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	<title>Le peuple des connecteurs &#187; Science et techno</title>
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	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
	<lastBuildDate>Sun, 21 Mar 2010 07:48:35 +0000</lastBuildDate>
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		<title>C’est la merde qui prédomine</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2008/07/28/c%e2%80%99est-la-merde-qui-predomine/</link>
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		<pubDate>Mon, 28 Jul 2008 10:22:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[Beaucoup de blogueurs, dont moi parfois je l’avoue, éprouvent de l’amertume devant la faible fréquentation de leur blog. Il existe pourtant une recette quasi infaillible pour connaître la gloire blogosphérique (plus de 10 000 visiteurs uniques par jour).

Choisir une niche très active commercialement : iphone, ultraportable, GPS… ou très croustillante médiatiquement, les people et parmi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup de blogueurs, dont moi parfois je l’avoue, éprouvent de l’amertume devant la faible fréquentation de leur blog. Il existe pourtant une recette quasi infaillible pour connaître la gloire blogosphérique (plus de 10 000 visiteurs uniques par jour).</p>
<ol>
<li>Choisir une niche très active commercialement : iphone, ultraportable, GPS… ou très croustillante médiatiquement, les people et parmi eux ceux qui font le buzz. Vous devez parler de ce que les gens cherchent sur Google. Les sujets technologiques sont les plus faciles à monter en épingle. Par exemple, <a href="http://www.iht.com/articles/2008/07/21/technology/21blogger.php" target="_blank">un toubib réussit à faire plus de 4 millions de visiteurs par mois avec un blog sur les rumeurs du monde Mac.</a></li>
<li>Être un des premiers sur cette niche pour assurer l’antériorité dans les bases de données des moteurs.</li>
<li>L’antériorité fera que vous serez cité comme référence par les autres blogueurs et votre ranking augmentera par une effet d’inertie.</li>
<li>Publier et encore publier pour ne laisser échapper aucun mot-clé. Google scanne votre blog toutes les quinze minutes. Vous devez être en ligne avant vos concurrents. Vous leur arracherez des visiteurs même si vous avez un plus mauvais ranking qu’eux.</li>
<li>Autant dire que faire du copie/coller ne sert à rien. C’est une totale perte de temps. Il faut présenter les choses de manière originale et avant les autres. On ne peut copier que si on dispose d’un ranking égal ou supérieur à ses concurrents. Ce n’est pas comme ça qu’on émerge.</li>
<li>Avoir une bonne santé. Vous devez rester connecter en permanence. Avoir un réseau d’informateurs. Si vous laissez tomber la pression, vous serez distancé.</li>
<li>Si en prime vous trouvez un ton original, vous empochez le jackpot.</li>
</ol>
<p>Cette recette fonctionne. À vous de savoir si vous avez la vocation pour l’appliquer, sachant que les niches ne se maintiennent jamais longtemps et qu’il faut sans cesse se remettre en question.</p>
<p>Cette recette ne vous donnera pas des lecteurs mais des visiteurs. J’en ai appliqué une variante lorsque j’écrivais des livres de vulgarisation sur internet. À l’époque, je vendais 100 000 exemplaires par an mais je n’existais pas. Les gens qui lisaient mes livres se moquaient de savoir qui les avait écrits car n’importe qui aurait pu le faire. Ils avaient besoin des informations que je publiais mais ils se fichaient bien de la petite main agissante. Ils avaient raison car je ne diffusais aucune vision qui m’était propre. Je me faisais simple médiateur.</p>
<p>À vous donc de savoir si vous voulez plutôt des visiteurs ou plutôt des lecteurs ? Si vous voulez être un éditeur ou un auteur ? Si vous voulez poursuivre l’audience ou poursuivre votre route ? Il y a peu de chance que l’une et l’autre de ces quêtes se croisent, sinon par hasard.</p>
<p>Par exemple, avec <a href="http://www.blogeee.net/" target="_blank">blogeee.net</a>, Pierre Lecourt allie sa passion pour les ultraportables avec la mode actuelle autour de ces machines. Je pourrais citer une quinzaine de blogueurs éditeurs comme lui en France.</p>
<p>C’est une bonne manière de gagner agréablement sa vie mais nombre de blogueurs poursuivent un autre objectif. Ils veulent changer le monde, changer leur monde, changer leur vie… Je me range parmi eux mais il serait déraisonnable, en plus, d’exiger un succès tonitruant.</p>
<p>Je ne dis pas que c’est impossible mais c’est forcément aléatoire. Il ne suffit pas d’être le premier sur un créneau et de s’y tenir. Il faut un concours de circonstances, le même qui amène un écrivain à connaître le succès… et pour que cela soit possible, pour que de temps en temps, un écrivain émerge, il en faut beaucoup d’autres qui expérimentent.</p>
<p>Nous autres blogueurs révolutionnaires sommes maintenant dans cette phase de maturité. Les médias ne se focaliseront plus sur nous juste à cause du mot blog mais parce que nous diront des choses qui, peu à peu, prendront du poids.</p>
<p>Nous devons prendre notre temps. Nous ne devons pas nous efforcer à publier tant et plus, chose indispensable pour un blog à succès qui arrache des visiteurs à Google à coup de mot-clé.</p>
<p>On pourrait accuser Google d’ailleurs de favoriser la mode. Mais Google ne fait que réinventer sur le web ce qui existait avant. Si vous écrivez sur ce que les gens aiment lire, et surtout aiment chercher, vous avez plus de chances d’être lu que si vous écrivez sur ce qui vous travaille.</p>
<p>Au final qu’est-ce qui est le plus important ?</p>
<p>À vous de décider.</p>
<p>Pour ma part, être lu pour être lu ne m’intéresse pas. J’ai encore ce luxe. Je ne dis pas que je ne veux pas être lu mais je ne veux pas l’être à n’importe quel prix. Tant que je le peux, je ne quitte pas ma route.</p>
<p>Je sais bien que beaucoup de blogueurs se décourageront. Mais beaucoup d’écrivains se découragent aussi. C’est la vie. Et le meilleur de la forme blog est justement à venir.</p>
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		<title>Trois sujets de thèse</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2008/06/26/trois-sujets-de-these/</link>
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		<pubDate>Thu, 26 Jun 2008 05:39:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[En discutant la semaine dernière avec des chercheurs, j’ai évoqué quelques idées de thèses qu’ils pourraient soumettre à leurs étudiants et dont j’aimerais connaître les conclusions. Ces idées m’étaient venues en 2005 lorsque j’écrivais Le peuple des connecteurs.
