Archive : Work in progress

Les époques de transition

7 Monday January 2008

L’année dernière, j’ai écrit l’équivalent de mile pages sur ce blog (je les relirai et éditerai une version papier sans doute l’été prochain). Je ne sais pas si je serai aussi prolixe cette année. Ma priorité est la rédaction de la version définitive d’Ératosthène qui devrait être publiée début 2009.

Le roman reprendra les idées développées dans la version actuellement en ligne mais je repars du dernier chapitre actuel, moment où Ératosthène meurt et analyse sa vie, son époque et devient immortel… gagnant peu à peu la vision de sa postérité. Ce changement de perspective change mon projet littéraire mais non mon projet intellectuel que je résumais déjà en début de la version actuelle.


À l’ouest de l’Australie, 800 kilomètres au nord de Perth, l’océan Indien s’immisce dans le désert, dessinant une baie parsemée d’îles et de péninsules. Les avions de tourisme en survolent les hauts-fonds couverts de prairies aquatiques avant de se poser sur la piste de la petite ville de Denham.

Cette bourgade sans attraits s’étire le long d’une plage parsemée de broussailles. Quelques hôtels, une poignée de boutiques et des bateaux de promenade attendent les visiteurs. Tout est blanc, le béton, le sable, même le goudron gorgé de poussière. Il n’y a rien et pourtant, en 1991, l’Unesco classa le site au patrimoine de l’humanité. Depuis, Shark Bay appartient à tous les êtres humains de tous les temps.

Dans les environs, sous quelques mètres d’une eau extraordinairement limpide, vivent des algues bleues primitives. Ces cyanobactéries comme les nomment les scientifiques jouèrent un rôle clé dans l’histoire terrestre.

Avant leur apparition il y a 2,7 milliards d’années, le gaz carbonique saturait l’atmosphère comme les mers. La vie se nourrissait de souffre ou de méthane. Mais les minuscules algues bleues commencèrent à sécréter de l’oxygène grâce à la photosynthèse. Au début, le gaz s’accrocha aux sédiments ferreux, les colorant de rouge. Puis, après les avoir saturés, il pollua l’eau et gagna la surface, étouffant au passage les micro-organismes qu’il rencontrait.

Ce fut la plus grande catastrophe écologique de tous les temps. La vie aurait pu s’éteindre si, par un coup d’orgueil qui lui est propre, elle n’avait imaginé une solution originale : la respiration. Au lendemain de la calamité, malgré leur détresse, nos lointains ancêtres démontrèrent leur goût pour l’innovation la plus débridée.

Au fil des ères géologiques, d’autres séismes survinrent, provoqués par des explosions volcaniques ou des pluies de météores, et chaque fois la vie se remit en cause. La victoire, bien que jamais acquise, reste toujours possible.


L’histoire ressemble à un tas de sable. Les évènements et les êtres vivants y pleuvent grain à grain. Souvent ils provoquent de petites avalanches, parfois, comme Alexandre le Grand, ils déclenchent des cataclysmes irréversibles. Il existe ainsi des moments privilégiés à partir desquels plus rien ne peut plus être comme avant.

Après Copernic, la terre ne pouvait plus occuper le centre de l’univers.

Après Darwin, l’homme devenait une créature ordinaire.

Après Einstein, il vivait dans un bras excentré d’une galaxie spirale tout aussi ordinaire.

La destruction d’un monde prépare la naissance d’un autre. Dans l’agitation de l’après catastrophe, tout devient possible car plus rien n’est écrit. Les opposés – la raison et l’intuition, le masculin et le féminin, la science et la spiritualité – convergent avant une nouvelle effloraison créative. En l’absence de repère, l’avenir s’ouvre à tous les imaginaires.

Mais combien il est difficile de vivre en ces temps agités. À qui se fier ? Pour quel idéal se battre ? Comment trouver un équilibre personnel ? Comment, tout simplement, être heureux ? Lorsqu’une grande partie d’une population se pose des questions de ce genre, l’histoire entre à coup sûr dans une phase de transition.

Comment la traverser ?

Il n’existe aucune recette, sinon peut-être de nous retourner en arrière et de regarder comment, en des époques comparables, d’autres hommes s’en sortirent avec bonheur. En s’intéressant à eux, nous pouvons nous-mêmes trouver notre chemin à travers les temps de crise.

