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	<title>Le peuple des connecteurs &#187; Dialogue</title>
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	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
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		<title>Sortez du consumérisme en consommant juste</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/03/11/sortir-du-consumerisme/</link>
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		<pubDate>Thu, 11 Mar 2010 20:23:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>

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		<description><![CDATA[
Plutôt que d’acheter des babioles inutiles, de surchauffer votre appartement ou votre maison, ou pire de vous abêtir devant des médias dominateurs qui ne visent qu’à renforcer votre désir mimétique, investissez dans la culture, pourquoi pas en achetant mon Alternative nomade disponible depuis le 9 mars sur publie.net à l’initiative de François Bon.
Pour la petite [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/11/sortir-du-consumerisme/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/1263637439_345b6901d51-450x295.jpg" alt="" title="Consumerism (flickr.com/photos/thomasan/1263637439/)" width="450" height="295" class="alignnone size-large wp-image-15264" /></a></p>
<p>Plutôt que d’acheter des babioles inutiles, de surchauffer votre appartement ou votre maison, ou pire de vous abêtir devant des médias dominateurs qui ne visent qu’à renforcer votre désir mimétique, investissez dans la culture, pourquoi pas en achetant mon <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>Alternative nomade</em></a> disponible depuis le 9 mars sur <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article314">publie.net</a> à l’initiative de <a href="http://www.tierslivre.net/">François Bon</a>.<span id="more-15261"></span></p>
<p>Pour la petite histoire, j&#8217;avais proposé à François qu&#8217;il publie <em>L&#8217;alternative nomade</em> sur publie.net, puis je lui avais dit de laisser tomber, guère satisfait par le manuscrit, peut-être parce que les thèmes évoqués évoluent en moi et hors de moi. Et puis François a soudain jugé qu&#8217;il fallait publier le livre en l&#8217;état, coupant mes atermoiements. C&#8217;est aussi le rôle d&#8217;un éditeur.</p>
<p>Même si vous avez consulté le PDF intégral que j’ai diffusé jusqu’à présent, faites un geste, bien sûr pour montrer votre attachement à mes divagations techno-philo-politico-littéraires, mais aussi et surtout pour soutenir le modèle coopératif de <a href="http://www.publie.net">publie.net</a> (l&#8217;initiative est belle et il faut qu&#8217;elle perdure&#8230; et elle ne perdurera que si des lecteurs acceptent de coopérer).</p>
<p><iframe src="http://publienet.immateriel.fr/fr/preview_box?id=314" frameborder="no" align="center" style="width:100%"></iframe></p>
<p>Après <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/blogs/">la série d’articles</a> que j’ai consacrée à la nécessité d’un modèle économique pour sauver la création en ligne, <a href="http://novovision.fr/?Auteur-en-ligne-un-projet-insense">série reprise et complétée par Narvic</a>, nous avons conclu qu’acheter le livre d&#8217;un blogueur est une des rares façons de subventionner ses écrits par ailleurs gratuits.</p>
<p>Pour diffuser ses livres, ce blogueur peut passer par un éditeur classique, je l’ai fait, mais quand on dit éditeur classique, on sous-entend déjà l’incompréhension de ce qui se passe en ligne. Je vous jure qu’elle est démesurée, astronomique, à se taper la tête contre tous les murs. Alors, ce blogueur peut passer par un éditeur coopératif, un éditeur non capitaliste, un éditeur communautaire à l’image de l’Internet dont nous rêvons (encore).</p>
<p><a href="http://www.publie.net">publie.net</a> est l’avant-garde ce combat, un combat encore incertain, un combat sans ennemis clairs, mais un combat qui nous engage. Nous devons rénover le concept de la coopérative. Comment ? Nous devons expérimenter.</p>
<p>Exemple : étendre les AMAP au monde des auteurs (cette idée me trotte dans la tête depuis qu&#8217;elle m&#8217;a été <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/01/billets-rares-et-payants/#comment-75420">suggérée</a>). Peut-être devons-nous réinventer le principe de la souscription. Plutôt que de garantir à un paysan l’achat d’un panier de légumes toutes les semaines, garantir à un auteur le versement d’un forfait pour qu’il continue de nous régaler de ses textes accessibles gratuitement… et, en prime, recevoir ses prochains livres (ou participer à ses fêtes… ou à tout autre évènement… ou à je ne sais quoi). Le revenu de vie appliqué aux auteurs.</p>
<p>Si ça marche pour les légumes, pourquoi par pour les nourritures de l’esprit ? Ne sont-elles pas tout aussi vitales dans un monde qui se doit de sortir du consumérisme matérialiste ? J’essaie de faire cette démonstration dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L&#8217;alternative nomade</em></a>. Alors <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article314">achetez</a> pour changer votre façon de vivre.</p>
<p>Lisez jusqu’au bout ce livre qui part dans tous les sens, qui hésite entre l&#8217;essai et le récit initiatique, qui se moque des genres (ce que ne supporte guère l&#8217;édition classique d&#8217;ailleurs&#8230; mais dans quel rayon ranger ce livre ? me demande-t-on toujours). Si vous attaquez la lecture, prenez votre temps. Je regrette, ce n’est pas un roman, pour cela il faudra attendre <a href="http://blog.tcrouzet.com/croisade/"><em>Croisade</a></em>, bientôt bouclé, et auquel je consacre mon temps jusqu&#8217;à nouvel ordre.</p>
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		<title>Des billets rares et payants</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/03/01/billets-rares-et-payants/</link>
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		<pubDate>Mon, 01 Mar 2010 12:28:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>

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Comme le rappelle Pierre Fraser, Nicolas Taleb m’avait conseillé de ne pas bloguer et de me faire rare. Je ne l’ai pas écouté, je n’ai toujours pas envie de cesser de bloguer mais je me demande si je ne devrais pas simuler la rareté en rendant de temps à autre un de mes billets payants. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/01/billets-rares-et-payants/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/03/3533717924_8f08377fe11-450x337.jpg" alt="" title="Ferrari Enzo in Gold (flickr.com/photos/germanexotics/3533717924/)" width="450" height="337" class="alignnone size-large wp-image-14954" /></a></p>
<p>Comme le rappelle <a href="http://theoriedestendances.com/2010/02/24/bloguer-ou-ne-pas-bloguer-that-is-the-question%E2%80%A6/">Pierre Fraser</a>, Nicolas Taleb m’avait conseillé de ne pas bloguer et de me faire rare. Je ne l’ai pas écouté, je n’ai toujours pas envie de cesser de bloguer mais je me demande si je ne devrais pas simuler la rareté en rendant de temps à autre un de mes billets payants. Il serait ainsi mécaniquement rare.<span id="more-14952"></span></p>
<p>Le but de la manœuvre serait de rappeler qu’un auteur doit engranger des revenus pour continuer d’écrire tout en refusant la stratégie du freemium : « Tu donnes tes textes et tu gagnes sur autre chose. » Cette technique est applicable pour beaucoup de gens qui bloguent sauf pour les gens dont la seule activité est d’écrire.</p>
<p>Je conçois que l’expérience peut être désastreuse. Je risque de n’avoir aucun lecteur, ou seulement une vingtaine d’amis complaisants. D’un autre côté, payer un euro pour un article, serait pour les lecteurs le moyen de rétribuer cet article en particulier et les autres gratuits par ailleurs.</p>
<p>Pour moi, rendre exceptionnellement, peut-être une fois par mois, un article payant, serait une façon de dire que cet article a plus de poids que les autres, ou qu’il m’a demandé plus de temps (ce qui ne signifie pas qu’il soit meilleur que les autres). Si des lecteurs jouaient le jeu, je pourrais même payer un correcteur et produire ainsi des textes plus propres selon les critères de l’édition.</p>
<p>Une certitude : publier tous les jours ne crée aucune attente. Les textes arrivent comme des blagues qui ne font plus rire. Ils ne génèrent pas en eux-mêmes du trafic, à moins de traquer les mots clés à la mode du lepost.fr. Alors le blogueur peut se faire rare, il doit même se faire rare d’une manière où d’une autre. Pourquoi ne pas créer une attente sur certains billets, les billets qui seraient payants ?</p>
<p>Mon idée n’est pas d’adresser les billets payants à mes lecteurs réguliers, mais de faire le contraire. Les habitués lisent la plupart des billets, ils travaillent avec moi dans l’atelier. Les autres lecteurs devraient ne lire que les billets payants, ceux qui se voudraient plus généraux.</p>
<p>Rien n’est encore très clair. En réaction au <a href="http://www.booksmag.fr/magazine/d/internet-contre-la-democratie.html">dernier numéro de <em>Books</em></a>, j’écris en ce moment un billet qui pourrait me servir de test. Je ne sais pas si c’est un bon choix, si je ne devrais pas rendre payant des textes en rupture avec le contenu habituel du blog. Je pense à une série de nouvelles de SF que j’ai en tête. J’hésite.</p>
<p>Il me semble qu’il faut trouver un moyen de rester dans l’économie de l’abondance tout en ne perdant pas de vue que ce qui est rare aura toujours plus de valeur que ce qui est abondant. En plus, rien n’empêche de rendre un texte rare abondant en le faisant entrer dans le domaine public après quelques semaines.</p>
<p>Cette méthode pour créer de la rareté ponctuelle m’apparaît comme une alternative aux dons que demandent <a href="http://www.pauljorion.com/blog/">Paul Jorion</a> ou <a href="http://www.montpellier-journal.fr/">Jacques-Olivier Teyssier</a>. Jorion crée la rareté avec ses livres, au risque de laisser croire qu’il ne fait qu’y répéter ce qu’il dit sur son blog. Teyssier lui a un rôle d’utilité publique, venant se substituer à la faiblesse endémique de la presse régionale. Il apparaît logique de le financer, même si on ne le lit pas, tant sa fonction sociale est vitale. C’est Teyssier lui-même qui est rare.</p>
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		<title>Le blog support de la pensée en mouvement</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/22/blog-pensee-mouvement/</link>
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		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 11:01:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Blogs]]></category>

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		<description><![CDATA[
Au cours du XXe siècle, les romanciers ont tenté de mettre en scène l’écriture du roman lui-même, faisant de l’écriture le sujet même de la littérature. Ce projet est peut-être discutable quand il s’agit du roman, on peut ne pas apprécier, mais il me paraît indispensable pour le penseur.