Réseau social des équipes de foot
Si on compte les passes entre les joueurs d’une équipe tout au long [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><nocozop>En discutant la semaine dernière avec des chercheurs, j’ai évoqué quelques idées de thèses qu’ils pourraient soumettre à leurs étudiants et dont j’aimerais connaître les conclusions. Ces idées m’étaient venues en 2005 lorsque j’écrivais <em>Le peuple des connecteurs</em>.</p>
<h3>Réseau social des équipes de foot</h3>
<p>Si on compte les passes entre les joueurs d’une équipe tout au long d’une saison, à quoi ressemble le réseau social ? Que donne le même réseau pour la totalité d’un championnat ? Il serait intéressant de faire apparaître les réseaux opposant deux équipes. Est-ce que nous découvririons des lois de puissance ? Est-ce que l’exposant de la loi aiderait à décrire une équipe, un style de jeu, une configuration gagnante ? Un tel réseau ne serait-il pas une arme redoutable pour les entraîneurs ?</p>
<h3>Nature du hasard</h3>
<p>Lorsque nous effectuons des simulations, celle d’un tas de sable par exemple, nous recourons à un générateur de nombres aléatoires. Suivant l’algorithme de ce générateur obtenons-nous des résultats variables ? À partir de quel niveau de hasard les états critiques apparaissent-ils ? La réponse à cette question est fondamentale. Elle peut nous aider à connaître le niveau de hasard dont nous avons besoin pour décrire le monde.</p>
<h3>Dynamique sociale de l’auto-organisation</h3>
<p>Si nous prenons une flotte d’oiseaux auto-organisés par exemple, il me paraît intéressant de tracer la dynamique du réseau social de la flotte. Quels oiseaux volent à proximité de tel autre par exemple ? Nous pourrions tracer un réseau qui évolue dans le temps. Peut-être que la topologie de ce réseau nous aiderait à trouver une signature de l’auto-organisation… et à découvrir les règles génératives qui nous manquent encore.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=2090&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Petit miracle du web</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2008/06/03/petit-miracle-du-web/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jun 2008 07:25:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[
Hier soir, alors que je cherche des images pour illustrer ma conférence de Charleroi, j’ai l’intuition que l’arbre de l’évolution est une vue de l’esprit. Je me dis que quand nous aurons pris conscience que nous vivons dans une société en réseau l’arbre volera en éclat. Il deviendra évident que des bouts d’ADN sautent d’espèces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2008/06/reeltree.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-974" title="reeltree" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2008/06/reeltree-300x250.jpg" alt="" width="300" height="250" /></a></p>
<p>Hier soir, alors que je cherche des images pour illustrer <a href="http://blog.tcrouzet.com/2008/06/02/de-passage-en-belgique/">ma conférence de Charleroi</a>, j’ai l’intuition que l’arbre de l’évolution est une vue de l’esprit. Je me dis que quand nous aurons pris conscience que nous vivons dans une société en réseau l’arbre volera en éclat. Il deviendra évident que des bouts d’ADN sautent d’espèces en espèces, donc de branche en branche, puis que les espèces s’influencent les unes les autres à travers l’environnement qu’elles modifient, donc d’un bout à l’autre de la biosphère. Le bel arbre chronologique et hiérarchique ne sera plus qu’une idéalisation simpliste. Quelque secondes après, alors que je cherche un arbre traditionnel décrivant l’évolution, je tombe sur <a href="http://scienceblogs.com/loom/2005/07/08/tangling_the_tree.php" target="_blank">un arbre qui bat déjà de l’aile et qui confirme mon intuition</a>. Je frissonne ainsi parfois en explorant le web. C’est le pur plaisir de la connexion.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=973&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Culture et technologie</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/10/12/culture-et-technologie/</link>
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		<pubDate>Fri, 12 Oct 2007 12:40:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[J’écris cet article en partie pour répondre à Lény. Dans un commentaire suite à mon manifeste sur la culture 2.0, il a dit :
L’idée qui voudrait que pour être en adéquation avec un temps technologique il faut utiliser la technologie est une connerie.
Je voudrais revenir sur cette connerie. Quand je regarde les œuvres du passé, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’écris cet article en partie pour répondre à <a target="_blank" href="http://mekanocompany.blogspot.com/">Lény</a>. Dans un commentaire suite à mon <a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/10/10/culture-20/">manifeste sur la culture 2.0</a>, il a dit :</p>
<blockquote><p>L’idée qui voudrait que pour être en adéquation avec un temps technologique il faut utiliser la technologie est une connerie.</p></blockquote>
<p>Je voudrais revenir sur cette connerie. Quand je regarde les œuvres du passé, en tout cas celles que j’admire, j’ai l’impression que leurs créateurs ont toujours été en adéquation avec leur temps. En nous parlant de ce qui était propre et unique en leur temps, ils ont réussi à nous parler à nous qui ne sommes plus de leur temps. Ils n’ont atteint cette adéquation qu’en usant des outils qui en leur temps équivalaient à notre technologie.</p>
<p>De nombreux courants traversèrent l’art du XX<sup>e</sup> siècle mais des relents psychanalytiques et introspectifs transparaissent presque toujours à travers eux. Les artistes n’avaient pas besoin de lire Freud ou ses adversaires acharnés comme Wittgenstein ou Popper. Étant de leur temps, ils découvrirent une nouvelle façon de traiter les problèmes, une façon tantôt expressionniste tantôt anti-expressionniste. Mais même dans les monochromes, comble du minimalisme, le spectateur était précipité dans l’introspection.</p>
<p>À cette époque, la psychanalyse et l’anti-psychanalyse étaient les outils dominants. Par exemple, le peintre, tout en usant du pinceau, usait d’un outre outil, un outil mental dans ce cas.</p>
<p>Un peu plus tôt dans le siècle, Proust, Joyce, Faulkner… manipulèrent le temps comme le faisaient au même moment les scientifiques. Ils n’avaient pas besoin de maîtriser les équations de la relativité mais ils en partageaient d’une certaine manière les conséquences. Ils inventèrent alors de nouvelles façons de structurer les récits. L’abstraction était un outil.</p>
<p>Aujourd’hui, la technologie joue le même rôle que la psychanalyse ou les concepts abstraits au XX<sup>e</sup> siècle. La technologie a toujours été présente dans la vie des hommes mais jamais avec autant de force. Elle devient l&#8217;outil. Un artiste peut-il l&#8217;ignorer ? Je ne le pense pas. Peut-il vivre avec sans l’interroger ? Je ne le pense pas. D’ailleurs Lény n’y échappe pas. Il suffit de parcourir son blog. J’aime particulièrement cette <a target="_blank" href="http://mekanocompany.blogspot.com/2007/10/lny-mln2_03.html">image</a>.</p>
<p>Pour exprimer le courant psychanalytique ou antipsychanalytique, l’artiste pratiquait une forme de psychanalyse. Proust a écrit des équations riemanniennes avec ses livres. Pour être artiste aujourd’hui, il faut jouer avec la technologie.</p>
<p>Ainsi la BD est extraordinairement créative parce que les nouvelles technologies ont aidé à renouveler le genre, depuis les tablettes à dessin jusqu’aux systèmes d’encrage.</p>
<p><a target="_blank" href="http://www.jenstark.com"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2007/10/jenstark.jpg" /></a></p>
<p>Cette sculpture en papier de <a target="_blank" href="http://www.jenstark.com">Jen Stark</a> n’a pas été tracée au laser mais elle aurait pu l’être. C’est ça qui importe. Que Jen Sark ait utilisé la techno ou non n’a pas d’importance. Elle est influencée par elle. Pour que cette influence se produise, je crois qu’il faut se confronter à la technologie.</p>
<p>Il s’agit bien sûr de la technologie numérique, cette technologie qui se présente sous la forme d&#8217;outils reconfigurables indéfiniment. Un ordinateur ne peut pas être comparé un stylo ou à un pinceau. C’est un outil pour créer d’autres outils, c’est un méta-outil.</p>
<p>Les artistes peuvent-il se contenter d’utiliser des outils ? Oui, bien sûr, Jen Stark nous le prouve. Mais, quand je regarde ses œuvres, je les trouve décoratives. Il leur manque à mon sens cette chose indéfinissable qui fait le caractère artistique.</p>
<p>Je crois que celui qui prétend aujourd&#8217;hui à l’art doit passer au stade méta. Pour ce faire, il doit être hacker.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=603&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La grande messe du 20h</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/10/05/la-grande-messe-du-20h/</link>
		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2007/10/05/la-grande-messe-du-20h/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 05 Oct 2007 09:29:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[La semaine dernière, j’ai enfin rencontré Pacco et nous avons papoté, notamment de la télévision. Pour Pacco, elle restera dominante encore longtemps car elle peut réunir, au même instant, des millions de personnes devant les mêmes images.
