Archive : Dialogue

Culture 2.0

10 Wednesday October 2007

PaccoLe 26 octobre, je donne une conférence à Marseille à l’occasion des Rencontres internationales sur le thème de la culture libre. En discutant avec Patrice Maniglier, un des organisateurs, j’ai esquissé quelques points dont je pourrais parler.

  1. Pour produire des œuvres significatives, il faut vivre en accord avec son temps. Il ne s’agit pas d’être à la mode mais de vibrer avec les forces nouvelles qui traversent sa propre époque.
  2. Je vois mal comment un artiste pourrait produire aujourd’hui une œuvre d’envergure en ignorant que nous vivons une époque dominée par la technologie et la science.
  3. Pour moi, seuls les hackers participent à la création culturelle contemporaine. Tous les autres artistes sont au mieux des artisans. Ils ne sont artistes qu’en regard des critères de jugement établis dans les siècles passés.
  4. Par hacker, j’entends un bidouilleur. Il ne se contente pas d’utiliser les outils technologiques créés par d’autres, il façonne les siens. C’est un codeur.
  5. D’une certaine façon, les artistes ont toujours été des hackers. Par exemple, Picasso était un bidouilleur génial. Il utilisait des peintures en bâtiment comme le Ripolin. Il s’autorisait des mélanges interdits. Ainsi il s’inventait son propre outil. Le numérique ouvre la porte d’une réinvention perpétuelle de l’outil. Cette réinvention fait partie de l’art lui-même.
  6. Une œuvre peut dénoncer la civilisation technologique, elle peut la nier dans sa forme comme dans son fond. Seul un hacker peut produire une telle œuvre car lui seul comprend ce qu’il rejette. Les autres se contentent de rejeter ce qu’ils ne comprennent pas.
  7. Dans les galeries, les musées, les biennales, on ne croise aucun hacker mais seulement des artistes du passé ou dépassés. Le hacker crée des œuvres partageables qui ne se laissent pas enfermer.
  8. Le hacker est un généraliste car l’outil numérique qu’il maîtrise un minimum est lui-même généraliste. Un hacker est un codeur et autre chose… graphiste ou peintre par exemple.
  9. Le hacker est compétent dans la civilisation numérique. Il peut gagner sa vie grâce à ses hacks (ses bidouilles). Ce travail de bidouilleur est bénéfique à son art, il est même indispensable.
  10. Dans un monde technologique où les longues traînes apparaissent, il est possible d’ajuster son temps de travail en fonction des revenus désirés. Un hacker peut ainsi libérer beaucoup de temps pour son art.
  11. Le hacker considère que les œuvres immatérielles peuvent être distribuées librement. Elles restent attachées à leurs auteurs mais s’offrent à tous les remix imaginables.
  12. Le hacker réintroduit la pratique antique qui consistait à recopier les textes antérieurs et à leur donner une nouvelle unité. Il pourrait aussi se revendiquer de Montaigne qui usa abondamment du copier-coller.
  13. Pour vivre, le hacker hacke. Il est vrai que parfois ses œuvres peuvent aussi lui rapporter mais leur caractère libre ne favorise pas leur valeur marchande.
  14. Déjà les écrivains gagnent souvent leur vie en donnant des conférences et en se livrant à des activités annexes. Le hacker voit dans l’annexe un moyen de rester en prise avec la civilisation technologique.
  15. Les œuvres de représentation, par leur côté désuet car non digital, devraient attirer les artistes réfractaires à la technique. Mais, encore une fois, même dans ce domaine, seul le hacker peut être artiste.

Je me suis amusé à écrire cette liste en imitant McEnzie Wark qui sera lui aussi à Marseille.

Quand la police nous truande

28 Friday September 2007

Intuitivement, je crois que la densité de gens honnêtes ou malhonnêtes est à peu près la même quel que soit le groupe humain étudié. Si cette intuition est vérifiée, ça pose un sérieux problème : certains flics sont des truands comme le cinéma l’a souvent stigmatisé.

Un de mes vieux amis, Jean-Hugues Matelly, en collaboration avec Christian Mouhanna, tous deux spécialistes des questions policières, publient le 4 octobre, Police : des chiffres et des doutes, un livre qui démontre que le truandage peut prendre des formes comptables.

– Jean Hugues donne-moi l’exemple de manipulation le plus flagrant à tes yeux.

– En 2006, les directions de la police et de la gendarmerie déclarent avoir résolus 107,17% des affaires de recel, 106,61% des affaires de stupéfiants et 304% des affaires de contrefaçon artistique ! Ces exemples ne sont pas du tout isolés.

– Ça me paraît incroyable. Comment peut-on résoudre plus d’affaires qu’il n’en existe ? Qui nous prend pour des cons, les forces de l’ordre ou le gouvernement ?

– Il n’est évidemment pas possible de résoudre plus d’affaires qu’il n’en existe et, en plus, de renouveler chaque année cet exploit. Mais il faut savoir que les gendarmes et les policiers de terrain officient dans un système hiérarchique qui leur demande des résultats quantifiés suivant des règles définies depuis Paris et sans rapport avec les situations locales. Ils fournissent les chiffres que toute la chaîne hiérarchique attend. Pour eux, produire de « bons chiffres » est un réflexe de défense de leur autonomie. De cette façon, ils libèrent du temps pour le « vrai travail policier », la résolution des affaires complexes.

– Comment avez-vous faits pour recouper les chiffres ? En plus, ils sont publics d’après ce que j’ai compris.

– Les chiffres sont publiés en détail de manière peu visible et peu explicite, tandis que la communication officielle à destination du grand public ne les présente que dans leur globalité ou, comme l’Observatoire National de la Délinquance, suivant de grands agrégats ne faisant pas apparaître les erreurs évidentes, noyées dans la masse. Bien sûr nous avons travaillé sur la totalité des données chiffrées, même les moins « visibles ». Mais, pour découvrir toute la gamme des astuces utilisées pour fausser les données, nous avons privilégié des entretiens et des observations in situ.

– Vous montrez comment on pousse les gens à déclarer la perte de leurs papiers plutôt qu’à porter plaintes. Est-ce une pratique généralisée ? Les flics reçoivent des consignes en ce sens ? Il y a des directives écrites ?

– Aucune directive générale n’est écrite, c’est simplement un effet de système : tous les échelons demandent de bons chiffres, en revenant régulièrement à la charge sur les services et les agents qui ne les produisent pas, avec à la clef, bien évidemment, des primes et la gestion des carrières.

– Pour abaisser les chiffres de la délinquance, vous montrez que les chauffards qui jouent au stock-car avec les abribus ne sont pas délinquants. De même, les voleurs qui s’enfuient avant d’avoir volé quoi que ce soit. Une nuit en février dernier, j’en ai d’ailleurs surpris un dans mon salon. Je n’aurais pas été agressé !

– Tous ces faits font l’objet de codages dans les systèmes d’information policier et, suivant les cas, ils sont codés de manière à ne pas compter comme délit supplémentaire. Par exemple, pour le stock-car, au lieu de relever une dégradation volontaire qui entrerait dans les stats, on relève un délit de fuite, qui est un délit routier, qui ne vient pas s’ajouter aux statistiques de la délinquance officielle.

– Sarkozy était ministre de l’intérieur l’année dernière. Est-il derrière certaines manipulations ? Où est-ce simplement que le système est gangréné de l’intérieur ?

– Nous sommes vraiment dans un effet de système qui finit par piéger tous les acteurs, du policier en patrouille jusqu’au ministre.