Si on refuse les systèmes, on n’a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/22/blog-pensee-mouvement/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/3121109544_994525d3511-450x299.jpg" alt="" title="Cobenhagen Metro. By SigRa. (flickr.com/photos/sigra-/3121109544/)" width="450" height="299" class="alignnone size-large wp-image-14730" /></a></p>
<p>Au cours du XXe siècle, les romanciers ont tenté de mettre en scène l’écriture du roman lui-même, faisant de l’écriture le sujet même de la littérature. Ce projet est peut-être discutable quand il s’agit du roman, on peut ne pas apprécier, mais il me paraît indispensable pour le penseur.<span id="more-14726"></span></p>
<p>Si on refuse les systèmes, on n’a d’autre choix que d’exposer la pensée en même temps qu’elle se forme, dans toutes ses imperfections et contradictions. Il est vain de vouloir attendre qu’elle soit formée, stabilisée et cohérente. La consistance n’existe pas pour qui refuse les systèmes, sa seule consistance réside dans sa constance à se livrer dans toutes ses imperfections. La pensée apparaît alors comme une histoire.</p>
<p>Et quel meilleur support rêver que le blog pour mener à bien ce projet intellectuel ? Un jour, je peux y opposer blanc noir, quelque temps plus tard jaune à rouge et ainsi de suite. Ce n’est pas que je pense par catégories, mais que je catégorise pour mieux détruire les catégories et faire bouger les frontières.</p>
<p>Je ne vois pas d’autres façons d’aborder la complexité. Tous ceux qui cherchent à parler gris, avec des parenthèses partout, mais avec des textes qu’ils veulent définitifs, ne peuvent échapper à la catégorisation. C’est peut-être la plus grande erreur de Morin. À livrer des textes achevés, il a décrit une pensée qu’il n’a peut-être pas pratiquée.</p>
<p>Ma façon d’écrire, de penser, est avant tout ludique. Il n’y a rien de sérieux dans aucune théorie, surtout quand elle se veut politique ou philosophique. Seul l’usage que font les gens d’une théorie peut être sérieux parce qu’ils la prennent au sérieux, lui accordant plus d’importance que le théoricien lui-même.</p>
<p>Pourquoi vivons-nous sinon pour expérimenter et jouir ? Je ne vois aucune autre raison. Cela n’empêche pas de mener une vie morale, de vouloir le bien des autres, de se battre contre les oppresseurs, contre les destructeurs du monde, contre tous ceux qui veulent rendre le jeu désagréable pour le plus grand nombre, dans l’intention de mener leur partie à leur guise.</p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/17/suis-je-apolitique/">Raveline m’a fait m’interroger sur mes valeurs</a> qui ne peuvent exister dans le cadre de la complexité mouvante, sinon comme des moments. J’aurais dû parler du ludique. N’est-ce pas ma pseudo-valeur cardinale, celle qui dure depuis le plus longtemps pour moi ? Et si j’attache de l’importance à la liberté, c’est parce qu’elle est nécessaire au jeu. Et que si les autres sont aussi libres, le jeu est plus intéressant.</p>
<p>J’en arrive toujours à la même conclusion. L’art nous apprend plus sur les hommes que les théories des philosophes ou des sociologues. L’art nous parle de ce qui ne peut se dire, de ce qui ne peut s’objectiver. L’art donne à penser et à vivre en même temps, il ne sépare pas l’esprit et le corps. Il est une expérience totale avec laquelle l’intellection seule ne peut rivaliser.</p>
<p>Alors il me semble que nous devons penser en artiste, en joueur, en équilibriste, pour le plaisir de provoquer des connexions dans le cerveau plus que de formuler une quelconque théorie utile ou, pire, vraie.</p>
<p>Nous autres joueurs vivons dans un univers façonnable. Nous respectons la règle, mais pouvons nous entendre pour la changer. La vérité, c’est la règle, le bref instant où nous les respectons tous. Autant dire une utopie.</p>
<p>Certains affirment que le blog est mort alors que nous n&#8217;avons découvert qu’une infime partie de ses possibilités d’usage. Dire que le blog est mort c’est comme dire que la littérature est morte. Absurde : le blog ouvre de nouvelles perspectives à la littérature. C’est le blog comme plateforme d’<a href="http://theoriedestendances.com/2010/02/18/entrevues-avec-les-medias/">egocasting</a> qui est mort. Et on ne va pas s’en plaindre.</p>
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		<title>Avons-nous des valeurs ?</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/17/suis-je-apolitique/</link>
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		<pubDate>Wed, 17 Feb 2010 14:08:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>

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		<description><![CDATA[
Quelles sont mes valeurs ? Je ne suis pas sûr de savoir répondre à cette question et je suis d’autant plus intéressé par les réponses que Raveline propose à ma place.
Est-ce que je revendique la légèreté, la rapidité, l’exactitude, la visibilité, la multiplicité et la consistance, six valeurs qui en 1979 caractérisaient la modernité selon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/17/suis-je-apolitique/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/2107935933_71466876131-450x333.jpg" alt="" title="what do YOU value? (flickr.com/photos/artsyt/2107935933/)" width="450" height="333" class="alignnone size-large wp-image-14681" /></a></p>
<p>Quelles sont mes valeurs ? Je ne suis pas sûr de savoir répondre à cette question et je suis d’autant plus intéressé par <a href="http://raveline.posterous.com/le-silence-des-passions-i">les réponses que Raveline propose à ma place</a>.<span id="more-14679"></span></p>
<p>Est-ce que je revendique la légèreté, la rapidité, l’exactitude, la visibilité, la multiplicité et la consistance, six valeurs qui en 1979 caractérisaient la modernité selon Calvino ?</p>
<p>J’ai beaucoup lu Calvino. <em>Si par une nuit d’hiver un voyageur…</em> Après un tel texte, comment ne pas avoir envie de devenir écrivain ? Non pas pour raconter des histoires, mais pour jouer avec la littérature elle-même. Écrire l’écriture.</p>
<p>Sous l’influence de <a href="http://www.tierslivre.net/">François Bon</a>, je replonge d’ailleurs en ce moment dans les <em>Petits traités</em> de Pascal Quignard. J&#8217;échoue sur des plages de sable chaud puis je me perds dans des phrases récursives qui se regardent trop pour mes goûts d’aujourd’hui. Je suis passé à une écriture de combat.</p>
<p><em>Légèreté</em>, si possible, objectif inaccessible, je me sens plutôt lourd.</p>
<p><em>Rapidité</em>, j’aimerais ralentir mais j&#8217;ai du mal, la lourdeur implique beaucoup d’inertie.</p>
<p><em>Visible</em>, sinon pourquoi écrire.</p>
<p><em>Multiplicité</em>, parce que les anciennes catégories ont explosé, parce que nous vivons une transition, qu’il faut aborder par plusieurs perspectives.</p>
<p><em>Consistance</em>, en apparence seulement, la multiplicité implique la contradiction, la complexité n’est ni blanche ni noire, un coup l’un, un coup l’autre (je n’aime pas le gris donc je pratique le chaud froid plutôt que le tiède une fois pour toutes).</p>
<p>Ces valeurs valent pour mon écriture. Guident-elles ce que j’écris ? Sans doute. Mais peut-on parler de valeurs ? Il s’agit plutôt d’une méthode de travail, d’une façon de penser. C’est comme mon refus de ces antinomiques que sont le relativisme et le platonisme. L’existentialisme, cette tentation de mettre en avant l’existence, est-il une valeur ? Non. Encore une méthode, une méthode de vie et aussi de travail. On parle de philosophie. Je peux donc me revendiquer de cette philosophie. Mais quelles valeurs ? Il n’en est toujours pas question.</p>
<p>Comment d’ailleurs quelqu’un qui s’oppose au platonisme peut-il définir des valeurs ? Est-ce qu’il peut exister pour lui des valeurs ? Des principes de vie oui… une éthique oui, mais des valeurs je ne suis pas sûr&#8230; alors des valeurs provisoires.</p>
<p>Quand je me définis comme un expert de rien ce n’est pas en référence à mon passé d’ingénieur qui, pour être précis, n’est en fait que mon passé d’étudiant et de rien d’autre. Il est vrai qu’un ingénieur est un généraliste, quelqu’un capable de s’adapter à des problèmes changeants. Il me semble que ce n’est pas une qualité inutile au cours d’une époque de transition. J’ai toutefois autre chose en tête. Je pense à l’éclectisme, à Ératosthène et à tous les polymathes.</p>
<p>J’ai longuement écrit sur ce sujet, j’y reviens en quatrième partie de <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>. L’éclectique est pour moi un hyperspécialiste. À force de voyager à travers les domaines, les métiers, les communautés, il finit par devenir l’unique spécialiste de sa spécialité, une spécialité qu’il s’est créée pour lui seul. Au cours de leur vie, les artistes et les philosophes parcourent ce chemin vers l’individuation, un chemin qui répugne aux politiciens qui veulent nous ranger dans des boîtes faciles à étiqueter puis à contrôler et à manipuler.</p>
<p>Je ne suis donc pas modeste mais terriblement prétentieux, prétentieux au point de me voir dans une case qui ne vaut que pour moi… et j’ai l’espoir que de plus en plus de gens puissent m’imiter. La politique entre alors en jeu et peut-être que des valeurs pointent le bout de leur nez. La liberté ne se gagne qu’à ce prix. Que quand on a réussi à couper les câbles qui nous reliaient aux mêmes leviers de commande que tous les autres.</p>
<p>La pratique de l’éclectisme – l’expertise de rien pour devenir l’unique spécialiste d’une spécialité qui ne peut avoir de nom – implique des principes/valeurs. Des raisons de se battre je préfère dire. La liberté avec la possibilité de la gagner, de la défendre, de l’augmenter sans cesse. Le culte du lien sans lequel il ne peut exister de liberté, ni de société. La fraternité comme valeur, l’amitié chère aux épicuriens. Le rejet de l’ethnocentrisme, c’est-à-dire le multiculturalisme. Le refus des structures d’autorités devenues inutiles, n’est-ce pas une façon d’accorder de la valeur à l’auto-organisation ?</p>
<p>Je défends ces pseudo-valeurs parce que sans elles il n’y a pas d’individuation possible, il n’y a pas d’existentialisme possible, il n’y a qu’esclavage plus ou moins déguisé.</p>
<p>Je ne suis donc pas en train de décrire l’état du monde mais bien de chercher comment y mener une existence. Je fais de la politique même si elle peut paraître éloignée de celle qui se donne en spectacle. Nous verrons bien dans la durée celle qui aura une influence sur le monde. Les deux sans doute. Voilà pourquoi il ne faut en négliger aucune. À chacun de choisir la méthode qui lui convient et lui semble la plus efficace.</p>
<p><em>PS : Ravine m’a fait flipper. En le lisant, j’avais l’impression d’être mort. Comme si on parlait de moi dans un lointain futur. Je ne pouvais pas ne pas répondre. L’écriture est devenue interactive. Les auteurs peuvent dire ce qu’ils pensent et non ce qu’on veut leur faire penser (même si chacun est libre de comprendre à sa façon).</em></p>
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		<title>La réinvention du socialisme</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/16/la-reinvention-du-socialisme/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 11:54:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[anarchisme]]></category>
		<category><![CDATA[socialisme]]></category>

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		<description><![CDATA[
Nous sommes encore libres, nous avons le pouvoir d’éviter le pire. Et si le pire advient, nous ne devrons nous en prendre qu’à nous-mêmes, car nous serons les seuls responsables. Nous étions prévenus. Je vais vous prévenir une nouvelle fois.
