Science et techno
11 July 2007 / 82 commentaires »
Je suis en train de lire The Cult of the Amateur, un essai qui critique la génération participation à la mode web 2.0. Les interrogations d’Andrew Keen répondent à certaines de mes craintes du moment. Après l’enthousiasme, il est parfois bon de prendre du recul.
Aujourd’hui, sur le web, tout le monde peut tout dire, tout montrer, tout voir… spectateur et auteur fusionnent dans cet âge du peer-to-peer.
Amateur hour has harrived, and the audience is now running the show, écrit Keen.
Pour moi, il y a une différence fondamentale entre la possibilité de tout dire et le fait de dire n’importe quoi. Malheureusement, le web 2.0 nous pousse souvent vers le n’importe quoi. Comme nous avons les moyens de nous exprimer, nous nous exprimons coûte que coûte même si nous n’avons rien à dire.
Nous entrons dans l’âge de la médiocrité.
Nous ne vérifions plus les informations que nous diffusons.
Nous ne remontons plus aux sources.
Nous devenons des maîtres du copier-coller, pour ne pas dire du remix.
Nous commentons un article après avoir lu en diagonale, sans même chercher à connaître la pensée de l’auteur, nous nous faisons des opinions à l’emporte pièce.
Le prix du ticket d’entrée est si bas que tout le monde entre. Par le passé, si un auteur nous déplaisait, nous prenions notre temps avant de lui écrire. Nous le lisions avec attention, nous nous renseignons sur lui… en deux mots, nous travaillions avant de lâcher la cavalerie.
Maintenant nous ne prenons plus le temps de la réflexion, nous nous moquons de paraître stupide, nous nous en moquons puisque notre commentaire sera noyé dans des centaines d’autres tout aussi médiocres et passera sous les yeux de lecteurs tout aussi superficiels que nous. Nous devenons des spammeurs. Le web 2.0 est un univers de trolls. Je parle bien sûr en termes statistiques car il existe des îlots de quiétude.
La médiocrité n’est pas nouvelle. Déjà Flaubert se plaignait dans sa correspondance des œuvres insanes dont se gaussaient ses contemporains. Il serait atterré de voir où nous en sommes.
Quand j’ai commencé à écrire, j’ai envoyé mes manuscrits à des éditeurs qui les ont refusés. Ces livres sont restés sur mon disque dur, j’en ai écrits d’autres encore refusés. Si comme aujourd’hui j’avais pu publier sur lulu.com, j’aurais sans doute cessé d’écrire. Mes livres étant illisibles, personne ne les aurait lus, j’aurais décrété que je m’étais engagé dans une mauvaise direction, j’aurais cessé d’écrire.
Cette mésaventure est arrivée à un de mes meilleurs amis dont le premier roman a été publié sans même qu’il s’en rende compte en 1988, presque aussi simplement que sur internet aujourd’hui. Cette facilité et le manque de réaction des lecteurs l’ont dissuadé d’écrire alors qu’il a un immense talent. J’ai peur que le web 2.0 n’ait le même effet avec beaucoup d’auteurs.
Je ne dis pas qu’il faut souffrir pour réussir, je crois juste que Rome ne s’est pas fait en un jour et qu’il en va de même pour les auteurs. Certaines plantes poussent en un jour, d’autres, les plus nombreuses, prospèrent lentement. Notre univers 2.0 ne leur est pas favorable.
La réussite passe souvent par le dépassement de barrières en apparence insurmontables. Le web 2.0 nous fait à tort croire qu’il n’y a plus de barrière. L’amateur aurait autant de chances de réussir que le professionnel.
Je suis le premier à applaudir la disparition des frontières entre les citoyens et les élites. Pour moi, chacun a le droit d’exercer ses talents dans tous les domaines mais il doit le faire avec zèle. L’amateurisme n’exclu pas la compétence. Toutes les portes sont ouvertes sur le web 2.0 mais il faut que la qualité soit récompensée. Nous devons inventer le moyen d’arracher l’ivraie du brouhaha.
Ce bouillon de culture régnant sur le net est fantastique mais il fait souvent penser à un bruit de fond aléatoire. On dirait qu’une armée de singes est en train de taper à la machine à écrire dans l’espoir de réinventer Proust. L’éternité n’y suffira pas malheureusement. Il faut que des hommes travaillent pour produire des œuvres. Et pour qu’il existe des œuvres collectives originales, il faut encore plus de travail, il faut que ce travail ne soit pas étouffé par des riens, il faut que nous apprenions à prendre notre temps, sinon nous finirons par n’apprécier que les séries TV.
Pour échapper à ce piège, les prochains services 2.0 devrons rétablir la confiance, favoriser la qualité, la véracité, les travaux profonds au profit du tout venant.
Rassurez-vous, je ne prône pas le retour des bureaux de censures, tel ceux des éditeurs ou des singes s’estiment capables de juger des auteurs. Ce n’est pas parce que quelqu’un sélectionne que c’est mieux. Personne ne dispose de la compétence de juger les autres, au mieux le temps, et à travers lui l’évolution, s’en charge plus ou moins bien.
