De la nature humaine

Lorsque je parle d’auto-organisation et de décentralisation, on me reproche de ne pas prendre en compte la nature humaine. C’est un grand classique comme si moi-même je n’étais pas humain.

Tout d’abord qui connaît cette nature ? Qui sait où la trouver ? Elle se cache dans quel coin de notre cerveau ? Qui sait la définir ? Vercors avec ses Animaux dénaturés n’a-t-il pas montré que c’était impossible ?

J’avoue avoir déjà beaucoup de mal à définir ma propre nature. Alors définir celle de l’espèce humaine dans son ensemble m’apparaît non seulement hors de mes moyens mais tout simplement absurde. Il existe sans doute presque autant de natures humaines que d’individus. Celle de l’Oriental est-elle la même que celle de l’Occidental ? Celle d’un Français du XXIe siècle est-elle la même que celle d’un Français du XIXe ?

Parler de la nature humaine, c’est faire preuve d’essentialisme. C’est croire qu’il existe une essence de l’homme. J’y crois d’autant moins à cause de l’évolution qui ne garde rien inchangé.

Affirmer qu’une théorie politique ne prend pas en compte la nature humaine est donc absurde. Au temps de l’esclavage, les esclavagistes aussi bien que les esclaves trouvaient absurde la liberté. C’était une théorie politique qui ne prenait soit disant pas en compte le désir de certains hommes d’être assujettis par d’autres. Leurs successeurs remplacent aujourd’hui « assujettir » par « commander » ou « employer ». Un jour, ils seront ridicules d’avoir tenus de tels propos.

La démocratie a longtemps été considérée comme un système qui ne tenait pas compte de la nature humaine. Ça ne me gêne pas d’entendre la même chose sur l’auto-organisation. Nous avons appris à vivre en démocratie, nous apprendrons à vivre dans des régimes plus évolués et qui conviendront aux nouveaux états du monde.

Si nous sommes incapables d’apprendre, incapables de changer, nous n’avons plus notre place dans l’histoire de l’univers. Des espèces qui s’adaptent mieux nous succèderont.

Et si la nature humaine c’était la capacité de changer de nature ? Cette nature serait plurielle, dynamique, insaisissable…

Les idéologies ont pour fonction de proposer des directions de changement. Elles contraignent nos natures individuelles. Elles n’ont pas à tenir compte d’elles mais, au contraire, nos natures humaines doivent s’adapter aux idéologies que nous sommes capables d’inventer et de mettre en œuvre.

Nous construisons notre avenir.

Je ne vais pas maintenant jusqu’à nier l’existence des traits de caractères. Certains hommes comme moi sont ingérables, d’autres travaillent mieux sous la direction d’un manager, d’autres sont fainéants, d’autres infatigables… tout cela dessine-t-il la nature humaine ?

De nombreux psychologues proposent de nous définir à partir de cinq traits plus où moins prégnants chez chacun de nous. Mais je n’ai jamais lu le moindre article qui disait que les riches possédaient tel ou tel cocktail de compétences, les élites tel autre, les politiciens tel autre. Cinq traits avec chacun une infinité de dosage donne une infinité de personnalités possibles. Encore une fois, je ne vois pas poindre une nature humaine mais quelques grands mouvements assez imprécis.

Alors les prendre en compte oui… avec nos capteurs cérébraux, chacun à notre façon… Mais que ceux qui pensent que telle ou telle idéologie ne prend pas en compte la nature humaine essaient eux-mêmes de la prendre en compte, de prendre en compte sa merveilleuse variabilité et qu’ils nous disent ce qu’ils entendent par nature humaine. Pour ma part, je ne sais toujours pas et j’aimerais être initié à ce secret.

Il m’arrive de croiser des gens très riches, d’autres toujours en galère. Entre eux, je n’ai noté qu’une différence fondamentale, les uns avaient eu de la chance, les autres pas. La chance de bien naître, la chance d’avoir reçu une meilleure éducation, la chance d’avoir bénéficié d’un environnement favorable à leurs particularités, la chance surtout d’avoir réussit les coups qu’ils ont tenté. Et quand on réussit une fois, on se lance plus facilement la seconde et on multiplie ses chances de succès. La spirale du succès est aussi infernale que celle de l’échec.

Les idéologies de droite tendent à favoriser les spirales du succès, celles de gauche à briser celles de l’échec. Je n’ai jamais compris en quoi elles étaient antagonistes.

Éthique de la responsabilité environnementale

Faut-il contrôler la responsabilité ? C’est sensiblement la question que pose Corinne Lepage suite à La liberté pour sauver la planète. J’ai en partie répondu avec Je négligerais le pouvoir de l’argent. Plus précisément, Corinne Lepage se demande :

Pour que la responsabilité soit reconnue au niveau international, ne faut-il pas des règles et des tribunaux internationaux ?

C’est une question complexe à laquelle je vois deux réponses. La première, c’est les tribunaux, c’est une réponse que les anciens auraient pu proposer. Je ne fais qu’entrevoir la seconde et il faudrait lui consacrer un livre pour ne faire que l’effleurer. Je vais donc me contenter d’exposer mon intuition.

