister. Ne commettons pas l’imprudence de nous croire libres parce que nous disposons d’armes faciles à retourner contre nous.</p>
<p>Avez-vous vu un gouvernement favoriser le développement du P2P ? Certains parmi les plus progressistes le tolèrent, les autres le pénalisent. Le P2P fait peur. Voilà pourquoi un pirate inoffensif écope de 2 ans de prison. Voilà pourquoi aussi il n’y aura de révolution politique qu’à travers une démocratie P2P.</p>
<p>Cessons de nous demander en quoi Internet bouleverse la démocratie représentative. En rien, en tout cas en rien de plus que la télévision en son temps, il exige de nouvelles compétences et favorisent d’autres hommes, au mieux peut-être porteur d’idées plus novatrices, mais rien n’est moins sûr.</p>
<p>Si Internet doit bouleverser la politique, c’est en nous aidant à inventer une nouvelle forme de démocratie, une démocratie moins autoritaire, une démocratie de point à point, une démocratie de proximité globale.</p>
<p>Au fait, j&#8217;ai titré ce billet &#8220;Internet stimule l’imbécilité&#8221; parce que la peur d&#8217;Internet fait dire n&#8217;importe quoi à des gens qui ne savent pas ce qu&#8217;est Internet et qui recoupent des textes écrits par des intellectuels qui eux-mêmes ne connaissent pas Internet (et la régression pourrait être poussée bien loin).</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">(1)</a> J&#8217;ai trouvé ces peines dans un commentaire sur <a href="http://www.numerama.com/magazine/15131-deux-ans-de-prison-pour-avoir-filme-the-dark-knight-au-cinema.html">Numerama</a>. J’ai un peu fouillé pour constater que les peines pour viol aux US étaient de durée variable mais parfois de <a href="http://www.associatedcontent.com/article/310380/rape_punishment.html">juste 128 jours de prison</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">(2)</a> <a href="http://www.numerama.com/magazine/15131-deux-ans-de-prison-pour-avoir-filme-the-dark-knight-au-cinema.html">Dans le même article de Numerama.</p>
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		<title>Anarchisme : la force d’émancipation sociale</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/11/anarchisme-emancipation/</link>
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		<pubDate>Thu, 11 Feb 2010 15:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[anarchisme]]></category>
		<category><![CDATA[auto-organisation]]></category>

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		<description><![CDATA[
Dans un opuscule intitulé Raison contre pouvoir, le pari de Pascal, Jean Bricmont interviewe Noam Chomsky. Il lui demande notamment « N’est-il pas vrai que toutes les formes d’auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondrées (pensez aux diverses communautés dans les années 1960 et 1970, mais il y a aussi des expériences antérieures) [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/11/anarchisme-emancipation/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/62082917_130d83da8b1-450x423.jpg" alt="" title="Slave market memorial in Stonetown, Zanzibar (flickr.com/photos/bob_duck/62082917/)" width="450" height="423" class="alignnone size-large wp-image-14523" /></a></p>
<p>Dans un opuscule intitulé <em>Raison contre pouvoir, le pari de Pascal</em>, Jean Bricmont interviewe Noam Chomsky. Il lui demande notamment « N’est-il pas vrai que toutes les formes d’auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondrées (pensez aux diverses communautés dans les années 1960 et 1970, mais il y a aussi des expériences antérieures) ? »<span id="more-14521"></span></p>
<blockquote><p>Avec un raisonnement semblable, on aurait pu conclure au XVIIIe siècle que les tentatives d’établir la démocratie politique ou d’abolir l’esclavage ou de protéger les droits des femmes ou bien… ayant toujours échoué, pourquoi alors devrions-nous même essayer de promouvoir la paix et la justice et les droits de l’homme ? demande Chomsky. C’est là à coup sûr un piètre argument. […] Je suis aussi en désaccord avec l’observation historique que vous faites. Il n’y a pas de « principes anarchistes » fixes, une sorte de catéchisme auquel il faudrait prêter allégeance. L’anarchisme, du moins tel que je le comprends […] est une tendance de la pensée et de l’action humaine qui cherche à <strong>identifier les structures d’autorité et de domination</strong>, à les appeler à se justifier, et, dès qu’elles s’en montrent incapables (ce qui arrive fréquemment), à travailler à les surmonter. Loin d’avoir « échoué », l’anarchisme se porte très bien. Il est à la source de beaucoup de progrès – très réels – des siècles passés, y compris depuis les années 1960 et 1970. Des formes d’oppression et d’injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, dans un passé récent, ne sont plus considérées aujourd’hui comme tolérables.</p></blockquote>