– Est-ce une pratique nouvelle ? Parce qui si le truandage a toujours existé, ça ne change pas grand-chose.

– Ce qui change c’est que la proportion des erreurs n’est pas constante. Elle évolue suivant des tendances lourdes. Par exemple, de 1995 à 2002, policiers et gendarmes surévaluent de moins en moins leur performance tandis qu’à partir de 2003 au contraire, la surévaluation augmente…

– J’aime bien la coïncidence. Je sais que tu n’en diras jamais plus. En fait, toutes ces histoires ne me surprennent pas beaucoup. Les gendarmes et les policiers et les ministres sont des hommes comme les autres. Je comprends qu’ils cherchent à obtenir de bonnes statistiques, c’est-à-dire de bonnes notes. C’est tout le système d’évaluation qu’il faut revoir non ?

– Bien sûr. D’abord en arrêtant de faire croire au public, à force de communication mensuelle que les chiffres de la police ont quelque chose à voir avec les chiffres de la délinquance réelle.

– Pour moi, juger de la sécurité avec une approche quantitative est absurde. Tu ne peux pas faire la moyenne des crimes. Un mec qui pique 10 euros ne peut pas être mis dans le même sac qu’un autre qui en pique 1 milliard. Nous sommes dans un environnement fractal où les gaussiennes et autres statistiques de lycée sont inopérantes. Du coup, en jouant sur les catégories de délits, on arrive aux résultats qu’on veut. Nos gouvernants en sont conscients ou sont-ils nuls en maths ?

– Plus généralement, nous sommes bien dans une vision typiquement française, qui recherche à tout prix une rationalité chiffrée, même si elle devient finalement virtuelle. Cette vision est elle-même véhiculée par les grandes écoles publiques qui forment les élites politiques. La meilleure approche est finalement d’interroger le seul bénéficiaire du service public : l’usager est-il satisfait des prestations fournies par sa police, et cela dans un cadre concret local.

– Je ne sais si ton livre provoquera un scandale. J’espère au moins qu’il aidera à améliorer le système. Comme je le dis souvent, nous devons passer de l’âge des quantités à celui des qualités.

Le Modem again and again

27 Thursday September 2007

Hier à Paris, le matin, l’après-midi et le soir à la république des blogs, j’ai discuté avec des militants de tous les horizons et, bien sûr, avec les jeunes Modem, en tous cas ceux qui ne m’en veulent pas de ma sortie de Seignosse.

Ils m’ont raconté leurs mésaventures et le simulacre de démocratie qui règne au cœur de leur parti. Fin novembre se tiendra un congrès qui posera les statuts du soi-disant mouvement démocrate. Il fondera ainsi sa constitution.

Si la démocratie est un maître mot, cette constitution devrait être discutée par tous, différentes versions devraient être en lice, un vote devrait choisir celle qui semble la plus pertinente.

Que nenni, hier matin les cadres du Modem réunis en huis-clos, presque secrètement, ont statué en catimini et pondu les règles qui leur conviennent. J’ai tout simplement proposé aux jeunes de faire un coup d’état.

Pour commencer, ils doivent écrire collaborativement des statuts et se débrouiller pour que les militants les votent lors du congrès. Gagner ce vote est facile car les 50 000 nouveaux membres du Modem ne sont pas sous l’emprise des vieux (c’est ainsi, grâce aux militants recrutés sur internet, que Ségolène Royal réussit à emporter les primaires du PS l’année dernière).

Les vieux auront alors le choix de se retirer ou de jouer le jeu démocratique. Si les jeunes Modem n’ont pas ce courage de l’action, j’avoue que je n’ai plus envie de discuter avec eux, car si eux n’imposent pas la démocratie personne ne le fera à leur place. S’ils s’assoient aujourd’hui sur leurs idéaux, demain, quand ils seront au pouvoir, ils n’auront plus d’idéal.

À quoi pourraient ressembler les statuts d’un parti moderne ? Je ne me suis jamais posé la question avant mais j’ai tout de suite pensé aux douze points qui régissent les alcooliques anonymes ou aux dix points qui présidèrent au développement du réseau Visa. Je suis sûr d’une chose : il ne faut pas plus d’une dizaine de points, chacun tenant en une ligne.

  1. Les statuts doivent être révisables à tout moment dès qu’un quorum est réuni.
  2. Le parti doit être ouvert. N’importe qui se sentant en accord avec les statuts peut se dire membre du parti sans ne rien demander à personne. Cette approche donne la possibilité d’un développement exponentiel.
  3. Les statuts doivent contenir en eux-mêmes les principes politiques que défend le parti. S’il se veut démocratique, la démocratie doit être partout présente.
  4. Il n’y a pas besoin d’ajouter aux statuts une charte des valeurs. Les statuts doivent contenir les valeurs. Par exemple, un parti qui veut se détourner des vieux clivages doit accepter des militants des autres partis sans leur demander de renoncer à leurs autres attachements.
  5. Un parti démocratique doit se protéger des abus de pouvoir en introduisant en son sein la séparation des pouvoirs. Les cadres du parti ne doivent pas être candidats à des postes électifs et encore moins élus.
  6. Le tirage au sort peut même être utilisé pour désigner les cadres et assurer leur constant renouvellement.
  7. Les statuts doivent ainsi imposer à l’intérieur du parti ce que le parti voudrait appliquer au reste de la société. Avant de vouloir changer le monde, il faut commencer par se changer soi-même.
  8. La transparence doit être généralisée. Dès qu’une réunion se déroule, on doit savoir qui y participe et quelles en sont les grandes lignes. Il faut être open source pour favoriser l’intelligence collective.
  9. Les quelques points définissant les statuts doivent être féconds. Chacun doit être dans un document attaché expliqué et commenté. Ces points doivent induire toutes les prises de décisions politiques. Les statuts doivent par exemple contenir en eux-mêmes l’idée d’interdépendance, idées qui elle-même contient l’écologie…
  10. Les points doivent être objectifs. Du type « Il faut un quorum de 50% pour réviser les statuts. » Dire « La liberté nous guide. » n’a aucun intérêt car chacun fera de cette phrase ce qu’il veut.

Si un parti respectait de tels principes, je serais moins mal à l’aise face à ses militants. Peut-être je cesserais alors de croire qu’ils sont inconsistants (je ne vais pas refaire le coup de la médiocrité).

La techno, c’est sale

24 Monday September 2007

PaccoCe matin, j’ai tchatché avec un jeune blogueur de 19 ans qui suit des études de commerce. Après quelques échanges de civilités, notre conversation a pris une tournure qui en résume d’autres que j’ai souvent avec de nombreuses personnes, jeunes et moins jeunes.

– Tu ne trouves pas qu’internet a du mal à reprendre cette année ?

– Internet ?

– Oui les visites, les internautes…

– Non, au contraire, c’est la totale explosion. On est toujours en croissance.

– Tu trouves pour les blogs ?

– Les blogs, je m’en fiche du moment que le mien se porte pas trop mal. Les blogs dans leur ensemble ça ne veut rien dire. C’est comme dire que l’édition va mal. Il y a des livres qui marchent, d’autres pas. C’est toujours comme ça. Que les ventes globales diminuent ou augmentent ne nous dit rien sur la qualité de ce qui se publie. Si tu as des trucs à dire, tu as des lecteurs, c’est tout.

– Si c’est comme ça, c’est bon pour les projets que je vais lancer alors !

