Archive : Science et techno

Cerveaux humains disponibles

3 Monday July 2006

Suite à mon article Esclavage 2.0 aussi publié sur Agoravox, je suis tombé sur un article de Wired intitulé The Rise of Crowdsourcing, article résumé en français sur Internet Actu.

Le crowdsourcing, c’est l’utilisation de la puissance productive des internautes. Dans Wired, Jeff Howe écrit :

Comme le projet SETI exploite la puissance de calcul inemployée de millions d’ordinateurs, les réseaux de travail distribués exploitent au travers d’internet la puissance de calcul inemployée de millions de cerveaux humains.

Cette déclaration m’a fait penser à celle de Patrick Le Lay, PDG de TF1 :

À la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont vocation de le rendre disponible. C’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du cerveau humain disponible.

D’un côté, TF1 veut rendre les cerveaux disponibles pour leur vendre les salades des annonceurs ; de l’autre, les sites collaboratifs utilisent cette disponibilité pour créer quelque chose de neuf. Nous nous retrouvons face à deux mondes antagonistes : celui du consommateur passif face à celui de l’internaute actif. En politique, ça se traduit par un autre antagonisme : la démocratie représentative face à la démocratie participative.

Le crowdsourcing fonctionne déjà très bien. Il est à l’origine du web, de l’open source, de Wikipedia, d’Agoravox… Les sites commerciaux l’exploitent plus ou moins abondamment, de façon plus ou moins transparente.

Deviendra-t-il la norme, tout comme démocratie participative ? À force de participer sur le web, les gens finiront bien par se demander pourquoi on les empêche de participer à la vie politique.

Beaucoup de gens ne sont évidemment pas d’accord avec cette idée. Parmi eux, les privilégiés qui ont déjà le droit de participer : les experts notamment.

Exemple, développé dans Wired d’ailleurs : un photographe professionnel se plaint que ses clients préfèrent de plus en plus des photos d’amateur distribuées quasi gratuitement sur les sites collaboratif comme iStockPhoto. Quel est le problème ? Les clients sont-ils stupides ? Non. Pourquoi payeraient-ils cher ce qui est disponible pour presque rien ? Et puis qui a décidé que le professionnel était meilleur qu’un amateur ? N’est-ce pas les clients ? S’ils se détournent du professionnel, c’est qu’il n’est plus à la hauteur, en tout cas par rapport l’attente des clients.

La question est alors de savoir comment les amateurs survivent ? Imaginons qu’un photographe amateur soit un peintre en bâtiment. Que se passera-t-il quand des peintres amateurs casseront les prix des travaux de peinture ? Toute l’économie ne s’écroulera-t-elle pas comme un jeu de dominos ? Je ne le crois pas. Nous sommes presque tous des peintres amateurs et il y a toujours des peintres professionnels.

Le problème des photographes professionnels est celui de l’offre et de la demande. Les photos de qualité étaient rares et chères, et, en plus, elles étaient difficiles à trouver. Aujourd’hui, faire des photos est plus facile que jamais et, en plus, il est facile de les diffuser, donc de les soumettre à la critique. Du coup, le marché de la photographie s’ouvre peu à peu. Il ne se partage plus entre une poignée de photographes professionnels qui gagnent beaucoup d’argent mais entre des millions d’amateurs qui gagnent peu d’argent. Au final, le monde de la photo est devenu plus démocratique.

Une nouvelle question surgit toutefois : la somme d’argent dépensée par les clients est-elle restée la même ? Comme je n’ai aucun chiffre, je ne peux que faire des conjectures. Le chiffre d’affaires des banques d’images a peut-être baissé mais celui des banques collaboratives s’est accru : +14 % par mois pour iStockPhoto. Si chacun des clients dépensent moins, il y a en revanche de plus en plus de clients, à commencer par les sites web qui ne peuvent pas toujours s’appuyer sur des images libres de droit.

Nous assistons simplement à une redistribution des cartes. Est-ce dramatique ? Pour les photographes professionnels oui, sans doute, mais pas pour les photographes amateurs qui estiment que leur photos ont un intérêt.