Imaginez que des hommes d’égal niveau d’éducation se retrouvent à bord d’un vaisseau spatial et débarquent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/16/la-reinvention-du-socialisme/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/social.jpg" alt="" title="Real socialism architecture (flickr.com/photos/aoutravoz/2773673145/)" width="450" height="337" class="alignnone size-full wp-image-14648" /></a></p>
<p>Nous sommes encore libres, nous avons le pouvoir d’éviter le pire. Et si le pire advient, nous ne devrons nous en prendre qu’à nous-mêmes, car nous serons les seuls responsables. Nous étions prévenus. Je vais vous prévenir une nouvelle fois.<span id="more-14647"></span></p>
<p>Imaginez que des hommes d’égal niveau d’éducation se retrouvent à bord d’un vaisseau spatial et débarquent sur une nouvelle planète. Quel monde y construiront-ils ? Un monde de liberté, d’égalité, de fraternité ou un monde qui ressemble au nôtre, avec ses hiérarchies, ses inégalités, ses structures d’autorités ?</p>
<p>De nombreux auteurs de science-fiction se sont posé la question, notamment Kim Stanley Robinson avec sa trilogie martienne. Comment savoir ce qui se passerait vraiment ? Faute d’avoir découvert une nouvelle planète à coloniser, nous pouvons considérer Internet comme un nouveau territoire. En étudiant son histoire, on peut en tirer quelques enseignements quant à notre actuelle maturité politique.</p>
<h3>La hiérarchisation des hominidés</h3>
<p>Tout d’abord, je voudrais revenir sur l’origine des structures d’autorité. Parmi les peuples premiers, certains sont non hiérarchiques et ne disposent même pas de l’impératif dans leur langage ou de verbes comme devoir. Ont-ils perdu les hiérarchies au cours de leur histoire ou les sociétés humaines ont-elles commencé par être non hiérarchiques ?</p>
<p>Les anthropologues penchent vers cette seconde hypothèse. Chez de nombreux mammifères, chez les loups ou les singes, il existe souvent des mâles dominants, mais pas à proprement parler de hiérarchie.</p>
<p> Le mâle dominant ne peut pas être considéré comme le chef de la horde. Il s’approprie les femelles qui l’intéressent, mange en premier, indique quand il est temps de se déplacer… Il manage par l’exemple sans donner d’ordre à ses congénères. Rien ne les empêche de tenter leur chance en solitaire ou d’aller former une nouvelle horde.</p>
<p>Dans l’histoire humaine, les premières hiérarchies apparaissent semble-t-il autour de -75 000 ans. Cet évènement aurait coïncidé avec l’invention des vêtements, qui avaient non pour but de réchauffer ou d’accroître le confort, mais d’affirmer le statut social.</p>
<p>Difficile de faire de l’archéologie ethnographique aussi loin dans le temps. On est sûr d’une chose en revanche : les hiérarchies s’imposent quand les hommes se sédentarisent (le pouvoir hiérarchique devient en quelque sorte juridique).</p>
<p>Les hiérarchies ont pour avantage de réduire les coûts de transaction comme en fit la démonstration <a href="http://coase.org/aboutronaldcoase.htm">Ronald Coase</a>. Des structures d’autorités se forment alors. Ceux qui possèdent la terre, ceux qui possèdent du bétail, bientôt ceux qui possèdent d’autres hommes.</p>
<p>D’un monde primitif relativement horizontal, nous passons à des sociétés de plus en plus verticales. Nous basculons de la décentralisation à la centralisation.</p>
<h3>La hiérarchisation de l’évolution</h3>
<p>Ce ne fut pas une première dans l’histoire du vivant. L’évolution biologique n’a pas commencé par être darwinienne, c’est-à-dire verticale, avec des parents qui transmettent leurs gènes à leurs enfants au prix de quelques mutations.</p>
<p>Avant l’existence des parents, il y avait déjà de la vie. Il fallait bien un mécanisme pour transmettre les gènes. Ils circulaient alors horizontalement, d’individus en individus non apparentés, parfois d’espèces différentes.</p>
<p>Des scientifiques comme <a href="http://www.newscientist.com/article/mg20527441.500-horizontal-and-vertical-the-evolution-of-evolution.html">Carl Woese et Nigel Goldenfeld</a> montrent que la théorie hiérarchique de Darwin est ainsi incapable d’expliquer l’apparition du code génétique lui-même. Elle ne se met en place qu’après plusieurs milliards d’années d’une évolution horizontale, évolution toujours active aujourd’hui.</p>
<p>Ainsi la vie aurait elle aussi basculé d’une époque dominée par l’horizontalité à une époque dominée par la verticalité, surtout chez les êtres les plus complexes.</p>
<p>La verticalisation, la hiérarchisation, la centralisation sont-elles inévitables et irréversibles ? C’est une question importante. Si tel est le cas, si nous colonisons un nouveau monde, nous y recréerons nécessairement des hiérarchies et des structures de domination. Si nous inventons un nouveau territoire, Internet, nous y reproduirons les pouvoirs millénaires avec tous leurs travers.</p>
<h3>La décentralisation</h3>
<p>Sommes-nous condamnés à une stagnation politique ? Avons-nous atteint structurellement la fin de l’histoire sociale ? De tout temps, les conservateurs ont pensé ainsi. Pour eux, au XVIIIe siècle, la société ne pouvait fonctionner sans esclaves, les hommes devaient dominer les femmes, les enfants devaient travailler… Il était impossible de remettre en cause les structures d’autorités existantes qui apparaissaient comme des fatalités que l’on attribuait à la nature humaine.</p>
<p>Mais qu’en est-il de cette nature humaine ? Avons-nous toujours tendu vers plus de hiérarchie ? Si tel était le cas, nous vivrions partout sous des dictatures implacables. Il n’en va pas ainsi parce que des individus qui résultent d’une évolution hiérarchique peuvent néanmoins développer des comportements non hiérarchiques.</p>
<p>Je ne vais pas donner d’exemples chez les animaux pour ne pas être accusé de comparer les hommes aux bêtes, même si celles-ci ont encore beaucoup de choses à nous apprendre.</p>
<p>Regardons nos villes. Bien que devenues des centres d’autorité, elles ne se sont pas moins développées le plus souvent suivant des principes horizontaux. Parfois elles furent fondées à la règle et à l&#8217;équerre, mais, au cours du temps, et cela toujours assez vite, elles adoptèrent des formes plus organiques.</p>
<p>Quand les scientifiques cherchent à reproduire l’évolution de ces villes en simulation, ils constatent que les modèles hiérarchiques n’expliquent pas leur structure. Nous devons imaginer que les hommes respectent une poignée de règles et bâtissent en fonction d’elles. Dès qu’on étudie les villes dans une durée supérieure au siècle, on constate qu’elles résultent avant tout d’un processus d’auto-organisation typiquement non hiérarchique. Et nos villes ne sont-elles pas parmi nos réalisations collectives les plus impressionnantes ?</p>
<h3>Les victoires anarchistes</h3>
<p>Il semble donc exister deux mouvements historiques : l’un pousse à la centralisation et à la création de structures d’autorité, l’autre à la décentralisation et à la destruction des structures d’autorité qui ne font pas leur preuve.</p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/11/anarchisme-emancipation/">Noam Chomsky qualifie d’anarchiste cette seconde tendance.</a> L’anarchie, suivant cette définition, n’est pas contre toutes les structures d’autorité, mais contre celles qui ne se justifient pas, ou plus.</p>
<p>Les hommes ont longtemps constitué une structure d’autorité sur les femmes. Des siècles de lutte ont vu quelques progrès, preuve que l’ont peut affaiblir cette structure d’autorité, et sans doute finir par l’éradiquer.</p>
<p>Les esclavagistes constituaient eux aussi une structure d’autorité. Des hommes l’ont abattue. Ils ont inventé le salariat, une forme de dépendance moins dégradante, qui a créé une nouvelle structure d’autorité, celle des patrons.</p>
<p>À leur tour, les socialistes ont rêvé de supprimer cette nouvelle structure d’autorité (je parle des véritables socialistes du XIXe siècle). Ils ont à ce jour échoué, ce n’est pas pour autant qu’ils échoueront toujours.</p>
<p>Bill Joy a montré que le modèle hiérarchique ne réduisait les coûts de transaction que dans un monde faiblement technologique. Quand les coûts de communication s’effondrent, on peut travailler où l’on veut, donc aussi hors des hiérarchies qui ne présentent plus d’avantages en terme de coût, mais uniquement en terme de pouvoir et deviennent de fait des structures d’autorité inutiles.</p>
<h3>La guerre éternelle</h3>
<p>Existe-t-il une tendance humaine vers la diminution du nombre des structures d’autorité ? Rien n’est moins sûr. Le salariat remplace l’esclavage. L’instruction remplace la noblesse de sang. Les banquiers s’arrogent le pouvoir de créer de l’argent.</p>
<p>Il y aurait plutôt une lutte continuelle entre les autoritaires et les anarchistes, entre les centralisateurs et les décentralisateurs. Ils se livrent une guerre éternelle. Doit-on choisir son camp ? En théorie, on peut être pour la décentralisation dans un domaine et pas dans un autre.</p>
<p>Toutefois, il me semble que nous devons entre les deux tendances nous positionner (<a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/12/les-vers-rongent-internet-et-vous/">et il ne peut sans doute exister plus de deux tendances politiques dominantes</a>). N’oublions pas dans notre réflexion de considérer l’esclavagiste comme un centre pour les esclaves, l’homme comme un centre pour les femmes aliénées, le patron comme un centre pour les salariés… Alors les centres sont-ils nécessaires ? Et quand le sont-ils vraiment ?</p>
<p>Pour ma part, je penche vers l’anarchisme, estimant que le salariat doit être aboli, que le pouvoir de créer l’argent doit être réparti entre tous, que les pouvoirs subsistants doivent être jalousement séparés pour éviter les collusions… Nous devons interroger toutes les structures d’autorité et questionner leur légitimité.</p>