Comme je l’ai souvent expliqué, les systèmes auto-organisés sont les plus robustes, les plus en accord avec la nature, les plus aptes selon moi à résoudre nos nombreux problèmes sociétaux. Ces systèmes pour fonctionner ont besoin d’un jeu de règles fécondes, des règles en petit nombre qui peuvent évoluer mais qui, en même temps, sont difficiles à outrepasser (il faut laisser une faible marge de permissivité pour autoriser l’évolution).

Si la responsabilité corolaire de la liberté est l’une de ces règles comme je le crois, nous devons nous efforcer de la faire respecter. Nous devons inventer une justice de la responsabilité.

Comment punir celui qui pollue mon air, qui réduit ma liberté de respirer un air propre, qui nie ma liberté, m’incite moi-même à nier celle des autres, m’incite moi-même à l’irresponsabilité ?

La propagation de l’irresponsabilité est flagrante. J’entends toujours dire « À quoi bon protéger la planète en France puisque les Chinois polluent des centaines de fois plus que nous. » Je crois que nous devons commencer par donner l’exemple. La responsabilité elle aussi se propage. Par ailleurs, 50 % de la pollution générée en Chine est imputable à la consommation occidentale. Nous sommes donc les premiers responsables de pollution des autres.

Comment donc imaginer une justice universelle de la responsabilité ?

Tout d’abord une observation. La nécessité d’une justice universelle de la responsabilité n’implique pas la nécessité d’une gouvernance universelle. Les systèmes auto-organisés ne sont pas gouvernés même si des leaders peuvent les animer.

Une justice universelle n’a donc pas pour autant besoin d’un organe central qui d’ailleurs serait épouvantablement lourd à mettre en œuvre.

On peut imaginer une justice elle-même auto-organisée. Mais un problème se pose immédiatement. Qui fixe les quelques lois génératives de cette justice ?

Pour éviter la régression à l’infini, une boucle sans fin d’auto-organisation, il faut soit imposer par le haut un jeu initial de règles universelles, soit à petite échelle expérimenter des règles locales. Si elles s’avèrent efficaces, si les gens qui les acceptent s’en trouvent satisfaits, elles se propageront avec la responsabilité qu’elles favoriseront.

Internet s’est ainsi développé à partir de multiple initiatives locales. La justice universelle de la responsabilité environnementale pourrait faire de même.

À première vue, le passage en force par le haut semble capable de donner des résultats plus rapides que cette approche évolutive mais, dans un domaine où la liberté doit elle aussi-être favorisée, je doute de son efficacité. Dans un univers complexe, la ligne droite n’est pas le plus court chemin. Chacun de nous doit choisir la responsabilité… Ça prendra du temps mais ça marchera.

Si Tim Berner Lee avait créé le premier navigateur web avec l’intension de remplacer la presse, on lui aurait ri au nez et son invention aurait été méprisée. Il faut avancer pas à pas. Internet n’a pas été créé comme un media killer, il le devient peu à peu. Mais il apparaît comme la solution la plus foudroyante pour tuer la presse papier. Aucune attaque préméditée, dite rationnelle ou top-down, n’aurait été aussi redoutable.

Et qu’aurait-on dit à Time Berner Lee s’il avait affirmé que son navigateur règlerait les problèmes écologiques ?

La police environnementale hors de l’État

Supposons maintenant qu’à une échelle donnée nous nous imposions la responsabilité environnementale. Comment punir l’irresponsable ? C’est en gros le travail de la justice traditionnelle. Un voleur ou un assassin sont d’une certaine façon des irresponsables.

Qui dit punir, dit police. Qui dit police, dit État. Une justice universelle aurait donc besoin d’un État lui aussi universel, autrement dit d’une gouvernance mondiale.

Là encore nous pouvons imaginer une autre approche. L’irresponsable doit être confronté à la responsabilité des autres. « Si tu me forces à respirer l’air que tu pollues, je ne peux pas l’accepter. Je dois te dénoncer. J’en ai aujourd’hui les moyens avec internet et ces moyens ne vont que se multiplier. »

Cette dénonciation n’est pas de la délation car le dénonciateur est avant tout une victime. Quand je découvre dans un aliment un produit nocif, ou un produit tout simplement inutile, je me dois d’en avertir mes amis et tous les membres de mon réseau.

Responsables, ils sauront que faire, par exemple boycotter le produit décrié, donc punir immédiatement l’irresponsable sans qu’une police ou même un tribunal n’intervienne. Comme dans le cadre d’une justice traditionnelle, la peur de la punition agira aussi.

Ce système ne peut fonctionner que dans le cas d’un rapport de force en faveur des hommes conscients de leurs responsabilités. Il ne peut naître qu’à petite échelle et se généraliser. Il faut commencer par lutter contre les petits irresponsables avant de s’attaquer aux plus gros.

