18 June 2008
Article écrit pour Le Temps qui reprend des idées souvent évoquées ici.
En 1968, un peu partout en Europe et aux États-Unis, les jeunes se révoltaient et croyaient changer le monde. Mais en profondeur rien n’a changé, les révolutions ne changent jamais rien, sinon quelques têtes. Et si la véritable révolution se produisait quand aucun évènement extraordinaire ne trouble la société ? Alors que notre époque est souvent qualifiée de désenchantée, parce qu’aucun rêve ne semble l’animer, ne serait-elle pas au contraire le siège d’un bouleversement historique ? Ne serions-nous pas en train de basculer de la société hiérarchique vers la civilisation en réseau ?
La société hiérarchique tout le monde connaît : nous avons presque tous un chef qui a lui-même un chef. C’est vrai dans la plupart des entreprises, des gouvernements et même des associations. Nous vivons dans une société pyramidale. Mais n’est-ce pas une illusion d’optique ?
Lorsque les érudits classaient les connaissances, ils les répartissaient dans un arbre. De la racine partaient quelques branches maîtresses : culture, science, éducation… Puis chacune se subdivisait jusqu’à ce que les feuilles représentent les connaissances individuelles. Cette carte structurée en couches hiérarchiques rappelait le projet platonicien de tout faire dériver de quelques idées supérieures.
À la fin des années 1990, des scientifiques cartographièrent le Web, chaque page pouvant être assimilée à une connaissance. Ils ne découvrirent pas un arbre mais un réseau distribué. Aucun point n’occupait le centre de ce faisceau de relations. Chacun se connectait à d’autres par un nombre plus ou moins grand de liaisons. Parfois des étoiles apparaissaient qui concentraient les liaisons mais aucune de ces étoiles ne pouvait prétendre s’arracher au maillage général. Ainsi, nous avions la preuve qu’il n’existe aucune connaissance supérieure mais un continuum dominé par l’interdépendance.
Nous avions vécu avec l’idée d’une pyramide de la connaissance alors qu’elle n’existe pas. En va-t-il de même avec la pyramide hiérarchique ?
De nombreux sociologues ont tracé les liens qui nous connectent les uns aux autres. Ils ont là encore découvert des réseaux distribués. C’était vrai pour les footballeurs, les acteurs, les amis, les collègues de travail… Les organigrammes existaient sur le papier mais pas dans les faits.
L’explication est apparue évidente. Dans les entreprises et les gouvernements, les collaborateurs se parlent. Le chef d’un service peut être ami avec l’employé d’un autre service. Des relations transversales se nouent. Si on connecte entre eux tous les organigrammes de toutes les structures sociales, ils disparaissent sous un foisonnement de liens. L’autorité conférée par la position hiérarchique doit être nuancée par le réseau des influences qui, lui, n’est pas hiérarchique. Les hommes les plus influents ne sont pas les plus haut-placés mais les plus connectés.
Longtemps les anciens vécurent avec l’idée que la terre était petite et plate mais elle était déjà ronde. Nous pouvons nous demander si nous ne vivons pas depuis quelque temps dans la civilisation en réseau alors que nous croyons encore nous trouver dans celle des pyramides.
Ne nous suffit-il pas de changer de point de vue pour nous transporter dans cet autre monde qui manifestement existe déjà ? Une fois que nous avons pris conscience des réseaux, plus rien ne peut plus être comme avant.
À l’image des colons qui quittaient l’Europe au seizième siècle, des aventuriers explorent la nouvelle civilisation en réseau. Plutôt que de confier leur argent à des banques qui entretiennent le système pyramidal, notamment l’industrie de l’armement, ils optent pour des solutions souvent coopératives qui proposent la transparence des transactions. Ils consomment de moins en moins en grandes surfaces mais se servent à travers un réseau de petits entrepreneurs souvent actifs sur le Web. Ils deviennent eux-mêmes des producteurs d’énergie, cassant les monopoles des multinationales. Grâce aux blogs, ils se transforment en source d’information, jouant sur un pied d’égalité avec les médias.
Dans tous les domaines, dopée par les nouvelles technologies, une force interindividuelle monte peu à peu en puissance.