– Tu veux faire quoi ?

– On voudrait concurrencer agoravox.tv, la télé libre, de source sûre

– Votre génération est intoxiquée par la TV. Vous êtes trop XXe siècle. Votre rêve, c’est PPDA. Si tu veux faire du web, apprend à développer. Nous vivons à l’âge du code et non plus à celui du marketing old fashion. Si tu es allergique, dommage, mais tu passeras à côté de ton époque.

– Nôtre idée est techno. On travaillera essentiellement avec les flux RSS. Les clients s’inscriront à certains de nos sujets et recevront directement les podcasts sur leur ordinateur ou ipod.

– Les flux : techno has been.

– Il n’y a pas mieux pour l’instant.

– Pourquoi faire ? Les flux ça sert juste à donner son contenu. C’est une astuce technique très utile comme le REST employé dans les API. C’est un système inventé par les techos pour les techos. Les flux existent depuis dix ans et ils n’ont jamais décollé dans le grand public. Sur internet, un truc qui tarde autant, c’est louche. Tu es jeune, il vaut mieux que tu inventes tes technos à toi. Regarde facebook.

– Mais je suis pas un techos ! Pour moi, l’essentiel c’est de réunir des passionnées de l’actu et de monter un projet sur les valeurs du journalisme et de créer un réseau. J’ai envie d’aider les gens plutôt que d’inventer une technologie, tu vois ?

– Sur internet, tu aides en développant des technos pas en utilisant exclusivement celles développées par d’autres, dans ce cas c’est eux qui t’aident. Internet, c’est de la techno, tu dois apprendre la techno, le reste c’est du blabla.

– Pour toi, qu’est ce qui va être révolutionnaire ?

– Si je savais, je le ferais.

– Si ça se trouve, on arrive à une certaine limite.

– Limite de quoi ? 40 millions d’utilisateurs actifs sur facebook. Croissance de 3 % par semaine. Elle est où la limite ? L’imagination n’est pas limitée. Internet n’est pas un espace limité.

– Je t’accorde que j’ai pas mis les pieds sur facebook.

– Alors tu retardes d’un siècle.

– Qu’est ce que tu veux que j’y fasse sur ce site ? Créer un réseau social ?

– C’est bien ce que je dis, tu retardes. Vas-y et tu découvriras comment on construira les sites web à l’avenir. L’aspect réseau social est un détail à mes yeux.

– Rien ne nous empêche de lancer notre projet.

– Lancez, c’est en faisant qu’on apprend. Mais lancer un service web sans avoir compris en quoi facebook est une révolution, c’est peine perdue.

– Nous voulons lancer un journal vidéo. Je vois mal le rapport avec facebook..

– Si tu n’es pas techos, si tu n’as pas jeté un œil à l’API facebook, si tu n’as pas essayé de développer une appli facebook, tu ne peux pas le voir. Internet, c’est de la techno. Tous ceux qui l’oublient se plantent.

– Mais les journaux citoyens.

– Ils sont si peu techno que n’importe qui peut en ouvrir. Si tu n’es pas porteur d’une techno, tu n’as pas de valeur ajoutée sur le web. Du jour au lendemain, un nouveau venu avec un meilleur marketing te passe devant et tu passes aux oubliettes. Et puis ils gagnent de l’agent tes journaux citoyens ? Ils ont des millions de lecteurs ? Non. Si tu ne veux pas devenir techos, ne cherche pas à faire du web. Tu à l’âge pour apprendre mais ne perd pas trop de temps.

– Mais nous avons un partenariat avec une société de techno.

– Il n’y a pas de partenariat qui compte. Tu es techos et tu comprends. Tu ne l’es pas et tu ne comprendras jamais. Je ne te demande pas de devenir un expert mais au moins de maîtriser les bases. Sinon tu n’as même pas la possibilité d’être curieux, de savoir comment les choses fonctionnent. Nous sommes dans une civilisation technologique, tu ne peux pas ignorer la technologie…

– Donc, si je te suis, Nicolas Voisin va toujours se planter ?

– Nicolas a beaucoup de chance. Une gueule, un style, il réussira sur le web aussi bien qu’à la TV mais ce ne sera pas en créant un nouveau service. Il n’en a pas la prétention d’ailleurs. C’est un animateur et un générateur de contenu. Il est un peu comme moi : nous sommes des auteurs.

– Mais si on ne peut pas avoir la capacité technologique, on peut travailler avec une personne qui a cette vision ?

– Oui mais pour un non techos il faut 9 techos.

– Mais nous on veut faire du journalisme. Devenir techos c’est trop compliqué !

– Ta position est symptomatique d’un mal français. Vous voulez réussir sans vous creuser la tête. C’est terrible ce que tu dis là. Il faut atterrir.

– Le problème, Thierry, c’est que ma nature et mes compétences me poussent vers le commerce, la communication, voire le journalisme !

– Si les mecs qui ont inventé les technos que tu utilises avaient pensé comme toi, nous ne serions pas en train de parler en ce moment. Tu dois te faire violence. Même si la techno n’est pas ton truc, il faut que tu en connaisses un minimum.

– Il y a beaucoup de gens qui font des choses qui marchent en utilisant les technos des autres.

– Des commerciaux nous en avons trop.

– Tu as qu’à me former alors.

– Je ne suis pas prof, c’est sur le terrain qu’on apprend.

– Tu vois tu te défiles.

– Lance ta boîte et tu apprendras. Personne ne sait rien. Je peux juste te répéter de ne surtout pas négliger la techno, de ne pas oublier de mettre toi-même les mains dans le cambouis. En plus, tu suis des études qui ne t’apprendront rien. Profite du temps que tu as pour faire autre chose.

– Ça je suis d’accord mais pas le choix.

– Passe tes exams sans te casser la tête pour rassurer tes parents. Pendant mes études d’ingénieur, j’ai consacré 10% de mon temps à étudier ce qu’on me disait d’étudier… le reste du temps j’ai appris ce dont j’avais envie

– Moi j’apprends le journalisme. Je suis pareil. Le problème Thierry c’est que je ne veux pas apprendre la techno, je veux apprendre à m’en servir mais pas la créer.

– Il ne suffit pas d’apprendre à se servir des outils… il faut apprendre à se fabriquer les siens. Force ta nature. Un écrivain invente son langage, son style… c’est la même chose… c’est en général un processus long et pénible… Tu peux pas créer du fond sans créer de la forme.

– J’aime écrire mais la techno…

– Alors ne m’en parle pas de la techno… Parce que tu es à côté de la plaque quand tu en parles.

– Ce n’était pas mon but en fait.

– M’en fiche. Notre civilisation appartient aux hackers.

– Mais les hackers auront besoin de personnes qui communiquent ou vendent.

– De larbins tu veux dire ? Tu crois que les Hackers ne savent pas communiquer ? Quant à vendre, ils sont en train d’inventer un monde où le commercial, l’intermédiaire, ne sera plus nécessaire. Ça nous ramène à facebook, au social graph…

– Mais nous ne pouvons pas tous devenir techos, c’est impossible.

– Je n’ai jamais dit que tout le monde devait l’être. Mais tu peux pas vouloir inventer de nouveaux services sans l’être?

– Pour l’instant j’en ai pas l’ambition.

– J’avais cru deviner le contraire.

– On veut juste se réunir autours d’une passion.

– On finit par se comprendre.