<p>Exemple d’une de ces luttes nouvelles dont j’ai parlé récemment, la bataille pour <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/15/le-revenue-de-vie/">le revenu de vie</a>. Nous avons identifié chez les banquiers une structure d’autorité et de domination que nous nous devons d’éradiquer en distribuant leur pouvoir de création monétaire entre les mains de tous (ce n’est pas plus fou qu’abolir l’esclavage).</p>
<p>Internet est en train de nous permettre de distribuer la liberté d’expression entre tous alors que jadis seule une minorité se l’arrogeait. Cette bataille, cette décentralisation, est loin d’être achevée. Elle ne fait même que débuter, mais il s’agit bien d’un projet anarchiste au sens où le définit Chomsky et dans lequel je ne peux que me reconnaître.</p>
<p>En ce moment, nous ne cessons d’identifier les structures d’autorité et de domination. C’est tout le problème pour les autorités en place. Nous contestons la production d’énergie centralisée, la distribution alimentaire centralisée, l’éducation centralisée, l’expertise centralisée… L’anarchisme n’a jamais été aussi vivant. Il le sera tant que le capitalisme ne sera pas vaincu, le capitalisme étant une structure d’autorité et de domination extraordinaire.</p>
<p>Toutes les contestations ont cela de particulier qu’elles peuvent s’exercer dans le cadre de forces politiques traditionnelles, mais, surtout, à titre individuel. Par le passé, il était difficile de se batte seuls contre les puissants. Quelques riches propriétaires l’ont fait contre l’esclavage, mais avec difficulté. Aujourd’hui, chacun à notre niveau pouvons agir parce que les nouvelles technologies démultiplient notre puissance d’action.</p>
<p>Nous commençons aussi à comprendre que les partis eux-mêmes sont des structures d’autorité et de domination. Alors nous ne pouvons pas nous engager dans ces structures pour lutter contre des structures de même nature. Cela reviendrait à déplacer éternellement le problème sans réellement le régler.</p>
<p>Il ne s’agit pas nécessairement d’agir seul mais de se lier dans des TAZ qui sauront mener un combat de guérilla et se redessiner en fonction des circonstances et des besoins.</p>
<p>Ne nous leurrons pas. Depuis toujours les structures de pouvoir et de domination défenbent leurs privilèges jusqu’à la mort dans une guerre millénaire. Les forces anarchistes gagnant peu à peu du terrain tout en partant de très loin.</p>
<p>Internet peut apparaître comme une victoire incontestable des forces libres. Le réseau pensé par des hommes libres, tant bien même ils travaillaient pour l’armée américaine, est l’arme la plus fantastique dont n’ont jamais disposé les anarchistes.</p>
<p>Leurs adversaires de toujours ont fini par le comprendre. Au début, ils se sont laissés berner par les possibilités économiques du réseau. Maintenant, ils réagissent. Plus rien ne les arrête.</p>
<p>Le Web est aux mains de quelques puissantes entreprises : Google, Facebook… qui ont réussi à virtuellement recentraliser le réseau et à en phagocyter la créativité. Les gouvernements, ces centres de domination, peuvent dès lors appliquer un contrôle de plus en plus drastique sur la part du réseau qui se joue hors de ces acteurs « officiels ». Une nouvelle bataille commence. Une nouvelle guerre de Sécession.</p>
<p>Choisissez votre camp.</p>
<p>Préparez-vous à passer outre les barrages que plus aucune raison économique n’empêche de dresser maintenant que le Web tend à se structurer comme un pouvoir traditionnel.</p>
<p>Et n’oubliez pas que la plus grande structure créée par l’humanité, celle qui lie aujourd’hui 2 milliards d’humains, Internet, est le fruit d’un fantastique processus d&#8217;auto-organisation. Quelques règles fécondes, TCP/IP par exemple, ont été adoptées et le réseau a bourgeonné à partir d’une multitude d’initiatives publiques, privées et individuelles. Nous pouvons vivre en minimisant les structures d’autorité et de pouvoir. Et celles qui subsistent sur Internet, comme les serveurs racines, peuvent elles aussi être éradiquées.</p>
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		<item>
		<title>Trop tard pour la révolution</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/05/trop-tard-pour-la-revolution/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 14:04:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>

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		<description><![CDATA[
Je me répète toujours cette phrase du Guépard « Il faut que tout change pour que tout reste comme avant. » La révolution m’apparaît comme une illusion dangereuse. Ce serait si beau, si avec un coup de force, on pouvait changer la face du monde.