<p>Sans être aussi extrémiste que moi, on peut néanmoins sentir les deux tendances s’opposer dans notre société. Elles réveillent des forces souterraines et cataclysmiques.</p>
<p>Pourquoi cataclysmiques ? Parce que, quand la complexité augmente, la décentralisation s’impose. La raison est toute simple : pour faire face à la complexité, il faut de plus en plus d’intelligence. La seule manière de l’augmenter est de la laisser s’exprimer partout. On ne doit pas attendre l’aval de la hiérarchie avant d’expérimenter (une hiérarchie est moins intelligente et pas plus informée que sa structure sous-jacente).</p>
<p>Dans un monde qui se complexifie, les anarchistes devraient donc logiquement s’imposer peu à peu. Toutefois, les centralisateurs défendent leurs privilèges. Même quand la complexité augmente, ils tentent d’imposer la centralisation, ce qui implique inévitablement une réduction de la complexité.</p>
<p>Cette réduction peut prendre de multiples formes. Moins de gens pour interagir (stratégie de réduction de la population). Moins de liberté pour interagir (dictature avec contrôle des déplacements). Moins de technologie pour interagir (jihad Bultérien imaginé par Frank Herbert – avec disparition de la liberté d’expression). Cette liste pourrait s’étendre indéfiniment : épuisement des ressources naturelles, crises climatiques, récession économique durable… Nous ne serions capables de résoudre ces problèmes complexes que par la voie de la simplification catastrophique.</p>
<p>Nous serions alors forcés de renoncer à ce qui fait la richesse de nos vies (si ce n’est à nos vies même). Il ne s’agirait pas de sacrifier des choses accessoires, les gadgets inutiles du consumérisme, mais aussi tout ce qui fait le propre d’un monde complexe, les interactions à grande échelle, aussi bien celles qu’autorisent les voyages que les nouvelles technologies par exemple.</p>
<p>Un monde moins complexe nous pousserait à revenir à un stade antérieur de l’humanité, un stade pas nécessairement plus durable vu dans quel état nous avons mis le monde. Il n’y a d’avenir pour l’homme que dans la course à la complexification – une complexification culturelle.</p>
<h3>Internet stigmatise les antagonismes</h3>
<p>Que se produit-il sur Internet ? Nous avons construit une nouvelle planète où nous avons <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/12/les-vers-rongent-internet-et-vous/">minimisé les structures de pouvoir</a>. Pendant trente ans, nous nous sommes développés horizontalement, mais, aujourd’hui, les forces centralisatrices, un temps dominées, reviennent sur le champ de bataille. Les loups veulent se repaître du fruit de notre travail collectif.</p>
<p>Pour commencer, les gouvernements tentent de reprendre le contrôle, c’est-à-dire de réintroduire des hiérarchies là où elles n’existaient pas. Ils ne voient pas d’un bon œil que nous puissions échanger en direct des informations entre nous. Sous prétexte que nous pouvons échanger des informations piratées, ils imaginent des solutions de filtrage capables de nous empêcher simplement de communiquer.</p>
<p>Mais n’accablons pas les gouvernements. Ils ne sont pas nos plus dangereux adversaires. Ne cherchons pas d’autres responsables que nous-mêmes. C’est nous qui créons les véritables nouvelles structures d’autorité, des structures transnationales que sont Google ou Facebook par exemple. Nous les créons en plébiscitant les services centralisés de ces entreprises au profit des solutions décentralisées pourtant à l’honneur depuis le début d’Internet.</p>
<p>Quand je dis nous, je m’adresse surtout à ceux qui utilisent ces services en oubliant qu’il en existe d’autres. Quand vous parlez à certaines personnes de ce que vous avez vu sur Internet, ils vous demandent « C’est où sur Facebook ? » Pour une grande majorité d’internautes, Internet se résume à Facebook. Par ailleurs, bientôt la navigation ne s’effectuera plus qu’à travers Google et les liens hypertextes dans les pages ne seront plus utilisés.</p>
<p>Bien sûr ces services proposent aujourd’hui des avantages qu’aucune autre plate-forme ne confère. C’est confortable d’aller chez eux. Mais dites-vous bien que vous êtes en train de vous soumettre à de nouvelles structures d’autorités, des structures qui à ce jour n’existaient pas encore sur Internet… des structures que vous renforcez de jour en jour en même temps que la concurrence agonise.</p>
<p>La dictature est souvent confortable. Vous n’avez plus de question à vous poser. D’autres pensent pour vous et vous disent ce que vous devez faire. Je noircis le tableau, mais n’oublions pas que, quand nous donnons du pouvoir, il y a toujours des hommes pour se l’approprier. Ne leur facilitons pas trop la tâche, nous ne pourrions que nous en mordre les doigts.</p>
<p>Vous pouvez certes estimer qu’un tel monde hiérarchique est préférable à un monde horizontal, en apparence déstructuré, sans ligne claire, sans une direction unique imposée à tous… Vous êtes encore libres d’effectuer ce choix. J’use pour ma part de ma liberté pour travailler à un autre monde, celui que j’ai connu sur Internet quand tout était possible et que les structures d’autorité n’attiraient pas tous les internautes comme des mouches.</p>
<p>Ne croyons pas que le jour venu nous nous détournerons de ces structures avec facilité. Repensons aux esclaves ou aux femmes aliénées. Une fois une structure d’autorité installée, elle se défend jusqu’à la mort.</p>
<p>Cette défense implique un renforcement de la centralisation, une diminution concomitante de la complexité, donc de l’intelligence générale du système. L’innovation n’est plus au rendez-vous. Il n’y a plus de place pour d’autres en dehors. On se retrouve avec des centres de puissance qui ont tendance à entrer en guerre. D’ouvertes, les frontières se referment peu à peu. </p>
<p>Apple a inauguré depuis longtemps ce repli vers les solutions propriétaires. <a href="http://money.cnn.com/2010/02/03/technology/Web_splintering/index.htm">Google et d’autres développent le même travers, notamment dans le domaine de la téléphonie.</a></p>
<p>Nous qui penchons vers l’anarchisme, allons-nous laisser ce processus se développer ? Allons-nous laisser les structures d’autorité reprendre ce que nous avions un temps réussi à acquérir ? La liberté de publication. Le droit à l’anonymat. La coopération. L’open source. <a href="http://www.slideshare.net/nitot/hackability-what-it-means-why-its-important">La hackabilité</a>.</p>
<p>Toutes ces victoires, toutes ces structures d&#8217;autorité que nous avons dynamitées risquent bientôt de ressurgir. Sommes-nous à l’aube d’un nouveau balancement vers la centralisation ? Parfois même les écologistes appellent un tel revirement au nom de la protection de l’environnement. Les appels à la centralisation se généralisent. Toutes les raisons sont bonnes. Les crises et la nécessité des mesures d’austérité ont bon dos. Si seulement les hiérarques s’appliquaient l’austérité à eux-mêmes pour commencer.</p>
<p>Je n’ai pas envie de vivre dans leur monde. L’anarchisme doit être réhabilité comme la principale force de progrès de nos civilisations. Nous ne devons pas nous contenter de développer de nouvelles technologies, mais diriger ce développement dans un sens qui réduit les structures d’autorité. Nous en avons les moyens. Nous devons nous battre sur ce terrain de bataille politique.</p>
<h3>La centralisation catastrophique</h3>
<p>Le socialisme n’a jamais été appliqué. Jamais les gens qui s’en revendiquèrent n’ont fait disparaître les structures d’autorité. Ils les ont au mieux remplacées, souvent par des machineries monstrueuses comme en URSS. Le socialisme est devenu une machine centralisatrice. Il a remplacé Dieu par l’État. On est passé d’un opium du peuple à un autre, c’est tout.</p>
<p>Regardez ce qu’est devenu le socialisme dans un pays comme la France. Comment cherche-t-il à secourir les plus défavorisés ? Il ne remet en cause aucune des structures d’autorité qui engendrent les inégalités (ce qui est le propre d’une structure d’autorité puisque certains sont en haut de la pyramide et d’autres en bas).</p>
<p>Les socialistes ne voudraient qu’une seule compagnie ferroviaire, qu’un service postal, qu’un fournisseur d’énergie… Ils voudraient renforcer les structures d’autorité qui n’ont au cours de l’histoire d’autres fins que d’asservir les hommes. Est-ce cela le socialisme ?</p>
<p>Pour installer le <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/15/le-revenue-de-vie/">revenu de vie</a>, nous devons décentraliser la création monétaire. Pour célébrer la dignité humaine, nous devons décentraliser le travail, transformer le salariat en un nouvel artisanat. Pour garantir la liberté d’expression, nous devons continuer à créer des blogs indépendants et ne pas nous enfermer dans des plateformes totalisantes.</p>
<p>Nous ne devons nous définir comme des anarchistes, intégrant dans nos rangs les déçus du faux socialisme.</p>
<p>Alors nous apprendrons à produire nous-mêmes notre énergie, nos informations, nos infrastructures… Nous cesserons d’être soumis aux structures d’autorité qui n’ont plus aucune raison d’exister dans un monde devenu technologique.</p>
<p>Mais prenons garde. Il ne s’agit pas de détruire aveuglément toutes les structures d’autorité, mais seulement celles qui nous aliènent, celles qui n’ont plus de raison d’être. Je milite pour un anarchisme modéré tel que le définit Chomsky.</p>
<p>Quand les libéraux, ceux qui se prétendent tels, veulent détruire les services publics, ils ne cherchent pas à détruire des structures d’autorité, mais simplement à les déplacer vers le privé, à les ramener dans leur escarcelle. Ils agissent comme les communistes en URSS. Les libéraux n’ont jamais été anarchistes. Ils exigent la liberté de créer librement des structures d’autorité. Nous devons au nom de la liberté nous battre également contre eux.</p>