Les hommes ont toujours éprouvé le besoin de se retrouver et de communier ensemble. Les temples puis les églises [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com"><img align="left" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2007/10/pacco6.jpg" /></a>La semaine dernière, j’ai enfin rencontré <a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com/">Pacco</a> et nous avons papoté, notamment de la télévision. Pour Pacco, elle restera dominante encore longtemps car elle peut réunir, au même instant, des millions de personnes devant les mêmes images.</p>
<p>Les hommes ont toujours éprouvé le besoin de se retrouver et de communier ensemble. Les temples puis les églises devinrent de plus en plus vastes. La radio en virtualisant le lieu de culte réussit à dépasser les contraintes spatiales. Nous n’étions plus dans le même lieu mais nous participions au même évènement.</p>
<p>Grâce aux images, la télévision renforça la sensation « d’y être ». Armstrong marcha sur la Lune devant la planète. En 1998, l’équipe de France gagna la coupe du monde devant plus d’un milliard de téléspectateurs. La télévision apparaît comme une généralisation de l’expérience religieuse.</p>
<p>Pacco remarqua alors qu’internet n’offrait pas cette possibilité. Nous ne voyons pas les choses en mêmes temps (média asynchrone). Nous n’avons pas de point de rendez-vous rituel. Plutôt, il en existe des millions et nous nous éparpillons. « Avec internet, la grande messe c’est fini. »</p>
<p>J’ai alors pensé à <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/World_of_Warcraft">Word of Warcraft</a>. N’est-ce pas un nouvel espace de communion ? Comme à la radio, nous écoutons. Comme à la télévision, nous voyons. Comme dans la vie, nous agissons. Nous pourrons nous y retrouver par dizaines de millions et vivre ensemble la même expérience.</p>
<p>Comme les fidèles n’étaient pas tous dans la même église à l’heure du culte, nous ne serons pas tous au même endroit dans le jeu mais nous en partageront l’ambiance. J’ai alors songé à une belle idée développée par <a target="_blank" href="http://www.ludiccrew.org/wark/">McEnzie Wark</a> dans <a target="_blank" href="http://www.amazon.fr/Gamer-Theory-McKenzie-Wark/dp/0674025199/">Gamer Theory</a>.</p>
<p>Dans ce manifeste, il prend Platon à contre-pied. Quand le joueur quitte la caverne où il joue, il ne rejoint pas la réalité mais un autre terrain de jeu, un autre gamespace. Tout est jeu pour Wark. Tout est jeu pour moi aussi. Je me demande comment on peut imaginer le monde autrement.</p>
<p>Quand nous jouons, nous prenons peu à peu conscience de l’algorithme qui anime le jeu. Nous ne retrouvons pas les lignes de codes mais leur grande ligne. Nous en avons une perception allégorique. Wark parle alors d’allegorithm.</p>
<p>Les joueurs de Word of Warcraft communient avec le même allegorithm comme les fidèles le font avec leur allégorie religieuse. Je crois ainsi que la messe est dite. Les jeux massivement multijoueurs supplanteront la télévision car, en ajoutant l’action, ils généralisent plus qu’elle l’expérience religieuse.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Les scientifiques cherchent à retrouver le code derrière l’allégorie naturelle.</li>
<li>Word of Warcraft n’est qu’une des premières moutures des allegorithms à venir, ne parlons mêmes pas de <a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/08/06/second-life-is-dead/">Second Life</a>.</li>
<li>Un ami me disait hier qu’il en avait assez d’entendre ses collègues de travail ne parler que de jeux vidéos. « Pour eux, c’est une des réalités possibles, j’ai répondu. Ils y vivent aussi intensément que dans l’allégorie naturelle. »</li>
</ol>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=594&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Homme 2.0</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/08/27/homme-20/</link>
		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2007/08/27/homme-20/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 27 Aug 2007 06:48:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://blog.tcrouzet.com/2007/08/06/homme-20/</guid>
		<description><![CDATA[L’évolution fonctionne virtuellement. Ce n&#8217;est pas une preuve qu&#8217;elle fonctionne dans la nature mais un élément de plus pour en être quasi certain. Cette presque confirmation de la théorie darwinienne cause beaucoup de troubles aux essentialistes.
