Archive : Coup de gueule

L’autisme numérique

1 Tuesday January 2008

Une année vient de se terminer, une autre commence, c’est l’occasion des vœux. Les miens passent par un chemin détourné.

Lors de la discussion qui a suivi mon article sur Michel Onfray, nous avons évoqué le changement radical qu’internet introduit dans le monde : l’horizontalité.

J’ai développé cette idée dans Le peuple des connecteurs, essayant de montrer que notre structure sociale était en train de se transformer. Le CV, le milieu, l’âge, l’origine… tout cela n’a plus beaucoup d’importance lorsque nous nous connectons. Nous construisons une société non hiérarchique, une société où tout le monde peut accéder à tout le monde.

Par exemple, quand nous bloguons, nous acceptons de dialoguer avec les lecteurs. Si une célébrité blogue, elle se doit de respecter cette règle. Si elle ne le fait pas, et beaucoup ne le font pas, pour ne pas dire la plupart, elle se décrédibilise aux yeux de la net génération, démontrant qu’elle ne considère le net que comme un simple media one to all.

Je reste persuadé que l’aplatissement hiérarchique est en marche. J’essaie d’y participer autant que possible. Chaque fois que j’écris au sujet de quelqu’un, je lui adresse un mail pour établir une connexion. Suivant que je m’adresse à un Américain ou un Français, je ne vis pas du tout la même expérience.

Les Américains, même célèbres, en tout cas dans l’univers qui m’intéresse, répondent presque systématiquement sous 24h. Ils posent des questions, nous échangeons des mails, nous promettant de nous rencontrer à l’occasion. J’ai par exemple ainsi discuté avec Gregory Chaitin, un des plus grands mathématiciens vivant ou avec Nassim Nicolas Taleb, l’auteur de The black Swans, un des bestsellers américains 2007.

Les Français, bien souvent, ne reçoivent pas mes messages. On dirait que l’adresse e-mail qu’ils indiquent sur leur site ne fonctionne pas. J’ai commencé par expérimenter cette forme d’autisme numérique avec Alain Juppé. Elle s’est répétée avec de nombreuses autres personnalités politiques, philosophiques ou artistiques, dernièrement donc avec Michel Onfray et Joann Sfar. Et peut-être que j’avais apprécié Bayrou juste parce que lui répondait immédiatement, en tous cas en 2006.

Le plus étonnant est que la notoriété n’implique pas l’autisme. Les Français inconnus du grand public ne répondent pas plus que les célébrités. J’ai l’impression que mes compatriotes sont sur la défensive. Toute personne qui les aborde, qui tente de connecter avec elle, est suspecte. « Qu’est-ce qu’il me veut ? Qu’est-ce qu’il cherche ? » On dirait que nous nous jugeons tous comme les dragueurs obséquieux qui hantent les terrasses des cafés.

Au contraire, les Américains partent avec un a priori favorable. Quand quelqu’un s’avance vers eux, ils voient des potentialités positives. C’est sans doute une question d’éducation. Elle explique en partie pourquoi les Américains sont plus entrepreneurs que les Français, aussi pourquoi ils mènent la danse sur internet. Leur société est déjà plus aplatie que la nôtre.

En 2008, j’aimerais donc que l’autisme numérique cesse en France et que nous acceptions de basculer dans la société des réseaux, pas seulement des réseaux numériques mais, surtout, dans celle des réseaux sociaux. En clair, j’aimerais que cette année nous répondions tous aux mails des inconnus pour peu que ces inconnus montrent qu’ils s’intéressent à nous, nous interpellent, nous donnent des idées…

Je reçois parfois des mails de gens qui me proposent une simple connexion. Que voulez-vous que je réponde dans ce cas ? Une connexion commence par un échange. « Tiens j’ai pensé ça. Tu te trompes en disant ça. Tu devrais lire cet auteur. » Une connexion commence comme si elle s’inscrivait déjà dans une amitié de longue date. Elle n’est pas toujours fructueuse mais participe, dès son origine, à la nouvelle société du don que nous construisons.

Le mythe du changement climatique à venir

22 Saturday December 2007

Je pars du fait, pour moi prouvé, que l’avenir des systèmes complexes est imprévisible. En conséquence, la certitude d’un changement climatique catastrophique, le climat étant un système complexe, n’est ni plus ni moins qu’un mythe qui s’est installé ces dernières années, sous l’influence de quelques activistes et avec l’aide de personnalités comme Al Gore. Le mythe est alors devenu un dogme et toute personne qui le met en cause est considérée comme hérétique.