Les colons de la civilisation en réseau ne sont pas des fous mais des hommes qui nouent entre eux des rapports d’égal-à-égal. En court-circuitant les nœuds hiérarchiques, ils apportent plus de fluidité aux échanges et aux relations. Ensemble, collectivement, ils forment un pouvoir capable de décider sans que ces décisions s’imposent par le haut. Dans la perspective des dérèglements écologiques, des crises financières et même spirituelles, ils inventent une société multimodale où être au-dessus des autres, plus gros que les autres, n’apporte plus de bénéfice. Ils deviennent les citoyens d’un nouveau pays, un pays qui germe au cœur de toutes les vieilles nations et qui rompt avec le modèle monarchiste que les démocraties n’ont jamais renié. Ils posent peut-être les bases d’un nouvel état du monde, un état où le respect des autres et de la nature deviendrait un maître mot.
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17 June 2008
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17 June 2008
Ce billet est un commentaire qui aurait dû suivre le fil linké. Je me dis que je procéderai comme ça de temps à autres pour désengorger les fils.
Que la Nef soit une coopérative ce n’est pas le problème. De nombreuses mutuelles et banques sont déjà en coop et ce n’est pas révolutionnaire. Certaines existent depuis le milieu du XIXe. C’est la transparence rendue possible par la technologie qui est en perspective qui elle peut changer les choses. Peu importe la raison sociale de la banque. La Nef est d’ailleurs archi-mauvaise en techno. Ce n’est pas un modèle. Elle tente de faire de la transparence avec les outils d’avant internet. C’est l’intention qui est intéressante.
L’argument que tout ce que nous avons aujourd’hui de merveilleux est produit par le système actuel, assené sans cesse et depuis des années par Ax, est pitoyable. Je t’ai déjà répondu cent fois et tu continues de marteler la même chose comme un fanatique (ou plus justement comme l’hyper-privilégié du système que tu es).
Notre monde est le fruit de ce système de quoi veux-tu qu’il soit fait d’autre ? C’est une lapalissade de dire que nous vivons avec les bénéfices, mais aussi les méfaits, de notre système. Qui peut prétendre vivre réellement dans un autre système puisque le notre est totalitaire ?
Je n’ai jamais dit que ce système était mauvais en soi en plus. J’ai toujours parlé d’une fusée à plusieurs étages. Le système actuel prépare l’arrivée d’un autre système. C’est l’évolution, elle a cela de particulier qu’elle procède souvent par bonds. Alors une révolution est possible mais pas nécessaire.
Le problème avec notre système, c’est la limite de la complexité. À mon sens, il est incapable de la franchir. Le meilleur exemple c’est Vista. Microsoft n’a pas réussi à le produire selon ses rêves. On approche la même limite en aéronautique. Nous sommes aux mêmes points avec les dérèglements écologiques, la pauvreté… et je n’ose inclure la perte de sens.
Le système pyramidal est capable de produire des systèmes d’une complexité modérée. Pour aller au-delà, il faudra de nouvelles méthodes de développement. Pour gérer une biosphère qui tend vers 10 milliards d’humains, il faudra un autre système à moins de pencher vers la dictature et mettre tout ce monde dans des cases. Je ne vois pas d’autres solutions… à moins d’une grande extermination comme l’évolution en a déjà produite pour dégazer la biosphère. Mais je manque peut-être d’imagination. Et si le système actuel s’en sort merveilleusement bien j’aurais perdu mon temps mais qu’elle importance ?
La nouvelle société dont je parle devra s’appuyer sur l’open source et la collaboration ouverte. Ça passe par un grand déverrouillage des hiérarchies et le développement des liens transversaux. Ce processus a déjà commencé. S’il se poursuit, l’ancien modèle ne pourra pas se maintenir en l’état.
Remarque : le monde scientifique est pour une part en open source depuis longtemps. C’est sans doute grâce à cette ouverture que nous surfons sur une courbe exponentielle. Pour nous y accrocher, nous devons amplifier la méthode.
@Ax Tu surfes sur un site en open source, installé sur un serveur en open source et vraisemblablement avec un navigateur en open source. Ton propre site fait de même. Si l’open source n’existait pas, tu t’emmerderais dans la vie. L’open source se développe dans tous les domaines scientifiques et industriels aujourd’hui. Que le domaine bancaire soit aussi contaminé est juste logique. Robb montre comment les armées elles aussi deviennent open source.