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		<title>Les vers rongent Internet et vous ?</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 12:25:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[anarchisme]]></category>
		<category><![CDATA[Facebook]]></category>

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Ces petites bêtes ne s’attaquent pas qu’à la pomme, elles s’attaquent à tout ce qui pourrait contrecarrer les structures d’autorité et de domination. Il serait dangereux de croire qu’Internet est dorénavant hors de danger, que nous l’avons gagné, qu’il est un de nos droits inaliénables, que tous les hommes pourront un jour utiliser en toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/12/les-vers-rongent-internet/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/2257918524_f0f8e287921-450x299.jpg" alt="" title="Whale backbone (flickr.com/photos/vagawi/2257918524/)" width="450" height="299" class="alignnone size-large wp-image-14546" /></a></p>
<p>Ces petites bêtes ne s’attaquent pas qu’à la pomme, elles s’attaquent à tout ce qui pourrait contrecarrer <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/11/anarchisme-emancipation/">les structures d’autorité et de domination</a>. Il serait dangereux de croire qu’Internet est dorénavant hors de danger, que nous l’avons gagné, qu’il est un de nos droits inaliénables, que tous les hommes pourront un jour utiliser en toute liberté.<span id="more-14545"></span></p>
<h3>Tuyaux propriétaires</h3>
<p>Les informations ne se propagent pas par magie. Elles empruntent les réseaux de fibres optiques, notamment les fameux backbones. Ces réseaux appartiennent à plusieurs centaines d’entreprises ou d’organisations gouvernementales.</p>
<p>Nous avons donc clairement une structure d’autorité qu’un processus de concentration pourrait renforcer. Pour le moment, la grande diversité des acteurs ne laisse pas présager une domination immédiate de cette infrastructure. Toutefois, il suffit d’observer n’importe quelle carte globale du réseau pour découvrir qu’il existe des zones qui peuvent être assez facilement coupées du monde.</p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/glasvegels1.jpg"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/glasvegels1-450x232.jpg" alt="" title="Fibres optiques" width="450" height="232" class="alignnone size-large wp-image-14549" /></a></p>
<p>Pour que nous nous appropriions cette structure d’autorité, il faudrait que chacun de nous participe à la structure physique du réseau, par exemple en interconnectant en P2P nos bornes Wifi. Cette approche peut marcher dans les villes, mais ce n’est pas ainsi que nous construirons un Internet alternatif et libre.</p>
<p>Pendant longtemps encore, nous sommes condamnés à communiquer à travers des tuyaux propriétaires. Tant qu’il y a concurrence entre ces tuyaux, tant qu’il y a de nombreux acteurs, nous ne sommes pas en danger de ce côté.</p>
<h3>Providers privés</h3>
<p>Avant d’atteindre les tuyaux, nous passons par les providers, peu nombreux et sous l’emprise directe des gouvernements. Contrôler un provider, c’est contrôler tous les gens qui se connectent à travers lui.</p>
<p>On voit bien que l’accès à Internet est un point névralgique. Idéalement nous devrions pouvoir nous connecter directement au réseau, en tout point, tout au moins à travers un grand nombre d’acteurs. La concentration en a voulu autrement, les gouvernements aussi.</p>
<p>Tant qu’on nous laisse l’accès, nous pouvons crypter nos données, utiliser des VPN, en gros aller n’importe où… mais cette liberté ne tient qu’à un fil. Profitons-en.</p>
<h3>Serveurs racines</h3>
<p>Ces serveurs de noms utilisés pour rooter les adresses Internet ont longtemps tous été situés aux États-Unis. Ils sont en train d’être <a href="http://www.root-servers.org/">déployés un peu partout</a>, ce qui d’une certaine façon réduit la puissance d’une des structures d’autorité. Reste que le réseau dépend de ces points particuliers, des points qui sont contrôlables.</p>
<h3>Partage centralisé</h3>
<p>Aux structures d’autorités physiques, s’ajoutent des structures créées par les usagers eux-mêmes. Quand les internautes passent des heures sur facebook, quand ils y créent des contenus, ils appauvrissent le reste de l’écosystème, ils le condamnent à l’asphyxie. Quand cet autre Web, ce Web extérieur, sera mort, il sera trop tard pour dire merde à facebook.</p>
<p>Google joue le même jeu pervers. Il aime les liens mais pas trop de liens. Logique, Google voudrait que nous passions systématiquement par lui quand nous cherchons sur le Web. Google s’oppose aujourd’hui à la logique même du Web.</p>
<p>N’oublions pas que nous trouvons beaucoup plus vite des choses qui ont du sens pour nous en remontant les liens. C’est ainsi que nous devenons des <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/">nomades</a> et faisons souvent des découvertes surprenantes.</p>
<p>Tous les sites qui parlent de partage, d’articles, de musiques, de vidéos, et reposent sur une architecture centralisée sont également des structures d’autorité. Ils ont tout pouvoir sur les contenus mis entre leurs mains. Ils peuvent les faire disparaître du jour au lendemain, censurer, favoriser, manipuler…</p>
<p>Encore une fois, tant qu’il y a assez de concurrence, on peut se sentir tranquille. Mais il y a de moins en moins de concurrence, de plus en plus d’hégémonie sur le Web. C’est paradoxalement le point le plus névralgique d’Internet alors qu’il est le seul à ne reposer sur aucun centre.</p>
<blockquote><p>Le libéralisme total conduit à une domination totale par quelques acteurs.</p></blockquote>
<p>Chacun des internautes compte sur les autres pour maintenir en vie le reste du Web pendant que lui-même utilise le service qui lui paraît le plus pratique, tant bien même ce service ne peut que se transformer <em>in fine</em> en nouvelle structure d’autorité et de domination. C’est un esclavage volontaire.</p>
<p>Est-ce que nous gagnons des libertés dans un domaine pour en perdre aussitôt dans un autre ? Ou est-ce qu’avec le Web nous avons gagné tant de nouvelles libertés que nous sommes incapables d’en jouir ? Alors nous nous restreignons nous-mêmes ? Je n’ai bien sûr pas de réponse, je me contente de m’inquiéter.</p>
<p>Si quelques acteurs dominent le Web au point d’écraser toutes autres activités, ces autres activités deviendront underground… et on appellera anarchistes, au mauvais sens du terme, les gens qui tenteront de préserver leur liberté.</p>
<p>Dans les systèmes politiques, quand il s’agit de prendre le pouvoir, nous voyons presque toujours deux forces se former et pratiquement atteindre un équilibre. C’est le 50/50 observé dans presque toutes les démocraties lors des élections nationales.</p>
<p>J’ai mon explication évolutive à ce phénomène. S’il y avait dix camps représentant chacun en gros 10 % de la population et qu’un seul l’emportait, il y aurait près de 90 % de perdants. Pour préserver l’idée d’opposition, tout le monde ne peut pas être d’accord, mais en maximisant les vainqueurs et minimisant les perdants, il est préférable d’avoir uniquement deux camps. C’est une situation à laquelle nous arrivons mécaniquement.</p>
<p>Mais ce n’est pas ce qui se produit dans une économie libérale comme Internet. Les gens n’ont pas l’impression de perdre quand ils se lient à un service. Ils peuvent tous en rejoindre un seul, créant une dictature sans en prendre conscience au début.</p>
<p>Alors il faut leur dire qu’il y a du danger, ce que je fais. Mais est-ce suffisant ? Non, on n’accepte le danger que quand on en sent la morsure alors qu’il est souvent trop tard.</p>
<p>Est-ce que ça veut dire qu’il faut des lois régulatrices sur me Web ? Non, mais à coup sûr une fantastique prise de conscience, une fantastique mobilisation. Internet tel que nous le connaissons n’est pas éternel.</p>
<blockquote><p>I worry about my child and the Internet all the time, even though she&#8217;s too young to have logged on yet. Here&#8217;s what I worry about. I worry that 10 or 15 years from now, she will come to me and say &#8216;Daddy, where were you when they took freedom of the press away from the Internet? écrivit Mike Godwin en 1996.</p></blockquote>
<p>Cette inquiétude donna à l&#8217;époque l’idée de créer des réseaux comme <a href="http://freenetproject.org/fr/index.html">Freenet</a>. Aujourd’hui, 10 ou 15 ans plus tard, nous sommes encore libres. Peut-être alors ai-je tort de m’inquiéter. Mais ce n’est pas grave que ce soit pour rien. Et par ailleurs, c’est peut-être parce que nous ne cessons de nous inquiéter que nous empêchons le pire d’advenir.</p>
<p>Le pire est que tout en étant libres nous créons nous-mêmes les conditions de notre asservissement. Nous n’utilisons pas tous le même fournisseur d’emails. Pourquoi pour la recherche, les réseaux sociaux, le partage de vidéos… quelques centres nous attirent comme des mouches ?</p>
<p>Est-ce juste une lubie passagère ? Après tout facebook n’a pas empêché Twitter d’émerger. D’autres services surgiront. Je l’espère. Mais pour le moment je constate que facebook est une espèce de trou noir qui aspire les internautes et les captive avec autant de force que la TV.</p>
<p>Ma réponse. Utilisez facebook pour amener des gens chez vous. Utilisez facebook pour construire hors de facebook. N’y passez pas votre vie, n’y créez rien.</p>
<p>Reste cette question. La liberté totale tue-t-elle la concurrence ? Sans doute que oui dans une société où nous ne sommes pas suffisamment individués.</p>
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		<title>Repenser le Flux par les liens et le bonheur</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 18:21:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Flux]]></category>

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		<description><![CDATA[