Sachant que les futurologues se fourvoient quasi systématiquement et qu’ils ont presque toujours tort quand leurs prévisions convergent, car elles ne le font que par suite d’un mimétisme affligeant démontrant un aveuglement non moins affligeant, nous nous moquerons sans doute bientôt de cette effervescence qui nous frappe actuellement. Elle me rappelle la panique des années 1970, qui précipita la crise pétrolière, provoquée par la croyance soudain apparue que nous allions manquer d’énergie.

Le climat change comme toute chose dans la biosphère. Les systèmes complexes évoluent personne n’en doute. Quel sera le climat dans 10 ans, 30 ans, 100 ans ? Personne ne le sait. Les prévisions, comme toutes les prévisions depuis toujours, ont toutes les chances d’être fausses. Nous ne savons pas prévoir le climat de la semaine suivante, nous n’avons aucune raison technique de prévoir celui des décennies à venir.

Le climat risque d’être bien pire que celui que nous anticipons aujourd’hui ou au contraire guère différent que celui que nous connaissons. Des feedbacks qui ne peuvent être anticipés peuvent créer des amplifications comme des atténuations inattendues. Des effets potentiellement terribles peuvent en atténuer d’autres pour qu’au final il ne se passe rien. Personne n’est capable de prendre en compte tous les paramètres. Tous ceux qui annoncent qu’il se passera telle ou telle chose nous mentent.

Le climat a déjà changé. Nous en sommes sûrs. Comment changera-t-il ? Nous ne le savons pas. Nous savons juste, avec certitude, que nous l’influençons. Nous pouvons alors décider de moins le changer, de minimiser notre impact sur la biosphère, lui laissant en quelque sorte une change de conserver son régime de fonctionnement actuel. Nous n’avons pas besoin d’invoquer un avenir hypothétique pour effectuer ce choix de société.

Si nous justifions un engagement écologique au nom d’une prévision de l’avenir, d’autres peuvent justifier un autre type d’engagement en invoquant un autre avenir possible. Comme l’avenir est inconnu, aucune des deux options ne pourra être départagée par des arguments logiques, nous pouvons très bien aboutir à une forme de conflit religieux, un combat au nom d’une croyance en un avenir ou en un autre.

Je suis athée, je ne veux pas prendre part à un conflit religieux. Je suis pour la réduction de notre impact écologique, c’est pour moi une question de bon sens maintenant que l’humanité est aussi dispendieuse. Pour faire mon choix, je n’ai pas besoin d’invoquer les futurologues et les dérèglements climatiques à venir. J’ai déjà pris m’a décision au regard de ce qui s’est déjà passé. Si on me jurait que le changement climatique est une illusion, je ne continuerais pas moins à croire que nous devons réduire notre impact écologique.

Je nous imagine dans 50 ans. Si le climat est bouleversé, on dira que les futurologues avaient raison. S’il ne l’est pas, on dira sans doute que nous avons réussi à enrailler ces changements. En fait, nous n’en saurons rien comme nous ne savons jamais pourquoi une guerre commence ou pourquoi des guerres potentielles n’ont jamais éclatées (cf la discussion à ce sujet dans Le peuple des connecteurs et Le cinquième pouvoir).

Nous n’avons pas besoin d’un mythe oraculaire pour agir. Ou plutôt, parce que ce mythe n’est pas solide, il ne provoque pas de réaction à la hauteur des dangers qu’il met en évidence. Pour preuve : nos gouvernements tergiversent et se satisfont de demi-mesures. Tout ça parce que l’avenir prévu n’est pas là.

Nos choix doivent être plus clairement philosophiques. Désirer vivre en harmonie avec la nature est un choix légitime, un choix sur lequel nous devons nous positionner, un choix sur lequel je me positionne. Un autre choix pourrait être de miser sur la croissance tout azimut, confiant au génie humain, à sa capacité de se tirer de tous les pièges.

Ce choix progressiste a été effectué au début de la révolution industrielle. La menace d’un bouleversement climatique catastrophique ne le remet pas en question. Trop peu de gens en prennent conscience il me semble. Pour un progressiste, parler de problèmes à venir n’a aucun sens. Pour lui, tout problème sera résolu le moment voulu. Il suffit d’adopter, par exemple, le point de vue de Kurzweil et le risque de bouleversement climatique fait sourire.

En nous servant de l’avenir inconnu pour convertir les gens du rêve progressiste au rêve écologiste, je crois que nous employons un mauvais stratagème. Il me semble préférable de démontrer aux progressistes que le rêve écologique est le meilleur moyen de relancer le progrès. Nous devons encore une fois jouer gagnant-gagnant.

Les anarchistes applaudis par les conservateurs

16 Sunday December 2007

Hier, m’a femme m’a demandé d’aller filmer pour son blog l’inauguration d’un trompe l’œil en l’honneur de Brassens et de Lolo, ancienne figure locale de Balaruc les Bains qui avait squatté un bout de plage et construit une bicoque où quelques artistes vinrent festoyer au cours des années 1960.