Modem centric

20 Thursday September 2007

PaccoMa critique de l’université d’été du Modem a suscité beaucoup de commentaires tant ici sur mon blog que sur Agoravox. Comme j’en ai l’habitude, je vais essayer de répondre à tous en même temps.

  1. La diversité des réactions, allant des encouragements aux insultes les plus directes, me prouve au moins que les militants du Modem ne forment pas une masse homogène. C’est positif pour un mouvement qui se cherche. J’ai poussé une gueulante notamment pour célébrer la différence et faire tout pour qu’elle continue de s’exprimer.
  2. Il est vrai que nombre de mes critiques valent pour les autres partis. Mais j’ai critiqué le Modem parce qu’il est en devenir et que nous pouvons influer ce devenir. Je rappelle pour l’anecdote que j’ai suggéré à François Bayrou de dissoudre l’UDF dès le 2 janvier 2007. Je reste persuadé que, s’il l’avait fait alors, il serait Président aujourd’hui.
  3. Le Modem est unique dans le paysage français parce qu’il est justement encore ouvert et influençable. Les autres partis sont soit tenus de main de maître et fermés, soit accrochés à des idéologies désuètes. Je m’intéresse au Modem parce que je crois qu’il peut être novateur et j’aimerais qu’il le soit. S’il se contente de s’occuper de réformes techniques comme le non-cumul des mandats, il n’ira pas loin.
  4. Nous avons besoin de changer de méthode politique. Ce n’est pas une lubie de ma part, un dada marketing. Le monde d’aujourd’hui ne peut plus se gouverner par une approche top-down. Il ne s’agit pas de changer de méthode pour le plaisir mais parce qu’il en va de l’avenir du monde. Quand j’entends dire que la nature humaine ne changera pas et que les hommes ont besoin de chefs. Je réponds « Très bien : attendons-nous à des guerres terribles qui ramèneront la population mondiale et la complexité à un stade où ces chefs pourront s’exprimer à nouveau. » Mais comme je ne veux pas de cette régression, je milite pour une politique moderne, où les préoccupations électorales ne sont pas la seule priorité.
  5. À quoi bon être élu pour appliquer peu ou prou les mêmes méthodes que les autres. Nous avons besoin d’un changement radical, pas de petits ajustements. Voilà pourquoi je pense qu’il faut créer un mouvement d’idées en priorité puis, en second temps, se préoccuper des postes électifs. Ce n’est qu’une fois que le mouvement d’idées aura pris une ampleur sans précédent qu’il faudra se préoccuper de changer les choses sur le terrain. Si l’on va sur le terrain avant d’avoir des idées neuves, on fera sur le terrain comme les autres. Pour l’instant, les idées de Bayrou ne sont pas originales, juste sur la bonne voie, il faut aller beaucoup plus loin.
  6. Je n’ai pas fait de nuances en parlant de médiocrité mais je n’ai pas l’habitude de mâcher mes mots. Je me moque qu’on me traite de médiocre à mon tour. Nous sommes si habitués au politiquement correct, à l’enrobage marketing, que, dès que quelqu’un dit ce qu’il pense, on lui suggère de se taire. Je ne suis pas encore découragé. En tant qu’antiessentialiste, je ne peux pas penser une seconde qu’un ensemble de gens soit médiocre. Chacun de nous, un à un, peut être médiocre ponctuellement, moi, par exemple, quand il s’agit de communiquer. Je rappelle que ma sortie ne visait pas les militants mais le militantisme qui peut facilement conduire à la médiocrité (panurgisme, fusion, idolâtrie…).
  7. Je persiste et je signe. Vouloir atteindre le pouvoir pour imiter les autres, c’est médiocre. Je pense même que si le Modem faisait sienne cette médiocrité il n’atteindrait pas le pouvoir.
  8. Certains ont cru sentir que j’étais blessé, que je réagissais comme un amoureux déçu. Je voudrais les rassurer. Je n’ai jamais été amoureux de François Bayrou. J’ai apprécié ses idées durant la campagne présidentielle, je leur ai donné forme à ma façon, mais je n’ai pas oublié de critiquer. Je crois d’ailleurs que Bayrou accepte les critiques les plus vives, en tout cas il n’a pas le choix s’il veut inventer la politique de demain.
  9. D’autres ont pensé que j’étais jaloux de ne pas être un cadre du Modem et de ne pas être sur la scène. Il est vrai que j’aime la scène et que j’aime discuter des idées qui me paraissent importantes. En fait, je suis terriblement frustré de voir qu’un immense potentiel de changement git inexploité. Sinon oui je suis ambitieux, orgueilleux, prétentieux… dans le cas contraire, je ne serais sans doute pas écrivain, je n’accepterais pas de parler en public, je n’ouvrirais pas ma gueule pour un oui et pour un non. Est-ce mal d’être ambitieux ? Mais jaloux du Modem actuel non… Je serais juste jaloux si je voyais un Modem novateur duquel je serais tenu étranger.
  10. Aujourd’hui aucun parti en France ne m’attire. Christophe Grébert a fait le bon choix en se présentant à la mairie de Puteaux en candidat citoyen. Le Modem devrait le soutenir.
  11. Une politique collaborative ne peut être déployée qu’au niveau local. À l’échelle globale, les élus n’ont aucune latitude et aucun impact. Voilà pourquoi j’ai parlé de l’inutilité du vote pour nommer les grands manitous. À l’échelle locale, le vote continue d’avoir du sens, même s’il n’est pas le seul moyen de s’engager.
  12. Si vous avez un problème d’urbanisme dans votre commune, que votre maire ne le règle pas, c’est votre devoir d’agir. Si toutes les communes règlent leur problème, le problème est par là-même réglé à l’échelle globale. Grébert nous montre une des façons de mettre les mains dans le cambouis.
  13. D’autres lecteurs ont dit qu’ils ne voyaient pas comment une organisation horizontale pouvait fonctionner en politique. S’il faut attendre que quelqu’un adopte ce modèle pour y croire, il ne sera jamais adopté. Dans mes livres, j’ai donné de nombreux exemples de telles organisations : internet, Visa, Wikipedia… La politique n’est pas un monde à part. Juste en retard, elle doit apprendre à son tour à gérer la complexité. Je n’ai jamais dit que ce serait facile, que nous connaissions la recette, mais si nous n’essayons pas autant aller s’inscrire à l’UMP ou au PS et laisser le monde se consumer dans la crise de la complexité. J’ai encore l’espoir qu’un parti comme le Modem tente l’aventure et qu’il ait une véritable ambition. Bayrou lui-même n’a-t-il pas souhaité un changement de paradigme ? Il ne s’agit pas pour moi de se limiter aux mesures techniques. Par exemple, l’ouverture ne doit pas se limiter aux autres partis mais avant tout aux autres hommes. L’ouverture politique doit prendre modèle sur l’open source en informatique.
  14. Faire de la politique ne se résume pas à militer dans un parti, c’est essayer de changer le monde. On peut le faire en étant élu, en faisant du lobbying, en propageant de nouvelles idées, en boycottant des produits… Nous ne changerons le monde qu’en cumulant un ensemble de méthodes (être élu n’est pas un passage obligé, juste un passage possible dans la configuration actuelle de la société). Cette façon de voir la politique explique pourquoi j’ai un peu tiré sur les colleurs d’affiches… car ils placardent la figure des candidats sur les murs alors que les candidats sont moins importants que les idées qu’ils représentent. Mais je conviens qu’on ne peut pas coller des idées… quoi que, sur internet, c’est un peu ce que nous faisons.
  15. Un parti politique n’a pas besoin de managers mais de leaders. J’ai longuement discuté de ce point dans Le cinquième pouvoir. Un leader donne le cap, il n’a pas besoin d’être en plus celui qui se présente aux élections, les compétences requises ne sont pas identiques. Je crois même que les fonctions de leader et de manager devraient être séparées.
  16. Je serais médiocre parce que je n’ai pas critiqué le modem sur le fond… sur, par exemple, sa vision de l’international. Je pense que le fond n’est pas là, que le fond est d’abord philosophique. Une fois la philosophie en place, il devient possible d’avoir un discours sur le reste. Sinon la politique se résume en une succession de réactions qui, prises dans leur ensemble, sont incohérentes. Nous assistons à ce spectacle depuis trop longtemps. Nous ne devons pas écrire une idéologie inaltérable mais, à chaque problème, réagir en fonction de l’idéologie provisoirement établie.
  17. Certains m’ont même demandé de tenir bon et de garder un pied à l’intérieur du Modem. Je vais vous faire une confidence. En janvier dernier, François Bayrou m’a téléphoné un jour en me disant qu’il avait besoin de toutes les énergies pour l’aider. Je lui ai dit que je ne pouvais pas me rallier comme l’avait fait Loïc Le Meur avec Sarkozy mais que je publierais sur mon blog mes idées. C’est ce que je fais depuis.
  18. Un autre aveu. Quelques jours plus tard, je me suis dit que je pouvais en faire plus. J’ai envoyé un mail à Bayrou pour lui offrir les services de quelques francs-tireurs du web, volontaires pour l’aider à mener une campagne disruptive. Je n’ai pas eu de réponse. Est-ce pour cela que je suis aussi raide aujourd’hui ? Peut-être, je ne le nie pas, je suis faillible comme tout le monde. Mais j’espère que je défends ma position pour des raisons plus nobles.