Il serait vain de vouloir faire changer de logique Monsanto ou Total avec une approche bottom-up. Dans la situation actuelle, il faut opposer à ces monstres d’autres monstres, c’est-à-dire des organismes aussi puissants qu’eux. C’est en gros la situation actuelle, une situation plutôt bloquée d’ailleurs.

Mais ne condamnons pas l’approche par le bas sous prétexte qu’elle est impuissante contre les gros. La progression de la responsabilité est en route. Le degré de responsabilisation augmente chez beaucoup de gens. Un de ces jours, un seuil sera franchi où les responsables seront les plus puissants que les irresponsables, même les plus gros.

En attendant, les lois contre les pollueurs peuvent favoriser la responsabilisation. Elles ne règleront pas tous les problèmes. Elles ne sont même pas la solution aux problèmes. Elles m’apparaissent comme les règles génératives primitives de la responsabilité environnementale. Comme lors d’un bootstrapping, elles disparaîtront une fois la responsabilité dominatrice. Le but est d’éviter la pollution a priori pas de punir les pollueurs.

Mais ces lois devenus inutiles ne disparaîtront pas si elles émanent d’une institution internationale. Je vois dans ces monstres centralisés un danger. Ces entités quasi autonomes une fois en place cherchent toujours à se perpétuer. Elles ne font alors qu’entraver le système et en bloquent l’auto-organisation.

Créer pour régler un problème elles sont incapables de s’auto-dissoudre une fois le problème résolu. Grosses entités créées pour lutter contre de grosses entités, elles chercheront à les préserver pour justifier leur existence.

En fait, les lois contre les pollueurs n’ont pas besoin d’être unifiées ou centralisées. Chacune impose sa contrainte et pousse dans son domaine d’application, dans sa région d’application, à la responsabilité.

Une des meilleures lois est aujourd’hui l’information. Quand tu sais les merdes que tu bouffes, tu deviens responsable et tu sanctionnes à ton échelle les irresponsables.

La responsabilité ne s’impose pas, elle se gagne.

C’est un long chemin mais il mène plus surement au but que la voie directe qui semble par trop évidente : une bonne loi universelle.

Nous avons besoin d’une prise de conscience universelle, pas d’une loi universelle.

Les lois mettent en œuvre l’éthique, elles ne la précèdent pas.

Nous devons construire une éthique universelle de la responsabilité environnementale. Nous devrions étudier les quelques peuples, souvent qualifiés de primitifs, qui ont développé une éthique de la responsabilité environnementale. Je pense aux indiens Koguis décrits par Éric Julien.

Comme par hasard ces sociétés étaient souvent non centralisées. L’autorité supérieure a tendance à déresponsabiliser car il y a transfert de la responsabilité vers le haut. Nous avons besoin de la ramener au niveau de chacun des pollueurs potentiels, c’est-à-dire chacun de nous.

Si les employés d’une entreprise qui pollue sont responsables cette entreprise ne polluera plus. Si au contraire l’entreprise affronte l’entité internationale, nous nous trouvons en situation de guerre où le plus puissant l’emporte, le plus puissant étant le plus riche… et le plus riche est souvent l’irresponsable qui s’enrichit en s’asseyant sur la liberté des autres.

L’irresponsabilité ne doit pas être monnayable. Or, si elle est du domaine d’une instance quelconque, elle le sera car cette instance sera achetable alors que nous tous, notre foule intelligente, ne l’est pas.

Je négligerais le pouvoir de l’argent

C’est en tout cas ce que me reproche un commentateur. Je crois plutôt que je ne néglige aucun pouvoir car j’estime tout pouvoir nocif dès qu’il se trouve concentré entre quelques mains.

L’argent est un pouvoir mais nous ne le contraindrons pas en le régulant, c’est-à-dire en lui imposant un pouvoir plus fort.

Cette volonté de réguler revient à se placer dans une situation d’affrontement, dans un état de guerre. Il existe une autre solution : la résistance individuelle, la réappropriation par les individus des pouvoirs jusqu’alors concentrés. C’est ce que j’ai appelé le cinquième pouvoir.

Le différé appliqué sur la cérémonie d’ouverture des JO de Shanghai par la chaine américaine CBS est vu par certains comme la démonstration de la toute-puissance de l’argent. Ils crient à la censure. À la restriction de la liberté. Mais atterrissez. Les JO c’est du marketing… et je me prive moi-même de l’ouverture, surtout quand cette ouverture a pour but de démontrer la toute-puissance du totalitarisme et nie la liberté individuelle en réduisant chaque homme à une fourmi sur une fresque géante.

La TV c’est un business… qui s’en préoccupe est esclave de ce business.

L’argent achète les hommes qui ne sont pas libres.

Se libérer revient souvent à refuser d’acheter et de consommer. Pour le moment, nous avons cette liberté.

Si vous regardez la TV… vous acceptez le monde que vous dénoncez… comme les alters qui portent des Nike…

La liberté est non monnayable.

Voir les JO n’est pas une liberté… mais un ordre professé par les gens dont vous dénoncez les manœuvres liberticides.