Je ne suis pas satisfait par la première partie de mon Alternative nomade. Quelque chose dans l’idée de Flux est trop flou, pas assez explicite, surtout pas assez fécond. Samedi dernier, j’étais chez Isabelle Filliozat et elle m’a demandé pourquoi à mon avis il m’arrivait d’éprouver du bonheur dans le Flux. Je lui ai répondu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/08/flux-liens-et-bonheur/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/hands.jpg" alt="" title="linked (flickr.com/photos/hispanicoreloaded/2405571390/)" width="450" height="314" class="alignnone size-full wp-image-14499" /></a></p>
<p>Je ne suis pas satisfait par la première partie de mon <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>Alternative nomade</em></a>. Quelque chose dans l’idée de Flux est trop flou, pas assez explicite, surtout pas assez fécond. Samedi dernier, j’étais chez <a href="http://www.filliozat.net/">Isabelle Filliozat</a> et elle m’a demandé pourquoi à mon avis il m’arrivait d’éprouver du bonheur dans le Flux. Je lui ai répondu : « c’est à cause des liens, parce que je me sens lié. »<span id="more-14498"></span></p>
<p>Elle m’a alors dit que le bonheur n’était pas compliqué. On l’éprouve quand on se sent lié aux autres et quand on a l’impression d’accomplir quelque chose.</p>
<p>Qu’est ce que je vis dans le Flux. Lié à vous, à ceux que je lis, à tous ceux avec qui j’interagis directement ou indirectement. Il y a souvent de beaux moments. En même temps, j’ai l’impression d’avancer, de construire quelque chose, peu à peu de poser des briques les unes à côté des autres. Il n’en faut pas plus pour que j’éprouve du bonheur.</p>
<p>J’éprouve aussi de la colère quand je vois des imbéciles lâcher contre moi des bombes sans être capables de les argumenter deux secondes – sans avoir l’honnêteté intellectuelle de donner du temps aux autres, d’accepter le lien, de le vivre. Ils ne comprennent pas ce que je cherche à faire, ce que nous cherchons à faire. La porte du débat doit toujours être ouverte. Si elle n’est pas assez ouverte ici, par exemple les commentaires écrits sont trop contraignants, il faut avoir l’humilité d’accepter un transport ailleurs, que le lien s’effectue ailleurs, je ne le refuse jamais… le lien doit être bidirectionnel, toujours.</p>
<p>Isabelle m’a toutefois tout de suite prévenu du danger de se lier en me parlant de <em>La Vague</em>. Dans ce film inspiré d’une histoire vraie, un professeur fait jouer la dictature nazie à ces élèves et ils se prêtent aux jeux d’une manière d’autant plus effrayante qu’ils ont l’impression de vivre quelque chose d’extraordinaire, justement parce qu’ils sont liés.</p>
<p>Comme je le monte en partie 4 de <em>L’alternative nomade</em>, les liens conduisent à l’ethnocentrisme s’ils ne s’accompagnent pas d’un haut degré d’individuation, qui permet de s’arracher à tous les groupes. Nous devons nous lier pour éprouver le bonheur mais jamais à un groupe unique. Qui plus est, ces groupes doivent être temporaires, en transformation continuelle, ils doivent prendre la forme de TAZ.</p>
<p>Nos liens doivent nous faire sortir du groupe, ils doivent nous mettre sur la route, d’où la nécessité vitale du nomadisme. Ce n’est qu’en multipliant les liens que nous évitons l’enfermement, ce bonheur étouffant que confère les sectes.</p>
<p>Il me paraît alors important de repenser le Flux en termes de liens, tout cela en essayant de revenir à l’idée initiale de Shannon. Une source (1) encode (2) un message qu’il transforme en signal (3) qui sera décodé (4) par le destinataire (5).</p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/fluxlink.png"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/fluxlink-450x319.png" alt="" title="fluxlinks" width="450" height="319" class="alignnone size-large wp-image-14500" /></a></p>
<p>J’ai schématisé le Flux qu’il faut voir comme un processus. Des propulseurs, humains ou robotisés, génèrent des informations, des liens entre les informations existantes ou des liens entre des propulseurs.</p>
<p>Alors que propulseurs humains ont toujours existé, les robots apparaissent avec le Web. En créant automatiquement des liens, ils démultiplient les nouvelles routes dans le Flux. Il devient ainsi plus facile pour chacun d’entre nous d’établir de nouvelles connexions entre chacun d’entre nous.</p>
<p>Nous remontons d’information en information jusqu’aux propulseurs qui peuvent de même remonter jusqu’à nous. Ainsi des communautés se créent. Par le passé, seuls les membres de la communauté des lettres par exemple, pouvaient ainsi remonter dans le Flux et reboucler les boucles. Aujourd’hui cette opération est de plus en plus facilitée.</p>
<p>Cette idée de pouvoir refermer les boucles est fondamentale. Il ne peut y avoir circulation, donc flux qu’à partir de ce moment. Par le passé, ce flux était limité à des communautés étroites même si elles s’étendaient déjà dans l’espace et dans le temps.</p>
<p>Nous avions déjà un immense système complexe mais qui n’était animé que par endroits, que par intermittence. Aujourd’hui, il se produit une vitalisation du système à travers les liens que nous créons.</p>
<p>Le Flux est une immense architecture de liens, en grande partie dynamiques, qui lient des informations entre elles, des informations et des propulseurs, des propulseurs entre eux. Entre les propulseurs circulent des informations qui souvent peuvent décrire des boucles, sortes de respiration ou de feedbacks qui s’auto-renforcent. Les propulseurs peuvent eux-mêmes suivre les liens.</p>
<p>C’est ainsi que se forme un écosystème dans lequel nous injectons notre créativité, créativité à produire les informations et à générer des liens.</p>
<p>Au final, c’est le lien qui est révolutionnaire et le Web ce n&#8217;est que ça (pas de 1.0, de 2.0, 3.0&#8230; juste le lien&#8230; tous le reste n&#8217;est que discours détourné sur le lien). Avec le lien nous disposons d’une arme extraordinaire, cette arme jadis utilisée par les intellectuels et les politiciens, aujourd’hui à la portée de tous. Quand des gens se connectent sur Facebook, même si Facebook est une prison centralisatrice, ils créent des liens entre eux qui dépassent Facebook et qui généralisent la structure du Flux hors du Web.</p>
<p>La seule question politique aujourd’hui est de savoir si cette nouvelle cathédrale de liens changera ou non la nature de nos sociétés. J’en ai la conviction. Mais nous devons apprendre à maîtriser le lien. Nous devons apprendre à le tracer pour gagner le bonheur en évitant de nous enfermer dans des communautés repliées sur elles-mêmes.</p>
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		<title>La technologie sociale</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2010/02/03/la-technologie-sociale/</link>
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		<pubDate>Wed, 03 Feb 2010 16:37:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[anarchisme]]></category>
		<category><![CDATA[auto-organisation]]></category>

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		<description><![CDATA[
L’anomie, c’est l’absence de loi. L’anarchie, c’est l’absence de gouvernement. Je ne défends aucun de ces deux systèmes, mais l’auto-organisation, tout au moins dans les situations complexes : climat, pauvreté, économie…
On me dit souvent que l’auto-organisation est une utopie qui ne sera jamais appliquée. Voyons les choses de manière pragmatique. Le modèle pyramidal nous démontre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/03/la-technologie-sociale/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/63981228_8f4a5dbc371-450x302.jpg" alt="" title="Social inclusion - II (flickr.com/photos/beija-flor/63981228/)" width="450" height="302" class="alignnone size-medium wp-image-14355" /></a></p>
<p>L’anomie, c’est l’absence de loi. L’anarchie, c’est l’absence de gouvernement. Je ne défends aucun de ces deux systèmes, mais <a href="http://blog.tcrouzet.com/tag/auto-organisation/">l’auto-organisation</a>, tout au moins dans les situations complexes : climat, pauvreté, économie…<span id="more-14352"></span></p>
<p>On me dit souvent que l’auto-organisation est une utopie qui ne sera jamais appliquée. Voyons les choses de manière pragmatique. Le modèle pyramidal nous démontre jour après jour son incapacité à régler les problèmes complexes (mais peut-être que je me trompe). Il faut envisager d’autres approches. Je n’en vois pas d’autre que l’auto-organisation. Alors soit elle est impropre et nous sommes condamnés à un nouvel âge noir, soit il faut peut-être explorer cette piste. Mais attention l’auto-organisation ne se produit pas spontanément. C’est une technologie sociale.</p>
<h3>La nécessité de la loi</h3>
<p>Dans tous les systèmes auto-organisés, humains ou non, les agents respectent des lois, lois dont la fécondité détermine la vitalité du système. Elles constituent le code commun, le point de convergence social, la perspective numérique comme l’appelle <a href="http://perspective-numerique.net">Olivier Auber</a>. </p>
<p>Tout le monde se doit de respecter ce code tout comme notre code de lois ordinaire. Il n’y a pas techniquement de différence. Avec son système juridique, notre société est déjà prête pour l’auto-organisation et de nombreuses lois s’appuient sur elle, <a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/09/18/piratons-et-donnons-pour-montrer-le-chemin/">l’interdiction de fumer sur les lieux publics par exemple.</a></p>
<p>D’une manière générale, nous auto-appliquons la plupart des lois. Souvent non par peur de la police, mais par conviction.</p>
<h3>La nécessité du gouvernement</h3>
<p>Si nous aboutissons à des lois fécondes, nous pouvons les inscrire dans un livre de lois. Nous pouvons mettre en place une autorité pour les faire respecter.</p>