La révolution sociale est trop simpliste, trop radicale, pour convenir dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/05/trop-tard-pour-la-revolution/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/4423340_a48399b1b41-450x337.jpg" alt="" title="Che-erios: Revolution in a Box (flickr.com/photos/arte/4423340/)" width="450" height="337" class="alignnone size-large wp-image-14458" /></a></p>
<p>Je me répète toujours cette phrase du <em>Guépard</em> « Il faut que tout change pour que tout reste comme avant. » La révolution m’apparaît comme une illusion dangereuse. Ce serait si beau, si avec un coup de force, on pouvait changer la face du monde.<span id="more-14456"></span></p>
<p>La révolution sociale est trop simpliste, trop radicale, pour convenir dans un monde complexe. La révolution ne sait s’attaquer qu’à des centres de pouvoir qu’elle cherche à remplacer du jour au lendemain. Pour empêcher le climat mondial de partir en vrille où faudrait-il taper ? Partout, c’est bien le problème.</p>
<p>Cet idéal combattant était peut-être concevable à l’époque des nations, où en changeant un régime politique on pouvait espérer changer la vie des hommes. Quoique, en ne changeant pas la structure du pouvoir, sa forme pyramidale, on retrouvait <em>in fine</em> les mêmes maux chez ceux qui exerçaient le pouvoir, puis chez ceux sur qui ils s’exerçaient.</p>
<p>Alors la révolution faisait grappiller quelques progrès qu’il fallait défendre avec acharnement. On assiste aujourd’hui à l’affaiblissement constant de cet acharnement, nous laissons filer, personne ne s’insurge contre les manœuvres des banquiers, nous râlons mais nous sommes encore bien trop gras… et ceux qui ne le sont pas, sont déjà privés de force.</p>
<p>Tant de postulats se sont ancrés dans l’ensemble de la population que ceux qui se prétendent encore révolutionnaires ne sont que des parodistes. Ils exigent encore des salaires plus élevés pour tous, oubliant même de remettre en cause cette idée de salaire, cette aliénation suprême qui veut que nous soyons tous obligés de travailler en échange de quelque chose, comme s’il ne pouvait plus y avoir de gestes désintéressés, gratuits.</p>
<p>Mais le tout gratuit est une chimère. Même à l’heure du <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/15/le-revenue-de-vie/">revenu universel</a>, des choses resteront rares et précieuses et tout le monde ne pourra les partager. La gratuité n’a de sens que pour les choses abondantes et celles que nous saurons rendre abondantes, par exemple avec les nanotechnologies.</p>
<p>Il y aura toujours des choses à vendre. Les désirs resteront. Les conflits aussi. Nous aurons effectué un progrès, comme après avoir reconnu l’ignominie de l’esclavage, puis l’égalité des hommes et des femmes… mais nous ne vivrons pas dans le meilleur des mondes.</p>
<blockquote><p>Je suis fondamentalement d’accord avec Jean Zin : la notion de « décolonisation de l’imaginaire » (Serge Latouche) ou de « réveil des consciences » (Pierre Rahbi) est totalement insuffisante, car le grand problème est d’abord celui des institutions, écrit <a href="http://www.contretemps.eu/interventions/revolution-par-gratuite">Paul Ariès</a>. Nous avons besoin d’un principe qui guide nos pas et qui soit capable de fédérer notre action.</p></blockquote>
<p>Mais pourquoi Ariès pense-t-il ainsi ? Parce lui-même prône la société du don tout en étant incapable de donner (ses livres par exemple qu’il vend dans l’économie traditionnelle qu’il dénonce). Chacun alors pense sa philosophie en fonction de ce dont il a la force. Chez Épicure, l’épicurisme était ascétique parce qu’Épicure souffrait de problèmes gastriques. Lucrèce nous présenta une vision moins austère de l’épicurisme. Même si nous ne savons rien de lui, nous pouvons supposer qu’il avait une meilleure constitution que son maître.</p>
<p>Alors si on postule que les hommes sont incapables de se réformer, parce qu’on en est soi-même incapable, il ne reste qu’à espérer la révolution. Pour que cette révolution soit possible, il faut qu’il existe un point central qui puisse être changé d’un coup de baguette magique. Ariès invoque les institutions.</p>
<p>Mais est-ce que les institutions sont responsables de la surconsommation ? Aucune loi ne nous oblige à surconsommer. Même si nous avions des prix variables en fonction des usages rien n’empêcherait la surconsommation. Des gens beaucoup plus riches que d’autres continueraient à surconsommer. La révolution doit être personnelle et non institutionnelle pour s’attaquer à la surconsommation.</p>