Et n’oubliez pas que sur internet les images circulent aussi… que la liberté y règne encore un tout petit peu. Cette liberté vaut bien quelques inconforts comme des images de moindre qualité.

Il faut savoir ce qu’on veut.

Quand le monde ne nous plait pas, on peut lui dire merde mais on ne peut pas en même temps regretter ce qu’on quitte. L’aventurier ne sait pas à l’avance vers quelle terre il part.

La liberté pour sauver la planète

Dès qu’il est question des solutions pour atteindre un meilleur avenir, j’ai presque toujours constaté que deux camps se formaient : d’un côté les ultralibéraux, de l’autre les écologistes.

On a beau dire que le monde n’est pas tout blanc et tout noir, il nous apparaît souvent ainsi dans les débats où les opinions se cristallisent sur des positions extrêmes.

En gros, les libéraux veulent avant tout préserver les libertés individuelles. Ils sont donc contre des mesures qui voudraient imposer à tous certains comportements stéréotypés, par exemple rouler avec tel ou tel type de voiture, trier de telle ou telle façon les ordures, employer des ampoules économiques plutôt que classiques…

De leur côté, les écologistes pensent souvent que nous avons besoin de mesures érigées par le haut pour nous imposer certaines attitudes responsables.

Je me sens libéral et je trie mes ordures, j’utilise des ampoules économiques, j’ai le solaire à la maison, je mange bio… Les deux camps que je viens de décrire n’existent peut-être pas car je ne m’y retrouve pas mais je les ai observés s’affronter hier matin alors que, en route vers le Cap Ferret, j’écoutais sur France Inter Jean-Marc Fedida l’auteur d’Impasse de Grenelle. C’est un libéral qui craint les dérives totalitaristes de certains écologistes et qui dénonce les extrémismes comme j’ai pu le faire.

Au début de l’émission, un vote sur internet a été évoqué où une majorité des votants serait prête à renoncer à certaines libertés individuelles pour sauver la planète.

Ce chiffre m’a fait trembler. Depuis quelques temps, je sens partout la montée du totalitarisme : parfois pour combattre le terrorisme, d’autres fois la dépression économique, d’autres fois encore les dérèglements climatiques. Dans un monde complexe qui échappe de plus en plus au contrôle, les hommes de pouvoir feront tout pour essayer de maintenir quelques bribes de ce pouvoir. Nous voyons les prémices de ce mouvement sur internet où tout est bon pour imposer des règles liberticides. À force de céder de ci de là des bribes de liberté nous ne serons plus libres.

Jean-Marc Fedida a tiré la sonnette d’alarme assez maladroitement. Il a mal répondu à ses opposants : une auditrice manifestement intégriste, Noël Mamère et Corinne Lepage. Il leur a mal répondu car il n’a jamais montré qu’il était soucieux de la sauvegarde de la planète. Il a laissé croire qu’il était un ultra… de ces gens qui pensent que les hommes libres s’en sortent toujours, qu’ils finissent par trouver des solutions à tous les maux. J’ai cet espoir mais rien ne me donne cette certitude, sinon une foi aveugle en l’homme et ce n’est pas cela l’humanisme.

Dans un monde aux ressources illimitées, qui dispose d’un temps illimité, je suis sûr que nous serions capables de trouver la solution à n’importe quel problème. Malheureusement, rien ne nous prouve que nous soyons dans cette situation.

Pour autant, je ne peux suivre Corinne Lepage qui appelle à une gouvernance mondiale et à des règles universelles. Qui est capable de fixer ces règles ? Les experts ? Dans ce cas, nous nous trouvons bien dans une forme de dictature de l’expertise.

Depuis quand les experts ont-ils raison ? Il suffit de se tourner en arrière et d’observer que pour un qui dit juste il en existe souvent dix qui disent n’importe quoi. Je doute de leur compétence à nous légiférer.

J’ai montré dans mes livres que les mesures globales étaient par ailleurs très dangereuses, notamment quand elles visent à sauvegarder l’environnement. La solution, c’est la méthode de l’essai et de l’erreur à l’échelle individuelle. Il faut que les gens comme les entreprises puissent expérimenter à petite échelle avant que par auto-organisation nous assistions à une consolidation des mesures effectives.

Jean-Marc Fedidas n’a pas défendu cette troisième voie intermédiaire, ces troisièmes voies qui sont presque aussi nombreuses que chacun de nous. Nous avons deux extrêmes et entre elles des solutions innombrables.

Sans la liberté d’entreprendre nous ne sauveront pas la planète. Loin d’une exclusion entre libéralisme et écologie, il y a une complémentarité fondamentale et indépassable. Je pense que notre salut ne passera que par cette compréhension et je suis effrayé de voir souvent que ces deux facettes s’opposent systématiquement. C’est encore une forme de schizophrénie, un refus de la pensée complexe chère à Edgard Morin.

Je crois que quelques mesures générales doivent être prises par le haut. Les fameuses lois qui facilitent l’auto-organisation et lui donne une direction. Pour le reste, la liberté est capitale. Surlégiférer reviendrait à tuer notre capacité à innover.