S’il y a évolution, il n’y a pas de nature humaine essentielle… sinon une nature humaine en constant devenir. Il n’y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com"><img align="left" width="300" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc/20070827pacco.gif" alt="Par Pacco" height="607" style="width: 300px; height: 607px" title="Par Pacco" /></a><a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/08/06/le-retour-des-mythes/">L’évolution fonctionne virtuellement.</a> Ce n&#8217;est pas une preuve qu&#8217;elle fonctionne dans la nature mais un élément de plus pour en être quasi certain. Cette presque confirmation de la théorie darwinienne cause beaucoup de troubles aux essentialistes.</p>
<p>S’il y a évolution, il n’y a pas de nature humaine essentielle… sinon une nature humaine en constant devenir. Il n’y a pas plus d’éthique ou de morale gravées dans le marbre. Tout est susceptible de changer et d’évoluer (évoluer ne veut pas dire progresser). D’un point de vue biologique, refuser qu’une chose évolue serait même la condamner à mort.</p>
<p>Notre monde évolue de plus en plus vite à cause de nos activités de plus en plus effrénées. Nous avons deux possibilités.</p>
<ol>
<li>Nous réduisons nos activités dans l’espoir de ralentir l’évolution du monde.</li>
<li>Nous acceptons les changements qui surviennent et nous nous adaptons à ces changements en changeant nous-mêmes.</li>
</ol>
<p>La première voie nous est malheureusement interdite (même si elle peut être vue comme une adaptation aux changements). Nous avons mis le monde dans un tel état de surchauffe que, dans le temps imparti pour réagir, nous ne pouvons le refroidir que par de nouvelles technologies (le bio est une technologie de refroidissement mais insuffisante à elle seule). Cette course à l’innovation nous condamne donc à changer.</p>
<p>J’espère que ma <a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/07/26/le-dopage-controle/">position par rapport au dopage</a> est ainsi plus claire. Les athlètes sont pour moi des pionniers. En tout cas, ils pourraient le devenir, en expérimentant pour nous les innovations technologiques qui demain nous permettrons de survivre.</p>
<p>Dans <em>Wired</em>, je suis tombé sur une <a target="_blank" href="http://www.wired.com/science/discoveries/magazine/15-08/st_sciencejobs">liste de métiers à risque</a> liés à la science. L’auteur aurait pu ajouter les sportifs de haut niveau.</p>
<p>Notes :</p>
<ol>
<li>Le 6 juillet 1965, je n’avais pas 2 ans, mon père m’a porté sur ses épaules jusqu’au sommet du Ventoux lors de la victoire de Poulidor. Deux ans plus tard, Simpson mourrait sur ces mêmes pentes. Depuis mon père n’a cessé de me raconter ce drame, finissant par me persuader que nous étions au bord de la route le 13 juillet 1967. Dans mon imaginaire, j’étais au chevet de Simpson, j’ai vécu son agonie. Et c’est parce que je ne veux pas que de tels drames se reproduisent que je crois qu’il faut encadrer « le » dopage qui ne peut être banni.</li>
<li>Interdire le dopage n’a jamais empêché les hommes de se doper. Vouloir gagner une épreuve sportive n’est qu’une raison parmi d’autres qui poussent les hommes à se doper.</li>
<li>Les neurologues ont découvert que notre tendance à inventer des histoires pour justifier des faits inexplicables s&#8217;amplifiait lorsque notre niveau de dopamine était élevé. Quand est-ce que les romanciers utiliseront cette dope là ?</li>
<li>Je ne suis pas pour le dopage. Je constate simplement que les hommes se dopent, que nous nous dopons presque tous. Je suggère juste de canaliser cette propension au dopage dans une direction qui profiterait à l’humanité.</li>
<li>S’arcbouter sur un interdit de polichinelle ne sert à rien. Nous ne pouvons interdire que ce que nous savons détecter mais nous sommes forcés d’autoriser ce que nous ne connaissons pas. Il en va ainsi pour les nouvelles drogues qui sont légales tant qu’elles n’ont pas été classifiées (il en existe des centaines, souvent plus redoutables que celles distribuées par les dealers).</li>
<li>Je n’ai pas envie de parler de dopage mais de nouvelles technologies, des technologies qui nous permettraient de dépasser nos limites humaines. Un pacemaker est un artefact technologique de cette espèce. Il permet de dépasser la limite de la mort pour beaucoup de nos contemporains. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de dépasser cette limite et pas celle du temps mis pour courir le cent mètres.</li>
<li>Je ne confonds pas dépassement de soi et dépassement des autres, ce qu’est devenu le sport de compétition aujoud’hui. En art, le dépassement des autres n’a aucun sens et les artistes ne cherchent qu’à se dépasser eux-mêmes, ce qui n’interdit pas l’usage des drogues, usage qui n’est d’ailleurs pas réellement légiféré. On ne va pas détruire la poésie de Baudelaire parce qu’elle a, en partie, été écrite sous hallucinogène.</li>
<li>Excepté pour les essentialistes, l’éthique sportive n’existe pas, pas plus qu’une autre éthique en particulier. Au contraire, de multiples éthiques coexistent et évoluent.</li>
<li>Dans l’esprit de beaucoup de gens, l’éthique sportive veut que les adversaires concourent à armes égales. Mais qu’est ce que ça signifie ? Par exemple, si vous êtes plus riches, vous pouvez vous entraîner dans de meilleures conditions.</li>
<li>Par ailleurs, nous ne sommes pas tous égaux. Par exemple, la vitesse à laquelle notre organisme achemine l’oxygène à nos muscles est en moyenne de 40 à 50 ml/kg/min. Au mieux de sa forme, Lance Amstrong était à 83,8, Miguel Indurain était à 88. Même sans entraînement ces hommes ne luttent pas à armes égales.</li>
<li>Pourquoi interdire à certains hommes de compenser leurs déficiences génétiques ? Au nom de quelle éthique ? Interdisons-nous aux malades de se soigner ? Pour un sportif, concourir et gagner, c’est vivre. Pour lui, se doper, c’est soigner ses imperfections.</li>
<li>Je ne me drogue pas, je ne bois même pas du café. Quand je dis que je me droguerai le jour où je sentirai mes capacités intellectuelles défaillir (si j’ai un jour cette lucidité), je ne confonds pas « me soigner » et « me doper ». Le vieillissement n’est pas une maladie. Depuis la nuit des temps, les hommes acceptent ses aléas. Mais si on nous propose de les dépasser, la plupart d’entre-nous le ferons.</li>
<li>Les sportifs ne sont pas plus malhonnêtes que nous. Ils veulent être au meilleur de leur forme, ils veulent dépasser cette forme pour l’emporter. Les intellectuels et les artistes sont moins obsédés quant à leurs performances parce qu’elles ne se mesurent pas quantitativement.</li>
<li>Pour éviter le dopage sauvage, la prise de risque insensée, il faudrait réduire les bénéfices potentiels qu’apportent le dopage. Malheureusement, nous vivons une société des spectacles où le champion est roi, et surtout riche. Tant que nous vivrons dans un monde dominé par le quantitatif, il y aura du dopage, il y aura des gens pour enfreindre les règles.</li>
<li>Comme il y a trop à gagner, dès l’enfance on entraîne à gagner, donc on prépare au dopage. Les parents sont les premiers responsables.</li>
<li>Le système éducatif, avec ses examens et ses concours, est tout aussi responsable. Il pousse à prendre des vitamines… et d’autres produits bien plus puissants. Sur Agoravox, on m’a dit que la Modafinil n’était pas un dopant. Quand tu ne dors pas pendant 48h non stop tout en restant au top de ta capacité intellectuelle, tu n’es pas dopé ? Il y a longtemps que les étudiants instruits ne tournent plus au Guronsan (et que la nécessité d’ordonnance ne rebute pas). Il est d’ailleurs facile d’acheter tous ces produits en ligne.</li>