<p>Et puis imaginez que nous changions les institutions, là, tout de suite, qu’est-ce que vous proposeriez ? Moi, je me tairais. Je me contenterais de dire expérimentons. Donnons la chance à une multitude de systèmes concurrents. Parce que nous ne savons pas ce qui peut marcher. Mais si comme Ariès on prône la révolution, on est forcé d’avoir une réponse toute prête. Malheureusement, le bon sens n’est pas d’une grande aide en situation complexe.</p>
<p>La révolution ne marche que dans un système simple. Croire que changer les institutions peut nous sauver est une illusion, car personne ne connaît a priori les changements institutionnels qu’il faut effectuer.</p>
<p>J’en reviens à mon idée fixe. Je ne vois qu’une solution. Que ceux qui sont capables de vivre en accord avec leurs idéaux changent leur vie, qu’ils mettent en œuvre les expérimentations dont nous avons besoin pour donner plus tard du courage à ceux qui pour le moment manquent de courage.</p>
<p>Je m’adresse à ces courageux, à ces pionniers, à ces volontaires… Oui, je suis peut-être élitiste, mais il faut que des gens expérimentent et il serait dangereux de demander à tout le monde de le faire, surtout de le faire tous de la même façon.</p>
<p>Qu’est-ce que je fais en publiant ce que j’écris gratuitement ? À mon petit niveau, en tant qu’écrivain, j’applique les principes auxquels je crois. Non je ne suis pas rentier. Depuis des années, je ne fais plus rentrer beaucoup d’argent dans les caisses, mais j’essaie de vivre en accord avec mon idéal. J’ai l’espoir que des solutions se mettront en place parce que les uns les autres nous apprendrons à collaborer de manières nouvelles. Et j’estime que ceux qui, comme moi, on la possibilité de prendre des risques, on le devoir d’expérimenter.</p>
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		<title>Internet : terrain de bataille idéologique</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/04/internet-ideologique/</link>
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		<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 15:57:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>

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		<description><![CDATA[
Il y a un monde entre ce que font les gens, leurs usages, domaine souvent étudié par les sociologues, les historiens, et ce que peuvent faire les gens, domaine souvent étudié par les artistes, les activistes, les spécialistes du développement personnel. Ce n’est pas parce que nous observons que les gens font un truc taré [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/04/internet-ideologique/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/4298327245_4b41dbd45b1-450x337.jpg" alt="" title="starcraft-2-screenshot-protoss-terran-air (flickr.com/photos/starcraft2freaks/4298327245/)" width="450" height="337" class="alignnone size-medium wp-image-14396" /></a></p>
<p>Il y a un monde entre ce que font les gens, leurs usages, domaine souvent étudié par les sociologues, les historiens, et ce que peuvent faire les gens, domaine souvent étudié par les artistes, les activistes, les spécialistes du développement personnel. Ce n’est pas parce que nous observons que les gens font un truc taré qu’ils continueront de le faire pour la vie, et pour commencer que nous sommes obligés de les imiter.<span id="more-14395"></span></p>
<p>Il est important d’observer ce que font les foules, ce qui guide nos comportements collectifs, mais non pas pour en déduire des lois physiques immuables, mais pour pouvoir changer ces lois, et pour commencer à notre niveau.</p>
<blockquote><p>On ne dira jamais assez le mal qu’à pu faire cette idéologie du Web 2.0 dans notre compréhension de ce qui se passe sur internet, écrit <a href="http://novovision.fr/?Dans-ce-nouveau-Web-de-masse-vous">Narvic</a>. Et je dis bien « idéologie », car c’en est une. Cette idéologie qui nous a encouragés à regarder le Web à travers le prisme d’idées préconçues, plutôt que d’en observer la réalité des usages.</p></blockquote>
<p>Narvic évoque la nécessité de se désintoxiquer. Je dirais qu’il faut choisir son camp, ce qui revient au même peut-être. Il n’y a incompréhension que si, consciemment, on ne s’est pas positionné. Je suis un activiste. Je veux orienter l’histoire dans un sens qui me convient et qui ouvrira peut-être des portes nouvelles à l’humanité. Beaucoup d’autres et moi-même sommes des idéologues, non des victimes d’une idéologie, mais les constructeurs de cette idéologie. Nous le revendiquons.</p>