L’amitié collective

12 Wednesday September 2007

PaccoNous nous connectons pour échanger des informations, pour travailler, pour faire de la politique, pour nous critiquer, pour être moins seuls, pour partager des expériences… Parmi toutes ces formes de connexions, il en existe une particulière, une connexion pour rien, juste pour le bonheur, c’est la connexion fondamentale, la connexion amicale, purement réciproque, gratuite, qui n’attend rien et se nourrit d’elle-même.

J’ai l’intuition qu’une forme de conscience collective ne peut émerger que si elle s’appuie sur un immense réseau d’amitié. La réciprocité des liens, cet absolu gagnant-gagnant, même s’il est rarement éternel, doit faciliter le transport des autres interactions (l’amitié comme équivalent du boson en physique).

Je rêve en ce moment d’un récit, qui au travers de la recherche d’un ami perdu de vue, initierait à la connexion. Le point de départ serait le refus de laisser mourir une amitié, en même temps que toutes les amitiés potentielles… celles qui pourraient naître avec des gens que nous avons croisés quelques fois bien que nous en restions au même point, comme si nous avions peur de nous déclarer. Il y a aussi tous ceux que nous pourrions croiser si nous avions la force d’aller vers eux.

Il me semble que, à travers cette quête de l’amitié, cette quête de la connexion essentielle, je pourrais initier à la connexion comme forme politique. J’imagine un récit sur le modèle du jeu de piste. Le héros à la recherche de son ami perdu rencontrerait d’autres gens qui chacun révélerait, petit à petit, l’existence du peuple des connecteurs.

Pour que ce peuple vive, il faut que chacun de nous soit attentif à toutes les connexions possibles, sur internet mais aussi dans la vie. Il ne faut manquer aucune occasion. Je suis bien placé pour le dire car je suis le spécialiste des ratés. Souvent par manque de temps, par fatigue, je reste dans ma coquille. Le moindre voyage en train, la moindre soirée, devrait être l’occasion de créer une connexion. Je dois m’initier moi-même. En écrivant Le peuple des connecteurs, je me suis déjà changé. Je veux faire un pas de plus.

Croisades : le synopsis

27 Wednesday June 2007

Avant de signer un contact avec un éditeur, il faut lui vendre le projet. J’ai souvent évoqué ici mon histoire de croisades mais je voudrais tout reprendre pour clarifier mes idées. Croisades sera un documentaire. Vous me direz si ça vous intéresse.

Base line

La lutte des hommes libres contre tous les intégrismes : religieux, économiques, politiques, artistiques…

Les hommes libres au cours de l’histoire

Bouddha, Ératosthène, Jésus-Christ, Cicéron, Goethe, Tolstoï, Geronimo, Gandhi, Einstein… Ils ont en commun d’avoir rejeté les carcans de leur époque, de s’être extrait des écoles, des partis et des églises. Un homme est libre quand il s’invente sa propre philosophie qui ne vaut que pour lui. En refusant de s’enfermer dans un clan, il dépasse tous les clivages.

Un homme est libre quand il choisit la responsabilité. Il assume ce qui lui déplait dans le monde et n’a pas d’autre choix que se révolter. Son slogan pourrait être la célèbre phrase de Gandi : « Soyez le changement que vous voulez voir en ce monde. »

Ainsi, la liberté commence par le choix de la responsabilité. La responsabilité pour soi exige la responsabilité pour les autres. Un homme libre ne donne pas d’ordre, il ne peut que donner l’exemple. Pour un homme libre, il n’y a pas de hiérarchie.

Leur héritage souvent perverti

Après leur mort, quelques hommes libres ont donné naissance à de nouveaux dogmes qu’ils auraient eux-mêmes reniés. Leurs héritiers figent leur philosophie. Ils l’inscrivent dans le marbre, s’attachant à des règles pensées en d’autres temps pour des hommes de carrures différentes.

Leurs combats du passé

L’abolition de l’esclavage, l’égalité des sexes, la démocratie, la liberté de culte, le droit du travail, la reconnaissance des dérèglements climatiques… derrière chacune de ses avancées, toujours imparfaite, il y a des hommes libres. L’histoire se souvient parfois de quelques héros qui auraient à eux seuls fait triompher ces causes. En fait, des milliers d’hommes libres anonymes se trouvèrent engagés dans chacune de ces luttes. Ils propagèrent les idées nouvelles, ils refusèrent la tradition pour affirmer qu’il était possible de vivre autrement. Chacun joua un rôle historique même si l’histoire oublia la plupart d’entre eux.