Trois jours au vert !

14 Friday September 2007

PaccoBertrand Rio de Cap21 m’a invité à parler d’internet et de la politique lors de l’université d’été du Modem qui se tient ce weekend dans les Landes. J’ai accepté cette invitation. Dans la mesure du possible, j’essaie de porter la parole des connecteurs quand j’en ai l’occasion. Si le PS ou l’UMP m’avaient invité j’aurais accepté de la même façon.

Plutôt que de parler d’internet comme arme politique, sujet du cinquième pouvoir, je reviendrai au thème central du Peuple des connecteurs : comment s’inspirer de la pensée réseau pour repenser la politique. Le Modem étant un parti encore en gestation, j’ai l’espoir qu’il sera capable de prendre en compte cette nouvelle réalité. J’avoue être modérément optimiste quand je vois que les survivants de l’UDF occupent déjà les postes clés.

  1. J’aimerais avec eux commencer par mettre en cause cette notion de poste clé, cette habitude de nommer des chefs et des sous-chefs alors même que ce n’est pas nécessaire. Je pourrais raconter l’histoire des Apaches.
  2. Une autre histoire me tient à cœur. En 1935, Bill Wilson était proche de la mort, il devait cesser de boire. Comme aucun médecin n’avait jamais réussi à le sevrer, il eut l’idée d’appeler à l’aide d’autres alcooliques. L’association des Alcooliques Anonymes était née. Personne n’en était le chef et tout le monde l’était, expliquent Ori Brafman et Rod Becstrom dans The Starfish and the Spider. C’était une structure peer to peer (alcoolique à alcoolique). Bill Wilson se contenta de rédiger une méthodologie en douze points qui inspira tous ceux qui depuis créent de nouvelles associations. Ils le font librement sans demander l’aval de qui que ce soit.
  3. L’ouverture est au cœur des Alcooliques Anonymes. Un mouvement politique moderne doit s’ouvrir de la même manière. N’importe qui doit pouvoir s’en revendiquer du moment qu’ils adhèrent à quelques grands principes : les douze points de Bill Wilson. Toute tentative d’encadrement, c’est-à-dire de centralisation, freinerait son développement.
  4. L’ouverture de la structure politique doit s’accompagner d’une ouverture aux idées des autres structures politiques. L’union nationale ne doit pas être un positionnement marketing mais une façon de vivre la politique. Il n’y a pas d’ennemis a priori, nous devons discuter avec tous, nous allier avec tous. C’est au cas par cas, problème après problème, que nous devons définir nos positions.
  5. Malheureusement, dans une démocratie représentative, la politique se termine presque toujours par des confrontations électorales. Ces batailles, même entre gentlemen, nous ramènent à l’état nature. Elles vont contre l’ouverture, poussent à la centralisation, dictent des solutions qui ne sont plus adaptées à l’hyper-complexité du monde.
  6. Comment conjuguer une politique moderne avec un système politique désuet ? Cette question appelle des réponses. En attendant, il ne faut pas avoir peur d’inventer le mouvement révolutionnaire, le faire gonfler, jusqu’à ce que, par son ampleur, il pousse le système à se réviser. Il faudrait peut-être perdre quelques ambitions électorales à court-terme pour avoir une chance d’entrer dans l’histoire.

Sans parler d’internet, je ne ferai en fait que parler d’internet aux militants du Modem : le réseau se développe à une vitesse sans précédent dans l’histoire humaine parce qu’il est ouvert et décentralisé. Nous avons beaucoup de chance : personne ne le contrôle. Je souhaite que Google, qui fête aujourd’hui son neuvième anniversaire, ne lui mette jamais la main dessus comme il tente de le faire en ramenant tout à lui.

Je suis un blogueur heureux

8 Saturday September 2007

Ma mise en question de l’art du blog ainsi que ma réponse aux critiques a suscité quelques doutes chez certains lecteurs et blogueurs notamment chez Michel Leblanc et Axel Karakartal. Je voudrais préciser ma position à l’aide d’une interview imaginaire comme en faisait André Gide.

– Pourquoi un blogueur qui continue à bloguer annonce-t-il que le blog est mort ?

– Je ne suis pas masochiste. Si je croyais que le blog était mort, j’aurais fermé le mien tout simplement. Je pense juste qu’une certaine forme de blog est morte, celle où tout le monde disait tout et n’importe quoi juste pour garder le contact avec ses amis. Il y a aujourd’hui des outils communautaires mieux adaptés, plus à la mode en prime.

Pour moi, bloguer est un art et non pas un business. Je pense d’ailleurs que le blog comme business est aussi mort, toujours parce qu’il y a des nouveaux outils de viral marketing comme de travail de groupe.

Pacco– N’allez-vous pas vous faire lyncher par les autres blogueurs ?

– Michel Leblanc dit que c’est ce qui arriverait à un danseur qui affirmerait la danse morte et tenterait de le prouver. Les impressionnistes ont proclamé l’art officiel mort et se sont fait lyncher. C’était un passage obligé pour inventer un art nouveau. Les romantiques avaient subit le même sort avant eux, les dadaïstes le subirent après. Au regard de la génération installée, la nouvelle génération apparaît souvent comme destructrice. Je veux bien détruire la forme 1.0 du blog pour participer à la construction de la 2.0… même si je ne la connais pas encore.

Une chose est sûre : si nous autres blogueurs ne questionnons pas notre pratique, nous ne la feront pas évoluer. Le retour réflexif peut être mauvais si nous nous y abandonnons à longueur de temps mais je crois que nous devons nous y exercer par intermittences. C’est juste ce que j’ai fait, à la suite d’autres blogueurs d’ailleurs.