Cette histoire, qui aurait pu être illustrée par d’autres exemples, montre que les experts sont une espèce en voie d’extinction. En tout cas les experts arrogants. Nous allons tous nous retrouver en situation de plus grande compétition. Aucun titre, aucun privilège, ne nous confèrera une autorité indéfectible. La révolution française n’a été qu’une étape dans vers la fin des privilèges. Le web fait un pas plus loin.

Je ne dis pas qu’il supprimera tous les privilèges. Il en crée même d’autres. Mais je crois qu’il diminuera leur nombre et nous conduira vers une société plus juste, ce qui ne veut pas dire idéale.

PS : Internet est une démocratie participative. Les décisions se prennent au niveau local entre quelques individus, puis elles remontent quand d’autres individus les adoptent. C’est cela que j’appelle la démocratie participative, ce n’est pas un système où tout le monde donne son avis en même temps.

Esclavage 2.0

19 Monday June 2006

Nous faisons-nous abuser par tous les sites qui nous demandent de participer à leur élaboration, de Flickr jusqu’à Agoravox ? Un lecteur m’a interpelé à ce sujet suite à un article du Monde sur le web 2.0. L’auteur y reprend une idée en vogue, résumée notamment par Karl Dubost sur son blog.

Je crois qu’il ne faut pas être dupe. Le tout gratuit sur internet a conduit à l’explosion de la bulle en 2000. Si la plupart des sites sont restés gratuits, ils ont dû trouver de nouvelles méthodes de financement. L’une d’elle est d’utiliser l’internaute comme force productive.

Mais nous ne sommes pas des esclaves : personne ne nous oblige à collaborer, personne ne nous oblige à publier nos photos sur Flickr ou nos articles sur Agoravox. Nous ne le faisons que quand nous y trouvons un intérêt, celui de partager, celui d’échanger, celui de nous faire connaître.

Si les Arctic Monkeys n’avaient pas partagé leur musique personne ne les aurait jamais connus. Quand je publie un article sur Agoravox, je bénéficie d’un peu de pub. J’offre quelque chose, je reçois autre chose. Tout le monde y trouve son compte.

Que les sites collaboratifs gagnent de l’argent sur notre dos, c’est la règle du jeu. D’un côté, ils nous offrent gratuitement une plate-forme ; de l’autre, ils se débrouillent pour la rentabiliser. C’est du donnant-donnant. Dans cette affaire, personne n’est contraint de donner. Il nous reste toujours la possibilité de créer notre propre site. Mais cette approche est périlleuse car il est difficile d’attirer les internautes. Publier un article sur Agoravox nous offre tout de suite des centaines de lecteurs dont le recrutement coûte beaucoup d’argent. Agoravox nous fait ce cadeau, nous lui en faisons un autre. Nous sommes partenaires dans un business.

C’est la même chose quand Google pique sur nos sites des bouts de phrases pour nous faire apparaître dans sa liste de résultats. Tout d’abord, nous ne sommes pas obligés de donner et nous pouvons décider de ne pas être référencé (méta-tags, fichiers robot.txt…). En revanche, si nous acceptons le référencement, nous devenons partenaire d’un business tout simple : en échange de nos textes, Google nous envoie des visiteurs.

Vouloir faire payer Google pour ce service est absurde. Un nouveau client coûte plusieurs dizaines d’euros. Google nous offre souvent plus que nous ne lui offrons. Le système fonctionne pour cette raison. Si nous sommes persuadés que ce que nous offrons vaut plus que ce que Google nous offre, nous devons rompre le contrat, c’est-à-dire nous déréférencer. Après, il nous reste à faire les comptes pour voir ce que nous perdons vraiment.

De toute façon, nous n’en sommes qu’aux premiers stades des sites collaboratifs. À l’avenir, les collaborateurs seront aussi rémunérés. Des initiatives de ce genre voient le jour, zlio.com par exemple. La concurrence est ouverte, les sites collaboratifs qui nous offriront le plus de bénéfices seront les vainqueurs. Je n’appelle pas ça de l’esclavage.