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16 June 2008
À l’occasion des dix ans Rézonance, le journaliste Suisse Pierre Comon m’a posé quelques questions. Voici son papier publié la semainde dernière dans l’hebdo Entreprise romande.
Quand on lui fait remarquer que son éditeur le présente comme un « spécialiste international des nouvelles technologies », Thierry Crouzet s’exclame : « ça ne veut rien dire! Il avait simplement besoin de me ranger dans une case, mais je ne suis spécialiste de rien du tout ! Ce que je fais, c’est prendre des éléments dans des domaines séparés et les connecter, faire des liens. Je suis un connecteur ».
Le peuple des connecteurs, c’est d’ailleurs le titre de l’un de ses deux ouvrages phares, avec Le cinquième pouvoir. Il y décrit l’avènement d’une nouvelle société, rendue possible par les nouvelles technologies. Il présentera ses idées lors du 10e anniversaire de Rezonance.
Votre intervention s’intitule : « Une brève histoire de l’informatique: technologie, philosophie et politique ». Qu’a l’informatique à voir avec la politique ?
Beaucoup de choses ! Aujourd’hui, Internet nous fait entrer dans l’âge de la complexité. Ce nouvel âge ne fonctionne plus comme notre ancien monde pyramidal, avec des hiérarchies, mais avec des réseaux. Du moment que l’on construit un autre monde, cela a un impact politique et suscite des questions philosophiques. Ce nouveau monde existe déjà. Quand on fait la cartographie des réseaux sociaux, on ne tombe pas sur des pyramides, mais sur des réseaux. Les hiérarchies n’existent que dans nos têtes. Nous vivons avec un modèle pyramidal qui n’existe plus, la société a déjà changé.
Pouvez-vous donner un exemple concret ?
Prenez le référendum sur la constitution européenne, en France. Le système traditionnel d’information est centralisé, il va des grands médias vers les citoyens (ces grands médias étaient en très large majorité favorables à la constitution, ndlr). Mais grâce à Internet, l’information a circulé autrement, en réseau, à travers les blogs. Les citoyens se sont réapproprié l’information, et le non a gagné.
On retrouve cet éclatement dans tous les domaines. Le pouvoir était auparavant centralisé et les citoyens le récupèrent. J’achète mes légumes directement à un paysan, qui fait une tournée une fois par semaine. Ses produits sont de meilleure qualité, je les paye moins cher et il en obtient un meilleur prix. Nous récupérons ainsi le pouvoir de la grande distribution. La banque Nef propose à ses clients de choisir où leur argent est placé. De la sorte, on n’est plus esclave de sa banque et on reprend le pouvoir sur son argent. Si on le choisit, on peut donc déjà vivre dans une société en réseau, dans lequel les hiérarchies n’ont plus cours.
En même temps, le pouvoir, particulièrement en France, continue à être très hiérarchisé. Comment cette contradiction va-t-elle se résoudre ?
Elle ne se résoudra pas. La société en réseau existe déjà, et de plus en plus de gens quittent la société hiérarchique pour s’y établir. A un moment donné, il y aura plus de gens dans le monde en réseau que dans l’autre, mais les politiques continueront à s’agiter pour rien : la réalité se joue déjà ailleurs.
En 450 avant Jésus-Christ, les Grecs pensaient que le monde était petit et plat. Le géographe, philosophe et mathématicien Ératosthène a montré deux siècles plus tard qu’il n’en était rien, qu’il était très vaste et sphérique et que c’était le monde grec qui était petit. A l’exception de quelques individus comme Alexandre le Grand, on a cependant continué à vivre dans un ancien monde, petit et plat, jusqu’à Christophe Colomb, qui a tout fait basculer. Les politiques, c’est pareil : ils se démènent dans un monde qui n’existe pas. Et toutes les conditions sont prêtes pour le basculement.
Mais comment des réseaux décentralisés peuvent-ils s’attaquer aux problèmes globaux, comme la crise du pétrole ?