– Vous continuez donc à bloquer ?

– Certains aimeraient peut-être que j’arrête et que je leur laisse dire que le blog est un must do pour toutes les entreprises et tous les individus. Je ne vais pas leur laisser le terrain libre.

Au début d’internet, des tonnes de web agencies se créèrent pour abuser les gogos. Aujourd’hui, il se produit la même chose avec les blogs agencies. Comme créer un blog ne demande pratiquement aucune compétence, beaucoup de gens y voient un business avantageux. Pour rien au monde, ils ne veulent entendre que le blog est mort comme outil marketing.

D’ailleurs, je ne le pense même pas. Un blog est maintenant un site comme un autre. S’il touche une cible identifiée, s’il a de l’audience, il peut avoir un impact marketing. TechCrunch est un excellent exemple. Mais le premier blogueur venu ne deviendra pas Michael Arrington. Il ne suffit pas d’ouvrir un blog pour faire la différence. C’était possible à l’époque où, dès qu’une entreprise ouvrait son blog, il y avait un journaliste pour le signaler. Pour l’impact, il vaut mieux sauter sur les nouvelles technologies. Le blog permet en revanche un travail de fond. Il exige beaucoup de patience ce qui est souvent contradictoire avec les impératifs mercantiles.

– Allez-vous donc devenir un blogueur intégriste ?

– Ça n’a pas de sens puisqu’un blog est un site comme un autre. Il n’y a pas de forme canonique du blog. Au mieux peut-on dire que sur un blog des billets sont publiés suivant une chronologie inversée et que les commentaires sont ouverts.

Je suis attaché à cette forme. Elle m’apporte beaucoup. D’une certaine façon, elle me procure de la joie. Je ne suis pas prêt à la lâcher.

– Pourquoi alors avez-vous généré une version PDF de votre blog 2006 ?

– La forme blog est pratique pour ceux qui lisent quotidiennement ou débarquent au hasard sur un billet via les moteurs de recherche. C’est un mode de lecture attaché à l’instantanéité de la publication, mode de lecture proche de celui que nous pratiquons avec la presse. Les nouveaux articles viennent en quelque sorte effacer les anciens dans une course à la nouveauté.

Je n’ai pas une démarche journalistique mais plutôt d’auteur. J’estime que mes billets racontent une histoire, construisent peu à peu une vision du monde (en tous cas la mienne). L’actualité s’y retrouve parfois, peu souvent d’ailleurs, mais pour servir d’exemple à l’exploration des idées. Je ne cherche pas à informer mais à réfléchir sur le monde.

C’est pour cette raison que j’ai effectué un « reverse bloging » en remettant, à l’aide d’un PDF, mon blog dans l’ordre d’écriture, virant au passage les billets trop attachés à la temporalité fugitive. En devenant un diary (pour ne pas dire journal et engendrer des confusions), mon blog sonne différemment je crois.

Nous avons deux possibilités de lecture : LIFO (last in, first out) et FIFO (first in, first out). Le blog est traditionnellement du LIFO (je lis le dernier article publié). Mais nous avons aussi le choix de générer une version FIFO (a posteriori, je lis dans l’ordre d’écriture et je vois si tout cela se tient et avance).

Nous pouvons imaginer d’autres modes, en essayant de multiplier l’hypertextualisation et en donnant à nos textes un caractère plus organique. J’essaie de lier mes papiers le plus possible mais l’exercice est laborieux. Il faudrait un système intelligent qui renvoie systématiquement vers les textes connexes que nous avons déjà écrit. Ce système devrait, par ailleurs, tenir compte de ce que le lecteur a déjà lu pour lui offrir toujours de nouveaux chemins de lecture. Je rêve de lire les auteurs classiques de cette façon (bientôt nous disposerons de tels outils et nous découvrirons la littérature mondiale sous un nouveau jour).

– Pourquoi avez-vous édité une version papier ?

– J’aurais pu me contenter de ma version FIFO en PDF mais je l’ai aussi publié sur lulu.com parce que l’encre électronique n’est pas encore là (le dernier lecteur Sony a fait un flop). Quand cette encre sera disponible, il ne servira plus à rien d’imprimer des livres. En attendant, il est difficile d’avoir un rapport fort avec des textes longs sur écran. C’est en tout cas mon expérience et je crois que beaucoup de gens la partagent. L’écran est parfait pour le LIFO propre au blog et à la presse mais il n’est pas adapté au FIFO.

L’encre électronique nous promet d’unir les deux mondes, et même le troisième que j’évoquais. Alors les livres papiers n’auront plus lieu d’être. C’est pour bientôt mais ce n’est pas encore là.

J’ai lancé une maison d’édition en ligne en 2000 en croyant que cette technologie serait courante l’année suivante. Nous attendons encore mais, quand cette technologie arrivera, le monde de l’édition sera aussi secoué que celui de la musique par le MP3.

– Vous avez affirmé qu’aucun blogueur n’avait jamais réussit ? Quel est votre étalon pour mesurer la réussite ?

– Dans mon article, je parlais de la réussite comme vedette : visible, connue, reconnue… Je parlais de cette réussite qui brille et qui peut donner envie à d’autres de connaître la même. Le Meur a gagné cette visibilité, Arrington aussi, Scoble… il y en a d’autres mais ils sont surtout visibles dans un microcosme 2.0.

Grâce à des gens comme eux, le phénomène blog s’est propagé. Grâce à des succès d’audience, parce qu’ils ont fait parlé d’eux dans les médias, des millions de gens ont eu envie de bloguer même si eux-mêmes avaient souvent des ambitions plus modestes. Nous avons besoin de succès pour maintenir l’intérêt. Je n’ai jamais dit que tout le monde devait avoir du succès.

Je suis sûr par exemple qu’il y aurait beaucoup moins de films si jamais aucun film n’emportait une audience d’une certaine ampleur. Il faut des locomotives dans tous les domaines. Je ne crois pas à un monde nivelé par le bas, où chacun bloguerait par pur plaisir. La concurrence comme la controverse sont positives et nécessaires.

– Mais un romancier qui vent 3 000 exemplaires par an, ce qui n’est déjà pas si mal, est moins visible que beaucoup de blogueurs !

– Croire ça est une illusion. Quand un romancier a 3 000 lecteurs, il a 3 000 lecteurs qui ont lu 200 ou 300 ou même 500 pages de lui. Un blogueur qui reçoit 3 000 visiteurs par mois donne à lire beaucoup moins à chacun de ses lecteurs. Pour comparer avec un auteur, il faudrait connaître le nombre de gens qui lisent disons 90 % des billets sur une année.

Je n’ai aucune idée de ce nombre pour mon blog. Sur 15 000 visiteurs différents par mois, combien reviennent tous les jours ? Moins de 1 000 à coup sûr. Donc, au mieux, j’ai trois fois moins de lecteurs qu’un romancier moyen. Par rapport à un auteur un peu visible, qui vend plus de 50 000 livres par an, je n’existe pas. En terme d’audience de masse, pris un à un, les blogueurs ne pèsent pas, sauf exception. Je voudrais que de telles exceptions se multiplient pour motiver les réussites moins quantitatives.

– Vous n’avez donc jamais parlé de la réussite en soi.

– Je combats sans cesse l’essentialisme, je serais bien embarrassé pour définir la réussite, elle est relative à chacun. Par exemple, j’estime réussir avec mon blog.