En fait, il y a des sites qui abusent de nous sans nous le dire, c’est plus pernicieux : Amazon par exemple. Nos choix de livres sont automatiquement analysés puis resservis à d’autres consommateurs. Quand Amazon nous offre le port, c’est une façon de rémunérer notre travail, mais sans le dire. Encore une fois, c’est du donnant-donnant. Et nous avons encore le choix d’acheter nos livres dans une librairie. Non, nous ne sommes pas des esclaves.

La vraie question n’est pas la pertinence des sites collaboratifs mais plutôt la modalité du partage des revenus. Si le site gagne beaucoup plus que ses collaborateurs, il y a un problème évident. Là, on nous prend vraiment pour des philanthropes. Un site collaboratif coté en Bourse aura tendance à maximiser ses bénéfices. Pour cela, il réduira les revenus de ses partenaires, c’est-à-dire nous. D’une certaine façon, c’est la logique capitaliste.

Mais cette logique va-t-elle perdurer ? Si le site collaboratif veut attirer des investisseurs, s’il veut éviter de se faire avaler par un concurrent, il doit jouer le jeu capitaliste. En revanche, cette stratégie braquera les collaborateurs qui risquent de se détourner vers un concurrent moins gourmand et qui offre plus d’avantages. Logiquement, les sites les plus équitables devraient donc se développer au profit des plus gourmands, ce qui laisse présager l’apparition d’une nouvelle économie post-capitaliste.

Les sites collaboratifs préfigurent la société de demain. Une société qui parie sur le gagnant-gagnant et non sur le gagnant-perdant comme la société capitaliste.

PS1 : La gratuité d’internet est une illusion. Maintenir internet en vie, ça coûte. Mais internet peut vivre sans que quelques uns se sucrent sur le dos de tous les autres. C’est à nous de construire cet internet équitable.

PS2 : Dans la vie, il y a des gens libres, d’autres pas. Sur internet, c’est pareil. Nous devons apprendre à être libre et surtout l’apprendre à nos enfants. La liberté se gagne, on ne nous la donne pas.

PS3 : Pour me faire connaître, j’ai plusieurs possibilités. Rien ne m’oblige à publier sur Agoravox. Je pourrais me payer de la pub à la TV si j’en avais les moyens, je pourrais distribuer des tracs dans la rue, je pourrais brancher les gens en terrasse de café. Je peux aussi décider d’écrire dans mon coin et de ne rien donner à lire à personne : je le souvent. Quand je publie un texte, je me moque que Google en pique des bouts. Google m’aide en faisant ça. Pourquoi voulez-vous que je me plaigne ? Google gagne plus que moi. Mais je trouve l’échange juste. Avec mon seul texte, Google ne gagne pas grand chose.

Cacophonie

4 Sunday June 2006

La publication de mon article au sujet de la singularité sur Agoravox a suscité pas mal de commentaires qui m’ont fait me poser pas mal de questions, me laissant plutôt pessimiste, ce qui contraste avec le ton de mon article.

Je me demande à quoi bon toutes nos vociférations. Cette pensée me traverse souvent depuis quelques temps lorsque je surfe sur la blogosphère. L’article publié en même temps que le mien chez Nicolas Voisin me montre que je ne suis pas le seul à m’interroger.

Ne sommes-nous pas tous en train de perdre beaucoup de temps ? Ne ferions-nous pas mieux de nous installer en terrasse de café et de rêvasser plutôt que de poster des commentaires sur les blogs ? Chacun y va de son avis, de sa petite poussée existentielle, moi le premier, mais je ne suis pas sûr que nos idées changent pour autant. Au final presque tout le monde reste sur sa position. Le bilan me paraît totalement nul.