Le pétrole, on s’en fiche. Ce dont on a besoin, c’est d’énergie. Or, actuellement, nos systèmes énergétiques sont basés sur un modèle centralisé : on produit à quelques endroits et on distribue partout. Si on renverse ce modèle et que chacun se met à produire à petite échelle, avec des panneaux solaires, des éoliennes ou de la géothermie, on résoudra en grande partie le problème. Mais il n’existe pas de solution globale. Le problème des solutions globales, c’est qu’il est strictement impossible de prédire l’avenir. Les grandes décisions sont donc dangereuses : on ne sait jamais si leurs effets ne seront pas pires que les problèmes qu’elles essaient de résoudre. Alors que si chacun agit dans son coin, cela ne va pas détruire la planète. Grâce au réseau, on va consolider ces milliards d’actions locales. Les choses fonctionneront du bas en haut, plus du haut vers le bas.
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3 June 2008

Hier soir, alors que je cherche des images pour illustrer ma conférence de Charleroi, j’ai l’intuition que l’arbre de l’évolution est une vue de l’esprit. Je me dis que quand nous aurons pris conscience que nous vivons dans une société en réseau l’arbre volera en éclat. Il deviendra évident que des bouts d’ADN sautent d’espèces en espèces, donc de branche en branche, puis que les espèces s’influencent les unes les autres à travers l’environnement qu’elles modifient, donc d’un bout à l’autre de la biosphère. Le bel arbre chronologique et hiérarchique ne sera plus qu’une idéalisation simpliste. Quelque secondes après, alors que je cherche un arbre traditionnel décrivant l’évolution, je tombe sur un arbre qui bat déjà de l’aile et qui confirme mon intuition. Je frissonne ainsi parfois en explorant le web. C’est le pur plaisir de la connexion.
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1 June 2008
Le nouveau magazine payant sur le web n’a aucun avenir s’il reste payant. J’ai déjà critiqué le projet lors de son lancement qui a coïncidé avec le papier manifeste de Chris Anderson publié dans Wired : Why $0.00 is the future of business (article d’ailleurs diffusé gratuitement comme tous les articles de Wired). En annonçant que Mediapart sera bientôt gratuit , Olivier Zilbertin me donne l’occasion de justifier son hypothèse.
Le 6 décembre 2006, lors d’une table ronde à Science Po, je me suis retrouvé sur la scène en compagnie d’Edwy Plenel. Il a chargé internet disant notamment :
Ce mouvement démocratique [le journalisme citoyen] qui nous bouscule tous me paraît légitime. Gardons-nous cependant de tomber dans certains pièges.
Je suis d’accord que le journalisme citoyen est de la foutaise mais Plenel l’explique par une raison qui ne me paraît pas valable :
[…] le modèle de l’audience et de la gratuité voudrait s’imposer comme modèle unique de l’univers médiatique, ce qui conduit à une perte de qualité et à un journalisme sans journalisme […]
Cette citation, extraite du compte-rendu de la table ronde de Science Po, démontre une profonde incompréhension du web. Contrairement à ce que pense Plenel, il n’y a pas de modèle imposé mais seulement des contraintes technologiques. Les sites web sont des organismes qui s’adaptent sans cesse à l’évolution du monde numérique.
Déjà associer gratuité à perte de qualité est en soit une connerie monumentale. Mozilla serait donc de la merde selon Plenel. Linux aussi. Apache aussi. Sur quel serveur tourne Mediapart ? Mais ce n’est pas du journalisme dirait-il. Alors je pourrais lui citer cent blogs qui ont produit des dizaines d’articles cent fois plus géniaux que ceux que Plenel ne publiera jamais. Juste l’exemple d’un texte fondamental distribué gratuitement : TAZ.
Faire payer des articles à la consultation ou par abonnement n’est pas une idée neuve de Plenel mais une idée mainte fois expérimentée et mainte fois écartée. La raison est technique et non pas idéologique.
Les internautes ne visitent pas les sites depuis les pages d’accueil mais, de plus en plus, ils entrent directement par les articles publiés : 80 % du trafic d’un site provient des moteurs de recherche et seulement 20 % de lecteurs fidèles. Ce pourcentage n’est pas prêt de s’inverser parce que le web développe une architecture en réseau distribué. Seule une navigation par tags a aujourd’hui du sens (et le web sémantique amplifiera ce phénomène). Nous entrions par les pages d’accueil à l’époque des annuaires. C’est terminé depuis la fin du vingtième siècle (au moins dans 80% des cas).