<p>Il ne faut pas nous confondre avec les entrepreneurs qui ne pensent qu’à leur carnet de chèques, qui cherchent à orienter l’histoire du Web pour leur seul bénéfice financier. Ils disent « partager » pour signifier « vendre » ou « attacher ». Ils organisent de vastes forums, ils bourrent le crâne de ceux qui ignorent les dessous technologiques, réussissant à leur faire croire que des idées vieilles de vingt ans viennent de surgir de leur imagination débordante&#8230; réussissant à faire croire qu&#8217;un business a un intérêt humanitaire (les journalistes sont les champions à ce petit jeu).</p>
<p>Depuis toujours l’informatique, puis Internet, puis le Web ont été pensés par des idéologues. Turing, Licklider, Stallmann, Berners-Lee… On n’est pas dans une démarche neutre, objective, mais bien dans la construction d’un monde possible en opposition à un monde existant. Il s’agit ni plus ni moins depuis le début d’une immense guerre intellectuelle et technologique, dont je raconte une bataille fictive dans mon <a href="http://twiller.tcrouzet.com/">Thriller</a>.</p>
<p>Quand on analyse un discours au sujet du Net, il faut savoir dans quel camp se situe l’émetteur (et être aussi conscient de sa position en tant qu’analyste). Pour schématiser, d’un côté il y a les <a href="http://blog.tcrouzet.com/2006/06/09/cosmists-vs-terrans/">Terrans</a>. Ils poursuivent la richesse, le pouvoir, la domination des foules… De l’autre côté, il y a les <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/wark/">Hackers</a>, ils s’intéressent à l’aventure de la conscience, de la fraternité, de la culture…</p>
<p>Bien sûr ces camps se croisent, des gens sautent d&#8217;un à l’autre, mais souvent ils ont tendance à défendre un des points de vue avec plus de pugnacité. En vérité, la plupart des gens ignorent ces deux camps et la bataille qu’ils se livrent. Ils sont serfs des Terrans. Leur comportement ne reflète que la volonté des Terrans.</p>
<p>Mais pourquoi cette guerre est-elle critique pour l’avenir de l’humanité ? Parce que la technologie des Terrans, <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/03/la-technologie-sociale/">notamment leur technologie sociale</a>, est incapable de gérer la crise de la complexité.</p>
<p>Chez les Terrans, je place Google, Apple, Microsoft, Dailymotion, Sarkozy, Obama… toutes ces entreprises, tous ces hommes, qui raisonnent avec une logique industrielle. Leur seul désir est que leurs produits et leur domination s’étendent au plus grand nombre. Ils défendent une idéologie pour assoir leur suprématie.</p>
<p>Apple est un exemple intéressant. Steve Jobs serait plutôt un Hacker, mais il gère son entreprise comme n’importe quel Terrans, ce qui traduit chez lui une certaine schizophrénie. Par ailleurs, il cible en apparence les Hackers, mais dans le seul but de les transformer en Terrans.</p>
<p>Système propriétaire fermé. Interface unique à vocation hégémonique. Réduction des possibilités. Simplification caricaturale. Contrôle continuel. Passage par des check-points obligatoires. Partage centralisé ce qui est le pire des paradoxes. Séduction à tout prix. Les Hackers ne devraient que s’insurger. Surtout ne jamais succomber. Ou pour détourner les machines et les services Apple, les craquer, en combattre la logique de l’intérieur.</p>
<p>Je suis assez malheureux de voir tous ceux qui se disent progressistes plébisciter Apple. Vous êtes en train de trahir votre idéal. D’approcher le moment où les Terrans seront à nouveau seuls maîtres à bord.</p>
<p>J’en reviens à <a href="http://novovision.fr/?L-avenir-radieux-de-l-internet-ne">la critique de Narvic</a>. Oui, les Hackers s’emportent souvent, penchent vers l’enthousiasme utopique, mais il ne faut pas oublier que soldats ils mènent une guerre d&#8217;indépendance, ils ne sont pas en train de professer une vérité. L’historien pourra décrypter leurs discours, en attendant eux se battent et l’historien devrait choisir son camp, car la guerre est encore loin d’être achevée.</p>