Je tombe souvent sur des post intéressants, parfois passionnants, mais, à leur suite, la série de leurs commentaires s’apparente plus à un brouhaha qu’à un véritable débat. Nous nous dispersons, nous perdons le focus du post initial, ça fait très TV réalité. Entre celui qui veut faire de l’humour, celui qui ramène tout à lui, celui qui, coûte que coûte, veux dire un truc même si ça n’a aucun rapport avec le sujet, nous n’aboutissons à rien. Même sur les forums techos, je découvre des dérives de ce genre, heureusement moins fréquentes car il s’agit le plus souvent de répondre à des questions claires.

À quoi bon dire, moi Thierry Crouzet ne suis pas d’accord avec vous. Ça n’a aucun intérêt. Tout le monde s’en fiche. Dans un commentaire, je peux relever une erreur, ajouter une information, démontrer une faute de raisonnement, mais pourquoi devrais-je donner mon opinion ? Si j’ai envie de m’exprimer, je dois le faire sur mon blog, dans mon espace personnel et ne pas parasiter celui des autres. Le trackback a été inventé pour ça et trop peu de gens l’utilisent. Un trackback est une connexion, un lien durable entre deux articles, alors qu’un commentaire n’engage pas vraiment son auteur, il ne le suit pas à vie.

Nous autres humains ne savons pas discuter par écrit. Même les échanges épistolaires d’hommes célèbres montrent souvent de l’incompréhension. Je pense à ceux entre Newton et Leibnitz par exemple. Je crois qu’une conversation réelle ne peut se jouer que face à face. Le non-dit dans ce que nous disons est fondamental.

La bande-passante de l’écrit est peut-être trop limitée pour un dialogue. L’écrit permet d’exprimer un point de vue, pas d’en confronter, surtout pas d’en confronter des dizaines. Si c’est le cas, les projets de média citoyen du type d’Agoravox auront du mal à dépasser le cercle d’une communauté d’initiés. Ils joueront le même rôle que le Speaker’s Corner de Hyde Park, ils ne changeront pas la face du monde. Heureusement, la technologie existe déjà pour qu’ils tirent leur épingle du jeu. Ils doivent initier leurs internautes à l’usage intensif du trackback, essence à mes yeux du web 2.0.

Un trackback parle mieux qu’un commentaire parce qu’il est émis depuis le site de son auteur, comme une parole qui sort de sa bouche. Grâce à tous les autres posts qui l’entourent, il exprime des choses que le seul trackback lui-même ne dit pas. Le trackback augmente la bande-passante de l’écrit, il la multiplie. Et comme nous nous engageons lors d’un trackback, nous prêtons aussi plus attention à ce que nous écrivons. Les trackbacks nous collent à la peau.

En comparaison, les commentaires nous virtualisent, ils nous désincarnent, nous laissent dire n’importe quoi car ils ne nous coûtent jamais. Indiquer l’adresse de notre site en signature d’un commentaire ne me paraît pas un signe d’engament assez fort, car le fameux commentaire n’est pas publié chez nous. Comme il pointe vers chez nous mais que nous ne pointons pas vers lui, il flotte perdu dans la blogosphère, il n’a aucun poids.

Je ne suis pas en train de dire que la connexion ne sert à rien, au contraire, elle doit être une connexion réciproque, elle doit être une rencontre, elle doit se prolonger hors de la médiation de nos écrans. Nous devons redonner de la vie au café, animer les terrasses de nos conversations.

Évolution exponentielle ?

31 Wednesday May 2006

Le futurologue Ray Kurzweil a essayé de montrer que nous vivions une époque de progrès technologique exponentiel : les 20 premières années du XXIe siècle devraient nous apporter autant d’innovations que tout le XXe siècle. J’aime plutôt cette idée mais il me semble que le software n’évolue pas si vite que ça. C’est une intuition, j’ai un peu réfléchi à cette question… et j’ai fini par me dire que mon intuition était fausse et que Kurzweil avait sans doure raison.

La grande pyramide de Khéops a été construite en 20 ans par environ 20 000 ouvriers. Microsoft aura construit Windows Vista en 6 ans, employant une armée presque aussi grande de développeurs, dotés de toutes les technologies de pointe, aidés par des centaines de sous-traitants. Microsoft s’est donc engagé dans une œuvre titanesque, une œuvre digne des pharaons.