  1. Une communauté s’est créée et je crois que nous nous stimulons les uns les autres (même les nombreux lecteurs qui ne postent jamais de commentaires, les plus nombreux à vrai-dire). En tout cas, ça me fait beaucoup avancer. Je suis souvent pressé de revenir devant mon écran pour découvrir les critiques des uns et des autres.
  2. Je suis d’autant plus heureux quand je découvre des gens en désaccord avec moi. Je parais souvent énervé, excédé même, mais je suis obligé de m’expliquer et de prendre en compte des points de vue éloignés des miens. C’est un enrichissement énorme pour moi.
  3. J’ai rencontré de nouveaux amis, nous avons des projets de boîtes, de BD, de livres, de voyages, de révolutions…
  4. Nous créons peu à peu un réseau au travers duquel des idées circulent… pas toujours aussi vite que je le voudrais mais les choses avancent.
  5. J’ai l’impression de participer à une entreprise plus grande que moi. C’est un sentiment assez exaltant pour l’athée que je suis.
  6. Les hommes politiques comme les entrepreneurs s’intéressent à ce qui se dit ici. C’est important, ça signifie que nous sommes dans la réalité, que nous pouvons la transformer.
  7. J’ai des lecteurs. C’est très important pour quelqu’un qui, comme moi, a consacré sa vie à l’écriture.

Non, le blog n’est pas mort

6 Thursday September 2007

Je voudrais répondre aux réactions suscitées par mon billet de hier, notamment à celle de José.

Quand je demande « qui réussit dans la blogosphère » c’est en regard du vedettariat. Sans locomotive, il ne se crée pas de vocations. Il faut des livres merdiques qui se vendent beaucoup pour qu’à côté des auteurs travaillent à des chefs-d’œuvre qui seront souvent peu lus.

Je crois que si certains blogueurs ne réussissent pas à crever l’écran, il n’y aura pas de nouvelles vocations. Les gens iront ailleurs, attirés vers d’autres lumières. Bloguer demande de l’énergie, il faut alimenter cette énergie par un espoir.

José a proposé une définition de l’art du blog :

Mais tenir un blog, je crois que ce n’est pas cela. C’est même l’inverse de cela. C’est d’abord une démarche d’expression personnelle, responsable et « hors circuit » : hors-circuit des mondes de l’édition, de l’économie ou de l’argent, de celui des médias de masse et des réseaux de mondanités qui leur sont consubstantiels. Tenir un blog, c’est privilégier une liberté de parole et une liberté tout court que pas grand-chose, à part soi-même, ne limite.

PaccoC’est une définition, ce n’est pas la mienne. Du moment que tu publies sur internet, tu n’es pas hors circuit à moins d’activer la balise noindex pour que les moteurs t’évitent. C’est un nouveau circuit. Comme celui de l’édition, il a déjà outre-Atlantique ses vedettes. Que des gens réussissent dans ce circuit n’empêche pas les autres d’exister et de revendiquer leur liberté.

Je consacre plusieurs heures chaque jour à ce blog. L’exercice demande du temps. Dans notre société, le temps est de l’argent. J’ai de la chance d’en gagner par ailleurs mais je suppose que d’autres auteurs ont moins de chance et moins l’occasion d’exprimer leur talent. L’argent entrera que nous le voulions ou non dans les blogs. Il y est déjà entré d’ailleurs.

Pour moi, mon blog a un enjeu, au moins littéraire, éventuellement politique. Il s’inscrit dans la suite de mes carnets de route, il fait partie d’un travail entrepris il y a longtemps. C’est pour cette raison d’ailleurs que j’ai édité une version papier.

Mon blog n’est pas un passe-temps. J’espère qu’il peut avoir de l’influence… ne serait-ce qu’en faisant passer quelques idées à quelques lecteurs qui eux-mêmes à leur tour les propageront.

Notes

  1. Le blog n’est qu’une forme possible d’expression personnelle. Même si le blog mourait, l’expression personnelle existerait encore. Blog n’égale pas expression personnelle. Ce n’est pas qu’une thérapie.
  2. Pour que certains blogs apparaissent a posteriori comme intéressants, il faut que plus tard cette forme reste d’actualité. Si on repêche des livres oubliés a posteriori, c’est parce que le monde des livres est toujours vivant.
  3. Je me préoccupe de l’avenir d’une forme que je pratique aujourd’hui. Je crois que c’est naturel. Je n’ai jamais dit que cette forme était morte (sinon dans le titre et pour me contredire) mais que ce n’était qu’une forme possible et qu’il fallait l’irriguer pour qu’elle ne meure pas.
  4. J’ai vu le jeu de rôle mourir (il était aussi de l’expression personnelle), je ne veux pas que l’art du blog meure de la même manière.
  5. Je n’éprouve aucune rancœur, en tout cas je ne crois pas. Bien sûr je voudrais être plus écouté, plus lu, plus influent… pour que les choses changent plus vite mais j’apprends la patience. Ce n’est pas facile mais je n’ai pas d’autres choix.
  6. Je suis persuadé qu’il faut des vedettes dans la blogosphère, des vedettes hors du microcosme sinon le monde ne sera pas influencé par ce qui s’y passe.
  7. Endosser le titre de vedette ne me gêne pas. J’ai pris mon bâton de pèlerin en écrivant Le peuple des connecteurs et j’essaierai de ne pas l’abandonner.
  8. Mais je ne suis pas le mieux placé pour être une vedette au sens où je l’entends car ma forme n’est sans doute pas assez grand public.
  9. Qu’un blog BD attire des millions de lecteurs, c’est bon pour tous les blogs. Ça ouvre des possibilités. Il y a des potentialités comme quand on se promène dans une grande ville et risque à tout moment de tomber sur un lieu inattendu.
  10. Si demain tous les blogueurs deviennent anonymes avec une poignée de lecteurs, je ne donne pas cher des blogs.
  11. Nous avons aujourd’hui des lecteurs parce que ces lecteurs ont compris que sur les blogs il se passait quelque chose (de politique, de ludique, d’esthétique…). De ce fait, si des choses se passent, il n’y a aucune raison pour que de temps en temps une de ces choses n’attire pas les foules. C’est imprévisible, il n’y a pas de martingale, mais il faut que de temps à autres de tels phénomènes se produisent. À côté, il y a de place pour tout le reste.

Vous allez comprendre

6 Thursday September 2007

Depuis mon retour de vacances, je suis toujours en vacances. Je travaille à mes livres littéraires le matin, après j’écris un billet pour le blog, je fais la sieste, je travaille un peu puis vais faire du vélo avant d’aller récupérer mon fils ainé. Hier soir, en venant consulter mes mails, j’avais cette vue sous les yeux.

 

L’étang de Thau, quelques voiliers au mouillage devant chez moi, au loin la montagne d’Agde, à l’horizon les Pyrénées. Je connais cette vue depuis que je suis enfant et elle me surprend toujours. Dans la vie certaines choses se répètent et diffèrent toujours. L’amour ne peut se prolonger qu’à cette condition.

PaccoJ’ai la chance de vivre face à cette vue changeante. Je n’ai aucun mérite car mon père me l’a léguée. La chance est importante dans la vie. J’en ai eu, moins que certains, mais tellement plus que tous les autres. Je suis par fatalité optimiste. Si parfois je doute, il me suffit de voir quelque chose de beau pour me redonner le moral. Et tous les soirs j’ai cette vue, et bien d’autres choses encore.