Au présent, je crois que le cinquième pouvoir peut sélectionner, peut filtrer, mais il faut s’appuyer sur son intelligence plutôt que sur ses comportements de masse comme nous y habitue Google.
Ce n’est pas parce que tout le monde lit une news que cette news est intéressante. Tout le monde la lit parce qu’elle a été mise en avant et que tout le monde l’a cliquée faisant en sorte qu’elle reste en avant. Un livre n’est pas bon seulement parce qu’il se vent bien. Si nous ne voulons pas d’un web populiste, nous devons l’amener vers la qualité.
C’est un défi.
Une fois les bureaux de censure bannis, il nous faut réinventer une forme d’évolution en accélérée, trouver un test de postérité.
Article repiqué sur Agoravox.
9 July 2007 / 22 commentaires »
Quand on a le pouvoir, on en veut toujours plus. Irrémédiablement les entreprises comme les États se centralisent. Rome après avoir prospéré grâce à la liberté qui régnait sur ses frontières se sclérosa peu à peu. Internet ne risque-t-il pas de suivre le même chemin ?
Au début, encore aujourd’hui d’une certaine façon, le web était décentralisé. Chacun pouvait ouvrir son site à l’aide de technologies open source, HTML entre autres, et les visiteurs pouvaient passer de site en site librement.
Tous les portails qui tentèrent de garder pour eux leurs visiteurs firent banqueroute, MSN 1.0 en tête. Au contraire, on gagnait en jouant l’ouverture. Les blogs prospérèrent ainsi parce qu’ils se liaient entre eux, sans la moindre retenue. On n’avait plus peur d’envoyer des visiteurs chez les autres, on jouait le gagnant-gagnant.
Mais cet état d’esprit n’est-il pas en train de changer, parfois sous le couvert même de l’ouverture ? Quelques exemples.
- YouTube, Dailymotion, Flickr… Ne publiez plus vos contenus chez vous, publiez-les chez nous. Au profit de cette centralisation, techniquement sans grand intérêt, nous allons gagner du fric sur votre dos (et avoir la capacité de vous censurer à volonté). Pourtant il suffirait de quelques logiciels open source installés chez tous les hébergeurs, logiciels qui existent déjà, pour que tout le monde puisse conserver la maîtrise de ses contenus. Par ailleurs, la ventilation des contenus règlerait automatiquement les problèmes de bande passante.
- Second Life Plutôt que de créer un site web en 3D avec une technologie de type VRML, allez le créer sur une plate-forme propriétaire. C’est ouvert on vous dit, vous êtes libre d’y faire ce que vous voulez… oui, sauf que Second Life est le produit d’une entreprise ce que n’a jamais été le web. Avec Second Life, on vous enferme dans un univers, on vous met sous le joug d’un pouvoir central.
- Twitter N’écrivez plus sur votre blog mais sur les mini-blogs de Twitter. Mais pourquoi ne pas ajouter aux blogs existant des fonctions de twitterisation ? C’est possible, c’est simple, c’est décentralisé.
- Facebook, Dodgeball… Pourquoi aller sur ces plates-formes pour se décrire et lister ses amis ? On pourrait très bien imaginer de se décrire sur son site personnel, avec un format open source, et se linker tout simplement avec les amis qui feraient de même.
- Google Pourquoi centraliser la cartographie du web dans d’immenses datacenters qui consomment plus d’énergie que des villes de 100 000 habitants ? Encore une fois pour maîtriser l’information créée par les autres. Il y a pourtant d’autres pistes : la recherche partagée en P2P.
Je pourrais presque étendre cette liste à tous les succès du web 2.0. L’ouverture n’étant pas profitable, car les gains sont distribués, on en revient à l’hypercentralisation pour monnayer les services. Au passage, on risque de tuer internet tel que nous l’avons connu à ses débuts, on risque de tuer la liberté.
Sur ce nouveau web qui s’invente, il faut être gros ou crever. Il n’y a plus de place pour les petits sites. Certes ils peuvent toujours exister mais à quoi bon si personne ne les voit, si les usagers eux-mêmes les délaissent au profit des monstres centralisés.
Si nous voulons conserver notre liberté numérique, nous devons à tout prix favoriser la communication horizontale et éviter de nous enfermer dans des standards propriétaires.
Subsiste un espoir : les API. Au fond d’eux-mêmes, les entrepreneurs du web restent ouverts. Ils proposent d’interfacer leurs services avec d’autres services sur le modèle des mashups. Ils savent que le progrès ne passe que par un remix permanent des technologies existantes.
Malheureusement la plupart des API sont bridées. Pour les débrider, il faut négocier des accords commerciaux. Encore une fois, cette notion de l’ancien monde n’existait pas sur le web des origines. Peu à peu des verrous se mettent en place, des verrous que seuls quelques privilégiés peuvent faire sauter.