Malheureusement, je suis persuadé que cette œuvre ne marquera pas notre histoire. D’après ce que je sais de Vista, ce n’est ni plus ni moins qu’un Windows relooké avec quelques gadgets. Les révolutions annoncées en 2001 lors du lancement du projet, sont retardées, voire abandonnées, non pas par manque d’intérêt, mais parce que Microsoft n’a pas réussi à formaliser ses rêves.

Toute l’énergie déployée par les Microsoftees n’aura servi à rien. Je ne crois pas qu’ils soient incompétents, je crois qu’ils se sont attaqués à quelque chose d’impossible. Ils ont oublié que les structures complexes devaient suivre l’exemple des créatures biologiques : commencer petit, grandir, évoluer… Ils ont oublié de suivre l’exemple du web qui, lui, montre une réelle vitalité.

Bill Gates, le grand architecte, a voulu planifier l’avenir de l’informatique à la façon des hommes politiques qui veulent prévoir l’avenir des États qu’ils dirigent. Comme eux, il avait toutes les chances de se planter, comme eux il s’est planté. L’avenir ne se décide pas a priori, nous avançons vers lui pas à pas. En informatique, seule l’approche open source, distribuée, non hiérarchique, organisée en réseau, nous permettra de développer des structures de plus en plus complexes.

Pour moi, comme je l’ai écris dans un livre en 2003, cette approche cyberlibertaire n’a pas fonctionné avec Linux. Les Linuxiens se sont trop focalisés sur Windows et Microsoft, oubliant que leur force était dans l’innovation. En revanche, dans le domaine du web, la méthode de l’open source prouve sa redoutable efficacité. La nouveauté jaillit d’une multitude d’initiatives qui s’interconnectent et se fécondent mutuellement.

Si nous regardons l’histoire de l’informatique à l’aune des logiciels édités par Microsoft et ses concurrents, il ne se passe pas grand-chose depuis quinze ans. Le software évolue peu alors que le hardware, lui, reste accroché à une croissance exponentielle.

Mais on peut adopter une autre perspective. Aujourd’hui, l’innovation informatique n’est plus entre les mains de Microsoft ou de quiconque en particulier. Elle n’est pas estampillée par un logo, puis scellée dans une boîte en carton plastifié vendu chez Surcouf et Cie. Elle est partout en même temps. Elle forme l’essence du réseau. Je crois que le réseau devient notre software, je crois qu’il connaît effectivement une croissance exponentielle. Mais elle est sans doute impossible à évaluer puisqu’elle est qualitative plus que quantitative.

Internet libre

15 Monday May 2006

Sur le site liberaux.org, je suis tombé sur un forum où les libéraux parlent du Peuple des connecteurs. J’y ai noté une idée reçue : l’État américain contrôlerait internet parce qu’il gère les registres DNS. Ce n’est pas tout à fait juste.

Internet apparaît à la fin des années 1960. Les DNS ne sont mis en place qu’en 1984. Avant cette date, on accédait aux serveurs par leur numéro IP et non par leur nom de domaine. Le système DNS est une couche cosmétique, fort utile pour le web, mais pas indispensable.

Nous pouvons nous remettre à accéder aux sites à l’ancienne ou inventer des systèmes DNS concurrents. Si le système actuel s’arrêtait, il suffirait de connaître l’IP de Google pour pouvoir accéder à la totalité du web (Google affichant alors les IP et non plus les domaines) !

Par ailleurs, les registres DNS ne sont pas si noyautés par les US qu’on veut bien l’entendre. Il suffit de lire à ce sujet cette interview de Paul Twomey, président de l’Icann. J’ai d’ailleurs cité Twomey dans Le peuple des connecteurs. C’est un merveilleux connecteur. Il pense juste.