Quand j’étais enfant, je jouais près de cette cabane, en retrait du village, à l’extrémité de la presqu’île, au pied d’une petite falaise qui la protégeait du mistral. L’endroit quelque peu inaccessible était pour nous une île mystérieuse. Lolo était un pirate. Nous entendions des ragots à son sujet.

Avec ses amis, il faisait jaser. On nous racontait que Dali était entré chez lui par un trou dans le toi. Dali était alors pour nous le fou avec des moustaches de mousquetaire qui faisait la publicité pour le chocolat Lanvin. Tout cela était sulfureux et parce que c’était sulfureux nous aimions approcher de la cabane mystérieuse.

Quarante ans plus tard, Brassens est mort, Lolo aussi, Dali aussi. La cabane a été détruite pour laisser le passage à une promenade, maintenant ponctuée d’une fresque souvenir. Sous la neige, il y avait foule pour la dévoiler. J’ai longuement regardé les spectateurs, j’ai reconnu peu de visages, peu avaient un jour connu la cabane et sans doute que la plupart de ceux qui l’avaient connue l’avaient aussi décriée.

Avec le temps, nous avons ainsi le don de nous acclimater aux comportements inattendus. Pendant que mes concitoyens célébraient les parias de jadis, d’autres parias étaient en train de faire le monde, à quelques pas de là, dans l’indifférence ou pire sous les regards moqueurs. Les pirates de mon enfance ne sont pas morts, d’autres ont pris leur suite. Comme tous les hommes libres, ils sont rarement admirés de leur vivant car leur vie dérange ceux qui la côtoient.

Google hégémonique

19 Monday November 2007

PaccoJ’ai déjà tiré la sonnette d’alarme au sujet de la position dominante de google, j’en ai subit les conséquences l’année dernière lors du lancement de bonVote, je la subis à nouveau aujourd’hui avec bonWeb. Jeudi, nous avons été blacklistés, effacés de l’index Google, notre trafic s’est instantanément écroulé, un de nos annonceurs a rompu son contrat.

Google est en telle position de force qu’il peut mettre n’importe quelle entreprise web à terre du jour au lendemain, sans même donner la moindre explication. Une amie juriste m’a dit qu’il s’agissait d’un abus de position dominante, qu’à terme Google serait attaqué et perdrait.

Je ne me lancerai pas dans une telle croisade mais je suis inquiet quand à l’avenir d’un web qui ne pourrait se faire qu’avec Google. Nous autres éditeurs de sites n’avons d’autres choix que d’obtempérer, que d’accepter toutes les injonctions de Google.

Pour bonWeb, tout a commencé par la demande de désindexation de nos résultats de recherche. Nous nous sommes exécutés immédiatement. Ces pages ne nous amenaient d’ailleurs aucun trafic extérieur. Nous avons tout supprimé sauf les pages comme Magasins de jouets, pages où apparaissent des sites saisis par nous et par les webmasters.

Nous avons expliqué à Google que supprimer ces pages revenait à désindexer la totalité de bonWeb. La sanction est venue sans préavis, sans aucun message, sans aucun dialogue. Bien sûr Google ne répond pas à nos messages comme il n’a jamais répondu à ceux des milliers de sites qui ont déjà subit le même sort.

La position de Google est simple : tout site qui présente des résultats de recherche ne doit pas référencer ses pages. Un annuaire comme bonWeb n’a donc plus sa place dans Google, alors même que nos pages sont éditées manuellement, par nous ou les webmasters, et qu’elles présentent une forme de contenu… et qu’elles existent pour certaines depuis 1998.

Google ne nie pas l’intérêt de ce contenu puisqu’il vit de contenus comparables mais il est en train d’interdire ses concurrents, même minuscules comme bonWeb, d’empiéter sur ses platebandes.

Officiellement, à l’origine de cette position, il y a la lutte contre le spam. Mais cette lutte a bon dos. Que Google interdisent aux spammeurs de référencer leurs pages, c’est une chose. Qu’il l’interdise à tous les annuaires en est une autre. Google veut simplement être le seul outil de recherche du web. Demain eBay, la Fnac, toutes les boutiques… pourraient subir ses foudres car aujourd’hui ces sites référencent leurs listings qui ne sont rien d’autre que des résultats de recherche.

Par exemple, Wikio dispose d’une page Thierry Crouzet qui est un résultat de recherche en très bonne position dans Google. Cette page a pour moi un intérêt, elle liste tous les articles qui parlent de moi mais pour Google, en tant que résultat de recherche, elle devrait disparaître. Pourquoi certains sites ne sont-ils pas blacklistés pour des pratiques qui en condamnent d’autres ? Nous entrons dans un web à deux vitesses où il y a les grands et les petits, ceux qui négocient avec Google et les autres. Une forme de dictature est en marche. Le « Don’t be evil » de la jeunesse de Google semble oublié depuis longtemps.