Nous sommes donc en train de célébrer internet 2.0 alors que nous assistons en fait à une régression conceptuelle. Si nous n’y prenons garde, le vieux monde avalera internet dans son giron. Il est urgent d’inventer un moyen de valoriser la décentralisation. Nous avons la technologie, il nous faut inventer le modèle économique qui va avec… et non pas tout ramener à l’ancien modèle comme le font si bien les entrepreneurs de la Silicon Valley.
8 July 2007 / 4 commentaires »
Au début internet a connecté des machines (du filaire au sans fil), puis des informations avant de connecter des hommes. Je voudrais revenir sur les deux dernières étapes.
Connexion des informations
- Liens À partir de 1992, les éditeurs de pages web ont commencé à lier leurs informations avec celles proposées par d’autres éditeurs.
- Annuaires Très vite les pages jaunes du web apparaissent, avec Yahoo notamment en 1994. Les auteurs des annuaires ne créent plus des informations mais lient entre elles des informations existantes. Ils nous aident à les retrouver. Nous entrons déjà dans l’ère du metaweb.
- Robots Plutôt que de référencer les sites manuellement comme sur les annuaires, des logiciels créent les liens. En 1995, c’est le début d’Altavista. Google se lance trois ans plus tard. Les algorithmes ont beau devenir de plus en plus complexes, s’appuyant sur des cartographies multidimensionnelles du web, ils n’apportent conceptuellement rien de plus que les annuaires (l’exhaustivité se paie par un manque de pertinence).
- Folksonomies Il faut attendre 2003 pour découvrir du neuf avec del.icio.us. Plutôt que des robots logiciels pas souvent pertinents, les utilisateurs eux-mêmes classent les sites à l’aide de tags. Nous en revenons au concept d’annuaire mais, plutôt qu’une petite équipe effectue le référencement, des milliers, voire des millions d’utilisateurs, prennent en charge ce travail. Ainsi débute l’histoire du web 2.0. Par ailleurs, les folksonomies ne reposent pas sur des bases de données hiérarchisées, ce qui était le cas de tous les annuaires. Les liens sont sémantiques sans ordre hiérarchique, tout juste si certains prennent plus de poids parce qu’ils sont activés plus souvent.
J’ai participé à cette histoire en tant qu’observateur, un peu en tant qu’acteur. En 1996, j’ai collaboré trois mois au projet Europe Online qui se voulait le premier portail européen sur le modèle Yahoo. Déjà les investisseurs jetaient des millions d’euro par les fenêtres.
Puis en 1998, j’ai créé bonWeb dans le but de référencer manuellement les meilleurs sites. Le service avait pour fonction principale de tenir à jour la base de données qui nous permettait de créer le livre correspondant. Je travaillais sur ce projet en dilettante, lui consacrant le moins de temps possible… Je me dédiais à la littérature, je n’étais pas dans la peau d’un entrepreneur.
Aujourd’hui, les choses ont évolué. Avec Le peuple des connecteurs et Le cinquième pouvoir, j’ai réussi à relier ma passion pour la technologie avec ma passion pour l’écriture. J’ai compris que nous vivions une époque de convergence où plus rien ne peut être séparé, idée que j’ai développée dans Ératosthène.
Tout en faisant évoluer bonWeb vers la folksonomie, les tags étant créés dynamiquement lorsque les utilisateurs lancent des recherches et visitent des sites, je songe maintenant à créer un nouveau service qui s’inscrirait dans l’histoire décrite ci-dessus, notamment dans sa phase 4 et pourquoi pas 5 (dont je n’ai aucune idée). Mais cette histoire est incomplète car, sur internet, à côté des informations, il y a des hommes.
Connexion des individus
- Messageries Tout commence avec les mails qui nous permirent d’entrer en relation numérique. Même si les premiers mails ont circulé dès la fin des années 1960, le mail ne se popularise qu’au début des années 1990, notamment grâce à CompuServe. En échangeant sans cesse des messages, les amis et les collègues de travail resserrent leur communauté.
- Messageries instantanées Avec ICQ en 1996, nous découvrons le chat one-to-one. Comme le mail était la version électronique du courrier, ICQ devient une sorte de téléphone par écrit. Au fil de la journée, nous pouvons discuter avec nos amis comme s’ils étaient à côté de nous. Nous ne sommes plus jamais seuls. Le SMS apporte la mobilité au chat.
- Réseaux sociaux Après le one-to-one du chat nous passons au many-to-many. Nous savons ce que font nos amis et ils savent ce que font nos amis. Nous sommes encore moins seuls. Ces services explosent en 2007 : Facebook (inscrivez-vous et connectez-vous à moi), Twitter, Dodgeball… Tous ces services connaissent un succès grandissant car, en nous connectant, ils nous aident à prendre conscience des autres, ils sont la clé-de-voûte d’une nouvelle forme de conscience. Il ne faut surtout pas croire qu’ils sont des gadgets pour adolescents.
D’un côté, nous avons donc les folksonomies, d’un autre, les réseaux sociaux. D’une certaine façon, la connexion des informations rejoint celle des hommes, l’une entraîne l’autre et vice-versa.