Plus les internautes pratiquent le web, moins ils utilisent leurs bookmarks pour naviguer (ils servent d’archivage). Nous n’allons pas tous les jours lire les mêmes sources mais de plus en plus les sources qui répondent à nos besoins du moment. Ainsi nous utilisons en priorité les moteurs de recherche d’où les 80% (et d’où le projet coZop).
Mediapart se coupe donc de 80% des lecteurs potentiels. Même s’il laisse Google indexer ses pages de contenu, les internautes ne peuvent rien lire, les blogueurs ne peuvent rien linker, les pages Mediapart vont se perdre dans les limbes du web. Tous les nouveaux venus arrivent sur une invitation à s’abonner. Il sera facile de calculer que les abonnements gagnés par visiteurs rapporteront moins qui si on avait laissé entrer ces visiteurs et les avait laissé voir des pubs. Tous les acteurs qui ont tenté le payant ont abouti à cette conclusion.
Personne n’est contre le payant sur le web. C’est juste qu’il rapporte moins comme je viens de l’esquisser. Faire de la qualité passe par le gratuit. On gagne plus, donc on peut mieux payer ses journalistes. Si un Mediapart gratuit se monte il enfoncera le Mediapart payant. Comme il sera plus rentable, il sera vite meilleur et personne n’aura intérêt à payer. Voilà pourquoi le modèle médiatique payant s’est peu à peu délité.
C’est la situation actuelle. Elle ne changera que si la technologie change. Plenel n’y peut rien. Comme le suppose Zilbertin, Mediapart finira par devenir gratuit. Ce ne sera peut-être pas en septembre mais le jour où le cash manquera. Seuls les services qui ne tirent pas profit des moteurs de recherche peuvent envisager le modèle payant.
Notes
- Pour tous les articles Mediapart indexés en intégralité par Google, il suffit de lancer une requête avec le titre de l’article pour obtenir le début de l’article. En lançant une requête avec la fin du résumé, on retrouve quelques mots supplémentaires dans le résumé suivant qui s’affiche. De proche en proche, des requêtes Google nous fournissent l’intégralité de l’article. Je n’ai pas cherché mais un petit malin a sans doute déjà créé un tel service qui, à partir de Google, régénère les pages payantes du web. Proposer un article payant et laisser Google l’indexer en intégralité est un non sens.
- Mediapart est donc à la merci d’un programmeur qui aurait quelques jours à perdre. Pour lui résister, Mediapart devrait interdire à Google d’indexer la totalité des textes mais alors ce serait se couper encore d’avantage de la principale source de visiteurs.
- Sans même passer par un service intelligent, il suffit qu’un abonné Mediapart copie-colle à travers un anonymizer les articles sur un blog situé à l’autre bout du monde et Mediapart devient gratuit… Comme les pages Mediapart ne sont pas linkées par les blogueurs, elles risquent vite de se retrouver moins bien classées que les pages du blog pirate.
- Enfin, demander à Google d’indexer un contenu différent de celui affiché aux internautes s’appelle du cloaking. En ce moment, Mediapart enfreint la charte Google (je suis bien placé pour savoir ce que ça implique). Mediapart ne risque pas grand-chose… mais Google se les payera quand il le voudra. Pour un media qui se veut indépendant, c’est le bouquet.
компютри втора употреба
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26 May 2008
Quelques définitions pour commencer.
- Ne pas étudier. Expression du peuple des connecteurs qui était entendue au sens de ne pas suivre un parcours étiqueté mais choisir dans l’immensité des savoirs ceux capables d’enrichir sa personnalité. Ne pas étudier ne veut donc pas dire ne pas apprendre mais apprendre ce que tu choisis d’apprendre, ce qu’aucun cursus ne peut te proposer, même le plus maléable. Quand tu commences par faire un école pour avoir un diplôme qui te donnera tel ou tel job, il y a un bug.