Notes

  1. J’espère que l’injonction de désindexation de certaines pages s’est croisée avec notre réponse prouvant notre bonne foi. En toute logique, Google devrait nous faire réapparaître dans son index. Je suis confiant.
  2. Cette réapparition peut toutefois attendre plusieurs semaines. Nous allons perdre de l’argent mais ce n’est pas dramatique pour une société comme bonWeb. Nous ne sommes que deux salariés, nous avons un trésor de guerre, nos autres sites tournent encore.
  3. Une boutique en ligne ou une société avec un équilibre financier plus incertain serait tout simplement ruinée si elle subissait la même mésaventure que nous.
  4. Certains diront que c’est une punition méritée, que je n’avais qu’à moins faire le malin, que bonWeb spammait google en indexant des dizaines de milliers de pages. Je crois que le problème n’est pas là. Nous avons le droit de créer des annuaires, Google peut faire reculer nos pages dans ses résultats mais il n’a pas le droit de nous interdire de créer de telles pages.
  5. Si les pages créées par l’approche 2.0 (user generated content), une grande partie de bonWeb, n’ont pas leur place dans Google ça pose un sacré problème.
  6. Au fond, Google souhaite que les internautes ne trouvent pas à travers lui les autres outils de recherche. S’il n’avait pas une position dominante ce ne serait peut-être pas un problème. Nous sommes aujourd’hui dans une toute autre situation. Soit Google vous aime, soit vous n’existez pas.
  7. Pour plaire à Google, pour éviter que le problème ne se répète, je crée en ce moment une sitemap pour lui indiquer précisément ce que je veux qu’il indexe, en fait je mâche le travail à Google… Google me force à travailler comme il le veut… il ne veut plus tenter de trier la diversité du web comme il le faisait si bien à ses débuts. C’est aux éditeurs de qualifier leurs pages ce qui est pour le moins difficile lorsque ces pages sont créées par milliers par les utilisateurs eux-mêmes.
  8. Au passage, je remarque que Google nous interdit certaines pratiques qu’il s’autorise lui-même, comme d’afficher des publicités à côté de certains mots clés tendancieux. Google veille que nous respections sa loi qu’il ne respecte pas lui-même… ça me rappelle le comportement de certains politiciens.

La croissance, c’est le problème

18 Thursday October 2007

PaccoComme toujours je ne suis pas l’actualité, j’entends juste des bruits qui me parviennent au sujet de la commission Attali. Cet homme est un vieux qui propose de vieilles idées à un Sarkozy encore jeune. Sans doute vaudrait-t-il mieux l’ignorer et s’occuper d’avancer mais je ne peux m’empêcher de relever l’anachronisme de ses propositions.

Est-ce que les arbres croissent indéfiniment ? Est-ce que les animaux grandissent indéfiniment ? Qu’arriverait-il si c’était le cas ? Ils crouleraient sous leur propre gravité. Ils auraient besoin de plus de nutriment qu’ils ne pourraient en trouver. Ils finiraient par être si grands qu’ils ne pourraient plus qu’être seuls.

L’évolution découvrit très vite qu’il existait des tailles optimales en fonction des différents métabolismes qu’elle inventait. Les feedbacks maintenaient les équilibres. Quand les nutriments manquaient, les populations déclinaient jusqu’à ce que des temps meilleurs surviennent ou que des innovations permettent d’explorer de nouvelles niches écologiques.

Nous devrions avoir la sagesse d’observer la nature et ses mécanismes. Si elle ne s’est pas lancée dans une croissance débridée, c’est pour de bonnes raisons. En revanche, elle n’a jamais cessé d’innover, d’essayer de nouvelles combinaisons et adaptations. Nous sommes le fruit de ces expériences.

La croissance quantitative n’est plus possible une fois la taille adulte atteinte. La population humaine approche sur Terre de sa maturité. Nous avons encore de la marge mais nous devons cesser de nous vouloir de plus en plus gros. Nous devons maintenant chercher à nous vouloir de plus en plus différents. Plutôt que de poursuivre le quantitatif, lançons-nous dans le qualitatif. Par exemple, plutôt que fabriquer du jetable fabriquons du durable.

L’analogie biologique me paraît féconde. Soit nous avons quelques arbres immenses et solitaires, soit des forêts épaisses avec une multitude d’arbres de maturités différentes. En voulant favoriser la grande distribution, Attali penche en faveur des super-séquoias. Il voudrait que la grenouille soit plus grosse que le bœuf… mais je me demande quel bœuf. Attali ignore que nous entrons dans des marchés de longues traînes.