De l’isolement à la mise en réseau

Un homme libre est seul. En refusant les clans, il devient un paria. Pour ses contemporains, il est souvent lunatique ou utopiste. Le mythe dionysiaque illustre sa quête : le dieu fou est partout chez lui, partout étranger. C’est un vagabond.

Parfois un homme libre peut apparaître au grand jour, c’est alors pour être utilisé par le pouvoir séculaire. L’art est souvent pour lui la meilleure façon de se faire connaître sans renoncer à son idéal.

Mais depuis la fin du vingtième siècle quelque chose change. Avec l’apparition des réseaux numériques, les hommes libres démultiplient leurs interactions et leur vitesse de réaction. Pour la première fois, ils peuvent se reconnaître, travailler ensemble à vaste échelle. Au gré de leurs errances virtuelles, ils se rencontrent puis se retrouvent sur le terrain.

Qu’on les appelle hackers ou freemen, cyberlibertaires ou cosmists, ils étendent leur influence dans toutes les strates de la société. Ils sont entrés en résistance et se battront jusqu’au bout pour démontrer que d’autres mondes sont possibles. Une guerre silencieuse a commencé car, en même temps qu’ils se reconnaissent, leurs adversaires prennent conscience qu’ils ne peuvent plus les utiliser.

Leurs combats contemporains

Refus de l’hypercapitalisme, respect de la biosphère, affirmation de l’interdépendance, du droit à disposer de soi… Les hommes libres se battent avec plus de rage que jamais. En même temps, leurs ennemis resserrent leurs rangs.

Les intégristes chrétiens comme musulmans voient dans les désordres croissants du monde le signe de la prochaine fin des temps et le retour des prophètes. Pour eux, les écologistes n’ont d’autre but que de retarder l’Armageddon.

Les puissances pétrochimiques, souvent très proches des intégristes religieux, combattent elles-aussi les progressistes qui militent pour les énergies alternatives. Elles persuadent la plupart des gens qu’il n’y a aucune autre solution que celles déjà mises en œuvre, niant par la même l’évolution.

Les apôtres du libéralisme économique prônent le laissez-faire, toujours plus efficace économiquement pour qu’une minorité devienne de plus en plus puissante. Sous couvert de liberté, ils imposent un dogme terriblement contraignant : la rentabilité à tout prix, oubliant de prendre en compte les coûts annexes, notamment ceux qui engagent les générations à venir.

Au nom de l’éthique, d’un respect d’une hypothétique nature humaine, certains soi-disant sages cherchent à interdire l’étude des cellules souches et d’autres innovations génétiques. Ils refusent que l’homme évolue pour affronter les changements qu’il a lui même induits en partie.

Schématiquement, on pourrait mettre d’un côté les conservateurs, d’un autre les progressistes. Ce n’est pas aussi simple. De nombreux d’industriels militent pour le progrès technologique, ils sont donc progressistes. Leur opposants défendent parfois la décroissance, ils sont donc conservateurs.

Il est impossible de parler de camps clairement dessinés, ce qui ne peut pas être le cas pour les hommes libres de toute façon. Leurs combats sont divers, souvent connectés, parfois en phase, mais toujours indépendants. Pour les décrire, il n’y a aucune autre méthode que de les raconter. Et de laisser émerger une histoire plus générale.

100 histoires

J’avais commencé par écrire Croisades sous la forme d’un roman, imaginant une lutte fictive particulière pour toutes les illustrer. Quelques auteurs, notamment Ayerdhal avec Demain une Oasis et L’homme aux semelles de plomb, ont déjà emprunté ce chemin. Je crois que ce n’est pas le mien.

Je suis toujours persuadé qu’il faut pour traiter du sujet raconter des histoires. Mais pas une histoire. Il faut proposer des échantillons de réalité, laisser le lecteur édifier son propre portrait des hommes libres et de leur lutte.

C’est par ailleurs la meilleure méthode pour que chacun de nous puisse identifier en lui sa part d’homme libre… et qu’il juge de sa propre responsabilité.