Et pourquoi avons-nous besoin de quelques lois génératives ? Parce que la responsabilité n’est pas intégrée par tous comme corolaire de la liberté. Il y a des libéraux qui l’oublient… et, au nom de leur liberté, piétinent celle des autres. « Si je pollue ton air, je restreins ta liberté de respirer… je ne suis donc pas libéral car je ne suis pas responsable. »

Au non du droit de vivre, nous devons préserver la planète… préservation qui ne peut passer que par la liberté.

Nous n’avons pas à choisir entre nos libertés et sauver la planète, nous aurons la liberté et la planète ou ni l’une ni l’autre. La liberté sans planète n’est pas viable. Et la planète sans liberté serait un dénie de notre humanité comme la dit d’ailleurs Fedida.

De l’identité

Comme il arrive souvent j’ai l’impression d’écrire comme un pied et que vous ne comprenez rien à ce que j’écris. Encore une fois vous me faites dire ce que je n’ai pas dit, vous me faites dire le contraire, vous me faites dire ce que vous voulez m’entendre dire pour mieux me contredire. Je vais tout reprendre.

Si vous attendez d’être sur internet pour changer de vie, vous ne changerez pas de vie et encore moins le monde. Les gens qui s’expatrient pour changer de vie ne changent rien. Le voyage ne suffit pas à faire un homme. Il est peut-être, tout au plus, une condition nécessaire. C’est en gros ce que je dis.

Je suis pour l’expérimentation mais je ne vois pas pourquoi la limiter à des circonstances rares, à des moments particuliers. Au web par exemple. Voilà en fait le sujet de mes livres. Je dis « Regardez nous inventons sur le net d’autres façons de faire qui pourraient se généraliser ailleurs. »

Dans un monde complexe, il n’y a pas de frontière étanche. Plus internet se développe, plus ce que nous y faisons influence ce qui se passe en dehors d’internet et réciproquement.

Tout ce que vient de dire sur la consistance de l’être est en accord avec mes déclarations d’interdépendance et d’interdépendance.

Vous devez prendre en compte ces textes quand vous me lisez et ceux qui les ont amenés. Je ne suis pas un journaliste qui doit mettre toute sa pensée dans un seul article. Je n’ai pas cette contrainte. On conseille sur le net d’écrire court, j’écris long… et chacune de ces longueurs se fait suite.

J’en reviens à la consistance. Je ne crois pas qu’on puisse se séparer en parties distinctes, je ne crois pas que ce soit possible, je crois même que c’est dommageable, pour nous-mêmes comme pour la biosphère dans son ensemble. En tout cas j’ai souffert de cette dualité et je l’ai résolue, en partie seulement il est vrai, en essayant de tendre vers une forme de monisme. Mais ce monisme c’est celui de la complexité. Pas des facettes multiples mais des boucles de rétroaction.

Je me moque de l’identité civile de mes interlocuteurs mais je ne me moque pas de leur unité, de leur humanité, de leur identité profonde. Cette identité à mon sens se doit de dépasser le web ou tout autre cadre, elle est celle de la vie, de l’être… C’est sur cette dernière que j’attends de la transparence, de la vérité, pas sur l’adresse postale et encore moins sur l’apparence physique. Et quand il m’arrive de douter de cette identité, quand je vois que cette identité vacillante se cache derrière un pseudo laconique, utilise un e-mail d’identification auquel on ne peut même pas écrire, je me sens trahis.

Je suis peut-être incapable de prendre ce que les gens de passage ont à donner. C’est sans doute un défaut. Mais je me sens trahis seulement quand des gens s’installent, que je m’habitue à eux et que je découvre qu’ils ne sont que des masques. C’est terriblement décevant. Ce blog après tout est le mien, ce n’est pas tout à fait chez moi, mais ce n’est pas n’importe où sur le web.

Alors vouloir me faire dire que nous n’aurions pas le droit de changer de point de vue en référence à la consistance que je viens d’évoquer n’est pas loyal. Vous allez dire que personne n’a aucune raison d’être loyal avec personne… mais c’est une sorte d’éthique minimale que je respecte malgré moi.

Je recommence encore une fois…

Nous avons le devoir d’évoluer, de changer de point de vue, mais pas seulement sur le web.

Nous avons le droit de mener plusieurs vies, mais pas seulement sur le web. D’ailleurs c’est quoi avoir plusieurs vies ? C’est simplement vivre intensément. Ces vies n’ont aucune raison d’être étrangères à elles-mêmes. Elles n’en forment qu’une. Elles ne peuvent qu’en former qu’une à cause de l’interdépendance.

Être consistant ne veut pas dire être spécialisé.

Ératosthène était un généraliste consistant.

Je suis un peu blogueur, un peu développeur, un peu écrivain, un peu père, un peu mari… je suis tout cela en même temps. Quand je blogue, je ne mets pas tout le reste de côté. En même temps que je vous écris, j’entends mes enfants jouer à l’étage en dessous. Et sans doute que leurs cris se mêlent à ces mots d’une façon où d’une autre.