Est-ce qu’un des membres de la commission Attali a lu le livre de Chris Anderson ? J’ai des doutes. Nos savants économistes ignorent qu’une révolution économique est en cours. Ils continuent à nous rabâcher leurs livres de cours écrits durant les années 1970.

Aujourd’hui la croissance n’est pas à chercher dans la grande distribution qui joue sur la rareté de l’offre mais dans la micro-distribution qui propose une offre infinie. À la quantité, un supermarché vend beaucoup de fois peu de produits, on oppose la qualité, un petit producteur vend quelques produits de qualité en petite quantité (sinon il ne pourrait prétendre à la qualité).

Nous sommes face à deux choix de société. D’un côté, l’hyper-capitalisme du XXe siècle ; de l’autre, la longue traîne du XXIe siècle naissant. D’un côté, le mythe de la croissance infinie ; de l’autre, le pragmatisme, la prise de conscience de la durée et la gestion des ressources disponibles.

Le développement d’internet favorisera les longues traînes que nos gouvernants le veuillent ou non. En favorisant la grande distribution, ils ont le choix d’aller contre, de ralentir l’avènement d’une nouvelle société. Mais ils devraient au contraire l’accompagner et nous faire gagner du temps, nous évitant au passage quelques déconvenues, y compris la guerre.

Le feront-ils ? J’ai des doutes. Ils appartiennent à l’ancien monde. Élus grâce à ses finances, ils ne peuvent le trahir. Ils ne sont même pas conscients de se fourvoyer tant leur modèles mentaux sont désuets.

Les médias eux-mêmes partagent les mêmes stéréotypes de pensée. Ils sont incapables de voir les choses qui changent tant ils n’ont appris qu’à voir toujours les mêmes choses. Voilà pourquoi je ne les consulte pas. Ils ont le don de me déprimer.

Michelangelo Antonioni

8 Wednesday August 2007

Je ne suis pas l’actualité comme vous le savez et je viens juste d’apprendre la mort d’Antonioni et celle de Michel Serrault.

Par PaccoPour moi, Antonioni fût un des plus grands artistes du XXe siècle, un de ceux dont l’avenir se souviendra. Je revois souvent ses films, notamment La Notte, L’Aventura, Profession reporter, Blow-up, Zabrisky point et ils me rendent heureux, ils me donnent envie de me mettre au travail, de ne pas laisser filer la vie. Picasso et d’autres géants me procurent souvent le même effet. Je ne connais pas de meilleure drogue.

Un peu triste, je lance une requête Antonioni sur Google. Je tombe sur la note Wikipedia, sibylline, comme si Antonioni était un nain. En seconde position, il y a une brève du Courrier International.

Après Ingmar Bergman et Michel Serrault, le cinéma pleure aujourd’hui un autre grand nom. Michelangelo Antonioni, 94 ans, est décédé lundi soir à son domicile.

Comment peut-on mettre sur un pied d’égalité deux des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma et un des acteurs de La cage aux folles. Serrault m’a fait beaucoup rire, c’était un bon acteur, un grand interprète… mais le comparer à Antonioni et Bergman est un sacrilège.

Nous vivons dans la plus totale confusion. La note Serrault sur Wikipedia est d’ailleurs bien plus nourrie que celle sur Antonioni.

J’ai poursuivi un peu mes recherches, trouvant partout les mêmes assimilations désastreuses qui témoignent de la prégnance de la société du spectacle.

Je lis par exemple que les films d’Antonioni sont si lents, si remplis de vide, qu’on y trouve le temps long. Pour moi, au contraire, ils débordent de toutes parts, j’ai envie de m’arrêter sur chaque image pour reprendre mon souffle.

Somme-nous en train de perdre l’habitude de voir et d’écouter ? Nous faut-il forcément des sujets explicites, grossiers, montrés du doigt ? Rien de nouveau, en fait, mais j’ai beaucoup de mal à l’accepter.

Des politiciens trop littéraires

1 Wednesday August 2007

Je viens de tomber sur une note que j’ai écrite durant la campagne présidentielle. J’avais oublié de la publier. Elle répond à mon dernier billet au sujet de la complexité.

Par fuckingkarma.com« Que nos politiciens n’aient pas d’idée, je m’en moque. Que leurs programmes ne soient que des collections de mesures sans cohérence, ça m’énerve, mais ce n’est pas le plus grave. Qu’ils nous conduisent droit dans le mur en répétant sans cesse les erreurs du passé, ça m’exaspère. Pire que tout, je leur reproche de manquer de méthode. Au plutôt de n’en connaître qu’une, le management pyramidal, ce modèle imposé comme un dogme depuis le début de la révolution industrielle.