<p>Au fond, dans le Web, il n’y a qu’une chose importante : les liens. Tout le reste n&#8217;est que marketing pour nous détourner de cette arme révolutionnaire dont j’ai une nouvelle fois cherché à décrire la puissance dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>. Nous disposons de la puissance de changer le monde, et même les foules apparemment soumises aux Terrans utilisent cette arme, elles créent du réseau.</p>
<p>Nous sommes effectivement tous créateur, mais pas créateur d’information, d’œuvre d’art, de connaissance, créateur d’une nouvelle infrastructure sociale, cette structure qui permettra peut-être à <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/auto-organisation/">l’auto-organisation</a> de faire ses preuves là où on ne l’attend pas.</p>
<p>Il ne s’agit pas de construire un monde mièvrement égalitaire, idéalement démocratique, mais un monde capable de supporter sa propre complexité et de poursuivre l’aventure de la conscience et de la culture. Sans oublier que nous, Hackers, dans ces conditions, entendons mener des vies pleines. Quand nous parlons, c&#8217;est de ce que nous faisons, de ce que les autres pourraient faire s&#8217;ils voulaient nous rejoindre.</p>
<p>Les usages sont faits pour changer.</p>
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		<title>La nouvelle révolution industrielle</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/01/31/nouvelle-revolution-industrielle/</link>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 12:11:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[socialisme]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ainsi titre le Wired de février, un Wired qui s’amincit de numéro en numéro et qui bientôt se désagrègera. Anderson y annonce la révolution 2.0 dans l’automobile, parle de design Open Source, de voitures DIY… Il prophétise une nouvelle forme d’artisanat comme je le fais en cinquième partie de L’alternative nomade.
Mais je vois un bug [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/31/nouvelle-revolution-industrielle/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/01/880988398_a102b90f8b1-450x210.jpg" alt="" title="Industrial Architecture (flickr.com/photos/bhophoto/880988398/)" width="450" height="210" class="alignnone size-medium wp-image-14260" /></a></p>
<p>Ainsi titre le <em>Wired</em> de février, un <em>Wired</em> qui s’amincit de numéro en numéro et qui bientôt se désagrègera. Anderson y annonce la révolution 2.0 dans l’automobile, parle de design Open Source, de voitures <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Do_it_yourself">DIY</a>… Il prophétise une nouvelle forme d’artisanat comme je le fais en cinquième partie de <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>.<span id="more-14259"></span></p>
<p>Mais je vois un bug dans son approche. La nouvelle révolution industrielle se débarrasse des vastes usines, des énormes entreprises, elle réduit les timings, s’appuie sur les idées et non sur les matières premières… mais n’oublie-t-elle pas de lâcher quelque chose ?</p>
<p>Anderson raconte <a href="http://www.wired.com/magazine/2010/01/ff_newrevolution">la fable de Local Motors</a> et la détruit à la fin en annonçant une capitalisation de 7 millions de dollars. Pour Anderson, c’est une somme si ridicule qu’il n’y prête même pas attention. Mais en mathématique epsilon n’est pas zéro. Et en psychologie epsilon peut valoir l’infini.</p>
<p>Anderson nous fait une belle théorie pour nous dire qu’au final tout est comme avant. On change le décor, mais pas le moteur. Et c’est le propre des révolutions, de ne donner que dans la cosmétique. Nos entrepreneurs de Californie ne connaissent qu’un modèle. Ils sont incapables de penser autre chose qu’une révolution qui nous ramène à notre point de départ : une histoire de dollars, d&#8217;investisseurs, de crédits.</p>
<p>Nous n’inventerons une nouvelle industrie que si nous nous individuons, que si nous créons des forces coopératives qui montrent une grande intelligence collective. Pour cela, nous devons nous interconnecter avec des liens réciproques, des liens d’égal-à-égal. Malheureusement le crédit est un lien unidirectionnel de type maître-esclave (d’autant plus quand on vous prête de l’argent qui a été fabriqué pour l’occasion).</p>
<p>Anderson et les cow-boys californiens, et ceux de France et d’ailleurs avec eux, ne pensent qu’avec la moitié de leur cerveau. Ils voient une innovation, s’y engouffrent, et oublient de dénouer la laisse qui les étrangle.</p>