Je ne suis pas allé sur une autre planète mystérieuse pour vous écrire.

Le web aide à dépasser de vieilles limites et de vieilles barrières mais c’est toujours nous qui les franchissons. Nous emportons avec nous notre bagage. S’il ne nous plait pas, nous devons le changer peu à peu mais ce n’est pas le lieu où nous nous trouverons qui le fera pour nous.

Il le cachera peut-être aux yeux des autres mais pas aux vôtres. Tant que ce bagage vous déplaira vous n’aurez franchi aucune frontière.

Exister sur le web et ailleurs

Tout le monde serait beau, tout le monde serait gentil, tout le monde aurait le droit de se contredire, de jouer un rôle ici ou là, de tantôt fermer sa gueule quand il se trouve en face d’un méchant, de l’ouvrir sur le net parce que personne ne peut mordre… Je ne suis pas d’accord.

Il y a presque vingt ans maintenant, quand je travaillais dans une entreprise en tant que salarié, je souffrais de ne pas avoir de temps pour écrire. Quand, avant le travail ou après, j’écrivais, je souffrais de ne pas prendre du bon temps en terrasse de café avec mes amis… et, quand j’étais avec eux, je me disais que je gâchais du temps que j’aurais pu consacrer à l’écriture.

J’étais le jeune cadre dynamique, l’écrivain, l’ami… mais jamais tout cela en même temps. Mes multiples facettes me pesaient car je ne savais pas comment les concilier.

J’ai mis presque dix ans à me sortir de cet enfer.

J’ai mis presque dix ans à être moi-même quoi que je fasse.

J’ai mis presque dix ans à ne plus vouloir être en plusieurs endroits en même temps, à faire plusieurs choses en même temps.

Aujourd’hui encore le mal me reprend parfois mais jamais longtemps. Quand j’écris sur le web c’est le même Thierry Crouzet que celui qui parle avec ses amis ou qui parfois participe à un débat. Je ne suis pas plus odieux dans une circonstance que dans une autre. Je suis peut-être toujours odieux mais ce niveau d’odieuserie varie peu.

Travailler, s’amuser, aimer, vivre… tout cela ne fait qu’un, c’est ma vie, je ne fais plus de différence, je fais tout en même temps, je passe d’une chose à l’autre et j’y reviens. Je ne suis plus sans cesse en train de divorcer de moi-même. Je n’ai pas besoin d’internet pour dire ce que je pense, je le dis à chaque occasion. J’essaie de ne plus changer sans cesse de casquette, je ne me range plus sans cesse dans des boîtes différentes.

Alors je m’énerve quand je vois des gens qui sous couvert de l’anonymat du web joue des doubles-jeux… Si encore c’était par jeu… Trop souvent je perçois le désir d’exister autrement, de mener grâce au web une autre vie. Il y a des espaces pour ça sur le web mais l’ensemble du web ce n’est pas ça. Le web c’est la vie, c’est un autre territoire.

Ne pas être soi-même, se chercher, c’est légitime… Ce n’est pas ça que je reproche… mais plutôt de ne pas se chercher, d’accepter comme naturelle l’inconsistance.

Certains internautes me font penser aux touristes qui débarquent dans le Midi et qui perdent alors leur sens civique. Pour moi, c’est un bug, une preuve que le civisme d’un temps n’est pas assumé, que la vie encore une fois n’est pas une mais qu’elle cherche à être autre.

C’est bien de vouloir être autre.

Mais alors pourquoi ne pas le vouloir sans cesse ? Pourquoi ne pas être autre chez soi et attendre de l’être en terre étrangère ? J’ai toujours détesté les gens qui disent qu’en voyage ils vont à la rencontre des autres. Et le reste du temps ?

Si j’ai l’âme d’un emmerdeur, autant que j’assume, que je sois toujours un emmerdeur. Je n’utilise pas le web comme exutoire à une incapacité à être moi-même. Quand j’ai envie de dire merde je le dis, sur le web comme ailleurs.

J’ai mis du temps à rassembler les morceaux de moi-même, j’ai sans doute encore beaucoup de progrès à faire, mais j’accepte mal les gens qui sous couvert du relativisme, du droit à la diversité, refusent leur complexité. Ils la voient comme un patchwork de couleurs juxtaposées alors qu’elle est une fusion dominée par l’interdépendance.

Le relativisme peut être une attitude mais pas une attitude pour cacher une absence d’attitude.