- Généraliste. Antonyme : spécialiste. Synonyme : éclectique. Celui qui n’est spécialiste de rien a priori mais qui a l’aptitude de plonger dans un domaine si nécessaire. Ératosthène est le prototype du généraliste. Un généraliste ne s’enferme pas dans une voie une fois pour toute. Ainsi un généraliste « n’étudie pas », il ne fait pas une école (et s’il en fait une ça n’a aucune importance), car il n’existe pas d’école du généralisme (chaque généraliste s’invente son cursus). Il ne connaît pas moins de choses qu’un spécialiste mais les choses qu’il connait se répartissent plus horizontalement.
- Spécialiste. Personne ne peut s’intéresser qu’à une chose donc le pur spécialiste ne peut exister. Mais un critique d’art plastique qui ne sait parler que de l’art et qui n’ose jamais parler de littérature, de musique, de mathématique, de philosophie… est un spécialiste. L’analogie médicale suffit à bien comprendre la différence entre généraliste et spécialiste. Dans Ératosthène, je défends l’idée que, en période de changement extrême, le spécialiste n’est plus adapté car les spécialités du passé explosent et celles de l’avenir n’existent pas encore.
- Expert. C’est un mec qui a un CV et qui, de ce fait, est censé avoir une opinion juste sur quelque chose. Un expert peut être un généraliste ou un spécialiste. C’est une fonction sociale souvent employée pour justifier les décisions de ceux qui se placent au-dessus des autres (et nous faire avaler des couleuvres). Voilà pourquoi je déteste les experts. Il faudrait leur faire confiance banco.
- Structure. J’oppose ce mot à désordre et l’associe à une forme d’ordre. Ainsi la plupart des phénomènes naturels apparaissent structurés. Tous les réseaux, sauf les réseaux aléatoires, ont donc une structure.
- Hiérarchie. C’est une structure très particulière qui se schématise en strates, souvent suivant le modèle pyramidal mais pas seulement. Dès que je parle de hiérarchie, je pense au mille feuilles (un de mes gâteaux préféré) et je me dis toujours que je préfèrerais être la couche supérieure bien croustillante que celle coincée entre deux tartines de crèmes (chantilly de préférence à au beure).
Maintenant, je vais répondre une seconde fois à Stan suite à ses nouvelles interventions. Je ne crois pas que nous soyons d’accord comme tu le supposes. Que les hiérarchies facilitent la vie ne justifie pas que nous les utilisions. La dictature a quelques avantages aussi, en économisant par exemple la liberté. L’efficacité ne justifie rien du tout.
Je pense que nous devons nous affranchir des hiérarchies car, même bien intentionnées, elles contiennent les germes de la dictature. « Puisque je suis au-dessus de toi, tu vas faire ce que je te dis. » Nous devons nous casser la tête pour y parvenir (et c’est possible…). C’est valable en informatique comme dans la vie de tous les jours. Si en informatique nous nous enfermons dans des systèmes hiérarchiques, nous seront les esclaves de ceux qui contrôleront ces hiérarchies. Voilà pourquoi, par exemple, j’applaudis toutes les tentatives de création de réseaux indépendants du système de nommage traditionnel par DNS (le point à point de modem en modem par exemple).
Je ne veux décapiter rien du tout. Je ne prône pas la révolution. Je pense que nous pouvons construire à côté du système hiérarchique un système qui ne le serait pas ou le serait de moins en moins (de nombreuses amorces existent). Les gens choisiront alors dans quel système ils vivront.
Jusqu’à aujourd’hui, le système hiérarchique n’a jamais laissé ces initiatives se développer (les utopies pirates par exemple…). Logique, dans ce système, les hiérarques entendent garder leur position dominante. Le système hiérarchique a cela de particulier qu’il est sectaire. Les hiérarques croient invariablement qu’il existe un idéal dont ils sont très proches. Si on faisait la statistique, nous trouverions sans doute que 100% de ces hirérarques croient en une des trois religions du livre (ou apparentée), forme très spéciale de spiritualité, qui a pour conséquence de renforcer leur position en la justifiant.
Pour moi, une autre forme de spiritualité peut exister, une spiritualité qui ne recourt à aucune hiérarchie. Depuis la nuit des temps, des centaines de dieux ont existé, souvent placés au-dessus des hommes, sauf dans les religions comme le bouddhisme qui ne recourent pas au concept de Dieu ou plutôt qui le placent en chacun de nous. Pour un humaniste, l’homme est plus important que Dieu. Nous devons aimer ce qui existe sous nos yeux. Il y a une chose merveilleuse dans le monde : la créativité. Elle déborde de partout. C’est la véritable merveille et c’est elle que je préfère vénérer… Elle a la puissance de nous arracher des habitudes et d’inventer ce que beaucoup jugent impossible.