« Ségolène Royal a bien tenté autre chose, avec succès même. Grâce à une campagne décentralisée, en réseau, elle a balayé les mammouths du PS lors des primaires de novembre 2006. Et puis patatras. Elle a réinventé le programme de Jospin, appelant ce même Jospin à la rescousse. Ce faisant elle est revenue au bon vieux modèle pyramidal.

« De son côté, Nicolas Sarkozy est un chef de guerre. Le pyramidal il connaît, il s’y tient, il ne change pas de cap. On peut lui reconnaître cette rigueur. Mais est-ce bien sérieux de défendre un système qui s’essouffle partout dans le monde, qui est en grande partie responsable de la crise climatique car les structures pyramidales coûtent trop cher en énergie de toute sorte ? Est-ce sérieux quand internet, ce nouveau champ de développement économiques, culturel et social, lui, démontre chaque jour que les structures en réseaux distribués sont plus harmonieuses et efficaces ?

« Certes au passage, il faut renoncer au contrôle, il faut accepter la distribution des responsabilités. Et alors ? Qu’avons-nous à y perdre nous autres citoyens ? Rien sinon de devoir renoncer à notre innocence et finir par admettre que nous sommes responsable du monde dans lequel nous vivons.

« Quand j’entends un homme politique dire je veux, je suis inquiet. Quand je l’entends dire, je connais la solution, je prends peur. Pourquoi osons-nous voter pour des gens aussi irresponsables car, en vérité, personne ne connaît la solution. Au mieux, nous en détenons chacun une parcelle et c’est ensemble que nous devons chercher des solutions.

« Aujourd’hui, aucun politique ne tient vraiment ce discours. Un discours qui apprend de la science, des nouveaux modèles économiques autant que des règles les plus élémentaires mises en œuvre par la nature depuis la nuit des temps.

« Nos politiciens sont trop littéraires, trop peu scientifiques, et trop peu artistes. Nous-mêmes sommes trop effrayés à l’idée de regagner notre responsabilité. Nous voulons la liberté mais nous ne voulons surtout pas en user. »

Les quelques semaines passées depuis que j’ai écrit ce texte n’ont rien changé à mes idées. L’ouverture, si elle est réellement mise en œuvre, est une façon de distribuer les responsabilités. Elle n’est possible qu’accompagnée d’une totale transparence. Sarkozy s’est-il engager sur cette voie ?

Parfois je l’espère. Cet homme voulait le pouvoir, maintenant qu’il l’a, il ne lui reste plus qu’à briller comme le roi soleil. Alors pourquoi ne nous surprendrait-il pas ? Malheureusement, autour de lui, ses hommes entendent il me semble imposer leur autorité pyramidale.

À vrai dire, je ne sais pas trop à quoi les uns et les autres jouent en ce moment tant je me tiens loin de toutes les sources d’informations officielles. Je réagis juste aux rumeurs qui me parviennent. J’ai d’ailleurs l’impression qu’elles me suffisent. Durant la campagne présidentielle, à force de recevoir trop d’informations extérieures, des informations qui aujourd’hui n’ont plus le moindre intérêt, j’ai perdu beaucoup de temps.

Oui au dopage contrôlé

26 Thursday July 2007

Je suis un fan du tour de France. Je ne manque pas une étape de montagne, mais j’avoue que cette année la course fut morose à cause des histoires de dopage. Mais pourquoi accabler les cyclistes ?

Par fuckingkarma.comVous buvez du café, vous êtes dopé.

Vous fumez, vous êtes dopé.

Vous prenez des vitamines, vous êtes dopé.

Les étudiants se dopent.

Les politiciens se dopent.

Les entrepreneurs se dopent.

Les artistes se dopent.

Pourquoi les sportifs ne pourraient-ils pas se doper ?

Depuis la nuit de temps, les hommes cherchent à dépasser leur nature. La technologie est une dope externalisée. Pourquoi refuser aux sportifs, qui cherchent justement à dépasser les limites humaines, de se doper ?

Pour les protéger ?

Mais alors pourquoi laisser les citoyens se doper sans entrave ?

Faut-il effectuer des prises de sang à l’entrée des concours, à l’entrée des bureaux, à l’entrée des isoloirs ?

Où est la limite ? N’est-elle pas aujourd’hui arbitraire ?

Est-ce normal que deux étudiants à capacités égales ne réussissent pas de façon égale parce qu’ils n’accèdent pas aux mêmes drogues ?

C’est encore le riche qui l’emporte… celui qui peut se payer la toute dernière technologie (et elle existe… si si… Modafinil et compagnie). Mais ce n’est pas en interdisant qu’on équilibrera les chances. Les interdits peuvent toujours être outrepassés, surtout dans un monde où la technologie évolue exponentiellement.