Je me donne pour objectif de raconter 100 histoires d’hommes libres aujourd’hui, 100 petites croisades ou plutôt 100 anti-croisades. Ces histoires seront réelles. Je ne veux rien inventer. Juste tracer des connexions entre-elles en me plaçant comme enquêteur, interviewer, reporter au sein de ces histoires. Je veux donner la parole à ceux qui se battent. Croisades sera un documentaire où je servirai de fil rouge.

Émergence

Chacune de ces histoires sera comme un bit d’information musicale stocké sur un CD. Un bit en lui-même n’a aucun sens, aucune signification. Mais les bits joués les uns à la suite des autres réinventent la mélodie originale.

Ainsi, à mon sens, chacune des notes émises par les hommes libres contribue à l’émergence d’une conscience collective. C’est un évènement historique d’une grande ampleur, peut-être aussi capital que l’émergence des premières formes de conscience individuelle.

Notes

  1. Je veux adopter la méthode de John Krakauer dans ses reportages ou de Gabriel Garcia Marquez dans Journal d’un enlèvement. L’objectivité étant impossible, l’auteur se glisse dans l’histoire. Quand il va interviewer quelqu’un, il se raconte aussi. J’ai d’ailleurs déjà écrit de cette façon bien des passages du Peuple des connecteurs et du Cinquième pouvoir.
  2. Les hommes libres ne sont pas simplement des résistants. Ils proposent aussi d’autres modes de vie, d’autres façons d’être heureux. Nombre d’entre eux sont des technophiles, l’avenir passe par le progrès. Cette position les oppose aux contestataires des années 1960.
  3. Les hommes libres vivent déjà comme ils le prônent, chacun à leur façon. Il s’agit, peut-être avant tout, d’être heureux immédiatement, sans renoncer à la responsabilité, notamment vis-à-vis des générations à venir.
  4. Je ne veux pas écrire de mini-biographies d’hommes libres mais des histoires qui se répondent et s’interconnectent. Bout à bout, elles formeront une histoire plus grande. Certains personnages se retrouveront dans plusieurs histoires comme dans les films de Robert Altman.
  5. Si ce projet se concrétise, j’aimerais demander à 100 blogueurs et auteurs de chacun écrire une histoire de croisade, de façon à élargir encore le portait des hommes libres. Nous pourrions alors sortir deux livres en même temps, l’un étant une œuvre collective.

Ératosthène chez lulu

11 Monday June 2007

Je viens de boucler mon roman sur Ératosthène, de générer un PDF et de le publier sur lulu.com.

Attention, aucun éditeur et correcteur n’ont encore mis leur nez dans le texte. C’est donc une épreuve de travail.

Si vous voulez donner votre avis en avant-première et me suggérer des modifications, vous pouvez commander le roman pour moins de 20 euros, port compris.

Je ne distribue pas le texte en PDF pour trois raisons.

  1. Je ne veux pas qu’un texte non définitif se promène. La version lulu, elle, restera forcément confidentielle.
  2. Le roman occupe 360 pages. Le lire sur écran est impossible. Et le lire sur feuilles volantes ne me paraît pas réaliste. En plus, l’imprimer doit coûter pas loin du prix lulu.
  3. Je vois mal un éditeur me signer un contrat si le livre a déjà fait le tour d’internet. J’espère en revanche négocier un contrat qui me permettra de diffuser gratuitement la version audio.

PS : Avant que certains ne posent la question, je ne prends pas un centime sur les commandes lulu.

Croisade biographique

7 Thursday June 2007

Je vais un peu parler de moi. Je ne veux pas rendre mon blog plus intimiste, j’espère juste que vous allez mieux comprendre mes projets et que vous pourrez un peu m’aider.

Je commence par une longue chronologie. Depuis 1985, j’écris des romans, plutôt des pseudo-romans, que je n’ai jamais publiés. C’est en fait mon activité principale ! J’en ai une dizaine en stock. Une fois qu’ils sont terminés, je les trouve bons. Puis, avec le temps, ils deviennent de plus en plus mauvais. Aujourd’hui, ils sont si loin de mes préoccupations que je n’ai guère envie de les retoucher, ne serait-ce que pour les diffuser gratuitement.