Si donc je crée une nouvelle société, elle devra aussi s’inscrire dans la phase 3 voire 4 de la connexion interindividuelle. Il faut trouver des services aussi simples à utiliser que Twitter. C’est un défi, c’est pas gagné mais j’ai une petite idée…
Notes
- Les blogueurs comme les journalistes citoyens d’Agoravox participent à l’étape 1 de la connexion d’informations. Ils créent des informations et les lient à d’autres informations. Comme leurs informations peuvent être commentées, les commentateurs forment peu à peu des communautés, mais très informelles par rapport à ce que nous trouvons sur Facebook.
- Les annuaires ont tenté d’imposer un ordre hiérarchique à un web qui lui est topologique. C’était une aberration. Le web ne peut être classé que par une structure de même nature que lui. D’une certaine façon, il se classe lui-même grâce à la folksonomie.
20 June 2007 / 25 commentaires »
En 2003, j’ai décidé de développer une plate-forme de blogs, bonblog.com. J’ai alors commis l’erreur de demander aux auteurs de publier chez moi. Plutôt que de leur permettre de créer chez eux leur site avec ma technologie, je voulais qu’ils viennent chez moi, m’apporter leur temps. Ce fut un échec, j’ai finis par transformer bonblog.com en un annuaire de flux (j’en reparlerai car je travaille à une nouvelle version plus sexy).
Tous les services qui ont cherché à centraliser l’expérience utilisateurs se sont plus ou moins plantés sur le web, en tout cas ils n’ont pas connu une croissance exponentielle.
- Compuserve et toutes les solutions de navigation propriétaires ont périclité parce qu’elles ne permettaient d’accéder qu’à des sites compatibles. Le web n’est pas un centre commercial où on enferme les clients dans un espace délimité par des caisses enregistreuses.
- Les portails comme Spray à la fin des années 1990 ont fait banqueroute parce qu’ils ont voulu garder les internautes chez eux pour accroître leur revenu publicitaire. Google comprit qu’il valait mieux être un point de passage.
- OhmyNews, le journal qui inventa le journalisme citoyen en 2000, piétine car il demande aux auteurs de venir publier chez lui, puis il sélectionne les articles grâce à un comité éditorial. OhmyNews souffre de la concurrence des blogs et des auteurs indépendants. La version internationale n’a jamais décollé. Les clones étrangers n’ont jamais connu le même succès. Les versions électroniques des médias traditionnels, reposant sur un modèle encore plus centralisé, ne tirent leur épingle du jeu qu’à cause de leur lectorat traditionnel. Ils cherchent d’ailleurs à se décentraliser en ouvrant des plates-formes de blogs maison.
En revanche, la décentralisation est gage de succès.
- Google laisse les éditeurs créer leurs sites où ils le souhaitent sur le web et il nous aide à les trouver. Google dispose d’une base de données centrale mais pour nous aider à partir ailleurs le plus vite possible.
- eBay propose une salle d’enchères centralisée mais pour que les vendeurs et les acheteurs fassent leurs affaires entre eux, beaucoup créant d’ailleurs des sites pour faire la promotion de leurs produits. La plate-forme est centralisée mais les utilisateurs en font ce qu’ils veulent.
- MySpace et de nombreuses plates-formes de blogs comme WordPress laissent carte-blanche aux utilisateurs qui créent leur contenu et l’exploitent à leur façon. Le service central offre la technologie et renforce la communauté en créant des liens transversaux.
- Flickr, Youtube, Daillymotion… centralisent les vidéos ou les images mais proposent à tous les blogueurs de les repiquer et de les publier sur leur propre site. L’audience sur les sites parents n’a pas beaucoup d’importance. Par ailleurs, tous ces sites sont ouverts aux mashup… mon préféré moo.com.
- Amazon décentralise en offrant aux lecteurs la possibilité de noter les produits, de les commenter, de créer des listes de produits favoris… c’est une façon de décentraliser l’expérience utilisateur dans un business a priori centralisé. Il est même maintenant possible de créer des boutiques concurrentes d’Amazon avec Amazon.
La voie du succès sur le web est donc de donner aux utilisateurs des outils pour faire ce qu’ils souhaitent… peut-être même ce dont ils rêvent. Il ne faut pas les enfermer dans un cadre mais laisser toutes les portes ouvertes.
Par exemple, Flickr n’a pas proposé de classer les photos dans des catégories préétablies mais a inventé le système des tags. Chaque nouveau tag devenait un nouvel album. Les utilisateurs devenaient les maîtres du jeu.
Certaines technologies P2P comme eMule vont beaucoup plus loin en décentralisant totalement l’expérience utilisateur au point qu’il n’existe plus rien de centralisé. Nous ne savons même pas qui développe eMule !
Quand la décentralisation atteint ce stade, elle échappe au modèle capitaliste car l’entrepreneur n’a plus aucun moyen de gagner de l’argent. Les services web à succès s’efforcent donc de décentraliser au maximum l’expérience utilisateur tout en conservant un point central de circulation grâce auquel ils peuvent monnayer leur service.
Pour réussir sur le web, il faut maximiser la décentralisation jusqu’à frôler la rupture. Dans un face-à-face, la solution la plus décentralisée l’emporte car elle offre plus de possibilités en libérant la créativité des utilisateurs.