Les nouvelles techniques de dopage sont toujours en avance sur la règlementation.

N’est-il pas préférable d’autoriser le dopage mais en l’encadrant médicalement ? S’il est accepté, ne sera-t-il pas moins nocif ? N’est-ce pas une situation comparable à la prostitution ?

Le problème est aussi complexe que l’hypocrisie est répandue. Des politiciens dopés votent la réglementation antidopage qui se traduit par « ne faites pas comme nous. » Mais pour quelle raison ? Pourquoi les sportifs devraient-ils être propres et pas les autres citoyens ?

Personnellement je ne me suis jamais drogué. Je n’abuse même pas de l’aspirine. Mais je sais que si un jour je vois ma capacité de travail diminuer, ma mémoire flancher, mon cerveau piétiner, je n’hésiterai pas à expérimenter les drogues qui sortent des laboratoires.

Refuser de vieillir, du moins refuser les conséquences du vieillissement, c’est comme pour un sportif refuser de manquer de force.

Il n’y a aucune différence.

Soit on autorise pour tous, soit on interdit pour tous, c’est-à-dire on contrôle tout le monde, ce qui évidement est impossible.

La formule 1 a longtemps été le laboratoire de l’industrie automobile (maintenant elle ne sert plus qu’à promouvoir une technologie désuète). Les sportifs ne pourraient-ils pas eux aussi contribuer au progrès de l’espèce humaine ? Ne pourraient-ils pas servir de cobayes consentants ?

Cette idée peut paraître horrible mais, dans les faits, beaucoup d’hommes servent déjà de cobaye volontaires : les astronautes, les pilotes d’essai, certains médecins qui expérimentent sur eux-mêmes de nouveaux traitements… Ils risquent leur vie pour essayer d’améliorer notre bonheur à tous.

Pourquoi pas les sportifs ? Pourquoi les laisser entre les mains de charlatans qui mettent en danger leur vie en prenant avec eux des risques même pas mesurés.

Si le dopage était socialement accepté, socialement admis, nous serions beaucoup plus méfiants à son égard. Les jeunes sportifs sauraient qu’il y a un danger. Aujourd’hui, on le leur cache, ne leur parlant que de victoire… alors que si victoire il y a, c’est une victoire sur nos limites humaines.

Tout le problème est de savoir comment protéger les enfants… car nous commençons le sport de compétition souvent très jeune. N’est-ce pas cela qui doit être remis en cause ? Pourquoi faire des enfants des bêtes de concours ? Les adultes sont les seuls coupables. C’est nous qui poussons au dopage.

La mort des terrasses

22 Friday June 2007

Hier en fin d’après-midi j’ai retrouvé un ami place de la Comédie à Montpellier. Je n’étais pas assis qu’un brumisateur animé par un ventilateur bruyant m’a aspergé le visage, deux minutes plus tard une bande de troubadours est venue nous casser les oreilles.

Le brumisateur, aberration énergétique en une époque de réchauffement climatique, a pour fonction ne nous faire oublier l’été. Il voudrait, tout comme la climatisation, nous ramener vers un état moyen, une tempérance insipide.

J’ai au contraire envie d’avoir très chaud en été, ce qui rend la terrasse ombragée, à peine moins chaude, d’autant plus désirable. J’ai alors envie d’y traîner pendant des heures.

Mais le brumisateur nous rafraîchit et nous requinque et d’une certaine façon nous ordonne d’aller ailleurs pour laisser place à de nouveaux clients. Hier, nous avons donc changé de terrasse, mais toutes les terrasses avaient leurs brumisateurs, et même leurs troubadours pour faire assez de bruit pour nous empêcher de nous entendre parler.

Et ce n’était pas à cause de la fête de la musique, c’est tous les jours comme ça. L’art de ne rien faire, de l’observation indolente, devient un art interdit.

Serial suicide

27 Sunday May 2007

Vendredi après-midi, je reçois un coup de fil de Jérôme Colombain de France Info. Il voudrait avoir mon avis au sujet des tentatives de suicides de trois jeunes corses, suicides soit disant provoqués par les blogs.

Je n’avais pas entendu parler de cette histoire. Mais en discutant avec Jérôme, j’ai trouvé que ce procès fait aux blogs ressemblait à celui fait durant les années 1980 au jeu de rôle. Jérôme a enregistré mon avis et il l’a diffusé samedi matin sur France info.

C’est donc hier matin en allant de chez moi à Montpellier que j’ai entendu le reportage. Les propos de Xavier Pommereau m’ont rendu fou de rage. Je viens de découvrir un nouvel ennemi de la liberté d’expression. Tout ce qu’il a dit, et que France Info a diffusé sans le moindre commentaire, est très grave, bien au-delà du drame corse.