En 2000, j’ai créé une maison d’édition en ligne qui depuis a capoté. J’ai rencontré à cette occasion François Bourin, mon actuel éditeur. Il m’a conseillé d’écrire un roman classique, avec une histoire et tout le reste, et de renoncer pour un temps aux expérimentations littéraires.

En même temps, j’ai suivi Isabelle à Londres. À cette époque, je vivais de mes livres d’informatique. J’avais beaucoup de temps pour moi. Je décidais de suivre le conseil de François. J’allais écrire un roman historique, je voulais raconter la vie d’un savant. Mon but, réunir mes passions pour l’art et la science.

Comme j’étais à Londres, je me suis tout d’abord intéressé à Newton mais il m’a très vite ennuyé. C’est alors que je suis tombé sur Ératosthène. J’ai passé les années suivantes à écrire sa vie et à lire tout ce que je trouvais à son sujet, c’est-à-dire pas grand-chose. La British Library devint mon bureau.

C’est en écrivant cette vie d’Ératosthène que la plupart de mes idées actuelles se sont mises places. En me tournant vers le passé, j’ai mieux compris mon époque.

Début 2003, après trois ans de travail, j’avais enfin un premier jet de mon roman. François en a pensé beaucoup de bien. Il m’a fait retravailler puis a proposé le manuscrit au Seuil et à Gallimard qui l’ont refusé.

Entre temps, dans l’avion qui me ramenait de Londres à Montpellier, j’ai lu dans NewScientist une note sur l’origine du sida. J’ai eu une épiphanie. Il me fallait à tout prix écrire cette histoire aussi. En trois mois, durant l’été 2003, j’ai écrit un nouveau roman : HIV. Autant j’avais souffert avec Ératosthène, autant HIV fut un jeu.

Mes amis proches furent très critiques vis-à-vis de ce texte. Seul Alain-Gilles Minella, mon actuel directeur de collection, et un autre ami furent enthousiastes. J’ai envoyé deux ou trois manuscrits à tout hasard, les éditeurs n’ont pas donné suite.

Début 2004, Serge Martiano, le patron de First et mon éditeur de livres informatiques, me conseilla d’écrire un roman qui s’appellerait Croisade. Il raconterait la lutte éternelle entre les Chrétiens et les Musulmans, faisant l’hypothèse que les croisades n’ont jamais cessé.

Mon passé de joueur de jeu de rôle s’est tout de suite réveillé et j’ai commencé à écrire un scénario à la Da Vinci Code, tout en retravaillant tantôt Ératosthène, tantôt HIV.

Avec Isabelle, nous avons passé cet été 2004 à Seattle. Presque tous les jours, je partais marcher en montagne. C’est lors d’une de ces balades que j’ai pensé pour la première fois à écrire Le peuple des connecteurs. À ce moment, je songeais plutôt à la biographie de la cybergénération.

En rentrant à Paris, j’ai parlé de cette idée à François Bourin qui venait de créer une nouvelle maison d’édition. Il m’a dit de foncer. J’ai temporisé, poursuivant mes recherches pour Croisade. Il ne s’agissait déjà plus pour moi d’opposer les Chrétiens et les Musulmans, mais au contraire de les faire compagnons, leurs adversaires étant les hommes libres.

Mon idée était alors de jouer le livre avant de l’écrire, laissant les joueurs inventer l’essentiel de l’intrigue. Avec quelques amis, début 2005, nous avons entamé une campagne qui ne s’est jamais achevée, sans doute parce que j’ai commencé Le peuple des connecteurs.

Motivé par la rencontre avec Casabaldi et les freemen, je me suis remis à Croisade début 2006, écrivant 80 pages sous la forme d’un triller sans être convaincu, puis j’ai arrêté pour Le cinquième pouvoir.

Depuis le début 2007, j’ai profité de mes moments libres pour retravailler une nouvelle fois Ératosthène. J’aurais d’ici la fin du mois une nouvelle version et j’espère la publier l’année prochaine.

Me voilà presque libre. Je vais enfin me remettre à Croisade. Pour décrire la lutte des hommes libres contre toutes les formes d’intégrisme, je veux imiter Tolstoï dans La Guerre et la Paix, c’est-à-dire raconter des histoires sans véritables héros.