Notes

  1. Je suis joueur. Tous les joueurs jouent leur vie au cours d’une partie. Nous jouons parce que le jeu intensifie la vie. Le jeu, c’est la vraie vie, souvent à son paroxysme. Celui qui joue pour passer le temps ne sait pas ce qu’est le jeu.
  2. Je finirai par dresser une statue à l’effigie de Demian West. Je suis presque sûr qu’il est toujours aussi fou, toujours aussi rasant. Au moins, il est lui-même. On aime ou on n’aime pas mais c’est respectable. Pour jouer son rôle, il me rentrera dedans, il se foutra de ma gueule, ce sera bon signe… S’il cessait, il tomberait dans le piège du dualiste que je dénonce.
  3. Avoir de multiple facettes peut être fécond. Je pense à Fernando Pessoa. Cette multiplicité est alors assumée, autoféconde. Elle n’est pas fuite ou exutoire comme je le remarque sur le net. Un troll, c’est quelqu’un qui a de multiples facettes mais qui ne les assume pas, qui ne les a pas choisies. En ce sens Demain West n’est pas un troll car il n’oublie jamais la règle du jeu qu’il s’est fixée. Et Pessoa n’était pas un inconsistant. Il s’était trouvé avec ses hétéronymes.

C’est la merde qui prédomine

Beaucoup de blogueurs, dont moi parfois je l’avoue, éprouvent de l’amertume devant la faible fréquentation de leur blog. Il existe pourtant une recette quasi infaillible pour connaître la gloire blogosphérique (plus de 10 000 visiteurs uniques par jour).

  1. Choisir une niche très active commercialement : iphone, ultraportable, GPS… ou très croustillante médiatiquement, les people et parmi eux ceux qui font le buzz. Vous devez parler de ce que les gens cherchent sur Google. Les sujets technologiques sont les plus faciles à monter en épingle. Par exemple, un toubib réussit à faire plus de 4 millions de visiteurs par mois avec un blog sur les rumeurs du monde Mac.
  2. Être un des premiers sur cette niche pour assurer l’antériorité dans les bases de données des moteurs.
  3. L’antériorité fera que vous serez cité comme référence par les autres blogueurs et votre ranking augmentera par une effet d’inertie.
  4. Publier et encore publier pour ne laisser échapper aucun mot-clé. Google scanne votre blog toutes les quinze minutes. Vous devez être en ligne avant vos concurrents. Vous leur arracherez des visiteurs même si vous avez un plus mauvais ranking qu’eux.
  5. Autant dire que faire du copie/coller ne sert à rien. C’est une totale perte de temps. Il faut présenter les choses de manière originale et avant les autres. On ne peut copier que si on dispose d’un ranking égal ou supérieur à ses concurrents. Ce n’est pas comme ça qu’on émerge.
  6. Avoir une bonne santé. Vous devez rester connecter en permanence. Avoir un réseau d’informateurs. Si vous laissez tomber la pression, vous serez distancé.
  7. Si en prime vous trouvez un ton original, vous empochez le jackpot.

Cette recette fonctionne. À vous de savoir si vous avez la vocation pour l’appliquer, sachant que les niches ne se maintiennent jamais longtemps et qu’il faut sans cesse se remettre en question.

Cette recette ne vous donnera pas des lecteurs mais des visiteurs. J’en ai appliqué une variante lorsque j’écrivais des livres de vulgarisation sur internet. À l’époque, je vendais 100 000 exemplaires par an mais je n’existais pas. Les gens qui lisaient mes livres se moquaient de savoir qui les avait écrits car n’importe qui aurait pu le faire. Ils avaient besoin des informations que je publiais mais ils se fichaient bien de la petite main agissante. Ils avaient raison car je ne diffusais aucune vision qui m’était propre. Je me faisais simple médiateur.

À vous donc de savoir si vous voulez plutôt des visiteurs ou plutôt des lecteurs ? Si vous voulez être un éditeur ou un auteur ? Si vous voulez poursuivre l’audience ou poursuivre votre route ? Il y a peu de chance que l’une et l’autre de ces quêtes se croisent, sinon par hasard.

Par exemple, avec blogeee.net, Pierre Lecourt allie sa passion pour les ultraportables avec la mode actuelle autour de ces machines. Je pourrais citer une quinzaine de blogueurs éditeurs comme lui en France.

C’est une bonne manière de gagner agréablement sa vie mais nombre de blogueurs poursuivent un autre objectif. Ils veulent changer le monde, changer leur monde, changer leur vie… Je me range parmi eux mais il serait déraisonnable, en plus, d’exiger un succès tonitruant.

Je ne dis pas que c’est impossible mais c’est forcément aléatoire. Il ne suffit pas d’être le premier sur un créneau et de s’y tenir. Il faut un concours de circonstances, le même qui amène un écrivain à connaître le succès… et pour que cela soit possible, pour que de temps en temps, un écrivain émerge, il en faut beaucoup d’autres qui expérimentent.

Nous autres blogueurs révolutionnaires sommes maintenant dans cette phase de maturité. Les médias ne se focaliseront plus sur nous juste à cause du mot blog mais parce que nous diront des choses qui, peu à peu, prendront du poids.

Nous devons prendre notre temps. Nous ne devons pas nous efforcer à publier tant et plus, chose indispensable pour un blog à succès qui arrache des visiteurs à Google à coup de mot-clé.

On pourrait accuser Google d’ailleurs de favoriser la mode. Mais Google ne fait que réinventer sur le web ce qui existait avant. Si vous écrivez sur ce que les gens aiment lire, et surtout aiment chercher, vous avez plus de chances d’être lu que si vous écrivez sur ce qui vous travaille.