Une nouvelle fois, les conservateurs se servent de cette affaire pour s’attaquer à internet, s’attaquer à cet espace décentralisé et auto-organisé qui préfigure un nouvel ordre de la société humaine. Nous nous retrouvons encore une fois dans la confrontation que je dénonce de plus en plus souvent entre les conservateurs/pollueurs et les hommes libres.

Sur son blog, Jérôme Colombain est tout aussi énervé que moi. Je crois qu’il faut analyser calmement cette histoire aussi dramatique soit-elle pour les familles des victimes.

  1. En France, il y a en gros 160 000 tentative de suicide pour 12 000 réussites chaque années. On a donc 0,25 % de la population qui tente de se suicider chaque année (source doctissimo).
  2. 75 % des suicides concernent les jeunes. On aurait donc 120 000 jeunes qui tentent de ce suicider, c’est énorme (j’ai du mal à croire ce chiffre).
  3. Il y a en France en gros 5 millions de blogueurs, soit 8 % de la population. Logiquement 8 % des tentatives de suicide devraient donc concerner les blogueurs.
  4. Les blogueurs sont surtout des jeunes. Pratiquement un jeune sur deux tient un blog. Donc il est très probable que les jeunes qui tentent de se suicider soient blogueurs.
  5. Il serait surtout intéressant de savoir si les jeunes qui tiennent un blog se suicident plus que ceux qui n’en tiennent pas. Franchement, je ne serais pas surpris de découvrir que les blogueurs se suicident moins. Si c’était le cas, ce serait un beau direct du droit dans la gueule des conservateurs.

Je voudrais en revenir à l’intervention de Xavier Pommereau. Il passe sous silence le caractère viral du suicide, Michael Gladwell parle très bien de ce phénomène dans The tipping point.

Un suicide peut en entraîner un autre. Si les blogs sont ainsi capables d’amorcer une réaction en chaîne quand est-il de la télévision ou de la radio ? Il est totalement stupide d’accuser internet alors que ce n’est pas le média dominant.

Certes les blogs permettent la communication personnalisée mais pas plus que le téléphone, le courrier ou les discussions dans les cours d’école.

Pour Xavier Pommereau, internet devient un catalyseur de suicide mais, pas la radio, où le même Xavier Pommereau s’exprime avec insouciance. Et si c’était à force d’entendre parler à télé ou à la radio de cette histoire que des jeunes se mettaient à se suicider ? Au fait, les suicides en chaîne ça existe depuis longtemps, même avant internet (on va finir par croire qu’il n’y avait rien avant le net).

Dans ces propos, j’ai entendu avant tout une attaque en règle contre notre média. La moindre occasion est saisie pour s’attaquer à notre espace de liberté. « Il faudrait réglementer d’avantage la circulation sur internet. C’est un véritable enjeu de santé publique. »

Nous devrions fliquer ou même fermer internet parce que c’est dangereux pour la santé. On aura tout entendu.

« Sur internet, on peut trouver tout et n’importe quoi », dit notre psychiatre à la noix. À la radio aussi il faut croire, car on lui a laissé dire n’importe quoi. Réglementons. Interdisons aux Français de s’exprimer car ils risquent de dire n’importe quoi. Commençons par les politiciens parce que souvent ils déraillent totalement avec leurs promesses impossibles.

Mais c’est justement parce qu’on peut tout dire sur internet, sans le moindre filtrage préalable, que nous avons une arme fantastique pour booster l’intelligence collective.

Le n’importe quoi est là mais des idées neuves surgissent, se renforcent, puis émergent peu à peu. L’open source, la coopération, la décentralisation, l’auto-organisation… Si on ne laissait dire que ce qu’il est de bon ton d’entendre, il ne se passerait rien. Nous nous enfermerions dans un conservatisme délétère.

N’oublions jamais que, si l’évolution ne s’était pas donnée carte blanche, nous ne serions même pas là. Il faut laisser la créativité s’exprimer, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises choses a priori, mais des choses qui parfois prennent du poids et deviennent essentielles.

Pourquoi s’attaquer internet et pas aux autres médias ? Parce qu’internet n’est pas contrôlé par une minorité et n’est pas contrôlable. Alors on veut s’attaquer à ce monstre qui ressemble d’ailleurs à nos adolescents qui échappent peu à peu à leurs parents. C’est justement la condition de l’émancipation.

Je trouve déplorable que ces tentatives de suicide, évènement douloureux pour les familles, soient utilisées afin de régler des comptes d’un enjeu planétaire. Je suis conforté dans l’idée que la guerre a commencé.

PS : Et si je parle de cette affaire c’est parce que je ne peux pas me taire (référence mes propos sur le succès des blogs).