<li>Pour lutter contre la triche, nous devons développer la transparence, faire en sorte que tous les dopages potentiels soient connus. Malheureusement, nous ne pouvons pas mettre une escadre médicale derrière chaque sportif. Si pour concourir, il fallait renoncer à son intimité, ce serait une atteinte à l’intégrité personnelle au moins égale à celle provoquée par le dopage.</li>
<li>Légaliser seulement les nouveaux dopages ne mettrait pas en danger les enfants car ils n’y auraient pas accès. Dans un esprit de transparence, tous les sportifs, quel que soit leur niveau et leur âge, devraient subir régulièrement des tests de dépistages des dopes connues. La course à l’innovation ne serait pas fermée et la santé publique serait préservée.</li>
<li>Le café permet de rester éveiller un peu… la Modafinil beaucoup plus… et de nouvelles molécules qui arrivent encore plus. Pourquoi autoriser les unes plutôt que les autres ? Parce que la culture normalise le café… dans certaines cultures les drogues hallucinogènes sont normalisées.</li>
<li>Mais où mettre la limite ? Les essentialistes croient qu’elle existe. Définissez-la de manière objective et définitive (ce qui n’a pas de sens dans une perspective évolutive). Qu’est-ce qui est artificiel et ne l’est pas ? Encore une fois, seuls les essentialistes sont capables de répondre à cette question. Faire avorter les championnes après quelques semaines de grossesse est une drogue naturelle « moralement » plus répréhensible que toutes les dopes technologiques.</li>
<li>Pour moi, tout ce qui nous permet de nous dépasser est une dope. L’ascèse est une dope, la méditation aussi, l’entraînement aussi. Un entraînement extrême peut détruire la santé, même tuer, tout comme un régime alimentaire mal approprié.</li>
<li>Le désir de dépassement de soi comme des autres est inscrit dans la nature humaine. Nous devons accompagner ce désir et non le nier car il est un bien précieux.</li>
<li>Autant le désir de dépassement des autres me paraît médiocre, autant le dépassement de soi, malheureusement corolaire, doit être encouragé. Notre culture résulte des chefs-d’œuvre des millions d’hommes qui ont cherché à se surpasser au cours de notre histoire.</li>
<li>Les chances égales, l’éthique sportive, les règles inviolables… rien de tout cela n’existe. Les génies sont justement les hommes capables de faire exploser les barrières.</li>
<li>Ce problème du dopage, comme beaucoup d’autres dans notre société, ne se règlera que si nous passons d’un âge des quantités à un âge des qualités, en d’autres mots, que si nous abandonnons le modèle capitaliste pour un modèle beaucoup plus collaboratif.</li>
<li>En attendant, regardons le problème en face. Cherchons une solution. La meilleure arme à notre disposition aujourd’hui est peut-être la collaboration.</li>
<li>Sur le tour de France, les coureurs pourraient collaborer à l’équité. Ils n’ont aucune raison d’accepter la tricherie de quelques uns. Dénoncer n’est pas méprisable une fois qu’il s’agit de la santé d’autrui. Ne pas le faire serait refuser de porter assistance à une personne en danger. Mais les coureurs sont-ils les seuls coupables ? Sont-ils les mieux informés ? Je ne le crois pas.</li>
<li>Le cyclisme est un sport de performances relatives. Si un coureur se dope, les autres sont obligés de le faire et ainsi de suite. Cette escalade ne profite pas au spectacle mais seulement aux meilleurs tricheurs.</li>
<li>Plutôt que le contrôle antidopage soit piloté de l’extérieur (par des règles arbitraires appliquées arbitrairement par des instances internationales pas toujours équitables), il faudrait que les coureurs eux-mêmes fixent les règles. Ils se connaissent, ils courent ensembles depuis des années, ils ne peuvent manquer de noter avec étonnement les progrès faramineux de certains de leurs collègues.</li>
<li>Il est bon de rappeler que Zidane, notre héros national, doubla de masse musculaire après un an dans le championnat italien. Personne ne cria alors au scandale&#8230;</li>
<li>En tant qu’amoureux du tour de France, je me moque de la vitesse où les cols se montent. J’attends des surprises, des attaques, des défaillances, des retournements de situation… Le vélo est un sport tragique au sens Grec. Je peux suivre une étape de montagne durant des heures dans l’attente d’un climax. Je ne veux pas que des hypocrites gâchent le spectacles.</li>
</ol>
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		<title>Machine évolutive</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/08/16/machine-evolutive/</link>
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		<pubDate>Thu, 16 Aug 2007 08:01:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[Les vacances sont souvent pour moi propices à des dérives philosophiques. Après mon papier sur l’évolution, mes idées ont poursuivi leur lancée. J’ai repensé à Popper, à son principe selon lequel une théorie scientifique doit être falsifiable : nous devons être capables d’imaginer une expérience qui la réfuterait.
Par exemple, pour invalider la relativité, il faut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les vacances sont souvent pour moi propices à des dérives philosophiques. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2007/08/06/le-retour-des-mythes/">Après mon papier sur l’évolution</a>, mes idées ont poursuivi leur lancée. J’ai repensé à Popper, à son principe selon lequel une théorie scientifique doit être falsifiable : nous devons être capables d’imaginer une expérience qui la réfuterait.</p>
<p><a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com"><img align="left" width="300" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc/20070816pacco.jpg" alt="Par Pacco" height="327" style="width: 300px; height: 327px" title="Par Pacco" /></a>Par exemple, pour invalider la relativité, il faut montrer que la vitesse de la lumière peut-être franchie. En revanche, la psychanalyse n’est pas falsifiable. Elle est de l’ordre de la métaphysique tout comme l’existence de Dieu. Pour Popper, l’évolution était aussi une théorie métaphysique.</p>
<p>Mais est-il vraiment impossible de la falsifier ? Personne ne peut remonter dans le temps et reconstituer exactement l’évolution biologique. Comme elle avance pas à pas en marchant sur ses propres traces, elle les efface souvent. Cette absence d’histoire empêchera à jamais d’infirmer ou de confirmer les scénarios que nous imagineront. Ils resteront spéculatifs.</p>
<p>En revanche, les algorithmes génétiques ne laissent planer aucun doute sur la réalité de l’évolution comme technologie. Ils nous démontrent que les mécanismes évolutifs observés dans la nature sont opérants. Dans le monde biologique, nous les observons d’ailleurs à nôtre échelle de temps et à des échelles plus vastes grâce aux fossiles. Si l’évolution est une métaphysique, c’est donc une métaphysique pragmatique (certains diront la même chose de la psychanalyse, puisqu’elle soulage, même si je réfute cette analogie).</p>
<p>En fait, on se moque de savoir si une technologie est universellement opérante. On se moque même de savoir si nous la comprenons et la maîtrisons. D’une certaine manière, c’est même impossible avec la plupart des technologies avancées.</p>
<p>En électronique, nous sommes incapables de tester les circuits à 100 %. Il en va de même avec tous les programmes, bugués par principe. En fait, un programme ne peut pas se tester lui-même. Si on veut tester un programme, il faut un programme pour le tester, et un programme pour tester ce programme et ainsi de suite. Turing a de cette façon montré que l’informatique était un espace à jamais ouvert à l’incertitude. Voilà pourquoi je crois qu’elle est un art, tout comme les mathématiques, idée sans doute étrange pour ceux qui ne sont pas informaticien ou mathématicien.</p>