<p>C’est un peu ce qui s’est produit avec Wikipedia. Le site a commencé sous le régime de l’anomie et de l’anarchie avant peu à peu de se doter de lois et d’une gouvernance. Il n’en reste pas moins auto-organisé.</p>
<p>Comment ce système évoluera-t-il ? Nous verrons bien. Il versera peut-être dans le pyramidal. Et alors ? Ce n’est pas grave. Pendant un certain temps, il aura fonctionné suivant des principes qui lui auront permis de se développer sur un rythme interdit aux systèmes pyramidaux.</p>
<p>S’il se fige, d’autres initiatives pourront démarrer et rivaliser avec lui. S’il résiste, c’est qu’aucune ne sera capable de profiter de la complexité.</p>
<h3>Comment se décide le code commun</h3>
<p>Autant se demander comment se décide une loi. Il n’y a pas une méthode qui vaut pour toutes les lois. On peut même dire que chaque loi a une histoire, presque toutes découlent de lois antérieures et peu apparaissent soudainement dans le paysage.</p>
<p>Dans notre modèle démocratique, s’appuyant sur cette histoire, les députés et surtout le gouvernement établissent les lois. Une petite poignée de personnes décide le code.</p>
<p>Pour l’auto-organisation, on ne peut pas décider a priori si un code sera fécond ou non. Il faut expérimenter. Pour pouvoir expérimenter, en l’absence de loi officielle, il faut que des volontaires acceptent de suivre un code expérimental.</p>
<p>En général, ils discutent ce code afin de l’accepter. Ils ne peuvent expérimenter que leur code (on ne peut pas le leur imposer puisque c’est eux qui le valident mutuellement).</p>
<p>Si ce code fonctionne, il y a maintenant deux possibilités. Le gouvernement l’impose à tous. Cela implique que chacun en quelque sorte charge le nouveau code, espèce d’upgrade général.</p>
<p>Ce top-down est pour le moins dangereux, car rien ne prouve qu’un code qui marche dans un groupe marchera à l’échelle globale. Le <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/01/bootstrapping-social/">bootstrapping</a> paraît alors plus sage. Le code se propage de proche en proche (par une distribution P2P plutôt que centralisée). Si le code se propage à toute la société, il peut être normalisé, inscrit dans les tables de la loi.</p>
<p>Dans les deux méthodes, on a chaque fois au départ un petit groupe de gens qui décident d’un nouveau code. Dans le cas pyramidal, ils l’imposent à tous. Dans le cas auto-organisation, ils le mettent l’épreuve et le laissent s’imposer de lui-même.</p>
<p>Une méthode n’est pas plus ou moins dangereuse qu’une autre. Une fois généralisée, une loi peut au bout de quelque temps s’avérer catastrophique dans les deux cas. Si l’auto-organisation passe par un bootstrapping, on a peut-être un peu plus de temps pour accompagner le mouvement.</p>
<h3>Faut-il préserver le code ?</h3>
<p>Une fois qu’un code marche, des communautés ne vont pas s’en satisfaire et vont expérimenter des variantes dans le cadre légitime de la loi. Certaines de ces variantes pourront se propager et devenir dominantes. Le code est vivant.</p>
<p>Une minorité aura en revanche du mal à changer l’ensemble du code de la société par un coup de force. Il faudrait que chacun des agents le télécharge. Pourquoi le feraient-ils si ce nouveau code ne les satisfait pas ou les désavantage ? Ils pourraient se laisser abuser. Peut-être… mais, là encore, si la méthode par bootstrapping est adoptée, on a quelques soupapes de sécurité.</p>
<p>Notez que Wikipedia est une plateforme centralisée qui gère l&#8217;auto-organisation. Ce type d&#8217;auro-organisation est depuis toujours sous une emprise pyramidale (un peu comme la circulation routière). En revanche, notre grammaire, résulte d&#8217;une auto-organisation que personne ne dirige (les textes de lois étant écrits a posteriori pour entériner les pratiques).</p>
<h3>Exemple pratique</h3>
<p>La monnaie est aujourd’hui gérée par la minorité des banquiers. C’est eux qui soufflent les lois aux gouvernements. C’est eux qui tirent les ficelles et imposent le code commun, un code qui s’applique top-down. Ils ne cessent de tirer la couverture à eux, ils se moquent que des milliards d’hommes vivent dans la misère.</p>
<p>Sur le modèle du <a href="http://www.slideshare.net/revenudevie/droit-dexistence-a-lere-du-numerique">revenu de vie</a>, on pourrait aboutir à une gestion monétaire auto-organisée. On expérimente, avec le soutien de l’État ou d’une fondation, on ajuste les règles, on propage peu à peu le code tout en le faisant évoluer en tout point.</p>
<p>En quoi ce système serait-il plus dangereux s’il se propageait que le système actuel ? Pourrait-il être pire ? Est-ce seulement possible ? Nous avons une chance non négligeable qu’il nous procure des avantages. Reposant sur l’auto-organisation, il convient à la complexité. Il est évolutif. Il ne se propage que s’il fait ses preuves. Il est résilient puisqu’il est difficile de l’altérer globalement.</p>
<p>Un amoureux de la démocratie représentative sera sans doute gêné par ce système. Personne ne contrôle le code puisqu’il est distribué. Personne ne le décide sinon au tout début. Personne en particulier ne le réforme. Personne ne préside à son évolution.</p>
<p>Alors certes l’évolution peut nous mener dans des directions imprévues. Mais l’évolution d’un système pyramidal est-elle prévisible ? Pas vraiment. Les crises se produisent, les gens crèvent de faim… Déjà nous ne contrôlons rien. Et si certains contrôlent, ils contrôlent à leurs seules fins. Ce contrôle n&#8217;a donc aucune légitimité.</p>
<p>Nous devons accepter de lâcher prise. Plus personne ne contrôlera, mais tout le monde contrôlera. La société se contrôlera en tant que totalité. Rien n’empêchera de nouvelles initiatives de naître, de se propager, peut-être de devenir la nouvelle norme.</p>
<p><em>PS : J’ai l’impression d’avoir écrit cent fois ce billet, j’y reviens sans cesse, essayant d’attaquer le même sujet toujours par de nouvelles faces, dans l’espoir que chacune aidera des personnes différentes à comprendre.</em></p>
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		<title>Bootstrapping social</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 16:35:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>

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		<description><![CDATA[
Dans Le peuple des connecteurs, j’avais montré que les gouvernements ne pouvaient pas faire grand-chose pour régler la crise de la complexité. Dans Alternative nomade, je pars du constat qu’ils ne font rien pour régler la crise climatique. En conséquence, si l’action directe sur l’ensemble de la société semble bouchée, tout au moins inefficace, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/01/bootstrapping-social/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/3535363255_e2c7abbbf11-450x300.jpg" alt="" title=" Pull Oneself up by the Bootstraps (flickr.com/photos/vtchewbecca/3535363255/)" width="450" height="300" class="alignnone size-medium wp-image-14313" /></a></p>
<p>Dans <em>Le peuple des connecteurs</em>, j’avais montré que les gouvernements ne pouvaient pas faire grand-chose pour régler la crise de la complexité. Dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>Alternative nomade</em></a>, je pars du constat qu’ils ne font rien pour régler la crise climatique. En conséquence, si l’action directe sur l’ensemble de la société semble bouchée, tout au moins inefficace, il nous reste à user de notre liberté individuelle.<span id="more-14312"></span></p>
<p>Ceux qui n’ont pas le courage de se remettre en question me répondent alors que j’ai une vision idéale des hommes, que je suis trop optimiste, que je place trop d’espoirs en notre capacité de nous réformer. Je crois au contraire que je suis plutôt réaliste.</p>
<p>1/ Je ne prétends pas que tous les hommes doivent se réformer en même temps comme par magie.</p>
<p>2/ Quelques hommes, par chance en situation favorable, effectuent le chemin, en éclaireurs. Ils découvrent une nouvelle façon de vivre. Ils n’imaginent plus faire marche arrière tant ils se sentent mieux. Ma proposition d&#8217;une alternative nomade est à ce stade élitiste si vous voulez puisqu&#8217;elle ne s&#8217;adresse pas à tout le monde.</p>
<p>3/ Ce qui ont réussi à changer inspirent d’autres hommes qui inspirent d’autres hommes jusqu’à ce qu’une masse critique soit atteinte.</p>
<p>Je viens de décrire un bootstrapping. Au cours de l’évolution, les changements se propagèrent toujours de cette façon puisqu’il n’y avait personne pour agir sur l’ensemble de la société (il serait prétentieux de négliger cette technique). Elle peut fonctionner si quelques personnes changent et si leur transformation leur profite.</p>
<p>Mais à quoi ressemble la société ? À quoi ressemble-t-elle pour vous ? Je vois trois grandes possibilités.</p>
<p>1/ Tous les hommes sont égaux et également libres.</p>
<p>2/ La plupart des hommes ne sont que des larbins imbéciles, des êtres imparfaits. Seuls quelques hommes savent ce qui est bon pour l’humanité. Seuls quelques hommes peuvent prendre notre destin en main.</p>
<p>3/ Aucun homme ne vit la même chose qu’un autre, aucun homme ne sait la même chose qu’un autre, la société est complexe, elle nous réserve le pire et le meilleur, le meilleur dans un domaine n’étant pas nécessairement associé au meilleur dans un autre. </p>
<p>La version 1, vous y croyez vraiment ?</p>
<p>La 2, je vois déjà des regards approbateurs. Si c’est votre cas, vous avez deux choix. Soient vous êtes larbin, soit seigneur. Annoncez la couleur que nous puissions en juger. Si vous êtes seigneur, alors engagez la transformation personnelle que vous voulez imposer à tous. Question de nous montrer de quoi vous êtes capables. Si vous en êtes incapables, assumez votre conservatisme.</p>