Maintenant j’ai besoin de vous. Il me faut des anecdotes. J’essaierai de donner des exemples dans les jours qui viennent. Je veux dessiner, à partir d’une multitude de petites scènes, une grande fresque. Les hommes libres ne se connaissent pas vraiment, ils n’ont pas forcément les mêmes idées, mais ils ont un ennemi commun. C’est en juxtaposant leurs actions qu’on peut découvrir qu’effectivement il se passe aujourd’hui quelque chose d’historique.

Ératosthène (interlude 1)

17 Tuesday April 2007

Comme je l’ai expliqué, je prépare un livre à la frontière du roman et de l’essai sur Ératosthène de Cyrène. Les parties romanesques seront encadrées par de petits essais. Voici le premier.


Berne, la capitale Suisse, se love dans une boucle de l’Aare. La ville semble émerger d’une forêt primordiale. Ses maisons aux toits de tuiles brunes sur lesquels s’alignent des chiens couchés ressemblent à des cabanes de lutins arboricoles. Elles respirent le moyen-âge même si aucune ne date de cette époque. Rien ici ne semble devoir changer comme si la mémoire du monde y était secrètement préservée.

Au 49 de la Kramgasse, non loin de la tour de l’horloge, une plaque de bronze porte le nom d’Albert Einstein. Au début du vingtième siècle, le physicien habitait à cette adresse avec sa femme et leur jeune fils. Tous les matins, Einstein quittait l’appartement du deuxième étage et marchait jusqu’à l’office des brevets où il assistait le docteur Haller.

Son travail consistait à éplucher des dossiers déposés par les inventeurs. Il les lisait, les annotait, les corrigeait parfois. Dès qu’Haller détournait le regard, Einstein sortait d’un tiroir un cahier où il grattait quelques réflexions et esquissait des articles scientifiques qu’il espérait un jour publier. Mais Haller veillait, menaçant, et Einstein reprenait son monotone labeur de bureaucrate.

Quand il quittait l’office des brevets, il rejoignait des amis dans les cafés ou explorait les environs de la ville au cours de longues promenades. Einstein pensait en marchant, il pensait en parlant, il pensait tout le temps. Sa situation professionnelle l’exaspérait mais il ne voyait pas comment en sortir. Il aurait aimé enseigner la physique mais aucune école ne lui avait offert de poste. À 25 ans, consacrant le plus clair de son temps à subvenir aux besoins de sa famille, il était persuadé de gâcher sa vie.

Coupé de ses pairs, loin des universités et des bibliothèques scientifiques, Einstein était seul, désespérément seul. Il n’était qu’un physicien amateur. Pourtant, durant les premiers mois de 1905, un miracle se produisit. Pris d’une frénésie créative, il publia, coup sur coup, cinq articles qui allaient changer pour toujours notre vision du monde.

La nature n’était plus continue mais discontinue. Le temps et l’espace devenaient relatifs. La matière et l’énergie s’unissaient selon la fameuse formule E = mc2. Einstein venait d’ouvrir la porte à l’énergie atomique mais aussi à l’électronique et, incidemment, à l’informatique.


Au cours de l’histoire, il existe ainsi des moments privilégiés à partir desquels plus rien ne plus être comme avant.

Après Alexandre le Grand, la terre ne pouvait plus se réduire aux rivages méditerranéens.

Après Copernic, elle ne pouvait plus occuper le centre de l’univers.

Après Einstein, elle n’était plus qu’une infime poussière isolée dans un bras excentrée d’une galaxie ordinaire.

Mais toujours, dans l’immédiateté de la révolution, la plupart des contemporains rejettent l’innovation. Prisonniers des schémas de pensée issus de la révolution précédente, ils sont incapables de se remettre en cause. L’homme, bien qu’avide de nouveauté, refuse la même nouveauté lorsqu’elle le dérange dans ses certitudes.

Il résiste d’autant plus que les révolutions se produisent presque toujours au cours d’époque de grands chamboulements, époques où les savoirs, les techniques, les arts et la politique convergent pour se féconder et renaître.

En Grèce, les innovations intellectuelles majeures survinrent à la fin du quatrième siècle et durant le troisième siècle avant Jésus-Christ, un moment charnière dans l’histoire occidentale. Formé par Aristote, Alexandre le Grand lança ses armées en direction de l’Inde, repoussant les limites du monde loin des rivages méditerranéens vers l’Orient légendaire.