J’en reviens à quelque chose de plus terre à terre mais qui est intimement lié à ce qui précède. Stan, quand tu dis que les experts doivent simplifier leur discours pour se faire comprendre, tu poses un postulat qui n’a rien de nécessaire. Dans une société non hiérarchique, il ne s’agit pas de se faire comprendre de tous mais de tous ceux que ça intéresse. Et tu peux parier qu’il y aura des gens capables de te comprendre (si tu es capable de t’exprimer clairement).
C’est le modèle hiérarchique, sa version pyramidale, qui nous a imposé la vision « moi Dieu doit être entendu de tous. » Mais c’est absurde. Tout le monde ne peut pas entendre tout le monde. Partant de là, on parle à ceux qui veulent nous entendre et jamais à tout le monde (ce qui est tout simplement impossible… à moins de se prendre encore une fois pour Dieu). D’un côté, il y a des gens qui sont ouverts, qui discutent et se mettent en position de faiblesse. De l’autre, il y a des experts qui se protègent car ils protègent leur gagne-pain.
L’éducation, qui nous impose de manière autoritaire l’accumulation de savoir, est essentielle afin de devenir soit même un expert dans une poignée de domaines et être en mesure non pas de comprendre la communication extérieure simplifiée d’un système, mais le système lui-même.
Tu poses encore le même postulat. Si seuls les experts peuvent comprendre quelque chose, si les autres n’ont pas accès à leur expertise, nous sommes en état de dictature. Je ne prétends pas que nous devons tous devenir les experts de toutes choses, devenir neurochirurgien au moindre mal de crâne, mais juste que nous devons plonger dans ces matières si nous en éprouvons le désir (dans ce cas, il faut bosser je n’ai jamais supposé que quiconque avait la science infuse). À ce moment, nous devons pouvoir prétendre dialoguer à égalité avec ces dits experts.
Tu balaies d’un revers de la main la vie de tous les grands éclectiques qui au cours des siècles ont fait avancé la culture humaine. D’Ératosthène à Da Vinci, de Cicéron à Leibnitz… Je pourrais citer tous le courant contemporain des nouveaux essayistes américains, à commence par Taleb. Lui et ses amis, dont certains prix Nobel, ont fait le choix de publier leurs nouvelles idées dans des livres distribués en librairie plutôt que dans des revues scientifiques. Les experts ne parlent plus aux experts car ils ont compris que l’innovation peut jaillir de partout (c’est le principe de la wikinomics).
Il ne s’agit donc pas pour moi de pproposer un monde où personne ne se ferait confiance, bien au contraire. Je demande aux experts de nous faire confiance le jour où nous nous intéressons à leur domaine. La confiance ne se donne pas aveuglément. Si un mec dans la rue te jure qu’il est pilote d’avion, vas-tu immédiatement monter avec lui en avion ? Moi, quand je vois un CV, je ne fais pas confiance. Le CV ne prouve rien. La confiance se construit. Elle n’est pas due (surtout pas aux hiérarques).
Mais je voudrais mettre en garde aux démons de cette technologie. L’accès gratuit a une information très diversifiée, vulgarisée, si peu vérifiée, ne dois pas nous donner l’illusion d’une connaissance absolue et accessible a tous. L’acquisition du savoir est difficile, l’acquisition du savoir est laborieuse, mais l’acquisition du savoir est aussi le seul moyen à notre disposition pour changer le monde qui nous entoure.
Tu supposes donc que certaines élites peuvent accéder à la connaissance absolue ! Et tu cherches à faire croire que je suis contre l’acquisition des savoirs alors que je défends pour tous ce droit… et que j’en fais même un devoir tout au long de la vie (acquisition qui n’a aucunement besoin d’être laborieuse comme tu le supposes, pour moi c’est un jeu). Je viens de lire Le Guépard. Tu me fais penser au prince Salina qui dit :
Il faut que tout change pour que tout reste comme avant.
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