<p>À quoi bon penser une économie peuplée de microentreprises travaillant en réseau à la surface du globe si elles sont pieds et poings liés aux pitres de la finance ? Je ne vois pas. Ou si, trop bien. Je vois des financiers qui ont juste changé de joujou. Avant c’était des aciéries qui crachaient des fumées nauséabondes, maintenant c’est de petits ateliers qui amènent leurs employés jusqu’au burn-out.</p>
<p>L’artisanat n’est que la moitié de la solution. Il découle de notre plus grande individuation, elle-même n’étant accessible qui si nous nous libérons aussi de la dictature du crédit.</p>
<blockquote><p>If the past 10 years have been about discovering post-institutional social models on the Web, then the next 10 years will be about applying them to the real world.</p></blockquote>
<p>Non, nous n&#8217;avons rien découvert durant ces dix dernières années. Il faut arrêter de délirer. Nous n’avons pas découvert le socialisme d’après l’État. Nous avons plus que jamais remplacé l’État par la finance, c’est très différent. Nous sommes entrés dans l’époque de l&#8217;impérialisme financier, de l&#8217;esclavage 2.0. Il nous reste à inventer le socialisme sans la finance, ce socialisme au-delà des institutions, au-delà de toutes les hyper-structures quelles qu’elles soient.</p>
<p>Anderson continue d’entretenir l’ambigüité entre accessibilité et démocratisation. À ces conditions, la jungle est une démocratie. Il y aura une <em>garage renaissance</em>, elle a commencé, sur les blogs nous en sommes les pionniers dans le domaine du texte, mais elle ne s’accomplira que si elle se double d’une renaissance de la liberté, une liberté construite sur des liens d’égal-à-égal.</p>
<p>Les charognards rodent déjà. Ils reniflent le DIY ? Ils voient de nouvelles opportunités de big business. Ils ne veulent surtout pas que la longue traîne se développe spontanément, ils veulent la contrôler, la marketer… et se faisant nous éloigner d’autant plus la renaissance du socialisme.</p>
<p>Anderson ne peut pas s’empêcher de parler des millions de dollars. Il reste englué dans ses anciens <em>metrix</em>. Il termine pourtant son article en nous racontant comme lui-même s’est lancé dans le DIY, sans financement a priori. C’est vers ce développement organique que nous devons nous diriger (je discute cette idée à la fin de <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>).</p>
<p>Le propulseur est non seulement celui qui pousse l’information dans le Flux, mais aussi celui qui y pousse des objets, des services… Le propulseur succède au salarié, à l’employé, à l’amateur… Il est l’artisan de la nouvelle renaissance.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=14259&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Les journalistes nous gazent</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/01/27/les-journalistes-vous-tuent/</link>
		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2010/01/27/les-journalistes-vous-tuent/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 27 Jan 2010 13:38:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[
Si je crois que le Flux imprègne notre société, je crois aussi qu’il n’est pas homogène. Si comme je l’ai défini, il dépend du rapport entre le trafic d’information ramené au nombre de liens entre les informations, il existe des zones fluides et d’autres beaucoup moins fluides. Nous ne vivons pas toujours dans le Flux. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/27/les-journalistes-vous-tuent/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/01/3470127478_c5bb397dfd1-450x375.jpg" alt="" title="overwhelmed by the information overload (flickr.com/photos/westrock-bob/3470127478/)" width="450" height="375" class="alignnone size-medium wp-image-14131" /></a></p>
<p>Si je crois que le Flux imprègne notre société, je crois aussi qu’il n’est pas homogène. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/25/densite-du-flux/">Si comme je l’ai défini</a>, il dépend du rapport entre le trafic d’information ramené au nombre de liens entre les informations, il existe des zones fluides et d’autres beaucoup moins fluides. Nous ne vivons pas toujours dans le Flux. La plupart d’entre-nous n’y ont même sans doute jamais mis les pieds (alors même qu&#8217;ils passent leur temps sur le net).<span id="more-14129"></span></p>