La décentralisation jusqu’au point de rupture restera prédominante tant que des solutions totalement décentralisées ne trouveront pas un chemin vers la rentabilité. C’est sans doute seulement à ce moment que nous renonceront à la centralisation trop souvent inefficace.
14 June 2007 / 16 commentaires »
Depuis son installation fin 2000, ma chaudière à gaz donnait des signes de faiblesse. En janvier, elle m’a lâché. J’ai installé un cumulus pour l’eau chaude, j’ai fait quelques feux dans la cheminée, ajouté des chauffages d’appoint et nous avons passé l’hiver.
Il est maintenant temps d’installer le solaire. J’étudie la question depuis un an et j’ai pas mal tourné en rond. Notre cahier des charges : nous couper le plus possible des énergies fossiles. Nous voulons renoncer au gaz mais nous n’avons rien contre l’électricité.
Même si ma position sur le nucléaire est ambigüe, je suis obligé de constater que, en France, l’électricité est une énergie propre, soit nucléaire, soit hydraulique. Par ailleurs, les panneaux photovoltaïques progressent beaucoup en ce moment, sans parler des micro-éoliennes. L’électricité propre devrait devenir de plus en plus abondante.
Partant de-là, je croyais qu’il existait une solution écologiquement compatible. Vous allez voir que ce n’est pas gagné. Pourtant ma maison ne pose pas de difficultés particulières :
- Elle est située dans le midi au bord de l’étang de Thau.
- Elle est orientée plein sud, super isolée, avec des grandes baies vitrée.
- Il y a sur le toit de la place pour 16 m2 de panneaux.
- La surface habitable de 200 m2 est pourvue d’un chauffage au sol.
- Nous sommes quatre (je ne suis pas encore habitué à ce chiffre).
- Nous payons 1200 euros/ans de gaz.
J’ai alors consulté trois professionnels, puis en désespoir de cause un parent qui travaille dans le domaine. Tous proposent la même solution.
Une centrale solaire fabrique de l’eau chaude grâce à des panneaux. Plus il y a de panneaux et plus le ballon de stockage de l’eau est grand, plus on s’autonomise.
Toutes les centrales peuvent produire l’eau chaude sanitaire. Certaines, appelées Combiné, peuvent servir d’appoint à un chauffage. Dans le midi, ont peut produire 80% de l’eau sanitaire et 40% du chauffage. Pour compléter, il faut une centrale traditionnelle.
Voici les solutions proposées.
- Combiné Viessmann (750 litres) avec 6 m2 de panneaux sous vide : 15 000 euro. Chaudière à granulés de bois en appoint (consommation estimée à 3 tonnes de granulés/ans) : 15 000 euro.
- Combiné Giordano (1400 litres) avec 12 m2 de panneaux : 18 000 euros. Pompe à chaleur air : 12 000 euros.
- Chauffe-eau solaire Frisquet (400 litres) avec 6 m2 de panneaux sous vide : 10 000 euros. Pompe à chaleur air : 12 000 euros
Et maintenant mes critiques…
- La première solution utilise une source d’énergie renouvelable, le bois, en complément. Malheureusement l’approvisionnement en granulés est cher (230 euros la tonne), il faut des camions, donc relâcher du CO2 sur les routes. Par ailleurs, la combustion du bois dégage aussi du CO2. Certes il pourra être refixé par la photosynthèse mais pas immédiatement. Comme les problèmes climatiques semblent nous pendre au nez, brûler du bois est juste moins pire que brûler des énergies fossiles. Ça paraît plus écolo mais c’est tout aussi nocif s’il nous reste peu de temps pour agir (ok… le bois en pourrissant dégage aussi du CO2).
- La seconde solution, avec son énorme ballon et ses grands panneaux (mais pas sous vides donc -20% d’efficacité), utilise le solaire à plein régime. Une pompe à chaleur électrique fournit le chauffage complémentaire. Deux problèmes. En été, les panneaux continuent de produire de l’eau chaude en grande quantité. À un moment donné, on ne sait plus trop quoi en faire. Pour refroidir l’installation, on peut chauffer une piscine mais, vivant au bord de l’eau, je n’ai pas de piscine. L’installateur me garantit qu’il n’a jamais eu de problème mais mon conseiller familial est sceptique. Tout comme une centrale à granulés bois, la pompe à chaleur est dans ce cas une énergie d’appoint de luxe.
- La troisième solution me paraît la plus rationnelle. Pourquoi combiner deux sources d’énergie alternative. Une pompe à chaleur peut très bien s’occuper de 100% du chauffage, enclenchant éventuellement ses résistances par grand froid (entre couvrir 60% et 100% du chauffage avec la pompe n’entraîne qu’un petit surcout). En revanche, il est logique de fabriquer l’eau chaude avec le solaire car le rendement est très bon.
Toutes ces considérations sont bien belles mais s’écroulent quand je regarde les chiffres. D’un point de vue économique, je n’ai aucun intérêt de passer au solaire. En tenant compte des détaxes, la solution 3 me coûte moins que le gaz au bout de 15 ans. À ce moment, l’installation sera-t-elle toujours opérationnelle. Oui en théorie seulement.