Certains ont décelé dans mes derniers billets une humeur plus sombre, plus de gravité. C’est peut-être parce que je me désintéresse encore plus que d’habitude du bruit de fond.

Je crois que nous pouvons changer le monde de multiples façons, mais chaque fois nous devons le faire avec art. Nous ne devons pas négliger la dimension esthétique dans tout ce que nous entreprenons, même la révolution. Cet art de vivre, cet art de rêver, d’inventer, d’aimer… la chose politique en est trop dépourvue. Il faut donc changer la politique ou s’en désintéresser.

Le blog est mort, vive le blog

5 Wednesday September 2007

PaccoAu début des années 1980, j’ai participé à l’essor du jeu de rôle. Nous avions alors l’impression d’inventer quelque chose de neuf, à la frontière de l’art et du jeu… Nous nous retrouvions dans des conventions. Quand un joueur arrivait dans une ville, il rencontrait d’autres joueurs.

Depuis deux ou trois ans, il se passe la même chose autour des blogs, j’éprouve de vieilles sensations en même temps que je rencontre de nouveaux amis. Cette fois, encore, nous inventons un nouvel art narratif, un art pour décrire notre temps et l’habiter.

À la fin des années 1980, la première génération de joueurs de jeu de rôle était épuisée. Nous n’avions pas réussi à pousser le jeu un cran plus loin, nous n’avions pas réussi à le transcender.

Nous devions trouver un job, découvrir la vraie vie, le temps nous manquait pour nous investir comme avant dans l’imaginaire et la construction d’autres possibles. Nous avions perdu la foi, nous n’éprouvions plus de plaisir. J’ai depuis tenté de rejouer de temps à autres, me retrouvant chaque fois devant la même barrière frustrante, sachant qu’elle pouvait être franchie mais rageant de ne pas trouver la solution.

L’arrivée des jeux en ligne n’arrangea rien. La plupart des joueurs se laissèrent tenter par ce mode distrayant et s’éloignèrent de l’art total dont nous rêvions à l’origine.

Le jeu de rôle est mort, en tout cas tel que je l’ai rêvé, parce qu’il n’a pas su se dépasser. Il est resté confiné à un petit milieu underground, un milieu d’initiés. Son influence sur ce début de XXIe siècle est gigantesque mais il aura manqué de hits et de vedettes pour engendrer de nouvelles vocations. Il s’est passé tout le contraire en BD et plus personne ne doute qu’elle est un art (sauf ceux qui croient encore qu’on trouve de l’art dans les galeries).

Le blog est à un point d’embranchement de son histoire. Soit des auteurs réussissent à percer, soit l’ensemble des blogueurs sombreront dans l’anonymat.

Une myriade de gens écrivent des livres parce qu’ils veulent égaler les auteurs qu’ils aiment et, pourquoi pas, connaître une forme ou une autre de gloire. Parce que depuis des lustres certains réussissent dans cette aventure il y a toujours de nouveaux auteurs (même si tous ne rêvent pas de gloire).

Mais qui réussit dans la blogosphère ? Qui a réussi à installer une réputation nationale comme n’importe quel auteur moyen de roman ? En France, personne, même pas Loïc Le Meur… et même Loïc était un cas à part. Bloguer était son travail et, maintenant qu’il a changé de travail, il a moins envie de bloguer, du moins il doit repenser sa façon de le faire.

Pour que les blogs survivent, il faut qu’une émulation se crée comme en BD ou en littérature. Il faut que le blog gagne ses lettres de noblesses. Mais est-ce possible ?

Certains blogs réussissent à faire vivre leur auteur, notamment aux États-Unis, mais il s’agit avant tout de blogs de nature médiatique. Si le blog doit se substituer à la presse, je ne vois pas l’intérêt. Si les blogueurs ne rêvent que de devenir journalistes ou animateurs de télé, je vois encore moins l’intérêt. Les blogs ne survivront que s’ils se trouvent des voies originales.

L’activisme au sein du cinquième pouvoir en est une. Participer à l’émergence de la conscience collective en est une autre. Je crois aussi que les blogs doivent avoir une dimension esthétique. On peut imaginer beaucoup de choses mais il faut vite en trouver. Sinon, les blogueurs se lasseront comme les joueurs de jeu de rôle se sont lassés.

Bloguer demande de l’énergie. Pour qu’elle continue à nous irriguer, il faut que nous ayons l’impression d’aller quelque-part. Il nous faut emporter des victoires sur nous-même comme sur le monde.

Notes

  1. La mode du blog est dépassée, c’est aujourd’hui la mode Twitter et Facebook, demain elles seront aussi dépassées (comme l’est déjà la mode Second Life).
  2. Twitter comme Facebook sont des régressions centralisatrices… elles préfigurent un internet qui ne me plait pas.
  3. Par blog, j’entends un site personnel, un espace où des gens s’expriment depuis chez eux. J’espère que ces espaces décentralisés auront la vie longue, quel que soit le nom que nous leur donneront demain.
  4. La forme blog, le journal, n’est qu’une forme possible pour les espaces personnels.
  5. Tout a commencé par les sites fourre-tout avant de s’organiser en blog. D’autres formes sont à découvrir. La littérature a le journal, le roman, l’essai, la poésie…, internet a le site personnel bordélique, le blog, le wiki, le dashboard de Facebook…
  6. Je rêve de structures plus biologiques et moins linéaires, des formes où lire procurerait une expérience inédite.
  7. Par rapport aux sites personnels, les blogs ont d’ailleurs procuré une telle expérience grâce aux commentaires et aux trackbacks, ce qui explique et résume leur succès. D’une certaine façon, Twitter et Facebook proposent de nouvelles expériences.
  8. Le jeu de rôle n’est jamais devenu un marché. Il a donné naissance à des marchés : les cartes à collectionner, les jeux vidéo, des romans… La BD comme la littérature sont des marchés. Nous vivons une époque de marché. Certains blogs doivent devenir marchands pour entraîner tous les autres.
  9. Nous pouvons être optimistes. Les premiers auteurs stars du web apparaissent, par exemple, Mike Krahulik et Jerry Holkin, auteur de Penny Arcade, une BD hebdomadaire vue par 500 000 internautes dans les 24 heures qui suivent sa parution. Leur site affiche 50 millions de pages chaque mois ! Il nous prouve qu’il est possible de toucher un public.
  10. Je voulais écrire ce billet depuis longtemps. Je me suis décidé en découvrant les billets de Versac, embruns, blog de mec… C’est aussi ça le blog, cette mutuelle émulation, c’est très bien, mais nous ne vivrons pas longtemps en auto-sustentation. Notre écosystème est trop réduit (plutôt nos divers écosystèmes son trop réduits).
  11. J’ai pensé publier avant ce billet un autre billet où j’aurais annoncé que je fermais mon blog. Puis je me suis ravisé, de peur que ça ne fasse ni chaud ni froid à tout le monde. Et que, du coup, je sois forcé de le fermer vraiment.
  12. Mais ne vaudrait-il pas mieux tenir un blog qui serait publié d’un seul coup, une fois par ans, comme un livre ? Au moins, une attente se créerait… comme elle se crée pour les autres auteurs. C’est ce que m’a suggéré Nassim Nicolas Taleb.
  13. Peu importe le moyen mais il faut créer l’attente… faire du blog une chose rare, c’est ce à quoi j’aspire.
  14. En tout cas le blog comme commentaire de l’actualité n’a aucun intérêt car cette actualité elle-même est sans intérêt.