Lorsque le 24 mai 1543, juste avant de mourir, Copernic ordonna la publication de son livre De Revolutionibus Orbium Coelestium, la Renaissance battait son plein. L’idée de déplacer la terre du centre de l’univers ne faisait que répondre aux œuvres des peintres et des architectes qui inventaient de nouvelles formes, exploitant toutes les potentialités de la perspective.

En 1905, durant l’annus mirabilis d’Einstein, les progrès technologiques n’avaient jamais été aussi nombreux : automobile, avion, téléphone, radio… En art, suite à l’impressionnisme, c’était le début du modernisme : Cézanne, Picasso, Matisse… Kandinsky se préparait à peindre la première aquarelle abstraite. Partout les idées avant-gardistes jaillissaient, s’interpénétrant par-delà les genres. Dans le même temps, les tensions internationales s’exacerbaient en préparation de la première guère mondiale.

Au début du vingt-et-unième siècle, une énième convergence historique débuta. Le vieux modèle hiérarchique et pyramidal se craquela de toute part au profit des réseaux décentralisés et des environnements collaboratifs. Les hommes aspiraient à devenir les maîtres de leur avenir. Ils ne voulaient plus remettre leur destinée entre les mains des puissants. Comme le livre au cours de la Renaissance, internet devint, sous l’impulsion de Tim Berners-Lee l’inventeur du web, le vecteur de la révolution. En contrepartie, les défis politiques n’avaient jamais étés aussi grands. La crise écologique planétaire voyait naître de nouveaux antagonismes qui risquaient de plonger l’humanité dans les ténèbres.


En repoussant les frontières du monde grec, Alexandre ouvrit aux Hellènes d’autres possibles. Au début du vingt-et-unième siècle, internet étendit de même les limites de l’espace mental de l’humanité. Ces deux époques éloignées de vingt-quatre siècles se ressemblent par leur caractère révolutionnaire. Plonger dans la plus éloignée peut aider à comprendre la plus récente.


Le chapitre suivant raconte la mort d’Alexandre le Grand et la fin de son empire, notamment la prise de pouvoir de Ptolémée sur l’Égypte.

Ce texte est en chantier. Vos conseils et critiques seront les bienvenus.

HIV

3 Tuesday April 2007

J’ai écrit ce roman en 2003 pour me détendre de mon Ératosthène. Je ne l’ai pas publié. Je me suis amusé à le mettre sur lulu.com pour tester le service d’impression.

 

Je viens de recevoir ce matin un exemplaire, après presque trois semaines d’attente. Résultat impressionnant, un véritable paperback à l’américaine, pour 22,37 euros, port compris.

En fait, à ce prix en France en tout cas, je ne crois pas qu’on trouve en librairie beaucoup de livres avec couverture cartonnée. Ça ouvre de bonnes perspectives à la longue traîne (en préparation des e-books notamment).

Je vais faire corriger le manuscrit et le publierai bientôt une version plus finalisée. Sans prendre aucun revenu, en choisissant le format poche, je pourrai même proposer le livre moins cher qu’en passant par un éditeur.

Bon, il manquera le conseil d’un pro, et ce n’est pas rien car l’auteur est le plus mal placé pour critiquer son travail. Si vous voulez jouer à l’éditeur, n’hésitez pas. Nous devons réinventer la chaîne de production du livre.

Ératosthène de Cyrène

31 Saturday March 2007

Pour comprendre son époque, il faut parfois prendre du recul (ce que je fais peu en ce moment avec cette maudite campagne présidentielle). Comme je ne peux voyager dans le futur, j’essaie de regarder en arrière vers des époques qui auraient pu ressembler à la notre et, au cœur de ces époques, je m’intéresse aux hommes qui ont réussi les traverser avec bonheur.

Notre époque me semble caractérisée par une grande convergence : tous les savoirs, toutes les traditions, toutes les politiques se rencontrent pour diverger vers quelque chose du neuf. Nous vivons un big bang culturel qui, au passage, détruit tous les repères.

D’un côté les conservateurs s’accrochent aux vieux modèles, font preuve d’autoritarisme pour le préserver, de l’autre des gens lucides comprennent qu’il est temps de reconstruire sur de nouvelles bases.