Bien sûr je pense que le gaz va augmenter durant les 15 prochaines années. Mais rien ne prouve que l’électricité ne suivra pas la même tendance.
Si j’étais rationnel, je réinstallerai le gaz. Mais non, je vais faire un effort, je vais opter pour la troisième solution, à moins que l’un de vous ne me montre que j’ai tout faux.
Je trouve par ailleurs cette histoire de détaxe très dangereuse. Dans nos calculs nous ne devrions pas les prendre en compte. En effet, si on installe le solaire comme moi pour des raisons écologiques, les coûts réels ont une implication écologique.
Si je dois travailler comme un fou pour payer ma centrale, je dépense de l’énergie, donc je pollue. Je suis loin d’être persuadé que le bilan écologique puisse être positif.
Par ailleurs, si les centrales solaires coûtent réellement aussi cher à fabriquer, c’est que leur fabrication consomme aussi beaucoup d’énergie. Ces énergies consommées de part et d’autres compensent-elles les gains très faibles obtenus après plus de vingt ans ?
J’ai tendance à dire que non à moins que les constructeurs ne se goinfrent sur notre dos, et sur celui de la planète. En fait, j’en arrive à cette conclusion. Quelques petits malins font des dérèglements climatiques leur business. Il faut se méfier de ceux qui, au premier abord, paraissent les plus propres sur eux.
26 May 2007 / 38 commentaires »
Ces derniers jours plusieurs blogueurs m’ont demandé comment booster le trafic de leur blog. Cette préoccupation est légitime, même vitale. La blogosphère doit réussir à attirer de plus en plus de lecteurs si elle veut, sur internet, créer un espace concurrent des sites des médias officiels, donc faire passer d’autres informations et surtout d’autres idées.
Tout d’abord suis-je bien placé pour répondre à cette question ? Mon blog reçoit en moyenne 1 500 visiteurs par jours pendant que Page 2007 en reçoit 4 000 et que Loïc Le Meur en reçoit 7 000.
Ces chiffres ne me sont pas favorables. D’un autre côté, j’édite bonweb.com qui lui reçoit plus de 200 000 visiteurs quotidiens, dans une certaine mesure je sais donc comment attirer les visiteurs. Parfois je me dis que je vais créer un second blog juste pour montrer comment générer du trafic, mais je crois qu’il y a des choses plus importantes à faire.
En attendant, voici quelques conseils qui ont fait leurs preuves pour booster le trafic d’un site.
- Écrire des billets en anglais, au moins de temps en temps, ce que fait Loïc par exemple. Vous augmentez ainsi la probabilité que des gens débarquent chez vous via les moteurs de recherche.
- Écrire des billets en rapport direct avec l’actualité et en veillant à ce que les mots les plus souvent tapés dans les moteurs soient présents dans le titre des billets. Page2007 a ainsi reçu durant la présidentielle jusqu’à 20 000 visiteurs par jour.
Un blog comme le mien, plutôt pointu, dédié à la réflexion, a peu de chance de récolter des lecteurs, sinon en se faisant peu à peu une réputation. Si je voulais augmenter mon trafic, il me faudrait parler en ce moment du nouveau gouvernement ou des suicides des jeunes filles corses.
- Écrire beaucoup de billets, plusieurs par jour, voire une dizaine comme le fait souvent Page2007. Plus vous avez de billets, plus vous avez de nouveaux billets, plus vous avez de pages référencées dans les moteurs, donc plus vous avez de chance d’être trouvé.
Mieux vaut écrire beaucoup de brèves avec les bons mots clés que peu avec des textes longs et bien pensés.
- Après, il faut bien sûr appartenir à un réseau de blogs, c’est-à-dire être souvent cité par d’autres blogueurs pour augmenter le page rank de vos pages. Là, pas de secret, il faut écrire des trucs qui font réagir.
- Il existe enfin une ribambelle de petits détails techniques que gèrent plus ou moins bien les outils de blogs, mais ils permettent avant tout d’optimiser une fois qu’on s’est fait son trou. De mon côté, je n’ai jamais pris la peine d’optimiser mon blog.
À part ça, il n’y a aucune recette miracle. Créer un blog bestseller est aussi difficile qu’écrire un bestseller. Si la recette était aussi simple, tout le monde en écrirait, moi le premier.
Je crois que chacun doit écrire ce qui lui paraît important. Il verra bien alors s’il se trouve un public. Mais n’oublions pas que l’influence n’est pas directement liée à l’audience comme je l’ai souvent dit, notamment dans Le cinquième pouvoir.
Désolé ! Il n’y a pas de recette miracle.
13 May 2007 / 35 commentaires »
C’est aussi parce que je suis un fou de nouvelles technologies que je suis contre le nucléaire tout autant que le moteur à explosion (je sais je roule avec une voiture de 200 cv turbo – chacun ses contradictions).
Je suis tombé hier sur des chiffres très intéressants.