Au final qu’est-ce qui est le plus important ?

À vous de décider.

Pour ma part, être lu pour être lu ne m’intéresse pas. J’ai encore ce luxe. Je ne dis pas que je ne veux pas être lu mais je ne veux pas l’être à n’importe quel prix. Tant que je le peux, je ne quitte pas ma route.

Je sais bien que beaucoup de blogueurs se décourageront. Mais beaucoup d’écrivains se découragent aussi. C’est la vie. Et le meilleur de la forme blog est justement à venir.

La schizophrénie de l’interdépendance

Je vois deux types d’interdépendance, l’une négative, l’autre positive.

  1. Si un industriel pollue une rivière, il dérange tous les riverains de cette rivière, tous ceux qui consommeront des plantes cultivées avec l’eau de cette rivière, tous ceux qui se baigneront près des plages où se jette cette rivière… Cette interdépendance, plutôt cette dépendance forcée, doit être minimisée. Si un industriel nous force à boire une eau qu’il contamine, il nie notre liberté.
  2. Quand un homme dit quelque chose, quand un écrivain écrit un livre, un musicien compose une chanson… tout doit être fait pour que son message circule. Le flot d’information participe à la création de la noosphère, à la prise de conscience globale, il est vital pour la sauvegarde de la biosphère en un âge où elle est saturée par nos présences.

D’un côté une forme d’interdépendance de nature physique doit être limitée, d’un autre l’interdépendance culturelle doit être favorisée. Est-ce possible ?

Ce problème me rappelle celui de certains libéraux primaires qui veulent libérer les échanges économiques mais sont par ailleurs autoritaristes, déploient les forces de l’ordre dans les rues, cherchent à tout contrôler. C’est ce que j’appelle la schizophrénie du libéralisme. Comment ne pas tomber dans une schizophrénie de l’interdépendance ?

Une première réponse, valable aussi pour le libéralisme, est de reconnaître que le monde est complexe, qu’il n’est ni tout blanc ni tout gris. On peut aller dans un sens dans un domaine, aller dans un autre sens dans un autre domaine. Une forme d’équilibre dynamique se crée alors à la jonction d’aspirations diverses.

Une seconde réponse, qui me satisfait mieux, consiste à coupler les idées d’indépendance et d’interdépendance. L’une et l’autre doivent se construire sans se nuire et, au contraire, se renforcer.

Je dois me rendre indépendant de cet industriel qui m’empoisonne, je dois donc le pousser à renoncer à impacter l’environnement. J’y réussirai parce que je lui suis lié culturellement, parce mon discours l’influencera… et, aussi, parce que j’ai le pouvoir de le boycotter. Sans cette interdépendance entre l’industriel et moi, je ne pourrais donc pas me rendre indépendant de lui.

Maximiser l’interdépendance culturelle revient à se donner plus de pouvoir de liberté, donc plus d’indépendance. Sans interdépendance massive, les imbéciles peuvent commettre des horreurs dans l’indifférence générale.

Toute tentative de réduire l’interdépendance culturelle, donc de limiter les échanges, nous met en danger en tant que société, en tant qu’espèce.

La dictature et les tendances totalisantes seraient plus désastreuses que jamais en un temps de complexité extrême.

L’interdépendance culturelle doit être cultivée pour lutter contre la dépendance matérielle.

Le Tour toujours

Comme chaque année depuis mon enfance, je ne manque aucune des étapes phares du Tour de France. Hier, en assistant à l’intégrale Embrun-Alpe d’Huez, j’ai songé que dans un monde non pyramidal, sans média richissime, je ne pourrais pas bénéficier du spectacle.

Si les médias ne sont plus riches comment payeront-ils les avions relais, les hélicoptères, les motos images ? Aucun petit media internet ne pourra jamais assurer le suivi en direct du Tour.

Est-ce sûr ?

Je vois deux solutions pour échapper au modèle pyramidal qui aujourd’hui prévaut dans le suivi des grands évènements.

  1. Collaboratif. Des milliers de petits medias financent la retransmission. Déjà, nous ne sommes pas loin de ce modèle car le réalisateur revend ses images à d’autres medias.
  2. Boom technologique. Le passage vers une société non pyramidale de vaste ampleur n’est possible, selon moi, qu’à l’aide de la technologie (ce qui explique pourquoi nous n’y sommes pas encore). On peut alors rêver de caméras drones qui survolent le peloton et suivent chacun des coureurs, des caméras qui ne coûteront presque rien et qui encombreront le ciel au-dessus de la course…

Cette seconde solution laisse présager un jihad anti-technologique que mèneraient les hiérarques. Si la technologie en se développant fragilise leur position continueront-ils de soutenir ce développement ? Ont-ils le choix ? Sans technologie, sans les revenus qu’elle génère, seraient-ils encore des hiérarques ? Le développement technologique conduit peut-être inéluctablement au non-pyramidal.