Certes, les US contrôlent les 13 serveurs root du système DNS. Ce n’est pas la mer à boire. On pourrait vivre sans si un les US joueraient aux imbéciles avec les registres. Ça serait un peu la panique, mais les informaticiens s’amuseraient un bon coup. Et le problème serait réglé. D’ailleurs, il existe déjà des solutions alternatives dans le domaine underground. Donc pas de panique.

En plus, avec le Wifi, des réseaux parallèles apparaissent partout et c’est nous même qui les déployons. Je persiste et signe, personne ne contrôle internet. Le réseau est devenu totalement incontrôlable, totalement ouvert à toutes les initiatives. C’est une révolution que bien des gens ont du mal à se mettre dans la tête. Il n’y a pas de grand manitou derrière internet (pas plus que derrière l’évolution biologique).

e-book: touche finale à l’interconnexion

31 Friday March 2006

Époque 1 : le web nous a donné accès à toutes les connaissances.

Époque 2 : les blogs nous ont donné accès à toutes les actualités, personnelles ou publiques.

Époque 3 : les e-books vont nous donner accès à toutes les idées et à tous les imaginaires.

Messieurs Gallimard, Grasset et Cie ne décideront plus seuls ce qui doit être publié. Comme les blogs nous ont affranchis des sources d’information officielles, les e-books nous affranchiront des éditeurs et de leur frilosité éditoriale.

En musique, ce phénomène se développe déjà. Alors que les majors pleurent contre le piratage, que beaucoup d’artistes pleurent de ne pas être diffusés, les Artics Monkeys multiplient les MP3.

Web, blogs, ipod et e-books, chacun à leur façon, donnent les clés de la société aux individus. Nous communiquons en direct sans passer par des institutions centralisées. En direct, nous allons nous auto-organiser et changer le monde.

Dans cette perspective, les e-books introduiront un temps de communication plus lent, moins attaché à l’actualité. Ils nous lieront plus substantiellement, un peu comme nos relations sont plus substantielles avec nos amis qu’avec de simples connaissances.

Aujourd’hui cette nouvelle intermédiation tarde à s’imposer parce que nos écrans fatiguent nos yeux après quelques pages de lecture. Il nous faut cliquer, aller voir ailleurs, ce qui condamne les textes longs et qui, en réaction, a donné naissance aux blogs. L’encre électronique promise depuis dix ans arrivant enfin à maturité, les derniers obstacles technologiques se lèvent. Une vague de fond va secouer le monde de l’édition, et le monde tout-court, car de nouvelles idées l’électriseront.

20 000 litres d’eau pour 1 kg de café !

9 Thursday March 2006

Je viens de lire un article effrayant dans NewScientist mais qui me prouve, une fois encore, notre capacité à nous auto-organiser et à réaliser des miracles sans l’aide d’une autorité supérieure.

Je commence par l’effrayant : en Inde, et un peu partout dans le monde, 20 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de café, 11 000 litres pour un hamburger, 7 000 litres pour un t-shirt en coton, 2 000 litres pour un litre de lait… À ce rythme, les agriculteurs indiens vont drainer toutes les nappes phréatiques du pays (car ils pompent deux fois plus d’eau qu’il ne s’en accumule). Le gouvernement distribue d’ailleurs déjà de l’eau avec des camions citerne pour enrayer la pénurie qui s’installe.

Mais dans le village de Rajsamadhiya, Haradvsinh Hadeja, un policier à la retraite a remodelé le système de drainage naturel pour capturer les eaux de pluie durant la mousson. Il n’a rien demandé au gouvernement et il a décidé d’agir localement avec l’aide de ses voisins. Aujourd’hui, alors que beaucoup de villages indiens ne survivent que grâce aux livraisons d’eau gouvernementales, Rajsamadhiya est verdoyant toute l’année.

Peu à peu, les villages des environs adoptent la même stratégie de drainage. Nous voyons une décision locale se généraliser au fur et à mesure que les villageois s’interconnectent. Le gouvernement n’a pas réglé le problème de l’eau, le problème a été réglé par des hommes volontaires et rien que par eux. L’assistanat (les camions citerne du gouvernement) conduisait à la sécheresse, l’auto-organisation a ramené la verdure.