- Coût de l’électricité produite à partir du gaz : 4 c/kwh.
- Coût de l’électricité produite à partir du nucléaire : 7 c/kwh (coût qui n’intègre évidemment pas la prise en charge de l’héritage des centrales).
- Coût de l’électricité produite à partir des centrales solaires CSP : 15 c/kwh. CSP pour Concentrated Solar Power, c’est-à-dire les centrales qui focalisent les rayons du soleil pour faire chauffer un fluide. En Californie, 9 centrales CSP alimentent 350 000 personnes.
- D’ici 10 ans, le coût de l’électricité CSP devrait être divisé par deux.
- D’ici 20 ans, tomber à 5 c/kwh.
- 39 000 km2 de CSP pourraient produire 50 % de l’électricité américaine.
- En gros 4 000 km2 pourraient produire 50 % de l’électricité française. Je vois déjà les centrales installées sur le Larzac, qui devient dès lors le centre de l’activité économique française.
Pour résumer. Le jour où les centrales nucléaires en cours de programmation seront opérationnelles, les centrales CSP produiront une énergie propre pour moins cher (elles peuvent produire la nuit grâce aux fluides chauffés le jour).
Ces centrales ne seront sans doute pas installées en Europe, mais dans les zones désertiques, les mêmes qui produisent aujourd’hui souvent du pétrole. Ainsi l’Afrique du Nord produira notre électricité à moindre coût dans les années qui arrivent.
Les investisseurs viennent de comprendre l’intérêt du CSP et l’argent commence à arriver. Le nucléaire est mort parce que, en tant que vieille technologie, il ne constitue pas un bon investissement.
14 September 2006 / 11 commentaires »
Les physiciens se trouvent aujourd’hui face à un mur. Depuis plus de cinquante ans, ils tentent d’unifier leurs deux grandes théories : la relativité d’Einstein et la mécanique quantique pour l’instant encore incompatibles. La théorie des super-cordes est une solution possible mais, depuis le temps qu’elle fait gloser, beaucoup de physiciens ont tendance à croire qu’elle ne mènera à rien (en fait elle peut décrire tous les univers possibles ce qui est un peu trop). Alors ils imaginent d’autres approches.
L’une me séduit particulièrement : la LQG. Elle signe l’entrée de la pensée réseau en physique théorique. Pour la LQG, la matière n’est pas faite de minuscules entités (particules ou cordes qui baignent dans des champs quantiques) mais elle émerge d’un réseau de liens abstraits dessinés entre de minuscules volumes. Il n’y aurait donc pas de constituant ultime de la matière, la matière serait un réseau, les particules les liens entre les nœuds de ce réseau. Tout dans l’univers ne ferait que résulter de la façon dont l’espace-temps se plie et se replie sur lui-même.
Tout le monde accepte aujourd’hui l’idée que l’informatique a changé notre façon de travailler. Mais elle change aussi notre façon de voir le monde. Parce qu’elle nous aide à mieux le décrire, à mieux le comprendre grâce aux simulations, à mieux le penser. Sans l’informatique, la pensée réseau n’aurait sans doute jamais vu le jour. Et je crois que cette façon de penser, adaptée à la complexité du monde, va devenir la clé de voûte de notre civilisation, en tout cas si nous voulons éviter les pièges qui se présentent à elle.
Alors après avoir changé notre façon de travailler et notre façon de penser, l’informatique changera notre façon de vivre ensemble, elle changera la politique à tout jamais.
PS : Si notre monde ressemble à une matrice comme le suggère Stephan Wolfram, alors il ne serait pas étonnant de découvrir des théories physiques incompatibles. Elles correspondraient chacune à des programmes différents travaillant en parallèle.
3 September 2006 / 4 commentaires »
Je viens de lire l’interview de Susan Blackmore publié sur NextModernity. Elle y discute des développements de la théorie des mèmes imaginée par Richard Dawkins durant les années 1970. Pour Dawkins, les mèmes sont le pendant culturel des gènes. Comme eux, ils chercheraient à maximiser leur chance de survie.
Si cette théorie est vraie, nous serions des machines à propager les mèmes autant que les gènes. En quelque sorte, ils nous manipuleraient, au moins partiellement.
Je suis assez d’accord avec cette idée. Dans leur course à la survie, les mèmes ne peuvent que nous entraîner à doper nos capacités cognitives ; cas si nous avons une meilleure mémoire, si nous pouvons traiter plus d’information, si nous vivons plus longtemps, nous devenons de meilleurs vecteurs de mèmes.
Cette hypothèse nous conduit inévitablement vers le transhumanisme, dont en France Rémi Sussan semble un des défenseurs. Je viens d’acheter son livre, je ne l’ai pas encore lu.
7 August 2006 / 6 commentaires »
Les gens avec un rythme cardiaque irrégulier ont plus de chances d’avoir un problème cardiaque. Dans les années 1980, le bon sens dicta aux médecins d’administrer un traitement pour réguler le rythme cardiaque de tous les arythmiques. Résultat : la mortalité a été multipliée par deux, voire par trois, pour ceux qui ont une arythmie faible ! Le bon sens n’est pas toujours fiable. Il nous dit d’ailleurs que la Terre est plate !