<p>Les évolutionnistes comme Robin Dunbar pensent <a href="http://www.newscientist.com/article/mg20527431.600-the-dangers-of-a-highinformation-diet.html" target="nofollow">que nous sommes câblés pour acquérir de nouvelles informations</a>. C’était initialement pour nous un moyen de survivre. Mais qu’advient-il quand nous croulons sous l’information ? Nous risquons de les consommer jusqu’à succomber d’information overload… parce que nous sommes persuadés que connaître procure un avantage.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2010/01/06/danah-boyd-ce-quimplique-de-vivre-dans-un-monde-de-flux/">Danah Boyd</a> attire l’attention vers ce danger, aussi le philosophe <a href="http://www.nickbostrom.com">Nick Bostrom</a>. Ils relèvent que ce n’est pas parce que nous disposons de plus d’information sur le monde, que nous nous y épanouissons et sommes plus intelligents ou plus créatifs.</p>
<p>Déjà Nicolas Taleb avait <a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/08/31/information-egale-desinformation/">dénoncé ce mythe du bien informé</a> véhiculé par les médias. Bostrom va plus loin et parle d’<a href="http://www.nickbostrom.com/information-hazards.pdf"><em>information hazard</em></a>, ayant peur que des données dangereuses pour l’humanité ne se propagent, la formule d’un virus par exemple.</p>
<p><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/01/trafic.png" alt="" title="trafic internet" width="368" height="393" class="alignnone size-full wp-image-14130" /></p>
<p>Le trafic Internet, qui représente aujourd’hui l’essentiel du trafic d’information de l’humanité, ne cesse de grandir. Si en contre partie, nous ne créons pas en même temps les liens pour donner cohérence à ce corpus, nous risquons tout simplement de produire du bruit qui finira par étouffer les informations peut-être les plus intéressantes pour nous, qui ensevelira également les œuvres sous les ragots dont les médias, et même les blogueurs, se gargarisent pour se construire leur audience. Et même certaines informations potentiellement dangereuses circuleront sans garde-fou, c’est-à-dire sans l’attention de la communauté, attention qui me paraît de loin préférable à la censure qu’envisage Bostrom.</p>
<p>Sur mon <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/25/densite-du-flux/">graphique des phases</a>, l’accroissement du trafic sans des liens en contre partie nous emporte vers l’état gazeux, vers la dissolution, vers la superficialité… la quantité oui mais aussi l’anarchie. Il est alors intéressant de se positionner à titre individuel pour éviter le grand n’importe quoi.</p>
<p>Tenter d’évaluer le nombre d’information que nous ingurgitons par rapport au nombre de liens que nous établissons. Être dans le Flux, c’est être à l’équilibre. Ne pas s’enfermer dans un corpus et, à la fois, connecter tout ce qui nous traverse pour créer pour nous-même du sens. Sans ce travail, c’est la vie qui n’a plus aucun sens. Sens d’ailleurs que l’extérieur ne peut plus fournir à cause de la surenchère informationnelle. Nous devons impérativement nous construire notre sens.</p>
<p>Par le passé, la plupart des gens ne recevaient pas assez d’information de sources variées pour avoir une chance d’être dans le Flux. Ils étaient dans le solide. Ils consommaient des liens prémâchés. Aujourd’hui, nous risquons d’aller trop loin dans le gazeux, dans cette information sans lien, sans analyse, sans perspective. Nous devons apprendre à nous maintenir dans le liquide, dans cet état intermédiaire d’une certaine mesure favorable à la vie.</p>
<p>Je ne connais pas de recette miracle sinon le nomadisme. Je ne lis jamais systématiquement les médias. Je me contente de remonter les liens, ce qui mécaniquement interconnecte le corpus auquel je m’adresse. Je m’échappe parfois avec des requêtes sur les moteurs, mais souvent pas tout à fait au hasard puisque je suis en recherche. D’autre fois, c’est en suivant un lien produit par mon réseau social, encore une fois pas tout à fait au hasard. Et toujours je m’efforce de lier ce que j’apprends à ce que je sais déjà. J’évite de consommer de l’information pour me distraire, je préfère m&#8217;échapper avec les œuvres d&#8217;art. Une société qui confie de plus en plus son évasion à des informateurs connaît sans doute une profonde crise culturelle.</p>
<p>PS : Du coup, je me dis que Mythologie était par exemple beaucoup plus solide que je ne l&#8217;avais imaginé. Peu d&#8217;informations mais hyperlinkées. Et c&#8217;est nous qui risquerions la gazéification.</p>
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