<p>Je penche plutôt pour la version 3. Pas de perfection ni d’imperfection absolu chez personne. Partout des défauts et des qualités. Parmi nous, certains réussissent à se transformer, parce qu’ils disposent des compétences appropriées au bon moment, aussi sans doute d’un peu de chance. Ils peuvent alors former les autres, participer au bootstrapping. Nous n’avons pas besoin d’une société parfaite pour qu’il se produise. Nous pouvons nous transformer peu à peu.</p>
<p>La transformation sociale directe de type constructiviste ou la transformation par bootstrapping exigent toutes deux que des hommes prennent le taureau par les cornes. Simplement, le constructivisme semble plutôt défaillant par les temps qui courent. Alors il nous reste le bootstrapping, un processus qui a effectivement débuté, qu’il faut promouvoir pour l’amener à franchir un seuil critique.</p>
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		<item>
		<title>La démocratie inachevée</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 10:38:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[auto-organisation]]></category>

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		<description><![CDATA[
L’idéal démocratique ne s’accomplira que si nous envisageons tous les modes possibles d’organisation de la société, et non seulement le modèle pyramidal qui implique la représentation de type monarchiste. Certains secteurs de la société ont peut-être besoin de pyramidal, d’autres non. Seulement, faudrait-il accepter les autres possibilités ! Nadia vient de me faire repenser à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/01/la-democratie-inachevee/"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/02/4116736338_164cbc5e441-450x280.jpg" alt="" title="waterforms under perspective (flickr.com/photos/20713856@N03/4116736338/)" width="450" height="280" class="alignnone size-medium wp-image-14285" /></a></p>
<p>L’idéal démocratique ne s’accomplira que si nous envisageons tous les modes possibles d’organisation de la société, et non seulement le modèle pyramidal qui implique la représentation de type monarchiste. Certains secteurs de la société ont peut-être besoin de pyramidal, d’autres non. Seulement, faudrait-il accepter les autres possibilités ! <a href="http://blog.tcrouzet.com/2006/02/23/mais-qui-sont-les-connecteurs/#comment-74427">Nadia vient de me faire repenser à ces questions par ses questions.</a><span id="more-14283"></span></p>
<h3>Qu’est-ce que l’auto-organisation ?</h3>
<p>Un système est auto-organisé quand il n’a pas besoin d’un organe de contrôle central pour fonctionner (structure non pyramidale). J’ai souvent donné l’exemple des oiseaux qui volent en flotte ou des paquets TCP/IP sur le Net. On peut dire la même chose des piétons sur les grands boulevards ou dans les couloirs du métro.</p>
<p>Auto-organisé ne veut pas dire inorganisé, mais que l’organe de contrôle est distribué. Cet organe qui prend en général la forme d’un jeu de règles que respectent les agents, peut apparaître au cours de l’évolution, des règles étant peu à peu sélectionnées parce qu’elles offrent quelques avantages au système.</p>
<p>Nous-mêmes, qui résultons de ce phénomène d’auto-organisation, pouvons imaginer des règles <em>a priori</em> et vérifier si elles mènent à des auto-organisations. Cette approche passe par des simulations. Dans le domaine technique, on s’en tire à peu près, notamment en s’inspirant de la nature. Mais c’est plus difficile pour faire interagir des gens, ce qui implique des expériences à petites échelles avant d’imaginer les généraliser.</p>
<p>Nous ne faisons aujourd’hui que balbutier la politique de l’auto-organisation. On a vu quelques amorces lors des campagnes électorales aux États-Unis. Al-Qaeda est passée maître dans cet art. Quelques entreprises le pratiquent.</p>
<p>Mais il ne faudrait pas oublier qu’une bonne part de notre société est déjà auto-organisée de manière implicite. La plupart des choses que nous faisons durant une journée ne résultent pas d’une consigne émise par un organe de contrôle central. En fait, il est presque plus facile de parler de ce qui n’est pas auto-organisé (la plupart des entreprises, des partis politiques, des gouvernements…) que de ce qui l’est (tout le reste).</p>
<p>J’ai bien sûr mon exemple préféré d’auto-organisation : la circulation routière. L’organe de contrôle est totalement distribué : les signalisations éparpillées sur le territoire donnent des consignes ponctuelles, mais la plupart du temps nous sommes livrés à nous-mêmes. Rien ne nous empêche de jouer aux autotamponneuses sinon quelques règles.</p>
<p>La règle n’a pas toujours pour fonction de réduire la liberté. Elle peut souvent l’accroître.</p>
<p>Il ne faut pas chercher des exemples d’auto-organisation au grand jour. Nous sommes dans une société gouvernée par des pyramides, elles attirent la lumière. Les AMAP sont, par exemple, une façon d’auto-organiser sur le territoire un circuit alimentaire alternatif. L’auto-organisation est par principe souterraine, structurelle, fédératrice. Quand on la voit se manifester au cours d’une campagne électorale, c’est déjà sous une forme pervertie.</p>
<h3>Note sur l’autogestion</h3>
<p>Quand je parle de l’auto-organisation, on me renvoie souvent à l’autogestion. Pour moi l’autogestion, c’est typiquement la coopérative. Tous les employés possèdent l’outil de production, éventuellement à parts égales. Maintenant une coopérative n’est pas nécessairement auto-organisée. Elle peut adopter une structure pyramidale.</p>
<p>Inversement, un système auto-organisé n’est pas nécessairement égalitaire. La nature est dans une grande mesure auto-organisée et il y existe des puissants et des faibles.</p>
<p>Ainsi Internet, qui repose sur de nombreux mécanismes auto-organisés, n’en est pas pour autant égalitaire (il est même tout sauf égalitaire).</p>
<p>Dans un système auto-organisé, les agents ne sont pas plus libres que dans un système pyramidal. Le fait de ne pas voir clairement l’organe de contrôle ne signifie pas qu’on ne lui obéit pas. Parfois il est même plus facile d’éructer contre un guignol bien visible que contre des forces plus souterraines.</p>
<h3>De la démocratie</h3>
<p>L’organisation pyramidale ou l’auto-organisation ne sont pas en concurrence dans l’absolu. Simplement, en un âge de complexité croissante, la démocratie doit adopter des organisations capables de gérer la complexité (l’incapacité de gérer la complexité nous ferait verser vers la dictature et vers une gigantesque récession).</p>
<p>L’auto-organisation est alors une méthode à considérer. Elle est démocratique par définition : elle confère le pouvoir au peuple puisqu’il se retrouve distribué entre les individus. Mais chacun d’entre eux ne dispose pas d’un pouvoir équivalent.</p>
<p>L’auto-organisation en elle-même ne garantit ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité. Pas plus que le système pyramidal d’ailleurs.</p>
<p>Dans la quatrième partie de mon <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>Alternative nomade</em></a>, je montre que la liberté et la fraternité sont consubstantielles. Plus nous nous lions, plus nous accroissons notre liberté, ce qui est la seule stratégie de survie dans un monde qui se complexifie.</p>
<p>La complexité du monde nous pousse à adopter l’auto-organisation, une auto-organisation qui maximise la liberté et la fraternité (ce qui ne serait pas le cas si la complexité n’était pas extrême). Pour le même prix, nous avons la liberté, la fraternité et la complexité&#8230; ou la catastrophe.</p>
<p>Reste l’égalité, l’égalité en droit bien sûr. Je ne pense pas qu’une forme d’organisation puisse intégrer en elle-même cette idée, justement parce que c’est une idée qui a émergé assez tardivement.</p>
<p>Imaginons de fortes inégalités. Certains liens se retrouvent déséquilibrés, des liens de type maître-esclave. Ils réduisent l’intelligence collective, donc présentent un handicap pour l’ensemble de la société. Dans un monde de plus en plus complexe, nous avons tout intérêt à lutter contre les inégalités pour ne pas nous affaiblir globalement. Le troisième pilier de la démocratie est nécessaire dans un environnement complexe.</p>
<h3>Manager vs leader</h3>
<p>J&#8217;ai discuté de cette nuance dans la seconde partie du <em>Cinquième pouvoir</em>. Pour résumer. Le manager connaît la solution. Le leader donne envie de trouver une solution et de la mettre en œuvre.</p>
<p>Alors oui il y aura toujours des leaders, parce que des hommes auront plus d’énergie, plus de <em>stamina</em>, plus de charisme… plus de facilité à créer des liens. L’égalité en droit n’empêche pas la diversité.</p>
<p>Mais il faut se placer dans la perspective des TAZ. Le leader d’une TAZ ne sera pas nécessairement le leader d’une autre. Les circonstances font le leader.</p>
<p>Nous devons mettre en place des structures souples pour que les leaders puissent émerger vite et rentrer dans le rang tout aussi vite. Faire tout le contraire de ce que nous propose la politique actuelle. Où il faut longtemps pour atteindre le sommet, ce qui ne donne aucune envie d’en redescendre.</p>
<p>Pouvons-nous empêcher un leader de s’accrocher ? La complexité sans cesse croissante devrait se charger de faire le ménage. Un leader qui s’accroche, qui n’est plus capable d’accompagner la complexité, devient un frein… il pénalise le système… qui fera émerger un autre leader si nécessaire.</p>
<p><em>PS : Je ne pense pas avoir dit qu’Internet était une société. Internet est un territoire où une part de notre société se développe. Si notre société a un pied sur un territoire, un pied sur un autre, elle ne peut que boiter. C’est toute la société qui ressent les claudications. C’est une autre façon de décrire le cycle 1/Information 2/Homme 3/société 4/Homme. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/01/19/rever-agir/">Transformer l’information, transforme la société.</a></em></p>
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