<p>Si un programme ne peut se tester lui-même, peut-il se faire évoluer lui-même. En d’autres mots, peut-on injecter en entrée d’un algorithme génétique l’algorithme lui-même ? Si c’est possible, l’évolution n’a besoin de personne d’autre qu’elle-même. Une fois qu’elle a commencé, elle ne s’arrête plus, conduisant sans cesse à plus de complexité tant qu’elle dispose des ressources pour se développer. Qui plus est, elle accélère exponentiellement puisqu’elle s’injecte elle-même en entrée de son propre processus.</p>
<p>Intuitivement, j’ai envie de me dire que cette auto-évolution est possible. La vie inventa l’ADN (sans doute il y a 4 milliard d’années), puis la sexualité (sans doute il y a 800 millions d’années), puis les hommes (il y a 250 000 ans), hommes maintenant capables d’inventer des algorithmes génétiques… Chacune des étapes représente une version différente de la technologie évolutive engendrée par la précédente.</p>
<p>Mais l’évolution en elle-même existe-t-elle ? Si c’était le cas, nous devrions être capables de la faire évoluer indépendamment de son objet, la vie par exemple. Est-ce possible ?</p>
<p>Un algorithme génétique dispose de deux modules. Un moteur de mutation et un test de survie des mutations engendrées. Un tel algorithme peut-il être défini dans l’absolu ? Peut-on définir une machine évolutive universelle ?</p>
<p>Il y a bien longtemps que j’ai perdu toute aptitude mathématique pour me lancer dans une telle démonstration. Je suis incapable d’imaginer une telle machine. Si elle existait, l’univers s’emballerait dans une espèce de cancer créatif.</p>
<p>En d’autres mots, je crois qu’il est impossible qu’un algorithme génétique se fasse évoluer lui-même de la même manière qu’un programme est incapable de se tester lui-même. Il doit être possible de montrer que ces deux problèmes sont identiques.</p>
<p>L’évolution en tant que telle n’existe pas, il n’existe que des évolutions particulières. Un algorithme génétique qui fait évoluer des mémoires peut lui-même se faire évoluer par un autre algorithme. Mais il n’existe sans doute pas d’algorithme génétique universel. Car comment concevoir un test de survie universel ? La survie n’est-elle pas toujours relative ?</p>
<p>En écrivant ce texte, en y pensant, en le tournant dans tous les sens, j’ai eu l’impression de frôler quelque chose de fondamental qui n’a cessé de m’échapper. Je publie cette réflexion non pour elle-même mais dans l’espoir qu’elle éveille en vous le trouble qu’elle a provoqué chez moi.</p>
<p>Un algorithme génétique universel serait un premier pas vers Dieu, vers une forme d’omnipotence. L’évolution est plutôt une simple technologie, faite de bric et de broc. Elle n’est ni scientifique, ni métaphysique, elle est tout simplement comme la roue ou l’ordinateur. Elle fonctionne tant bien que mal et prend différentes formes tout en s’attachant à différent objets. C’est une simple conséquence logique du fait que des choses existent et se rencontrent et se mêlent. Nous pouvons favoriser ces unions et les accélérer, c’est tout ce que nous pouvons faire.</p>
<p>L’évolution est ce que nous observons, un processus, et non une chose en soi.</p>
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		<title>Le journalisme citoyen, c’est de la foutaise</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Aug 2007 08:33:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vais peut-être vous surprendre mais je n’ai jamais cru au journalisme citoyen, en tout cas dans la forme popularisée aujourd’hui sur les blogs et les sites collaboratifs.
Pour moi, un journaliste fait émerger de nouvelles informations en remontant à la source. Il nous fourni des données de première mains qu’il a pris garde de vérifier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je vais peut-être vous surprendre mais je n’ai jamais cru au journalisme citoyen, en tout cas dans la forme popularisée aujourd’hui sur les blogs et les sites collaboratifs.</p>
<p>Pour moi, un journaliste fait émerger de nouvelles informations en remontant à la source. Il nous fourni des données de première mains qu’il a pris garde de vérifier et de recouper, puis il les mets en forme pour les faire résonner.</p>
<p><a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com"><img align="left" width="250" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc/20070811pacco.jpg" alt="Par Pacco" height="348" style="width: 250px; height: 348px" title="Par Pacco" /></a>Telle est ma conception du journalisme. Pour moi les chroniqueurs, commentateurs, analystes…, tous ceux qui font leur travail éditorial sans quitter leur bureau, en puisant dans la masse des informations déjà publiées par d’autres, notamment les communiqués de presse, ne sont pas des journalistes mais des éditorialistes. Ils interconnectent des informations et nous les montrent, au mieux, sous un jour nouveau.</p>
<p>Je ne mets pas les journalistes au-dessus des éditorialistes, je pense juste qu’ils ne font pas le même travail, qu’ils soient amateurs ou professionnels n’y change rien. Pour ma part, je me range parmi les auteurs, donc parmi les éditorialistes.</p>
<p>Sur internet, nous rencontrons presque exclusivement des éditorialistes, notamment spécialisés dans le jus de crâne. En effet, pour être journaliste comme je l’ai défini, il faut non seulement du temps mais aussi des moyens, que les amateurs n’ont pas ou ne se donnent pas.</p>
<p>Internet aide parfois à réveiller leur talent, il peut engendrer de nouvelles vocations mais il ne peut pas les démultiplier infiniment jusqu’à ce que nous devenions tous journalistes. S’il existe à côté des journalistes déclarés des journalistes citoyens, ils ne sont pas innombrables.</p>
<p>Par exemple, <a target="_blank" href="http://www.agoravox.fr">Agoravox</a> publie essentiellement des éditos qui oscillent entre le coup de gueule et l’analyse plus ou moins objective. Il est très rare qu’une information de première main y apparaisse.</p>
<p>Agoravox n’est donc pas un site de journalisme mais, avant tout, un site dédié à la diffusion de la pensée d’éditorialistes. C’est très bien, j’y souscris, mais ne parlons plus sans cesse de journalisme citoyen.</p>
<p>En revanche, un jour, par accident, chacun de nous peut dénicher une information et avoir envie de la transmettre. Dans ce cas, nous nous transformons en indic, voire en journaliste occasionnel, mais il nous manquera alors, faute de pratique, l’art de mettre en forme nos trouvailles, art que cultivent jour après jour les éditorialistes en même temps qu’ils se créent une audience.</p>
<p>Ainsi un journaliste citoyen n’a souvent aucun poids si un journaliste affuté ou un éditorialiste ne l’aide pas à mettre en forme sa trouvaille. Disposer de plates-formes de publication ouvertes à tous ne nous rend pas pour autant journaliste. Il faut ajouter à ces services des fonctions d’interconnexion entre les indics et ceux capables de donner du poids à leurs informations.</p>
<p>Une fois ce problème résolu, il en reste un autre plus complexe. Que nous soyons journaliste occasionnel ou éditorialiste, il nous faut des outils de promotion pour amener de l’audience et attirer l’attention des citoyens, en tous cas si nous croyons que le cinquième pouvoir peut influencer la société.</p>