La confrontation entre les conservateurs et les novateurs, que je qualifie de freemen puisqu’ils se sont libérés des carcans, me paraît redoubler de nos jours. Elle sera le sujet de Croisade, le prochain livre auquel je travaillerai.

Mais, en attendant, je reviens à mon Ératosthène. J’ai écrit ce roman historique entre 2000 et 2003 lorsque je vivais à Londres. J’y raconte la vie d’Ératosthène de Cyrène, un des hommes les plus extraordinaires de tous les temps, avant tout extraordinaire par sa liberté. Il était déjà un freemen.

Sa vie peut nous apprendre à mener la notre car lui aussi vécut au cœur d’une époque de convergence extraordinaire, la bibliothèque d’Alexandrie dont il fut le directeur pouvant être regardée comme une métaphore d’internet. Ce troisième siècle avant Jésus-Christ fut flamboyant, plein de promesses et il se termina dans le sang. J’espère que nous ne suivrons pas le même chemin.

Comme je n’aime pas les métaphores cachées et les livres à clés, mon roman se trouve entrecroisé de mini essais où j’explicite les parallèles entre les époques de convergence, notamment entre notre vingt-et-unième siècle et le troisième siècle alexandrin. Je réécris ces essais en ce moment et je voudrais procéder comme avec Le cinquième pouvoir, partager ce travail avec vous.

Comme je ne sais pas encore qui éditera ce livre (Bourin est tenté mais comme ce livre sort de son créneau ça risque ne ne pas se faire), je ne peux pas mettre en ligne l’ensemble du texte, car ça risque de refroidir les velléités de pas mal d’éditeurs. Je publierai donc uniquement les essais sur le blog et je mettrai le reste du texte sur lulu.com.

BonVote en rade

7 Wednesday March 2007

Vous avez été nombreux à me signaler des bugs sur bonVote. La partie gestion des flux ne marche pas très bien depuis une semaine. J’ai pas eu une seconde pour remettre tout ça en place à cause de mes multiples conférences. J’espère tout remettre sur pied dès demain.

Blog Power : cherche sous-titre

6 Monday November 2006

Mon éditeur n’en démord pas : mon prochain livre s’appellera Blog Power. Je commence à m’y habituer même si je continue de parler à tout le monde du cinquième pouvoir. Je aurais du mal à perdre cette habitude. Dès les premières pages, je définis le cinquième pouvoir :

CINQUIÈME POUVOIR nom masculin (1978 ; Lester Bowie ; album The 5th power) Citoyens organisés grâce aux nouvelles technologies de communication. Ensembles, ils contrebalancent le quatrième pouvoir, celui des médias et par extension du business, qui lui-même contrebalance les trois pouvoirs traditionnels : législatif, exécutif et judiciaire.

Puis dès le prélude, je précise :

La technologie, sensée nous isoler, sensée accentuer les inégalités entre les riches et les pauvres, les jeunes et les vieux, nous rapproche. Elle nous donne le moyen de nous fédérer en un nouveau pouvoir : le cinquième pouvoir, un pouvoir émergeant, mal dégrossi, cherchant encore ses marques mais déjà capable de peser dans la vie économique et politique.

Ce nouveau pouvoir n’est pas encore le pouvoir de tous mais chaque jour de plus en plus de citoyens le rejoignent, directement ou indirectement par l’intermédiaire de leurs amis. Ce pouvoir de la parole et de l’action sera bientôt plus représentatif que tous ceux qui l’ont précédé dans l’Histoire. Il sera le pouvoir du peuple. Après les pouvoir exécutif, législatifs, judiciaire et médiatique, il arrive en cinquième dans le temps pour devenir le pouvoir primordial auquel tous les autres seront subordonnés.

Il me faut maintenant trouver un sous-titre pour rendre le titre explicite. J’aimerais y faire figurer le cinquième pouvoir. Comme d’habitude, si vous avez des idées je suis preneur.

Adam Kesher vient de me proposer :

Au-delà des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et médiatique, ce livre raconte l’émergence d’un cinquième pouvoir, le pouvoir citoyen.

C’est très clair, très précis, juste un poil long peut-être. Mes propositions sont très médiocres :

Les prochaines élections se joueront-elles sur internet ?

Le pouvoir de dire non aux voleurs de pouvoir.

Le cinquième pouvoir pèsera-t-il lors des prochaines élections ?