Nous aurions dû nous méfier de lui, mais non, nous lui faisons toujours confiance, comme quand nous nous croyons capables d’anticiper l’avenir. Ces dernières semaines, j’ai lu plusieurs articles qui questionnent le bon sens écologique. Et qui nous montrent combien nous devons être prudents avant d’adopter de nouvelles technologies.
Les éoliennes
Il nous paraît évident qu’elles permettent la production d’énergie propre ; peu importe leur bilan économique. Le bon sens dicte de construire de plus en plus d’éoliennes même si elles gâchent les paysages et massacrent souvent dans leurs pales les oiseaux de passage. Ce risque est connu, il vaut la peine d’être pris. J’ai toujours été de cet avis. En 2005, la production mondiale d’énergie éolienne a augmenté de 43 % pour atteindre 60 000 mégawatts, 12 fois la consommation énergétique de l’Irlande.

Mais faut-il se fier au bon sens avant de prendre une décision ? Quel est le coût réel d’un champ d’éoliennes ? Combien de CO2 sera dégagé lors de la construction de l’infrastructure, combien lors de la fabrication des éoliennes ? Toutes les pollutions ne doivent-elles pas être comptabilisées ?
Quand on construit un champ d’éoliennes, on cherche des endroits peu peuplés, par exemple dans les tourbières en Irlande. Le coût de l’infrastructure est alors toujours élevé, les travaux sources d’important dégagement en CO2 et autres gaz à effet de serre. Et ils perturbent l’environnement. Suivant les calculs les plus pessimistes de Richard Lindsay, il faut alors 16 ans pour qu’une éolienne, qui a une durée de vie de 25 ans, annule la pollution que sa construction a engendrée !
Face à la complexité, le bon sens défaille. Il oublie de tenir compte de toutes les implications. Il ne peut d’ailleurs y parvenir. Que faut-il faire alors ? Plutôt que construire d’immenses champs d’éoliennes, il est sans doute préférable d’opter pour la micro-génération suggère Richard Lindsay. Plutôt que se lancer dans des projets géants impossibles à maîtriser, il vaut mieux que chacun de nous place une petite turbine sur son toit. C’est un bel exemple qui devrait nous pousser à agir par nous même, localement.
Les arbres
Un autre article, aussi publié dans NewScientist, m’a interpelé. Le bon sens nous incite à planter des arbres pour lutter contre la pollution. Du coup, le traité de Kyoto propose aux pays incapables de réduire leurs émissions d’avoir la main verte.
Est-ce vraiment une bonne idée ? Une étude vient de révéler que les feuillages dégagent du méthane, un des gaz à effet de serre les plus nocifs. Les experts ne sont pas encore arrivés à un accord sur les volumes mais le dégagement est avéré.
Le bon sens est encore une fois mis en question. Les solutions les plus évidentes ne sont pas nécessairement les meilleures. Plutôt que se lancer dans de vastes projets pour réduire les gaz à effet de serre, projet dont personne ne peut maîtriser les tenants et les aboutissements, n’est-il pas préférable d’attaquer le problème à la source, là où se produisent les pollutions, c’est-à-dire chez nous ?
Il est un peu facile de polluer d’un côté et de planter des arbres d’un autre en croyant qu’on règle le problème. Les pollutions doivent être évitées à tout prix. Il n’y a pas de compensations possibles.
PS1 : Ai-je dit que les éoliennes étaient une mauvaise chose ? Je n’ai pas dit non plus que leur rendement était plus mauvais que celui du pétrole ou du nucléaire. J’ai juste insisté sur la nécessité de prendre en compte tous les coûts avant se lancer tête baissée. Si on ne fait pas ça, le nucléaire est la panacée d’ailleurs. Richard Lindsay met juste en garde sur le développement sauvage des champs d’éoliennes, voir l’article de la BBC. Il y a aussi des risques environnementaux avec les énergies dites propres. Et les statistiques ne nous aident en rien dans cette histoire. Que les probabilités soient favorables ne nous empêche pas de nous engager dans des voies catastrophiques. Les probabilités ne nous aident pas à prévoir l’avenir, ni même à estimer les avenirs possibles. Ce servir d’elles pour agir est suicidaire, surtout à l’échelle globale.
PS2 : Pour le méthane, l’article dont je parle évoque une première étude qui indique une production pour les végétaux entre 62 et 236 millions de tonnes par ans, donc un volume du même ordre que celui produit par les ruminants et l’activité microbienne. Cette étude n’est pas confirmée.
PS3 : Je reste toujours persuadé que l’éolien est une vraie solution. Mais sans doute est-il préférable de le déployer de façon distribué plutôt que de façon concentré comme c’est le cas aujourd’hui.
PS4 : J’ai pensé à un autre article NewScientist où il est question de la micro-génération énergétique. Elle produit déjà plus que le nucléaire ! Et elle prouve que la production décentralisée est la véritable solution. Ça renforce mon idée que l’approche locale doit souvent être privilégiée.