<p>Aujourd’hui, hors des sites des médias officiels et des portails des grands acteurs comme Google, il n’existe aucun service capable de générer une audience conséquente instantanément. Nous sommes condamnés à parier sur le buzz, à grappiller les lecteurs péniblement.</p>
<p>Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Nous sommes des <a href="http://blog.tcrouzet.com/2006/07/28/infovore/">infovores</a>. Découvrir de nouvelles informations nous procure du plaisir.</li>
<li>Dans les journaux et magazines, les éditos occupent une faible part de la surface éditoriale. Ce n’est pas un hasard. Si les éditos font briller leurs auteurs, ils intéressent peu les lecteurs qui préfèrent des faits, des astuces pratiques, des histoires…</li>
<li>Pour gagner de l’audience, un service doit donner aux lecteurs ce qu’ils attendent. Tant que les services de publications collaboratifs ne publieront que des éditos, ils ne toucheront pas un large public.</li>
<li>Juste un exemple. Ma femme a ouvert à l’automne dernier un blog local, <a href="http://www.roquerols.fr">roquerols.fr</a>, un blog avant tout people et informatif (mis en stand by depuis la naissance d’Émile). Après trois mois de publication assez irrégulière, elle recevait 250 visiteurs par jour. Si elle avait persévéré (elle va s’y remettre), elle aurait sans doute aujourd’hui plus de 1 000 visiteurs quotidiens.</li>
<li>Mon blog, purement éditorialiste, reçoit un peu plus de 1 300 visiteurs par jour. Je cible pourtant une audience a priori plus vaste, tous les citoyens francophones, j’ai publié plusieurs livres, les médias ont parlé de moi, des centaines de blogueurs ont linké vers moi… mais mon audience progresse peu. C’est logique : je suis un auteur, les auteurs, le plus souvent, se créent une audience après plusieurs années. Un auteur n’a pas de cible a priori, il se fabrique son audience en créant une communauté. Un auteur travaille dans la durée, ce qui est quelque peu antinomique avec l’instantanéité du web.</li>
<li>Leçon. Pour avoir de l’audience, il faut cibler une audience existante et délivrer à cette audience une information qui l’intéresse. C’est ainsi que <a target="_blank" href="http://fr.techcrunch.com">techCrunch</a> a séduit les passionnés de technologie web partout dans le monde.</li>
<li>Pour que les auteurs se fassent connaître, il faut les aider à créer des communautés de plus en plus larges, il faut leur faire partager les communautés d’autres auteurs…</li>
<li>En ce moment, je réfléchis à un nouveau service qui réussirait à amener les journalistes citoyens comme les éditorialistes à gagner une plus grande notoriété… et, au passage, un peu d’argent.</li>
<li>Quand on pense des services web, il ne faut jamais oublier qu&#8217;internet n&#8217;est pas qu&#8217;un média mais avant tout <a href="http://blog.tcrouzet.com/2006/07/12/internet-comme-territoire/">un territoire</a>.</li>
</ol>
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		<title>Le retour des mythes</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/08/06/le-retour-des-mythes/</link>
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		<pubDate>Mon, 06 Aug 2007 07:16:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis 1975 et la découverte des algorithmes génétiques par John Holland, l’évolution n’est plus une théorie mais une technologie. Non seulement nous savons faire évoluer des programmes mais aussi des modélisations.

Par exemple, en accouplant virtuellement différents modèles de mémoire électronique, on peut en inventer de nouveaux. Il suffit alors de tester ces modèles en simulateurs, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis 1975 et la découverte des algorithmes génétiques par John Holland, l’évolution n’est plus une théorie mais une technologie. Non seulement nous savons faire <a target="_blank" href="http://www.genetic-programming.org">évoluer des programmes</a> mais aussi des modélisations.</p>
<p><a target="_blank" href="http://oranchak.com/photosome/results/"><img width="450" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc/200708sulivan.jpg" alt="Par une IA de David Oranchak" height="168" style="width: 450px; height: 168px" title="Par une IA de David Oranchak" /></a></p>
<p>Par exemple, en accouplant virtuellement différents modèles de mémoire électronique, on peut en inventer de nouveaux. Il suffit alors de tester ces modèles en simulateurs, de sélectionner les plus performants et de les accoupler encore et encore jusqu’à obtenir un produit innovant. <a target="_blank" href="http://www.newscientisttech.com/channel/tech/mg19526146.000-evolutionary-algorithms-now-surpass-human-designers.html">Jose Sullivan</a> a ainsi créé des mémoires d’une durée de vie 30 fois supérieures à celles commercialisées aujourd’hui. Mais est-ce vraiment Sullivan qui les a créées ?</p>
<p>Tout ceux qui croient que l’homme est un petit dieu insurpassable sinon par Dieu lui-même n’apprécient sans doute pas que nous puissions déléguer à des machines l’acte créateur.</p>
<p>Je me demande, si un de ces jours, ils ne tenteront pas de faire interdire les algorithmes génétiques. Ils prétendront peut-être que ces programmes risquent d’inventer des fonctions imprévues et potentiellement dangereuses.</p>
<p><a target="_blank" href="http://www.fuckingkarma.com"><img align="left" width="250" src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc/20070806pacco.jpg" alt="Par Pacco" height="263" style="width: 250px; height: 263px" title="Par Pacco" /></a>Mais sommes-nous capables d’éviter nous-même ce genre de risques ? Je ne le crois pas. En inventant le marteau pour planter des clous, nous avons inventé le marteau pour fracasser les crânes de nos ennemis. En reliant entre elles les universités américaines pour exploiter leurs calculateurs à plein régime, nous avons inventé internet, la nouvelle économie, les réseaux sociaux&#8230;</p>
<p>Refuser le risque, c’est refuser l’invention, c’est refuser l’évolution. Cette position s’appelle le conservatisme, voire l’intégrisme.</p>
<p>Entre notre intelligence créative et celle de l’évolution, il y a avant tout une différence temporelle. Nous allons plus vite que l’évolution, de la même manière les machines iront bientôt plus vite que nous. <a target="_blank" href="http://oranchak.com/">David Oranchak</a> leur apprend d’ailleurs à créer des <a target="_blank" href="http://oranchak.com/photosome/results/">œuvres d’art</a>.</p>
<p>La création s’effectue toujours par accident : lorsque des idées sans rapport se connectent soudain dans notre esprit. Les algorithmes évolutifs objectivent ce processus. Ils nous révèlent comment nous fonctionnons, comment le monde fonctionne.</p>
<p>Bientôt de nouvelles technologies issues de processus évolutifs nous entoureront sans que nous les comprenions. Est-ce si terrible ? Nous avons vécu des millénaires entourés par une vie qui nous était totalement étrangère. Un temps nous avons cru pouvoir dominer la complexité du monde mais déjà cette illusion se dissipe. Nous devrons réinventer des mythes pour expliquer ce monde qui nous échappera toujours.</p>
<img src="http://blog.tcrouzet.com/?ak_action=api_record_view&id=530&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Qu’est-ce qui est bon ?</title>
		<link>http://blog.tcrouzet.com/2007/07/18/qu%e2%80%99est-ce-qui-est-bon/</link>
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		<pubDate>Wed, 18 Jul 2007 07:50:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science et techno]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour filtrer la multitude des contenus proposés sur le web, il faut être capable de répondre à cette question ou plutôt se demander ce qui est bon pour soi.
Pour Platon, le beau découle d’une proximité avec les idées abstraites, sorte de code génétique du monde. Pour Aristote, il découle d’un accord avec la vérité. Beaucoup [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour filtrer la multitude des contenus proposés sur le web, il faut être capable de répondre à cette question ou plutôt se demander ce qui est bon pour soi.</p>
<p>Pour Platon, le beau découle d’une proximité avec les idées abstraites, sorte de code génétique du monde. Pour Aristote, il découle d’un accord avec la vérité. Beaucoup de philosophes après eux ont essayé de définir le beau. Tout cela se termina par la mort du beau en soi, par le coup de maître du Marcel Duchamp qui montra que n’importe quel objet pouvait être beau pour peu que nous décidions de le voir beau.</p>
<p>Personnellement, j’ai une vision assez utilitariste du beau. Pour moi, c’est ce qui survit. Tant qu’une œuvre intéresse des hommes, nous pouvons lui prêter une certaine qualité. Plus elle dure, plus elle doit avoir en elle quelque chose de profond.</p>
<p><em>Harry Potter</em> restera une œuvre intéressante tant qu’il y aura des hommes pour la lire. Il en va de même de <em>La recherche du temps perdu</em>. Quant aux œuvres éphémères, elles vivent par les enregistrements qui témoignent d’elles. Et si leurs auteurs refusent toute trace, ils refusent par là-même de se confronter au temps, donc aux regards des autres hommes, ils refusent de jouer collectif et, de ce fait, ils ne m’intéressent pas.</p>
<p>La vision utilitariste du beau nie le beau en soi, puisque une œuvre n’est jamais universellement admirée. Il n’existe plus que des beaux communautaristes. Nous disposons alors de plusieurs façons de mesurer le beau objectivement.</p>
<ul>
<li>Nombre de personne qui connaissent l’œuvre (audimat ou taille de la communauté).</li>
<li>Temps cumulé par l’humanité au contact de cette œuvre (<em>Harry Potter</em> enterre <em>La recherche du temps perdu</em> pour les siècles à venir).</li>
<li>Nombre de gens qui ont parlé de cette œuvre (buzz).</li>
<li>Nombre de gens qui ont parlé de l’œuvre en tenant compte du nombre de gens qui ont parlé de ces gens et ainsi de suite (Google ranking – Proust devance alors peut-être Kathleen Rowling).</li>
<li>Temps écoulé depuis que l’œuvre existe et qu’elle continue à toucher des hommes (test de postérité ou de longévité).</li>
</ul>
<p>Ce dernier critère retient toute ma faveur. Du moment qu’une œuvre me fait vibrer, même si je suis le seul à l’admirer, elle est de qualité. À un certain moment de ma vie, Salvador Dali me touchait, ses œuvres avaient de la qualité. Aujourd’hui, elles me répugnent, elles n’ont plus de qualité.</p>
<p>Si nous voulons donc filtrer le web, il faut construire des filtres personnalisables. Ils devront apprendre de notre histoire et réussir à pêcher dans la multitude des contenus disponibles ceux qui peuvent nous intéresser. Ainsi le web ne sera jamais médiocre pour nous.</p>
<p>Les critères quantitatifs, les seuls objectifs, les seuls aujourd’hui mis en œuvre sur le web, n’ont aucun autre intérêt que de nous dire ce qui est à la mode. Les critères qualitatifs, qui ne peuvent qu’être relatifs, ne dépendront que de nous-même.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Comme les filtres ne seront jamais parfaits, toujours quelque peu perméables, ils nous laisseront toujours la chance de sortir de nos domaines de prédilection pour en découvrir d’autres.</li>
<li>Par ailleurs, ces filtres reposeront essentiellement sur l’expériences des autres utilisateurs, donc sur leurs recommandations, ainsi nous ne seront jamais enfermés dans un univers étriqué car chacun de nous a un parcours unique.</li>
<li>Les filtres par recommandation inaugurés par Amazon n’en sont qu’à leur balbutiement. En général, ils ne tiennent pas compte de notre expérience utilisateur…</li>
<li>Le temps consacré à la création d&#8217;une œuvre peut-il entrer en compte dans la mesure de sa qualité ? Non, bien évidement. Un singe qui taperait à la machine pendant 20 ans ne surpasserait pas John Kerouac qui écrivit <em>On the road</em> en quelques jours.</li>
<li>Mais Kerouac ne décida pas soudain d’écrire un livre culte. Il tourna autour du pot de longues années, années durant lesquelles il accumula la matière de son œuvre.</li>
<li>Une œuvre a d’autant plus de chance de durer qu’elle enferme beaucoup d’expérience il me semble. Un jeune qui décide de devenir chanteur, qui trois jours plus tard diffuse un MP3 sur le net, ne fait que décider de devenir artiste. Il ne le deviendra que s’il accumule assez d’expérience pour créer une œuvre durable.</li>
<li>Aujourd’hui y-a-t-il plus de talents dans le monde que par le passé ? Je crois que oui pour deux raisons. Nous sommes plus nombreux, donc la probabilité joue en faveur des talents. La culture est plus accessible, nous sommes mieux éduqués, donc nous avons plus de chances d’exprimer nos talents.</li>
<li>Le bruit médiatique en revanche risque de décourager beaucoup de talents profonds, ceux qui justement cherchent à accumuler de l’expérience. À force de voir monter au pinacle des artistes qui n’ont d’artiste que le nom, on peut finir par se décourager.</li>
<li>Au final, je ne suis pas sûr que notre époque produise plus de chefs-d&#8217;œuvre que les époques précédentes. Le nombre de chefs-d’œuvre n’est pas proportionnel à la taille de la population. Il suffit de regarder l’Athènes de Périclès ou la Florence des Médicis.</li>
<li>Pour qu’un âge d’or survienne, il faut que les talents puissent s’exprimer, se stimuler et que les conditions extérieures les encouragent. Aujourd’hui, les deux premières conditions sont à coup sûr remplies grâce à internet. Je doute parfois pour la troisième, à cause de la prédominance des filtres universellement attachés au quantitatif.</li>
</ol>
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